[...] ... Pour Fourniret, son travail et sa rigueur familiale l'avaient emporté depuis longtemps sur sa vie personnelle : "J'imposais à Nicole [seconde épouse de Fourniret] un ryhtme de vie qu'elle n'attendait pas. Dans les premières années, j'étais resté salarié. Après, je me suis mis à mon compte. Et, dès cette époque, je me suis enfermé dans ma tour d'ivoire et j'ai travaillé comme un fou." Chantal [l'une des deux filles de Fourniret] se souvient très bien de la passion de son père pour son travail : "Il sortait de son atelier vers 16 h, pour boire un café au lait, qu'il fallait qu'on lui prépare." Il ne l'aurait en effet jamais fait lui-même ...
Les colères du chef de famille n'étaient rien, comparées à la tyrannie qu'il exerçait sur son fils, Nicolas, à qui il reprochait sans cesse d'"être le portrait tout craché de son grand-père maternel", de "n'être bon qu'à faire le jardin, avec sa mère." Il n'avait pas le droit non plus de pénétrer dans l'atelier de son père. "Michel Fourniret ne voulait rien lui transmettre de son savoir-faire," tempête Chantal. Pourtant, "Nicolas était éperdument à la recherche d'un papa." Fourniret ne partage pas le point de vue de ses filles sur son comportement, que ce soit elles ou lui qui l'ait subi : "J'adorais leur transmettre ce que mon père m'avait transmis, mais je n'étais pas à l'écoute. A table, je n'étais pas disponible, je pensais toujours à mes machines. Mon souhait a toujours été d'être parfait. C'est ce qui me dénature." Nicolas a écrit de longues lettres à son père pendant qu'il effectuait son service militaire. Selon sa soeur, Marie-Hélène, "Michel Fourniret n'a même pas pris la peine de les ouvrir." Et la jeune femme avait ajouté : "Ca, je ne le lui pardonnerai jamais !" Ces lettres, Fourniret les a trouvées "très belles." C'est en tous cas ce qu'il aurait froidement concédé à Marie-Hélène, qui ne l'avait pas cru : "Je lui avais posé une question taboue et j'ai bien vu que papa était hors de lui parce que j'avais osé le faire." C'est la dernière fois qu'elle le rencontrera. "Je suis la dernière de la famille à l'avoir vu", nous avait-elle précisé lors d'un de nos rendez-vous, avant qu'elle ne se donne la mort.
C'est sans doute parce qu'elles ont le souvenir des continuelles brimades infligées à leur frère que les jumelles se taisaient sur leur propre souffrance. Elles se souvenaient pourtant aisément de certaines "blagues" douteuses de leur père. Par exemple, il était capable, sous un nom d'emprunt, de menacer au téléphone des voisins qui l'avaient contrarié. "Une nuit, nous avions recueilli le chat d'une vieille dame. Elle était venue le récupérer le lendemain. Michel Fourniret a estimé qu'elle ne l'avait pas assez remercié, alors il l'a appelée. Il s'est fait passer pour un livreur qui arrivait lui livrer un tas de purin devant sa porte," nous avait raconté Marie-Hélène. Elle nous a aussi rapporté des agissements beaucoup plus graves : "Un jour, nous rentrions de l'école en voiture, avec papa. Ma soeur a pris un bonbon dans le vide-poches de la voiture. Papa l'a vue faire dans le rétroviseur. Il n'a rien dit jusqu'à ce qu'on arrive à la maison. Là, il a attaché Chantal à la niche du chien, à la chaîne. Maman est intervenue car, pour elle, c'était trop !" Interrogée là-dessus, Nicole C., la mère des jumelles, va plus loin : "Il avait dissimulé les friandises sciemment. Chantal est restée tout de même une heure prisonnière avant que je fasse cela ..."
Et que dire de ce quotidien où, "si les gifles étaient rares", elles "passaient par une cruelle mise en scène et étaient très fortes." Ces séances terrorisaient la fratrie. Au point que, le jour où, déjà couchés, les trois enfants sont "convoqués" par leur père dans le salon, ils anticipent un sale quart d'heure : "Comme à chaque fois que nous subissions une séance de gifles, papa nous a priés de nous aligner en rang d'oignons, les mains dans le dos. Nous attendions la claque mais cette fois, papa nous a offert un cadeau à chacun, une bande dessinée. C'était tellement rare que, cette fois-là, nous n'en avons pas cru nos yeux. ... [...]
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