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ISBN : 2914968892
Éditeur : Editions du Croquant (2011)
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Résumé :

" Ce ne sont que des mots ", dit la " sagesse populaire ". Comme tout adage, celui-ci comprend sa part de vérité et de fausseté et, comme tout énoncé à valeur générale, il sous-entend un " devoir faire ". Or, s'il faut ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (1)

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  • Par de, le 08 décembre 2011

    de
    Voilà, au delà de la forme, un petit ouvrage qui soulève les voiles de l'évidence des discours néolibéraux, « dès lors qu'il se présente comme le bon sens ou l'évidence, il n'est apparemment plus un discours ».
    Thierry Guilbert nous rappelle entre autres que « l'opinion publique est une croyance collective », que « L'événement n'est donc pas un fait, mais la mise en mots de ce fait », que « la notion même de libre marché est un mythe » et critique l'idée d'une « nécessaire rationalité mathématique en économie ». Il insiste sur la promotion par le discours néolibéral d'une « vision entrepreneuriale et purement économique de la vie et de toutes les activités humaines ».
    La pensée des néolibéraux est bien circulaire et « s'autojustifie en prenant appui sur ces propres dogmes ». Mais le dire ne suffit pas, il faut encore en faire la démonstration, y compris en débusquant les contradictions internes des modélisations néolibérales. La critique du discours ne suffit (hélas) pas à rendre un dévoilement efficace.
    Avec humour, l'auteur se sert de la lettre volée d'Edgar Alan Poe, pour analyser les dissimulations ou l'évidence. Derrière ces énoncés, ces faits quasi-naturels et donc non discutables, il y a une double dissimulation « Ces deux formes de dissimulation se complètent et s'articulent : c'est parce que la manœuvre ostentatoire (et dissimulatrice) est elle-même dissimulée sous forme de présentation rationnelle que le discours prend son aspect évident. C'est parce que l'appel aux passions est légitimé et modalisé par le recours à la rationalité que l'on peut ‘adhérer naturellement' à ce discours'. »
    J'ai apprécié les analyses dans « Ce que nommer veut dire » : rôle de l'article le (le déficit des comptes publics, le trou de la sécu), rôle de la nominalisation qui impose « un cadre à la conversation parce qu'elle présuppose qu'une relation déterminative existe entre le nom et le complément de nom » (le déficit de la Sécurité sociale, l'importance du gouffre, l'urgence d'une solution). Thierry Guilbert souligne aussi les manières de « nommer les acteurs » souvent en les réduisant à leur statut, pour ensuite dénoncer le caractère catégoriel de leurs revendications.
    Il poursuit par l'analyse des sondages dits d'opinion et la « Constitution des opinions partagées », la substitution du cadre « des pratiques humaines, économiques et néolibérales » par un ”cadre naturel”, non politique, non historique, pourrais-je ajouter. Ce qui rend les autres possibles tout simplement non-pensables. L'auteur traite aussi de l'utilisation de « l'exception française », des comparaisons,etc.
    Je reste cependant insatisfait sur plusieurs points.
    Thierry Guilbert ne relie pas ses analyses au fonctionnement et aux réalités matérielles du système social dominant le monde. Beaucoup d'autres éléments ont la tête à l'envers et semblent « d'évidence « : la création de richesse par le capital, l'égalité des contrats, etc. Les mots ne sont pas seulement des discours, tenus pour masquer et naturaliser les réalités, ils participent, à leur façon et avec leurs épaisseurs, aux fétichismes (personnalisation des choses et chosification des personnes) engendrés par la production du social dans le capitalisme.
    Par ailleurs, les constructions sociales ne sont jamais unilatérales, non-sexuées, lisses, elles se composent aussi d'éléments contradictoires et irréductibles, qui ne peuvent se résumer à « ce métadiscours n'est pas atteint mécaniquement et qu'il est encore, heureusement, possible de résister et de penser autrement ».
    Le second point problématique, à mes yeux, est l'alimentation permanente des analyses par des renvois à d'autres auteurs. le caractère systématique des notes de bas de page, outre la difficulté de lecture, crée une sorte de halo de certitudes non interrogeables. le discours au lieu d'être enrichi par des travaux variés, devient une « évidence », une expertise auto-proclamée qui recouvre d'un voile institutionnel des interrogations qui relèvent du débat démocratique. Cette expulsion du politique au nom de la science me semble préjudiciable aux propos.
    Quoiqu'il en soit, des analyses qui nous permettent de réfléchir sur les évidences.
    Lectures complémentaires possibles : les ouvrages d'Acrimed (Syllepse et http://www.acrimed.org/ ), de Christian Salmon : Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (La Découverte, Paris 2007 réédition en format de poche 2008) et celui d'Isabelle Garo : L'idéologie ou la pensée embarquée (La fabrique Éditions, Paris 2008 )
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Citations et extraits

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  • Par de, le 10 octobre 2011

    Ces deux formes de dissimulation se complètent et s’articulent : c’est parce que la manœuvre ostentatoire (et dissimulatrice) est elle-même dissimulée sous forme de présentation rationnelle que le discours prend son aspect évident. C’est parce que l’appel aux passions est légitimé et modalisé par le recours à la rationalité que l’on peut ‘adhérer naturellement’ à ce discours’.

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  • Par de, le 10 octobre 2011

    L’événement n’est donc pas un fait, mais la mise en mots de ce fait

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