Johan Nilsen Nagel, étranger habillé constamment de jaune (jaune comme le soleil dont le rayonnement éclaire et réchauffe mais aussi ébloui et aveugle ?) débarque d'on ne sait où et s'installe pour un temps dans une petite ville norvégienne.
C'est un homme étrange qui suscite la curiosité mais aussi une certaine inquiétude auprès des habitants : le cerveau constamment en ébullition, à la spontanéité menant facilement au déraillement des pensées, ses propos étonnent et déroutent à la fois. Poussant la contradiction au paroxysme, il est aussi généreux, altruiste et honnête qu'il est menteur, manipulateur et escroc. Ne serait-il pas tout simplement atteint de folie ?
Une seule certitude, cet homme torturé est un homme qui a autant de compassion pour les âmes sensibles et justes, solitaires et rejetées que du mépris pour l'autoritarisme et la « grandeur » des hommes illustres. Etre renommé ne veut pas dire qu'on a l'esprit noble ! Pour Nagel, tout n'est que bluff et imposture, tout n'est que mensonge et vérité tronquée. Les hommes ne sont que des troupeaux qui trottinent volontiers derrière un chef et n'ont que trop tendance à se fier aux apparences que pour être facilement menés par le bout de leur nez. Il faut sans cesse traquer et aller au-delà du paraître, puiser dans les profondeurs de l'âme humaine et aiguiser sa capacité à entendre et comprendre ce qui se cache « derrière ».
Le récit emprunte souvent le chemin des rêveries, contes et fantaisies, faisant apercevoir une réalité autre, un peu floue, une réalité imaginaire, cachée, différente et mystérieuse. C'est dans ces moments là que Nagel devient conteur, prenant les apparences d'un prédicateur livrant ses paraboles, enrichissant les hommes de sensations et de connaissances nouvelles.
On ne peut s'empêcher de faire un parallèle entre ce personnage principal et l'auteur lui-même tant ils semblent partager de nombreux points communs : volontiers pessimistes, désabusés et contestataires tout en étant sensibles et romanesques, ne comprenant pas la façon de penser des hommes, méprisant la société moderne, conteurs et
Rêveurs, ils se sentent différents, à jamais étrangers et en marge de la société. Même l'amour qui pourrait sauver les hommes et offrir un rempart de protection contre l'incertitude du monde échoue lamentablement, seuls les amours impossibles semblent demeurer et par delà-même, précipiter encore un peu plus la chute et le désœuvrement. Il ne semble pas y avoir beaucoup de consolations dans ce monde…
Cette errance solitaire et ce sentiment d'étrangeté n'étant toujours bien assumés, la question lancinante du suicide revient plusieurs fois hanter le récit en tant qu'ultime recours pour quitter – encore faut-il en avoir le courage - ce monde méprisant mais aussi débarrasser la terre de l'humanité.
Un roman assez déroutant et riche en symboliques qui malgré les multiples interprétations que nous pouvons en faire, semble malgré tout nous échapper indéfiniment. Une première incursion dans l'œuvre de
Knut Hamsun (prix nobel de littérature en 1920) qui n'en restera certainement pas là tant les thématiques de son œuvre semblent riches et intéressantes.
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