Il est un héros sans nom, un réfugié en perdition dans un appartement sordide de Hongrie où il a trouvé refuge contre la guerre civile qui déchire son pays. Un refuge certes, pour son corps, mais non pour son esprit qui ne parvient pas à trouver d'apaisement. Lentement,... > voir plus
Et à mesure que nous descendions, le monde que je laissais au-dessus de moi, mon passé, mon présent, les gens et leurs affaires, les choses qui les rassemblaient, les pensées mesquines et futiles, les idées et les projets avec lesquels nous vivons là-haut, les soucis et les réflexions, la colère et l'amertume, les joies et les bonheurs apparents, la comédie entre la naissance et la mort, l'incertitude, la certitude fallacieuse ---tout cela s'éloignait de moi progressivement mais de manière perceptible. Ou plûtôt, sortait de moi. Le monde me libérait de ses liens, il me rendait ma liberté.
Diogène secoua la tête.
-Tu ne comprends pas. Les aveugles n'ont pas besoin de la vérité. Ils sont très heureux dans leur monde fallacieux, mais douillet. Qu'est-il arrivé aux voyants qui ont voulu décrire le monde réel aux aveugles? Qui les a écoutés?
-Mais les temps changent. Il peut venir une génération qui croira peut-être les voyants.
Qu'une maison soit construite en brique grossière ou en verre étincelant, au bout de dix, cent, mille ans, le sable dont ils sont faits sera toujours du sable. Que dit l'Ecriture : "Tu es poussière..."
-Ce ne sont que des lieux communs.
-Ne fais jamais fi des lieux communs. Ce sont des vérités pétrifiées. Il faut du courage pour essayer de briser ces pierres.