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> Georges Sautreau (Traducteur)

ISBN : 2253049638
Éditeur : Le Livre de Poche (2004)


Note moyenne : 4.04/5 (sur 187 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
La seule chose qui me gênât un peu, c'était, malgré mon dégoût de la nourriture, la faim quand même. Je commençais à me sentir de nouveau un appétit scandaleux, une profonde et féroce envie de manger qui croissait et croissait sans cesse. Elle me rongeait impitoyablemen... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par ballad, le 27 janvier 2013

    ballad
    Je ressors de cette lecture enrichie. Bien plus que de parler uniquement de La Faim, ce roman nous fait un portrait d'homme plongé dans une misère profonde. Certes, on ne connaît rien de son passé, mais on apprend à le connaître un peu grâce à ses actes. Après No et moi, ce livre est donc un bis, si l'on peut dire. Je ne savais pas que ce livre traiterait du même sujet, ni qu'il est autobiographique. Knut Hamsun a en effet souffert de misère et de Faim toute sa vie, tout comme le personnage du roman. Un homme circule dans les rues de Christiania (ancien Oslo), à la recherche d'un logis, d'un peu de nourriture. Mais son comportement est irrationnel. N'ayant plus d'argent, il offre son gilet à un homme qu'il ne connaît même pas. Ayant déjà beaucoup perdu, c'est pour lui une manière de conserver sa dignité, de fuir sa déchéance. Il écrit dans un journal afin de gagner un peu d'argent de temps à autre, pour se maintenir à flot. Mais écrire n'est pas toujours aisé lorsqu'on n'a plus de logis. Parfois il en est réduit à écrire sous un réverbère. Son errance dans la ville devient ainsi de plus en plus fiévreuse. A cause de La Faim, il ne fait plus de différence entre ses rêves et la réalité. Parfois certaines âmes, anonymes pour le lecteur, le sauvent in extremis. Dans la belle préface de Gide, celui-ci dit qu'à cause de son orgueil, «Tout ce qu'il prend ou qu'on lui donne, il le vomit presque aussitôt ». Cet homme est « Quelqu'un qu'attire l'abîme et qui reste sans cesse sur le point de s'y précipiter à cœur perdu. »
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    • Livres 4.00/5
    Par Aline1102, le 22 mars 2014

    Aline1102
    La Faim nous raconte l'histoire d'un écrivain qui ne parvient pas à vivre de sa plume et qui, petit à petit, s'enfonce dans la pauvreté. Luttant jour après jour contre la déchéance qui le menace, ce héros (dont le nom ne nous est jamais clairement révélé) a de moins en moins de temps pour écrire les articles et histoires qui pourraient le sauver de la misère.
    C'est probablement la première fois que je lis un roman où le thème de la psychologie du personnage s'insère aussi bien dans la prose de l'auteur. En général, quand on rencontre un récit "psychologique", celui-ci a tendance à être ennuyant. Avec La Faim, Knut Hamsun parvient à nous décrire les obsessions de son personnage sans jamais nous ennuyer. Il est d'ailleurs impossible de lâcher le roman avant de savoir ce qu'il advient de cet homme qui, pour son art, est prêt à souffrir les pires humiliations et difficultés. Et son destin ne nous est révélé qu'à la toute dernière page du récit...
    J'ai retrouvé, dans La Faim, un véritable "flux de conscience" digne de Virginia Woolf. Les pensées du héros nous sont exposées de manière brute, sans fioritures inutiles et Elles finissent par devenir tout à fait fascinantes malgré le délire qui s'en dégage. C'est homme semble devenir fou sous nos yeux et une série de questions commence alors à s'imposer à notre esprit : devient-il fou à cause de La Faim qui le torture (car il n'a plus d'argent pour se loger ou se nourrir) ? Ou était-il déjà fou avant et cette folie l'empêche-t-elle de finir les récits qu'il commence (en entraînant sa déchéance et sa malnutrition) ? Va-t-il mourir là, sous nos yeux ; ou une bonne âme va-t-elle le sauver in extremis ?
    Une preuve supplémentaire du talent de Knut Hamsun est le fait que le personnage principal se retrouve toujours dans les mêmes situations sans jamais ennuyer ou lasser son lecteur. Dans chaque partie du récit, on retrouve la même structure : le héros tente d'écrire un article qui le rendra célèbre et lui permettra de vivre de sa plume. Il n'y parvient pas et se retrouve à la limite de l'indigence. Quand sa situation semble totalement désespérée et que l'on s'attend à le voir mort dans les pages qui suivent, il parvient à terminer son article et à le faire publier.
    Cette situation se répète encore et encore ; le héros semble accomplir tous les jours le même parcours dans la ville de Kristiana ; et pourtant, on a chaque fois l'impression de lire un Pan inédit de l'histoire de cet homme. Rien n'est lassant dans la plume de Knut Hamsun qui parvient toujours à insérer une sorte de suspense dans ce drame dont on connaît pourtant le dénouement...
    Encore une très belle découverte grâce au Challenge 15 Nobel 2013-2014 de Gwen21.
    Challenge 15 Nobel : 10/15
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    • Livres 3.00/5
    Par colimasson, le 12 août 2013

    colimasson
    Knut Hamsun a su se doter sans le vouloir d'un publicitaire hors-norme en la personne d'André Gide. Ce dernier, pas mauvais déjà pour nous faire percevoir les méandres tortueux de l'âme humaine, écrit pourtant qu'il ne connait pas plus doué que Knut Hamsun pour s'offrir une petite promenade au fond des psychismes malmenés :

    « Ah ! combien toute notre littérature paraît, auprès d'un tel livre, raisonnable. Quels gouffres nous environnent de toutes parts, dont nous commençons seulement à entrevoir les profondeurs ! Notre culture méditerranéenne a dressé dans notre esprit des garde-fous, dont nous avons le plus grand mal à secouer enfin les barrières ; et c'est là ce qui permettait à La Bruyère d'écrire, il y a déjà deux siècles de cela : « Tout est dit ». Tandis que devant La Faim on est presque en droit de penser que, jusqu'à présent, presque rien n'est dit, au contraire, et que l'Homme reste à découvrir. »

    Mais le temps a passé et La Faim ne semble plus si chamboulante qu'elle avait pu le paraître pour Gide, Breton ou Mirbeau, qui en étaient de fervents admirateurs. D'ailleurs, dans le domaine du renouvellement littéraire, ceux-ci œuvrèrent également de manière décisive et ouvrirent peut-être la voie à une lignée d'écrivains qui se chargèrent de contredire La Bruyère en nous faisant comprendre que tout n'a pas encore été dit –en tout cas pas dans toutes les formes décemment imaginables.

    L'histoire de La Faim s'apparente à la quantité des substances ingérées par son narrateur et se résume à peau de chagrin : journaliste sans poste fixe, l'argent ne suffit plus à subvenir à ses besoins et plutôt que d'accepter un poste qui ne convient ni à ses ambitions, ni à ses compétences, et plutôt que de recourir à une mendicité jugée humiliante, le narrateur préfère errer toute la journée dans les rues d'Oslo, gaspillant ainsi ses dernières forces dans l'espoir de faire surgir dans son esprit le papier qui lui rapportera enfin de l'argent et –qui sait ?- de la reconnaissance.

    Qui a déjà essayé de vadrouiller au hasard des rues en se proposant de fixer son attention sur un seul sujet de réflexion sait combien il est difficile de ne pas se laisser perturber par les distractions extérieures et par la volatilité de sa concentration. Notre journaliste n'échappe pas à ce papillonnage et c'est à la lecture de ces pensées éparses que nous convie Knut Hamsun. Virginia Woolf popularisera ce type de narration un peu plus tard avec Mrs. Dalloway, ne parvenant toutefois pas à introduire cet élément perturbateur qui fera toute l'étrangeté du récit de Knut Hamsun : La faim.

    La Faim est représentée sous la forme d' « un essaim de petites bêtes malfaisantes [qui] avaient pénétré dans mon être intime et l'avaient évidé ». Oui mais jusqu'à quel point ? Au moment où le journaliste nous confie cette impression, sa personnalité –quoique déjà un peu bancale- reste encore stable et certaine. Au fil du temps, la fatigue, la famine et la solitude aidant, une déchéance de plus en plus profonde s'installera. Corps et âme ne sont pas séparés et la misère s'inscrit à plusieurs niveaux, dans la moindre résistance de la capacité physique et dans l'impossibilité de plus en plus tenace à mener une réflexion cohérente jusqu'au bout. Cercle vicieux d'abord motivé par la fierté qui empêchera finalement le journaliste d'accéder à toutes ses ambitions littéraires.

    La description de l'état de famine est plus clinique que psychologique. le ton auquel recourt Knut Hamsun est simple et clair. Il nous donne l'impression d'une observation médicale et pourtant, pas une page ne se passe sans que le journaliste ne nous fasse parvenir un listage précis des sentiments et des pensées qui le traversent. Même au faîte de la famine, le journaliste ne nous semblera finalement pas si dérangé qu'il essaie bien de nous le faire croire. Ce caractère continuellement raisonné du discours, bien que permettant une lecture fluide et jamais désagréable, constitue cependant la caractéristique qui ne nous permet pas de suivre André Gide jusqu'au bout de son engouement. Non, Knut Hamsun n'est pas allé se promener jusqu'aux abysses de la psyché humaine : il nous a permis d'en mesurer la profondeur et d'en apercevoir la noirceur, mais au moment de plonger, il s'agrippe aux rebords de la raison. Son discours n'est qu'un écho des dangers auxquels a échappé son personnage. Il en reste, cependant, une velléité d'écriture certainement rare pour un roman publié en 1890.

    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-la-faim-1890-de-knut-hamsun-..
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    • Livres 4.00/5
    Par Leterrier, le 09 mai 2010

    Leterrier

    Trois niveaux de lecture.
    Knut Hamsun avait un peu plus de 30 ans lorsque parut, en 1890, son premier roman publié, Faim. C'est approximativement l'âge que l'on peut supposer à son narrateur. Celui-ci qui vit à Kristiania (Oslo) en exerçant différents petits métiers, comme l'avait fait l'auteur, consacre l'essentiel de son temps à écrire des articles et des essais qu'il espère vendre à un journal pour quelques couronnes. Puis un jour, malgré toutes ses démarches, le travail vient à manquer : "Tous ces refus, ces demi-promesses, ces « non » purs et simples, ces espoirs entretenus puis déçus, ces nouvelles tentatives qui, chaque fois, n'aboutissaient à rien avaient eu raison de mon courage "(p. 2). Commence alors une longue déchéance matérielle et morale dont le roman nous relate, à la 1ère personne, l'inéluctable processus : "Comme j'avais descendu uniment, régulièrement, tout le temps ! Pour finir, je me trouvais étrangement dépourvu de tout, il ne me restait pas même un peigne ou un livre à lire quand tout devenait trop triste" (p. 3). Ayant dû renoncer même à la chambre sordide où il trouvait refuge pour écrire, ce ne seront plus que d'interminables déambulations dans les rues pluvieuses et glaciales de Kristiania, des sommeils sporadiques sur les bancs des jardins publics, l'humiliation des nuits passées au poste de police, de vaines et honteuses tentatives de mendicité comme lorsqu'il se résout à demander une petite pièce à l'employé d'une mercerie : "Je me retirai, malade de Faim et brûlant de honte. Je m'étais transformé en chien pour avoir le plus minable des os et je ne l'avais pas eu !" (p. 84).

    C'est peu dire qu'il connaît la misère car il fait aussi l'expérience de la vraie Faim, celle qui le pousse, après avoir mis au clou tout ce qu'il possède – son gilet, son unique couverture que lui avait prêtée un ami –, à mâchonner des copeaux de bois ramassés dans la rue, des cailloux, une poche arrachée à son manteau, à ronger, malgré les vomissements que cela provoque, un os pour les chiens quémandé chez le boucher.

    Ce premier niveau de lecture suffirait déjà à faire de ce livre un poignant roman social, témoignage d'un réalisme cru, aux limites parfois du supportable, dont l'écho demeure encore malheureusement trop actuel. Mais on soupçonne très vite chez ce personnage une sorte de fascination pour l'abîme où il sombre, comme un vertige pour sa propre déchéance. Car il s'agit aussi, à un second niveau, de la minutieuse relation d'un processus psychologique d'autodestruction. Chaque fois en effet qu'une occasion se présente pour lui de sortir enfin la tête hors de l'eau, d'enrayer l'inexorable déterminisme social qui l'enfonce, il s'arrange, avec une exaltation presque masochiste ou au nom de quelque mystique de la pureté, pour ne pas la saisir, y renoncer fièrement.
    Un épicier lui rend-il par mégarde la monnaie qu'il devait à une cliente, il s'empresse de faire l'aumône de ces cinq couronnes, qui lui auraient pourtant permis de subsister plusieurs jours, à une pauvre vieille marchande de gâteaux à la sauvette : "Quel goût merveilleux cela avait d'être redevenu un homme honnête ! Mes poches vides ne pesaient plus, ce m'était une jouissance que de me retrouver sans un sou" (p. 114). Ulayali, une jeune femme avec qui il a connu une brève aventure - à laquelle d'ailleurs il a volontairement mis fin - lui fait-elle parvenir un billet de 10 couronnes qu'il le jette dédaigneusement au visage de sa logeuse qui vient de l'expulser : "Alors je remis le billet dans l'enveloppe, fis soigneusement une boule du tout, rebroussai chemin et allai jusqu'à La Logeuse qui me guettait encore depuis le portail, et lui jetait le billet à la figure. (…) Voilà ce qu'on pouvait appeler se conduire dignement" (pp. 172-173).
    Un tel type de comportement, qui devient répétitif chez le narrateur, n'a évidemment rien de rationnel dans la condition de dénuement extrême où il se débat ; tout se passe comme s'il se cherchait toujours de bonnes raisons de ne pas s'en sortir. Force est bien de voir là une forme de fascination pour l'échec et une certaine complaisance dans sa propre souffrance. Un échec dont il se tient de surcroît pour responsable et n'aura de cesse de s'auto-punir comme lorsqu'il s'enfuit, honteux d'avoir osé mendier une couronne auprès de l'employé du journal où il pensait placer un article : "Je me mis à courir pour me punir, parcourant au galop une rue après l'autre, m'excitant à progresser par des exclamations bien senties, m'interpellant en silence et furieux envers moi-même lorsque je voulais m'arrêter" (p. 74). Et quand il s'autorise, épuisé, un répit au pied d'un escalier, c'est encore pour s'auto-flageller : "Pour me tourmenter comme il faut, je me relevai et me forçai à rester debout, et je me moquais de moi-même, je me délectais de ma propre prostration. Enfin, au bout de quelques minutes, je me donnai, d'un signe de tête, la permission de m'asseoir. Même alors, je choisis l'endroit le plus inconfortable de l'escalier" (idem). Une souffrance qu'il va jusqu'à s'infliger à lui-même et qui, dans certaines crises de rage, dues peut-être aux affres de La Faim, confinerait presque à de l‘automutilation : "Je recommençai à me martyriser, à me cogner volontairement le front contre les réverbères, à m'enfoncer profondément les ongles dans le dos de la main, à me mordre la langue, dans ma démence, lorsqu'elle ne parlait pas distinctement, et je riais furieusement chaque fois que cela faisait très mal" (p. 81).
    Auto-destruction, auto-punition, auto-mutilation, ironie amère à l'égard de soi-même, on voit combien le fonctionnement de ce personnage relève d'une conscience réflexive – c'est-à-dire bien sûr d'une conscience malheureuse – et ce second niveau de lecture, psychologique et non plus seulement social, doit beaucoup sans doute à l'admiration qu'Hamsun portait alors à Dostoïevski. C'est ce qui confère à ce texte sa portée universelle car si nous, lecteurs, ne sommes pas tous SDF, nous sommes tous plus ou moins concernés par cette exploration des souterrains de nos enfers personnels. Là réside la force exceptionnelle de ce livre : à nous aussi cela fait mal.
    Par ailleurs, si le narrateur met autant de complaisance à entretenir son état de déréliction et sa Faim, ce n'est pas seulement parce qu'il frôle le cas pathologique. La Faim, on le comprend peu à peu, prend surtout ici valeur de métaphore. Ce que confirme le titre lui-même : « Faim » et non pas « La Faim » comme cela figurait sur les traductions antérieures. Il ne s'agit pas seulement de La Faim de nourriture, Faim du corps, Faim contingente, une Faim qu'il serait malgré tout possible d'apaiser. L'absence de l'article suggère bien que l'on passe à un autre registre, à une Faim supérieure, absolue, pour ainsi dire métaphysique.
    A ce troisième niveau de lecture, il y aurait deux façons d'interpréter cette métaphore. Lorsqu'on connaît la difficulté qu'avait Knut Hamsun dans la gestation de ses livres, les affres que lui imposait l'écriture, il est tentant de voir dans La Faim la condition physiologique qu'il s'impose, une sorte d'ascèse, pour accéder à cet état second, douloureux et extra-lucide, qui non seulement accompagne mais de surcroît favorise le processus de création. On comprend mieux alors la complaisance de son personnage pour une situation à laquelle d'autres s'efforceraient d'échapper : écrire, oui, cela implique une souffrance ; mais une souffrance nécessaire dont aucun véritable écrivain n'accepterait de se passer. Ce n'est donc pas pour rien que Knut Hamsun fait de son héros ce graphomane invétéré, trimballant partout avec lui les feuillets qu'il griffonne dans les conditions les plus inconfortables – dans sa chambre glaciale, sur un banc public, sous la pluie. C'est que son dénuement et sa Faim ne constituent qu'une métaphore de la passion de l'écriture.
    Métaphore à double-fond, pourrait-on dire ; puisque cette Faim évoque aussi une soif, soif de connaissance et surtout soif de sens. Soif ou Faim – c'est-à-dire frustration – de ne pouvoir donner sens à la vie, à la « misère de l'homme sans Dieu », pour reprendre des termes pascaliens. D'où cet unique sursaut blasphématoire contre la divinité, qui prend des accents de révolte à la Maldoror : "Je te le dis, à dater de cet instant, je renoncerai à toutes tes œuvres et à tout ton être, je maudirai ma pensée si elle pense encore à toi, et m'arracherai les lèvres si elles recommencent à prononcer ton nom" (p. 126).
    Donner un sens à notre misérable condition humaine, n'est-ce pas précisément cela, écrire ?
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    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 27 juin 2012

    lecassin
    A plus de 30 ans, en 1890, Knut Hamsun (Alias Knut Pedersen) publie son premier opus : « La Faim ».
    Ce travail que la vie même de l'auteur permet de penser très largement autobiographique décrit l'errance de son narrateur dans les rues de Kristiania - en fait Oslo - avant qu'il n'embarque sur un bateau et ne quitte la Norvège pour l'Amérique.
    On découvre un personnage, vivant de petits articles dans les journaux, jusqu'à ce que les commandes viennent à manquer.
    Il découvrira alors, sans le sou et sans toit, l'âpreté des rues pluvieuses de Kristiana, les nuits humiliantes passées dehors et celles non moins humiliantes mais néanmoins réparatrices au poste de Police… Mais plus qu'à toute autre déchéance, il fera l'expérience de La Faim qui le conduira à sucer un morceau de bois ou un os quémandé chez le boucher…
    La Faim qui le mène à la destruction physique et à la folie…
    On peu cependant se poser la question : n'y a-t-il pas plus ou moins consentement de sa part à cette situation qu'à plusieurs reprises il peut briser, tout au moins temporairement : comme une autodestruction ?... On peut le croire quand on le voit donner cinq Couronnes à un mendiant, qu'on vient de lui rendre par erreur, au prétexte de l'honnêteté à retrouver…où de sa dignité elle aussi à retrouver quand il jette ses dix dernières Couronnes au visage de sa logeuse qui vient de l'expulser…
    Selon l'expression consacrée en pareil cas : un livre dont on ne sort pas indemne et que, pour ma part, j'élève au même niveau que les meilleurs Zweig.
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Citations et extraits

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  • Par laurentgui, le 04 juillet 2012

    Je te le dis, ô sacré Baal du ciel, tu n'existes pas, mais si tu existais je te maudirais de telle sorte que ton ciel frémirait du feu de l'enfer. Je te le dis, je t'ai offert mon service et tu l'as refusé, tu m'as repoussé et je te tourne à jamais le dos parce tu n'as pas su reconnaître l'heure de la Visitation. Je te le dis, je sais que je vais mourir et pourtant je te honnis, ô céleste Apis, la mort entre les dents. Tu as employé la force contre moi et tu ne sais pas que jamais je ne fléchis devant l'adversité. Ne devrais-tu pas le savoir ? As-tu formé mon cœur en dormant ? Je te le dis, toute ma vie, chaque goutte de mon sang dans mes veines se fait une joie de te honnir et de conspuer Ta Grâce. A dater de ce moment, je renonce à toi, à tes pompes et à tes œuvres, je jetterai l'anathème à ma pensée si jamais elle te pense, je m'arracherai les lèvres si jamais elles prononcent ton nom. Si tu existes, je te le dis le dernier mot de la vie et de la mort, je te dis adieu. Puis je me tais, je te tourne le dos et vais mon chemin...
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  • Par ballad, le 27 janvier 2013

    L’obscurité régnait autour de moi, tout était tranquille, tout. Mais dans les hauteurs bruissait le chant éternel de l’atmosphère, ce bourdonnement, lointain, sans modulation, qui jamais ne se tait. Je prêtai si longtemps l’oreille à ce murmure sans fin, ce murmure morbide, qu’il commença à me troubler. C’étaient certainement les symphonies des mondes tournant dans l’espace au-dessus de moi, les étoiles qui entonnaient un hymne…
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  • Par colimasson, le 08 janvier 2014

    Un monstre de voiture de boulanger passe devant moi et frôle ma jaquette de sa roue ; si j’avais été plus prompt je m’en serais tiré absolument indemne. […] je perçus une douleur à l’un de mes pieds, quelques orteils furent écrasés ; je les sentis pour ainsi dire se recroqueviller dans mon soulier.
    […] Je me dirigeai vers un banc du plus vite que je pouvais ; tous ces gens qui s’arrêtaient, les yeux fixés sur moi, me déconcertaient. A la vérité ce n’était pas un coup mortel, j’avais eu relativement de la chance, du moment qu’il fallait que le malheur arrivât. Le pire était que mon soulier avait été écrasé, mis en pièces, la semelle arrachée au bout. Je levai le pied et vis du sang dans l’ouverture béante. Bah ! cela n’avait pas été fait volontairement de part ni d’autre ; l’homme n’avait pas eu l’intention d’aggraver mon triste état : il avait l’air très effrayé.
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  • Par colimasson, le 06 janvier 2014

    L’adversité avait pris le dessus, elle avait été trop rude ; j’étais extraordinairement délabré, je n’étais plus que l’ombre de ce que j’avais été jadis. Mes épaules s’étaient affaissées, toutes déjetées sur le côté, et j’avais pris l’habitude de marcher complètement courbé pour protéger ma poitrine du mieux que je pouvais. J’avais passé l’inspection de mon corps quelques jours plus tôt, un après-midi dans ma chambre, et j’avais pleuré sur lui durant tout ce temps. Depuis bien des semaines, je portais la même chemise, elle était roide de vieille sueur et m’avait rongé le nombril. Il sortait de la plaie un peu d’eau sanguinolente, ce n’était pas douloureux, mais c’était affligeant d’avoir cette plaie au beau milieu du ventre. Je n’avais pas de remède là contre et la plaie ne se refermait pas toute seule ; je la lavai, l’essuyai soigneusement et remis la même chemise. Il n’y avait rien à faire…
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  • Par laurentgui, le 04 juillet 2012

    La seule chose qui me gênât un peu, c'était, malgré mon dégoût de la nourriture, la faim quand même ? Je commençais à me sentir de nouveau un appétit scandaleux, une profonde et féroce envie de manger qui croissait et croissait sans cesse. Elle me rongeait impitoyablement la poitrine ; un travail silencieux, étrange, se faisait là-dedans. On eût pu croire à une vingtaine de fines petites bestioles qui penchaient la tête d'un côté et rongeaient un peu, penchaient la tête de l'autre et rongeaient un peu, restaient un moment tranquilles, recommençaient, se frayaient un chemin sans bruit et sans hâte et laissaient des espaces vides partout où elles avaient passé...
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Lionel Duroy présente Knut Hamsun, "La Faim", le livre de Poche
La seule chose qui me gênât un peu, c'était, malgré mon dégoût de la nourriture, La Faim quand même. Je commençais à me sentir de nouveau un appétit scandaleux, une profonde et féroce...











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