> Geneviève Johannet (Traducteur)

ISBN : 2020316390
Éditeur : Editions du Seuil (1998)


Note moyenne : 4.35/5 (sur 20 notes) Ajouter à mes livres
Récit autobiographique publié en Occident en 1967, Le Vertige provoqua une émotion d'autant plus vive et profonde que l'auteur y énonçait des faits bruts, écrits d'une traite.

Dans ce second tome, l'auteur revient sur ses années passées au camp de la Koly... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 22 mai 2012

    Woland
    Krutoï marshrut
    Traduction : Geneviève Johannet

    La première partie de l'oeuvre de Guinzbourg, que nous connaissons en Occident sous le titre de "Le vertige", est sortie en Italie au milieu des années soixante. le texte avait voyagé jusqu'à Milan par l'habituelle voie clandestine de l'époque : le samizdat. le succès remporté, l'émotion soulevée par ce récit si prenant et si habilement mené, entraînèrent évidemment la parution de la seconde moitié qui reçut chez nous le titre de "Le ciel de la Kolyma."
    Guinzbourg y relate ses années de camp, sa rencontre avec celui qui deviendra son second mari, le médecin Anton Walter, un Russe originaire de Crimée mais dont les ancêtres étaient arrivés en Russie sous le règne de Catherine la Grande, les difficultés auxquelles se heurtent les condamnés ayant achevé leur peine et rejoignant la vie civile en qualité de "relégués" et, bien sûr, la fin de Staline et le changement d'atmosphère qu'elle entraîne dans toute la Kolyma.
    Le titre de la première partie faisait référence au "vertige" ressenti par la narratrice se voyant sombrer dans l'infernale spirale de la violence stalinienne. Cependant, s'il y a un adjectif que l'on se sent obligé d'utiliser après la lecture du texte tout entier, c'est "vertigineux."
    Depuis le début, accroché à une Evguénia Guinzbourg d'abord incrédule, puis résignée, et enfin bien décidée à lutter jusqu'au bout et, chose encore plus essentielle, à préserver son intégrité morale et intellectuelle, le lecteur se sent lui aussi aspiré, contraint de plonger au plus profond d'une dictature pour mieux en saisir le fonctionnement et la démence sous-jacente. On parle beaucoup du "devoir de mémoire" pour certains événements de notre cher XXème siècle - toujours les mêmes, d'ailleurs. Ce "devoir", il convient aussi de l'évoquer et de l'évoquer encore au sujet du totalitarisme soviétique. En effet, si celui-ci semble avoir disparu en Russie, il continue à fleurir dans de nombreux endroits de la planète, notamment en Asie. Ce qui prouve qu'il est toujours bien vivant et s'est contenté de changer de peau, tel un monstrueux serpent idéologique et politique tapi dans son coin et attendant, espérant ...
    Avec une incroyable sûreté et un sens aigu du détail, Evguenia Guinzbourg nous restitue des jours qui furent, pour elle et pour tant d'autres, à la fois apocalyptiques et sinistrement réels et même, on peut l'écrire, banals. Si les récits des rescapés des camps de la Mort nazis conservent toujours - en tous cas pour nous, et tant pis si cela en choque certains - quelque chose de wagnérien, dans l'optique germanique et scandinave du "Crépuscule des Dieux", dans l'effondrement, la décomposition empoisonnée et méphitique de tout un monde, le tout éclairé par les flammes vacillantes et démoniaques des crématoires en folie, celui de Guinzbourg dépeint une apocalypse humaine, où les engelures et les doigts de pied qu'on ampute sont monnaie courante, où le scorbut règne en maître, où, surtout, une Administration implacable, un système qu'on ne voit jamais mais qu'on devine toujours, fait aujourd'hui d'un mensonge une vérité et vice versa. Cette apocalypse-là ne veut Pas engloutir les dieux qui l'ont déchaînée : si l'on pense aux flammes, ce sont à celles du Moloch-Baal antique, si l'on pense à un univers, c'est à celui du "Dépeupleur" de Beckett.
    L'impression qu'on en retire est difficile à définir. Mais elle tendrait en tous cas à établir une différence entre les totalitarismes. Non Pas en matière de gravité ou d'importance : seulement pour leur essence et bien que, au final, le résultat recherché et obtenu, la destruction de l'esprit avant celle du corps, reste le même. ;o)
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    • Livres 2.00/5
    Par ides60, le 29 janvier 2012

    ides60
    Ce livre est très instructif sur les agissements du régime stalinien, il est détaillé, précis et la narratrice témoigne chronologiquement de l'aberration de son arrestation, de son incarcération et de sa déportation.
    A tout propos vous pouviez tomber entre les mains de bourreaux sans même un motif avéré. Bourreaux que vous retrouverez plus tard détenus dans les mêmes camps et soumis aux mêmes privations et souffrances que celles que vous endurées.
    Aberration que ce gouvernement qui arrête sans discernement des supposés réfractaires au régime et leurs juges, leurs tortionnaires. On n'y comprend pas grand chose.
    Comme on a du mal a comprendre ce qui fait qu'Evguénia survit malgré le froid, la faim, le gel, le manque d'eau, d'hygiène, le manque de nourriture de repos, de soins, dans des conditions plus qu'extrémistes. Et jamais une plainte comme si elle considérait normal cet épisode de sa vie, seule lui est insupportable la séparation d'avec ses enfants et les siens.
    Mais est-elle surhumaine pour ainsi se soumettre à toutes ces brimades et tortures ? moi je pense que je serais morte depuis longtemps, jamais je n'aurais pu trouver en moi cette volonté de tenir dans un tel isolement, un tel ennui, un tel enfer, avec toutes ces brimades et frustrations. On la sent ici davantage préoccupée du sort de ses co-détenues que du sien, c'est d'ailleurs à l'aulne des dégradations physiques des autres qu'on juge les siennes. jamais elle ne se rebelle comme si c'était désavouer le parti ou est-ce la crainte d'une mort certaine ?
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  • Par xy12, le 18 septembre 2011

    xy12
    Suite du " Vertige" . Mêmes qualités
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  • Par xy12, le 18 septembre 2011

    xy12
    Très bien décrit. Prenant.
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 22 mai 2012

    [...] ... Les maîtres de la morgue étaient des truands. Des apaches patentés. Ils trouvaient trop fatiguant de recoudre les corps après les autopsies et de creuser des tombes assez longues pour les contenir. Alors, ils vidaient les cadavres et les coupaient en morceaux pour les entasser ensuite dans un trou rond très peu profond situé derrière l'éminence où grimpaient les mélèzes.

    Je rencontrai un matin ce cortège funéraire. C'était l'aube, et j'avais dû courir à la pharmacie plus tôt que de coutume. Trois truands tiraient de longs traîneaux iakoutes remplis de viande humaine dépecée. Des jambons gelés, bleuis, pointaient sans pudeur vers le ciel. Des bras coupés traînaient dans la neige. De temps en temps, des morceaux d'entrailles tombaient à terre. Les sacs prévus par le règlement pour l'ensevelissement des détenus étaient fort raisonnablement utilisés par les truands dépeceurs comme monnaie d'échange pour différentes opérations commerciales. J'avais donc devant les yeux dans toute sa nudité le rituel des enterrement à Belitchié.

    Ce fut la première et unique fois de ma vie où j'eus quelque chose comme une crise d'hystérie. Je me rappelai l'expression HACHOIR A VIANDE souvent appliquée à nos camps de redressement par le travail. La vue des traîneaux iakoutes avec leur chargement substituait tout à coup au sens figuré une réalité matérielle à trois dimensions : les voici, les morceaux de viande humaine prêts à entrer dans le hachoir géant ! Avec horreur et stupéfaction, je m'entendis suffoquer de rire et sangloter tout haut. Puis je fus prise de vomissements incoercibles. Je ne sais plus comment je me traînai jusqu'à mon pavillon. ... [...]
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  • Par Woland, le 22 mai 2012

    [...] ... je fréquentais avec assiduité les cours d'instruction politique d'Evdokia Ivanovna, m'y rendant même après une garde de nuit, et d'autant plus volontiers qu'elle donnait malgré tout quelques bribes d'information puisées dans les journaux récents, auxquels nous n'avions pas accès.

    J'ai gardé un souvenir très net de l'un de ses cours, consacré à l'étude d'un rapport de Molotov (= membre du bureau politique du Parti et ami personnel de Staline ; il représentait celui-ci lors de la signature du fameux traité de non-agression réciproque entre l'Allemagne et l'URSS). Il y était question du rôle positif joué par le régime hitlérien dans le renforcement de l'économie allemande. Le chômage avait disparu, de nouvelles autoroutes avaient été construites. Huit ans de national-socialisme avaient transformé un pays ruiné, écrasé par le traité de Versailles, en l'un des Etats européens les plus avancés.

    Là-dessus, Evdokia Ivanovna baissa un peu la voix et nous conseilla d'un ton confidentiel de ne plus employer, étant donné nos rapports actuels avec notre puissant voisin, le terme de "fascistes", et de le remplacer par l'expression "les nationaux-socialistes allemands." Tandis qu'un bon clin d'oeil rusé laissait entendre que cette petite politesse nous rapportait de gros avantages dont les hitlériens, dans leur naïveté, ne se doutaient sans doute même pas.

    ... Ainsi s'écoula cette année, la plus tranquille peut-être que j'ai passée au camp. Sous le harnais d'un travail usant mais malgré tout supportable. Dans la touffeur puante de notre merveilleuse baraque 7. Dans l'angoisse chaque nuit renouvelée d'un transfert possible. Sous l'égide de ces deux puissances cardinales : l'Ourtch et la Kavétché.

    Cependant, le temps précipitait son cours. Le mois de juin 1941 approchait. ... [...]
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