Il n'est pas rare de nos jours d'entendre parler de la presse en des termes peu élogieux, des termes tels que désinformation et orientation de l'information sont des leitmotivs dans la bouche de ses détracteurs.
Serge Halimi semble bien placé pour juger de l'état de la presse française, il a lui-même un pied dans la profession. Il est même devenu, et ce depuis Mars 2008, directeur du journal le Monde. Il critique pourtant, avec
Les nouveaux chiens de garde, certains de ses collègues haut placés. Ce pamphlet a pour but d'initier le lecteur aux dérives ayant cours dans les milieux médiatiques, notamment dans les hautes sphères de notre presse nationale matérialisés par la trentaine de « barons » qui pèsent de leur influence sur toute la profession. Loin de décrier la profession,
Serge Halimi s'attache à fournir, à l'aide de documents d'archives et par conséquent volatils, l'état catastrophique dans lequel est plongé le journalisme français. Si l'image des journalistes ressort ternie après lecture des Nouveaux chiens de garde, on est en droit de s'interroger sur le statut même de l'auteur, journaliste et qui pis est bénéficiant d'un poste relativement en vue. Pour ne pas discréditer
Serge Halimi, car les faits semblent influer en sa faveur, il convient donc de narrer brièvement l' « histoire » qui entoure ce pamphlet. Tout d'abord,
Serge Halimi a tenu a ne pas faire de promotion pour son livre, il s'est contenté laisser le bouche à oreilles faire le travail ; une décision qui a porté ses fruits semble-t-il, puisque
Les nouveaux chiens de garde fut un best-seller, avec 150.000 exemplaires écoulés. De plus, l'ouvrage fut très froidement accueilli et dépeint par ses confrères, ce qui m'incite encore plus à admettre dans les grandes lignes les affirmations de
Serge Halimi, lequel cherche avant tout à montrer les écarts d'une profession qui, malgré son influence sur l'opinion, n'a de compte à rendre à personne. Et pour attester ses dires, il n'hésite pas à faire appel à des documents d'archives, car en matière d'information, le public comme les journalistes souffrent d'amnésie.
A travers ce pamphlet,
Serge Halimi dénonce la collusion politique et médiatique ; une profession qui se proclame contre-pouvoir, « porte-parole des obscurs et des sans voix, forum de la démocratie ». Rien de mieux lorsqu'on se targue de la sorte de constater l'évolution effectuée depuis les années de l'ORTF, un détachement vis-à-vis du pouvoir étatique rendu possible grâce à la privatisation. Voici néanmoins un argument des plus faux, car s'il est vrai, sur le plan formel, que les journalistes ne sont plus soumis à l'Etat, la pratique infirme ce jugement. Lors d'une interview du Président de la République, par exemple, c'est l'Elysée qui tranche le choix du journaliste, en fonction du profil souhaité. Quant aux émissions politiques, où la parole est donnée au peuple, si elles ne plaisent pas aux gouvernants, ces derniers se permettront d'amputer le budget d'une chaîne publique d'une centaine de millions d'euros. Lors de la réforme des retraites en 1995, un tel programme avait déplu. Les journalistes à l'origine de l'idée avaient simplement répliqué que ce genre de défouloir jouait le rôle de soupape de sécurité, une décompression en quelque sorte. Quant au CSA, sacro saint garant de la neutralité des médias, on est en droit de s'interroger sur leur neutralité à eux. Les membres sont nommés par le Président de la République (UMP depuis 1995), le Président du Sénat (UMP depuis toujours), et par le Président de l'Assemblée Nationale (UMP depuis 2002). Et d'après Hervé Bourges, ancien président de l'institution, « Jamais le CSA ne pourrait se permettre de nommer quelqu'un qui serait à l'avance rejeté par l'actionnaire », en d'autres termes l'Etat.
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