Note moyenne : 3.67/5 (sur 3 notes)
L'Intégriste malgré lui2Ajouter à mes livres
Assis sur le banc d'un square de Lahore, Tchenguiz, un jeune Pakistanais, livre un poignant monologue à un Américain anonyme et raconte comment sa vie a radicalement changé. Avant, Tchenguiz vivait aux États-Unis et représentait à lui seul un modèle d'intégration : fami... > voir plus
La difficulté de vivre dans une autre culture. Entre fascination et rejet. Un livre qui montre le mirage de l'intégration, quand l'autre culture est à la fois ce à quoi l'on aspire et comme une insulte continuelle jetée à la face de là d'où l'on vient.
Ce livre court (un peu plus de cent pages très aérées) est très bien écrit, on se sent vraiment au centre de la discussion, et pour cause : l'auteur a pris un risque (qu'il maîtrise très bien), celui de s'adresser directement au lecteur, à la deuxième personne, comme dans un dialogue entre un occidental qui semble un peu perdu dans Lahore et un habitant de la ville qui l'aborde et, de fil en aiguille, lui raconte sa vie. Changez, tel est le nom de cet interlocuteur, un nom qui semble incarner à lui seul ce personnage qui apprend à se mouvoir dans un environnement qui n'est pas le sien.
La première partie du livre, qui décrit l'immersion de Changez dans la culture des Etats-Unis et son envie de réussir est très intéressante et me semble sonner juste. Il cherche à se conformer aux attentes de ce nouvel environnement, mais ce n'est pas subi, il a envie de se couler dans ce nouveau moule. Et il réussit, il est fier de cette réussite, de savoir comment utiliser le système, et que le système lui permette de mettre à profit ses qualités.
Mais la cassure ne se fait pas attendre, et ce sont les attentats du 11 septembre qui seront décisifs pour Changez, dont le malaise (déjà présent mais jusqu'alors étouffé par sa réussite éclatante) prend le dessus et qui s'interroge sur son identité et son envie d'embrasser cette nouvelle culture. Ce changement dans la psychologie du personnage manque hélas à mon avis de profondeur, alors que c'est un sujet passionnant qui mériterait plus d'analyse de la part de l'auteur (les chefs des mouvements terroristes actuels ne sont-ils pas pour beaucoup des hommes qui ont passé de nombreuses années dans le giron de l'Occident avant de se retourner contre lui ?).
Malgré tout, un livre bien mené, dont le suspens ne fait que croître et dont j'ai beaucoup aimé la fin, sur laquelle je ne peux hélas pas m'étendre ici…
C'est l'histoire d'une success story à l'envers. le narrateur, un jeune Pakistanais diplômé de Princeton, s'adresse à un Américain qu'il vient de rencontrer à Lahore. Pour le lecteur, ce destinataire reste invisible. Nous suivons le récit du Pakistanais, entre rêve américain de grandeur et désillusions. J'ai été un peu déçue par ce livre salué par les critiques anglo-saxonnes dans la mesure où on y parle peu de fondamentalisme et de clivage culturel mais plutot du sentiment d'appartenance à une nation, d'identité culturelle. Sentiment d'appartenance de l'auteur qui l'amène à quitter l'Amérique, sa nation d'accueil, après les attentats du 11 septembre, avec le sentiment d'avoir trahi son pays. Il y laissera également son coeur... La fin, ambiguë, laisse planer un doute et peut-être une réponse à l'origine du fondamentalisme... En ce qui concerne la forme, le narrateur livre ses souvenirs et ses réflexions sous la forme d'un monologue qu'il dévide à un interlocuteur muet : intéressant mais un peu agaçant à la longue Au final, une réflexion intéressante sur le thème de l'identité et de l'appartenance.
Many parents were strict, and sometimes weeks would pass without us being able to meet those we thought of as our girlfriends. So we learned to savor the denial of gratification – that most un-American of pleasures! (Chapitre 5, p. 69).
Tentative de traduction : « De nombreux parents étaient stricts et il pouvait parfois s’écouler plusieurs semaines avant que nous puissions rencontrer celles que nous considérions comme nos petites amies. C’est pourquoi nous avons appris à savourer la négation de notre satisfaction – un plaisir bien peu américain ! »
Je discernais désormais qu’en nous focalisant autant sur un avenir financièrement radieux, nous passions à côté de paramètres personnels et politiques déterminants dans la définition du présent.