Note moyenne : 4.12/5 (sur 16 notes)
Trilogie sale à La Havane1Ajouter à mes livres
Vaste chronique de la vie à Cuba, Trilogie sale de La Havane est un journal égoïste qui emporte le lecteur dans un tourbillon romanesque délirant. Malgré les fulgurances de la danse et du rhum, La Havane est une ville assombrie par la pénurie et le désespoir. Le narrate... > voir plus
Trilogía sucia de La Habana (1997)
C'est une vaste chronique de la vie à Cuba. le narrateur, un journaliste en rupture avec son milieu, nous entraîne dans les bas-fonds de La Havane. Il nous fait découvrir une ville au début des années 90, en pleine pénurie. Les personnages rencontrés par le narrateur se débattent dans des difficultés sans nom, pour survivre : manque de nourriture, de savon, climat politique difficile, tout se conjugue pour donner une atmosphère de désespoir, malgré le rhum et la salsa..
Un récit très cru et difficile, centré sur un homme, qui survit grâce à son égoïsme. Une langue vive et savoureuse..
Un tableau réaliste et très intéressant de Cuba.
Avec l’aide d’América, une très bonne santera de Marianao que j’allais consulter en vélo. Elle voulait que j’apprenne les invocations par cœur et moi je lui apportais les ingrédients pour la cérémonie : cocos de agua, fleurs blanches, rhum, œufs, miel d’abeille, bougies, herbes diverses.. Au retour je devais traverser le fleuve Almendares et c’était de là que partaient les désespérés, direction Miami. Ils assemblaient des radeaux de pneus, de planches et de cordes et se lançaient à la mer avec la même insouciance que s’ils partaient en pique-nique. C’était l’été 1994. Depuis quatre ans mon pays vivait une terrible disette et une grande folie mais c’était encore La Havane qui souffrait le plus.
Aujourd'hui, c'est la gueule de bois. Affreusement mauvais ce rhum. Il m'a flanqué une migraine terrible. Mais même dans cet état je m'efforce encore de mettre un peu d'ordre dans ma vie intérieure. Pour l'extérieur, ce n'est pas difficile : tout le monde est persuadé qu'il n'y a qu'un Pedro Juan, très solide, très réaliste et très joyeux. Ils ne se doutent pas que derrière cette apparence il y a une foule de petits Pedro en train de se retourner des baffes et de se faire des croche-pieds à qui mieux mieux. Chacun essayant de passer la tête dehors le premier.
Alors je suis rentré chez moi. La soirée se faisait plus fraîche. J’avais faim, évidemment, avec un thé, une tranche de melon et un café dans l’estomac. Chez moi, j’ai mangé un morceau de pain avec un autre thé. Je m’étais déjà accoutumé à plein de nouveau dans ma vie. J’allais m’habituant à la pauvreté. A prendre la vie comme elle venait. J’apprenais à oublier la rigueur. C’était ça, ou impossible de survivre.