"Depuis que je ne sors presque plus je passe beaucoup de temps dans un des fauteuils, à relire les livres. Je ne me suis intéressée que récemment aux préfaces. Les auteurs y parlent volontiers d'eux-mêmes, ils expliquent pour quelles raisons ils ont rédigé l'ouvrage qu'ils proposent. J'en suis surprise: n'était-il donc pas plus évident dans ce monde-là que dans celui où j'ai vécu de transmettre le savoir qu'on a pu acquérir? Ils semblent souvent sentir la nécessité de préciser qu'il n'y a pas d'immodestie dans leur entreprise, qu'on leur a demandé d'écrire et qu'ils ont hésité avant d'y consentir. Comme c'est curieux! Cela donne à penser que les gens n'étaient pas avides de s'instruire et qu'il fallait demander à être excusé de vouloir communiquer ses connaissances."
Juste après avoir lu
L'orage rompu de
Jacqueline Harpman, j'ai attaqué la lecture de
Moi qui n'ai pas connu les hommes, dont je viens de vous donner l'incipit.
Comme pour ma précédente lecture, ce roman contient plusieurs éléments susceptibles de me faire 'accrocher' dès les premières lignes: un brin de mystère (dans quel monde se trouve donc la narratrice?), la transmission du savoir, et bien sûr les livres, que ce soit leur lecture ou leur rédaction.
Ce n'est sans doute pas une lecture qui conviendrait à mes élèves, la plupart trouveraient probablement "qu'il ne se passe rien dans ce bouquin" ;-) cependant je ne suis pas du tout d'accord. Il me semble que
Jacqueline Harpman réussit ici à nous conter une sorte d'apologue sur notre condition humaine, avec des éléments qui me rappellent l'allégorie de la caverne, tout en réussissant à ménager un suspense assez fort et assez intrigant pour qu'on soit tenté de lire jusqu'au bout.
Ce que j'ai d'ailleurs fait, et d'une seule traite. Même si on sait dès le début qu'au bout il ne peut y avoir rien d'autre que la mort.
A ceux qui souhaiteraient lire ce livre, je conseillerais de ne pas lire le quatrième de couverture. C'est aussi pour préserver leur plaisir de la lecture que je n'en dirai pas plus sur le contenu ;-)
Lien : http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/06/12/j-comme-jacqueline..