> Brice Matthieussent (Traducteur)

ISBN : 2264031743
Éditeur : 10-18 (2001)


Note moyenne : 3.54/5 (sur 13 notes) Ajouter à mes livres
Après La route du retour, ce nouveau livre de Jim Harrison confirme s'il en était besoin le goût pour le nomadisme et les grands espaces de l'auteur. "Le voyage sans destination particulière, dit-il, est mon mécanisme de survie." Pourtant, il n'... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 3.00/5
    Par Thyuig, le 14 avril 2012

    Thyuig
    Trois longues nouvelles composent ce recueil de Jim Harrison. Dans la première, "En route vers l'Ouest", Harrison convoque à nouveau pour notre plus grand plaisir le personnage de Chien Brun, déjà croisé par ailleurs dans La femme aux lucioles et Julip. Chien Brun est un rêve de personnage, parfait candide découvrant à pas d'homme la marche d'un monde qu'il ne comprend pas. Aussi le rejoignons-nous alors qu'il arrive à pieds à Los Angeles, à la recherche de Lone Marten, activiste indien mais surtout escroc, coupable d'avoir emporté avec la voiture qu'ils partageaient, une peau d'ours dont Chien Brun ne se sépare jamais. Harrison prend un plaisir évident à confronter la candeur naturelle de Chien Brun à la facticité du monde de LA, symbolisé dans toute sa folie par le personnage de Bob, sorte d'épouvantail écrivain et scénariste à Hollywood, boulimique et prétentieux, mythomane aussi, un héros rabelaisien qu'Harrison confronterait à son Candide voltairien.
    Rien de nouveau ici mais un plaisir évident et décuplé à mesure que Chien Brun et Bob partagent ensemble cette tentative de rapt sur Peau d'Ours. On pense un peu à Dortmunder, personnage tout aussi culte développé dans les polars de Donald Westlake et finalement, le rire ne m'a jamais accompagné autant chez Harrison qu'avec cette première nouvelle.
    Pour la suivante, "La bête que Dieu oublia d'inventer", Harrison se coltine à un autre de ses pensum qui inéluctablement revient à chacun de ses livres : la maladie. Ici elle s'est muée en conséquence d'un accident de moto donnant lieu à une hémorragie cérébrale débouchant sur une déficience qualifiée de "prosopagnosie", autrement dit une absence totale de mémoire visuelle qui oblige Joe à voir "tout pour la première fois, encore et encore". Nouvelle difficile à lire, déjà parce que Jim HArrison a déjà traité avec grande finesse ce sujet de la déficience dans nombre de ses romans, que l'on pense particulièrement à Retour en terre et la terrible agonie de Donald, à la tragique fin de Dalva, à l'infirmité incapacitante de Robert Strang dans Faux soleil ou bien à la cruelle blessure de Joseph dans Nord-Michigan. Harrison est obsédé par la douleur et la maladie, visiblement, selon lui, elles font naître chez l'être humain une perception et une acuité, un sentiment et une sensibilité qu'il est bien difficile d'atteindre par ailleurs. le problème de "la bête que Dieu oublia d'inventer" est que la nouvelle tend des ficelles par trop visibles et que même la légendaire finesse d'Harrison ne parvient à nous faire totalement oublier le processus un peu facile de redaction de celle-ci.
    Pour la dernière, "J'ai oublié d'aller en Espagne", l'auteur s'accapare d'un thème cher aux écrivains américains : l'écrivain que je ne suis pas. le concept n'existe qu'en réaction à Hemingway et son parcours victorieux au sein du vingtième siècle d'une Europe sanguinolente. Ici le narrateur écrit des Biocompactes, mini biographies écrites au kilomètre pour apprendre la vie d'un être illustre sans risquer le claquage de cerveau et ce narrateur, la cinquantaine bien affirmée, découvre à son corps défendant que malgré le succès et la vie facile que lui octroient ses fameuses Biocompactes, il ne vit pas la vie rêvée qu'il désirait.
    Nouvelle assez rejouissante car pétillante de bons mots, elle ne fait pourtant naître aucune empathie envers le narrateur : qu'il se soigne ou plonge dans la dépression, on s'en moquerait presque. Pas certain au final que le but d'Harrison ait été atteind sur ce coup-là. A lire tout de même pour ceux qui douteraient que Jim Harrison serait autre chose que cet écrivain des grands espaces, non, il est aussi de manière moins rejouissante cet écrivain du petit sérail de la littérature mondiale, un rien nombriliste et caricature d'elle-même.
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Citations et extraits

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  • Par Thyuig, le 03 avril 2012

    Au cours de son existence passée dans les bois, Chien Brun avait vu trois oiseaux différents - un corbeau, un faucon à queue rouge et une humble grive - tomber raides morts de leurs perchoirs respectifs et une autre fois, alors quil pillait illégalement une épave dans le lac Supérieur à une profondeur d'une centaine de pieds, une très grosse truite de lac choisit ce moment pour se laisser choir lentement, toute tremblante et sans vie, vers le fond du lac. L'espace d'un instant, il fut tenté d'aller l'y ramasser et de la glisser dans son sac de plongée avec quelques accessoires en cuivre prélevés sur le bateau coulé, mais il pensa aussitôt que ce poisson venait de mourir en paix et que ce ne serait pas bien de le faire griller, de l'arroser de sauce piquante pour finir par le transformer en étron.
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  • Par Thyuig, le 05 avril 2012

    Il s'efforça d'ouvrir cette conserve avec ses mains glacées et la lâcha aussitôt en se coupant le doigt. Puis il tenta vainement d'ôter de la viande les aiguilles de pin, les fragments de feuille ainsi que son propre sang, avant de la fourrer dans sa bouche. La conserve lui fit trois bouchées et il ne trouva rien à boire hormis quelques centilitres de schnapps à la banane dans une bouteille poussiéreuse quon lui avait donnée, car ce liquide faisait également office de lotion antimoustiques. Au cours de l'indigestion qui s'ensuivit, il se dit que l'inventeur du schnapps à la banane aurait bien mérité de se faire botter le cul.
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  • Par Thyuig, le 14 avril 2012

    "Espèce de trouduc", a-t-elle dit en riant.
    Les féministes qui nous décrivaient jadis comme des êtres "en manque" nous traitent aujourd'hui de "trouducs", ce qui est charmant.
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