> Pierre Guglielmina (Traducteur)

ISBN : 222110854X
Éditeur : Robert Laffont (2009)


Note moyenne : 3.36/5 (sur 14 notes) Ajouter à mes livres
L odyssée terrifiante et onirique d un homme traqué par un requin conceptuel qui se nourrit de sa mémoire... Un puzzle métaphysique, un thriller futuriste et une histoire d amour mythique.

Eric Sanderson se réveille un matin dans une maison qu il ne conna... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Vance, le 04 juillet 2009

    Vance
    Etrange rencontre.
    Ce livre, je l'ai choisi. De nombreux éléments avaient attiré mon attention : le titre, suffisamment troublant et déjà évocateur, mais aussi la 4e de couverture, un peu plus explicite que le résumé que je vous ai recopié ci-dessus. Car elle reproduit également le texte d'une lettre que le personnage principal lit peu de temps après son réveil initial, qui commence par ces mots :
    Si tu lis ceci, je ne suis plus de ce monde.
    Et qui est signée : le premier Eric Sanderson.
    Immédiatement fascinant. On se prend à imaginer des tas de pistes sibyllines et des références à la psychologie comme aux littératures de l'Imaginaire : un Doppelgänger ? Une histoire de métempsycose ? De clonage ? De déplacement temporel ou d'univers parallèle ? Peut-être simplement une enquête menée par un fantôme…
    Assez pour exciter le lecteur moyen. Moi, en tout cas.
    Mais il y a mieux.
    Il y a que ce livre me rappelait, par certains détails, et avant même l'avoir ouvert, cet OVNI littéraire ardu et méritoire qu'était la Maison des feuilles [lire la chronique en cliquant] : récits entrecroisés et jeux typographiques dans une mise en page révolutionnaire constellée de renvois à des annexes conséquentes, un roman labyrinthique éreintant et passionnant tant par sa construction que par sa présentation.
    Le fait est que c'est moins, et bien plus à la fois.
    Steven Hall, en prenant en exergue un texte de Jorge Luis Borges, annonce la couleur : les territoires de l'inquiétude destinés à être explorés ne seront pas ceux du fantasme ou de la rêverie, mais ceux, sombres et fluctuants, de la mémoire. Ses créatures évoluent dans les fissures/lisières de notre réalité, dans cette texture conceptuelle qui sous-tend le monde concret. Et lorsqu'elles ont faim, elles deviennent prédatrices et lorgnent sur le tissu même dont sont faites nos personnalités, les fondements de notre Moi, les piliers de notre individualité préhensile.
    Eric Sanderson se bat dans un monde qui ne lui est rien. Il s'éveille dans un ailleurs aussi familier (parce que correspondant à des échos de réalisme cohérents avec le fonctionnement de son propre corps) qu'étrange : il ne sait pas qui il est. A part qu'il porte le même nom, la même identité distincte de cet autre qui lui écrit d'un autre temps. Qu'est-il arrivé pour que ses souvenirs soient ainsi annihilés, effacés de l'ardoise de son existence ? Première et terrible question, quoique nécessaire pour la reconstruction. Mais elle suppose une seconde, encore plus inquiétante : ce drame peut-il se reproduire ? Est-il en sécurité ?
    Steven Hall agace, au départ. Ses brillantes tournures constellées d'ellipses fulgurantes, de raccourcis osés et de métaphores dispendieuses tendent à user la patience du lecteur, qui peut assez vite se lasser de ce qui ne pourrait être que poudre aux yeux verbeuse. Mais l'Etrange, l'angoissant suspense d'événements insoupçonnables, vient progressivement, mais implacablement, peser sur l'évolution des premiers chapitres. Perturbé par des lettres de sa « première occurrence » qui arrivent à son domicile régulièrement mais n'apportent aucun des éléments de réponse auxquels il s'attendait (à quoi sert donc cette description d'un certain Ryan Mitchell ?), Eric cherche à reconstruire sa vie privée de ses bases : un médecin lui apprend qu'il est victime d'une amnésie dissociative consécutive à la perte de sa femme, morte dans un accident de plongée. Il se croit donc malade. Jusqu'à ce qu'il se trouve confronté à la « chose » qui en veut à ses souvenirs : une bête terrible, effrayante, surgie de l'espace contextuel. Dès lors, il est temps pour lui d'écouter les conseils du « premier Eric », de s'armer, de se protéger (avec une fascinante utilisation de quatre dictaphones disposés en boucle) et de partir en quête : pour survivre, et trouver une réponse.
    Quête fastidieuse, où seul un chat nommé Yann sera, un temps, son équipier. Avant qu'une jeune femme dynamique et spontanée ne vienne le tirer d'affaire. Avec elle, Eric réchappera à une organisation secrète et voyagera dans les recoins obscurs et oubliés de notre réalité, se frayant un chemin dans ces lieux oubliés du temps et des hommes. Des fragments de son passé ressurgiront chaque fois qu'il décodera un journal intime où nous découvriront sa relation avec celle qui a disparu, les derniers instants de ce couple en vacances…
    Se nourrissant au charme intemporel de Casablanca et copiant adroitement son dernier acte sur celui des Dents de la Mer (deux véritables chefs-d'œuvre), le roman ballotte le lecteur entre frayeurs ataviques et curiosité malsaine, avec des petites fulgurances d'une romance adorable : Hall n'évite pas l'émotion dans ce qui ne pourrait n'être qu'un coup d'essai et sait dispenser un peu de poésie dans un univers où les concepts fluctuent comme autant de jeux de mots.
    Brillant, souvent passionnant et intense, construit sur un excellent rythme en crescendo et faussement complexe. Une réussite.


    Lien : http://journal-de-vance.over-blog.com/article-33431733.html
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    • Livres 3.00/5
    Par MarcF, le 21 mars 2012

    MarcF
    Le titre français est loin du titre original.
    En effet, le titre anglais est « Raw Shark Texts » que le traducteur ou l'éditeur a traduit en utilisant un vers de Baudelaire, tiré du Mort Joyeux dans Les Fleurs du Mal :
    Dans une terre grasse et pleine d'escargots Je veux creuser moi-même une fosse profonde, Où je puisse à loisir étaler mes vieux os Et Dormir Dans l'Oubli Comme un Requin Dans l'Onde.
    J'avoue que je préfère le titre français, beaucoup plus poétique et qui décrit bien le livre. le quatrième de couverture est assez descriptif et c'est vrai que dès le début, on est plongé au cœur du problème avec Eric qui se réveille sans souvenir pour la 11ième fois.
    Le style est efficace et on rentre vraiment dans le personnage. L'arrivée du carton avec l'ampoule cassée marque un tournant dans l'histoire, car Eric va se faire attaquer et cela va le décider à plonger dans le passé pour comprendre. On passe dans un monde plus fantastique, avec ce concept du ludovicien, ce requin de la pensée. Cette partie est presque un peu angoissante.
    Eric part à la recherche de réponses qu'il espère trouver avec le professeur Fidourous. En chemin, il rencontre Scout, étrange personnage qui lui rappelle un peu Clio (dont il ne se souvient plus) et qui va le prendre sous son aile.
    L'imagination de l'auteur est débordante, mais le résultat est assez déroutant. J'ai aimé certaines choses, comme la lettre-bombe, mais beaucoup d'autres sont loin de m'avoir plus, comme le personnage de Personne, ou le professeur et son espèce de terrier de livres. La chasse au requin ressemble fort au final des Dents de la Mer.
    J'avoue ne pas vraiment avoir mordu dans cette partie. La toute fin est surprenante, sans en dire plus.
    Au final, je suis assez partagé sur ce livre. J'ai bien aimé l'imagination débordante de l'auteur et son style, assez efficace et ces éléments mériteraient 4 étoiles. Je suis moins rentré et j'ai moins aimé la partie jeu sur le langage, dessins compris.
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    • Livres 4.00/5
    Par TheBee, le 11 mai 2010

    TheBee
    Le premier roman d'un jeune auteur britannique très prometteur! Steven Hall nous embarque dans son intrigue bien ficelée, soutenue par un style sans faille qui est un vrai régal à la lecture.
    Les adeptes de Matrix verront certainement un petit clin d'oeil de l'auteur à la trilogie... à commencer par le nom du héros, "Sanderson", qui n'est pas sans évoquer le fameux "Anderson", Néo.
    Mais le récit évoque aussi des sources plus lointaines, comme le mythe grec d'Orphée et d'Euridice... à vous de découvrir pourquoi!
    Au delà de ces références, on est emporté dans un univers quasi métaphysique, qui soulève des questionnements sans fin sur la mémoire, l'identité, et la possiblité de leur existence hors de l'espace et du temps que nous connaissons. La notion de concept est très importante ici: la pensée peut-elle avoir une existence propre?
    A la lecture de ce récit qui navique entre fantastique, thriller, quête initiatique et philosophique, j'ai souvent pensé à ces jeux que nous vivions enfants, remplis de cette imagination débordante qui faisait de nous des rois du concept, sans que nous ayons le moindre effort à fournir.
    J'ai eu l'occasion de lire plusieurs critiques de ce roman, et il semble que certains avis soient partagés. Je me dis que peut-être, pour en apprécier la lecture, il faut avoir gardé un minimum de son âme d'enfant...
    Pour ma part, j'ai trouvé cette histoire entraînante et novatrice, une perle inattendue au milieu de mes lectures.
    A noter : le titre français du roman est tiré d'un vers de Baudelaire, dans son recueil Les fleurs du mal.
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  • Par Nephthais, le 02 juin 2009

    Nephthais
    Ce fut une lecture pour le moins déroutante. le début de l'histoire, la découverte de ce qui arrive à Eric, nous plonge de suite au coeur de l'action. le style, rapide, nous fait partager la panique qui doit être celle de l'homme qui se réveille sans savoir qui il est ni où il est... Vous savez, les quelques secondes de flottement au réveil, le matin, quand on se demande où on est ? Ici, c'est mille fois pire...
    Ensuite, quand on commence à entendre parler du requin et qu'on bascule dans un monde parallèle, complètement surréaliste, j'ai failli décrocher. Mais j'ai maintenu le cap de ces trente pages un peu space, et j'ai bien fait : le lutte contre le requin et la vérité qui se fait jour petit à petit, Sanderson qui retrouve ou découvre des bribes de son passé, tout cela est prenant, limite étouffant.
    J'ai vraiment trouvé l'écriture de l'auteur très efficace pour traduire les sensations multiples et complexes de Sanderson, mêlant soulagement, peur, malaise... Par ailleurs, les pages sont accompagnées de dessins, par exemple pour expliquer en détail comment Sanderson déchiffre un message codé caché dans une lettre. Les dessins qui m'ont rendue mal à l'aise sont ceux de l'attaque du requin : on voit quelques mots apparaître sur une page, qui deviennent plus lisibles au fil des pages à mesure que le requin approche...
    Quant à la fin, elle m'a scotchée... J'ai refermé le livre en me posant beaucoup de questions et en remettant des certitudes en cause. Je crois que je penserai pas mal à ce livre dans les jours à venir. Et quant au concept de poissons de la pensée, qui naviguent dans les esprits mais sont plus réels que ce que l'on croit, c'est très intriguant, tout comme la frontière entre le réel et les conceptions de l'esprit, plus mince qu'on ne le croit.


    Lien : http://chez-neph.over-blog.com/article-32174484.html
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    • Livres 3.00/5
    Par Aloysa, le 08 juillet 2009

    Aloysa
    Etrange : tel semble bien être l'adjectif essentiel permettant de définir - ou de tenter de le faire - ce roman déconcertant, dont le titre poétique (choix du traducteur) met assez bien en exergue la tonalité lancinante, inquiète, comme un peu en-deçà du monde réel.

    Le début du récit est accrocheur, intrigant, fortement captateur d'attention : Eric Sanderson se réveille amnésique, sans la moindre idée de son identité, de ce qu'il peut bien faire sur le sol de cette chambre, et plus les indices se présentent à lui, plus ils l'éloignent de toute compréhension possible de ce qu'il est. Habile mélange entre un univers proche de Matrix et de certains ambiances lynchéennes, le récit propulse son héros sur des routes inconnues, en quête d'identités dont l'on n'est jamais vraiment sûr qu'elles ont une réelle existence, sur un trajet onirique ou fragments de récits du passés et incompréhension simultanée du présent se complètent assez justement. L'auteur, manifestement, est un cinéphile peut-être davantage qu'un écrivain, et le surgissement du souvenir des images des Dents de la mer, notamment dans les dernières pages du roman, installent comme une complicité naïve avec un lecteur conciliant.

    Il y a comme une inégalité de rythme cependant dans la façon dont est conduit le récit : tantôt lent, presque laborieux dans la mise en place des différents éléments de cet univers particulier, tantôt relançant plutôt habilement l'intérêt, et parvenant - enfin, et avec soulagement, à entraîner le lecteur dans les rebondissements assez complexes de l'intrigue. Je dois avouer que, lassée par moments des trop nombreux détours qu'empruntait la narration, j'ai bien failli abandonner ou oublier de reprendre ma lecture. L'histoire est cohérente, mais ne répond pas assez à mon goût aux attentes qu'elle crée au début du roman; tout finalement s'enchaîne trop logiquement, ou de façon trop complexe - si bien que le lecteur finit par faire confiance à l'auteur pour ce qui est de la cohérence scientifique ou de la vraisemblance, sans trop chercher à comprendre où se situe l'idée. De ce fait j'ai du mal à percevoir quel chemin l'auteur a voulu prendre, le but qu'il a poursuivi dans ce roman, il me semble encore un peu patchwork pour réellement emporter l'adhésion entière du lecteur; même le final, prévisible en fin de compte, et ne comblant pas totalement les manques du récit, ne semble pas abouti.

    Mais je remercie vivement Babelio et son opération "Masse critique" de m'avoir permis de découvrir cet auteur et son singulier univers.

    Lien : http://ventdereflexion.canalblog.com/
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Citations et extraits

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  • Par liliba, le 23 juin 2009

    L'animal qui te chasse est un ludovicien. Il appartient à l'une des nombreuses espèces de poissons purement conceptuels qui nagent dans les flots des interactions humaines et dans les marées de la causalité. Ça peut paraître complètement fou, mais ça ne l'est pas. La vie est tenace et déterminée. Les flux, les courants et les rivières de la connaissance, de l'expérience et de la communication humaine, qui se sont développés au cours de notre brève histoire, constituent désormais un immense environnement, riche et abondant. Pourquoi devrions-nous nous attendre à ce que ces flux soient stériles ?

    La vie trouve toujours un chemin. Regarde-nous simplement toi et moi, et vois la vérité.

    Je ne sais pas exactement comment le poisson de pensée est venu au monde, mais dans les vastes piscines chauffées de la société et de la culture, des millions de mots, d'idées et de concepts évoluent constamment. Il est plausible, semble-t-il, que l'un d'eux se soit élevé au-dessus de ses cousins à cellule unique, de la même façon que nous l'avons fait. Le Gène Egoïste ?

    Le ludovicien est un prédateur, un requin. Il se nourrit de souvenirs humains au sens intrinsèque du moi. Les ludoviciens sont solitaires, férocement territoriaux et méthodiquement chasseurs. Un ludovicien peut sélectionner un individu humain comme sa proie et le poursuivre et s'en nourrir pendant des années, jusqu'à ce que la mémoire et l'identité de cette victime ait été entièrement dévorées. Parfois, le corps de la cible survit à cette épreuve et peut poursuivre une seconde vie crépusculaire après que le moi et les souvenirs originaux ont été emportés."

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  • Par beroune, le 02 juillet 2009

    Un jour, un homme, un acheteur potentiel, a rendu visite à Matisse dans son atelier. Cet homme a passé un long moment à regarder une de ses oeuvres les plus récentes avant de déclarer "Le bras de cette femme est trop long". Matisse a dit "Ce n'est pas une femme, Monsieur. C'est un tableau". (p. 312)
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  • Par Vance, le 04 juillet 2009 Première phrase du livre

    Incipit :

    J’étais inconscient. J’avais cessé de respirer.
    Je ne sais pas combien de temps ça a duré, mais les moteurs et rouages de la machine humaine et toute sa mécanique ont dû être commutés, un système d’alarme général en réponse à mon immobilité. Echec de l’autopilote – passez en mode manuel d’urgence.
    C’est ainsi que ma vie a commencé, ma seconde vie.
    Mes yeux se sont écarquillés en O majuscule, mon cou et mes épaules se sont violemment contractés, les poumons ont aspiré d’un coup le monde entier. Des litres d’oxygène et de poussière sont entrés en sifflant dans ma gorge déchiquetée par les petites lacérations d’une toux spasmodique…
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  • Par Vance, le 04 juillet 2009

    Chapitre 10, p. 105 : Un chat, c’est une responsabilité après tout. Et nourrir, s’occuper et prendre soin d’un idiot de chat bien gras, ce n’est pas grand-chose, ce n’est pas grand-chose dans la totalité de ce qui compte quand on est une personne et dans l’immense gamme de ce que les gens font, mais c’est tout de même quelque chose. C’est quelque chose et c’est quelque chose qui est chaud et qu’il me reste encore.
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  • Par Vance, le 04 juillet 2009

    Exergue de la 4e partie : Le mot relie la trace visible avec la chose invisible, la chose absente, la chose qui est désirée ou crainte telle une frêle passerelle jetée au-dessus d’un abîme.
    Italo Calvino
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