M John Harrison prix Nobel ?
J'y reviendrai après. D'abord quelques commentaires sur ce "Centauri Device", roman qu'il aurait renié par la suite, mais il y a acquis un ton propre, qu'il n'avait pas encore dans la très moorcockienne Cité Pastel. Harrison se lance dans la métaphore hardie, les images dissonantes, l'évocation déroutante, la suggestion, l'élipse. Déroutant, difficile à suivre au début, jusqu'à ce que je m'habitue au style et au rythme des phrases et du récit, et aux images, que j'ai fini par goûter, relire et retourner dans ma tête pour me faire regretter de ne pas l'avoir lu en anglais.
De quoi dérouter l'amateur de SFclassique, d'autant plus qu'il s'agit de Space Opera, genre où historiquement on colonisait glorieusement la galaxie en menant une guerre à outrance contre des extra-terrestres à yeux pédonculés, alors qu'ici le héros est un looser, camé, pourchassé, manipulé, balloté de tabassage en captivité, de mutilation en génocide. L'histoire est noire, la vision de l'humanité pessimiste et - c'est le gros défaut de ce livre je trouve - beaucoup trop ancrée dans la vision politique que l'auteur a de son temps, avec ce conflit israélo-arabe fusionné en guerre froide et propulsé dans l'espace. le pire sans doute est la présence d'un musicien psychédélique tout droit sorti de Woodstock. Ce genre de choses ne sent souvent plus très frais après 10 ou 15 ans, alors 35...
Mais une fulgurante originalité côtoie ce trivial, comme ce groupe d'esthètes anarchistes pilotant des astronefs aliens aux noms farfelus (voir les citations) ou la secte exhibionniste obsédée littéralement par le souci de la transparence, ou ces astronefs en forme de boulons avec vrai pas de vis qui sont la marque la plus flagrante d'une ironie saupoudrée à des degrés divers dans tout le livre. Et tout ça en 300 pages foisonnant de thèmes, alors qu'on est obligé de découper d'autres auteurs de Space Op en pavés d'un kilo. Bref un auteur déroutant, que j'ai envie de découvrir dans ses oeuvres de la maturité.
Et alors sinon, pourquoi le prix Nobel ? C'est
China Mieville qui s'indigne, dans la préface de Things that never Happen (recueil de nouvelles d'Harrison), qu'il ne l'ait pas encore reçu. Je ne prononcerai pas, mais en France, où on n'a traduit de lui que des romans de SFFF, il est irrémédiablement enfermé dans le ghetto, j'en ai peur.