Note moyenne : 3.5/5 (sur 2 notes)
Hiroshima : Fleurs d'été2Ajouter à mes livres
C'est une expérience limite, une plongée dans l'horreur, que retrace le poète Tamiki Hara (1905-1951) dans trois nouvelles réunies sous le titre de l'une d'entre elles, Fleurs d'été. Ces textes furent à l'origine d'un genre ... > voir plus
« Une neige poudreuse tombait depuis le matin. Un voyageur qui venait de passer la nuit dans cette ville, attiré sans savoir pourquoi par le charme de la neige fine, s'en allait à pied en direction du fleuve. » Certaines lectures me plongent directement au cœur du roman. Je me sens investi d'une mission, celle de m'identifier au héros d'un jour, d'une page. Il me n'en a pas fallu guère plus que ces trois lignes, pour que mon esprit se sente au cœur du Japon, me prenne pour cet hypothétique voyageur et ressente ces flocons de neige d'un blanc immaculé venus recouvrir les trottoirs de la ville, comme les pétales de cerisiers sur le parc Ueno un après-midi d'avril où la brise s'est agitée… Cette entrée en matière dans la ville d'Hiroshima pourrait être une ode à la beauté, un instant poétique pour une âme vagabonde. Sauf que l'action se situe en plein été de 1945. Tamiki Hara propose ainsi 3 courtes nouvelles sur la ville d'Hiroshima - avant, pendant et après l'explosion de la première bombe atomique. La poésie laisse place à l'horreur, une horreur aussi pure que glaciale qui me plonge dans un regard extatique et profond de ce que peut être la terrible violence de l'humanité. Je me demande toujours comment l'Homme possède en lui autant de cruauté et d'irresponsabilité pour massacrer aveuglément ses concitoyens. Assurément, la date du 06 Aout 1945, 8h15, marquera de façon indélébile la défaite de l'humanité.
Prélude à la destruction (Kaimatsu no jokyoku)
Fleurs d'été (Natsu no hana)
Ruines (Haiko kara)
Un ordre inéluctable. Un rythme se précipitant progressivement, se figeant soudainement, puis redémarrant doucement. Triptyque autour de l'indicible, de ce qui n'a pas de sens, du chaos. La vie avant, pendant,après. C'est précisément ce que retranscrit dans ce livre plein d'une douloureuse pudeur Tamiki Hara, qui amorcera ainsi un mouvement de la littérature de la bombe (Genbaku bungaku).... http://lelabo.blogspot.com/2007/10/tamiki-hara-hiroshima-fleurs-dt.html
J’eus la vie sauve parce que j’étais aux cabinets. Ce matin du 6 août, je m’étais levé vers huit heures. La veille au soir il y avait eu deux alertes aériennes mais rien ne s’était passé. Un peu avant l’aube je m’étais déshabillé et, chose que je n’avais pas faite depuis longtemps, je m’étais couché en kimono de nuit. Je me levais et entrai dans les cabinets sans répondre à ma sœur qui, en me voyant encore en caleçon, grommela que je me levai bien tard.
Quelques secondes plus tard, je ne sais plus exactement, il y eut un grand coup au-dessus de moi et un voile noir tomba devant mes yeux. Instinctivement je me mis à hurler et, prenant ma tête entre mes mains, je me levai. Je n’y voyais plus rien et n’avais conscience que du bruit : c’était comme si quelque chose telle une tornade s’était abattu sur nous.
Shôzô pensait que l’alerte n’allait plus tarder. Effectivement, l’imposante sirène se mettait à hurler dans le noir, venant de toutes les directions à la fois. Quelle horrible plainte, à la fois basse et suraigüe ! On aurait dit les gémissements d’une bête blessée. Comment les historiens la qualifieraient-t-ils plus tard ?