Au cours de longs séjours dans une bourgade du Rwanda, Jean Hatzfeld a tissé des liens de confiance avec des rescapés Tutsis du génocide et les a convaincu de sortir de leur silence.
Dans un langage simple, parfois poétique ou philosophique, ils ont accepté de ra... > voir plus
Jean Hatzfeld, journaliste, a entrepris un travail de mémoire auprès des Tutsis rescapés de l'entreprise d'extermination programmée par les Hutus d'avril à mai 1994. Leurs terribles récits sont bouleversants et une question y revient comme un leitmotiv: pourquoi tant d'acharnement? Mais aucun ne réussit à trouver une réponse.
Chaque témoignage est une révélation supplémentaire des capacités qu'a l'homme de se tranformer en un mal absolu.
A la manière de Raymond Depardon, qui a accompagné le travail de Jean Hatzfeld par des photographies des rescapés, l'auteur garde ses distances avec l'événement, restant le plus objectif possible et permettant ainsi au lecteur d'apprécier toute la force de ces paroles venues du nu de la vie.
Un livre bouleversant sur le génocide rwandais de 1994. Jean Hatzfeld a recueilli ldix témoignagnes de rescapés du massacre. Chaque témoignage est précédé d'une courte présentation du témoin et de son environnement. Des récits d'une atrocité souvent insupportable mais dont la lecture éclaire la face sombre de l'humanité.
Ce livre a été suivi par "Une saison de machettes", incroyable témoignage de quelques-uns des génocidaires.
Deux livres fascinants sur un événement majeur de l'histoire contemporaine.
J'ai déjà pleuré, mais ils ont quand même tué mon papa, ma maman. J'ai pleuré mais je n'ai rien à manger, je n'ai pas de toit sur ma tête. J'ai pleuré mais je n'ai rien pour aller à l'école, maintenant je ne veux même plus pleurer, ni pour moi ni pour personne.
Il m'a dit: "Innocent, on va vous exterminer." Je lui ai rétorqué: "Non, je ne crois pas. Nous allons souffrir une fois de plus, mais nous allons sûrement nous sauver." Il m'a répété: "Innocent, écoute-moi, je dois te dire que vous allez tous mourir". Plus tard, j'ai croisé ce collègue dans le quartier, il se baladait dans une camionnette de militaires du camp de Gako, il désignait du doigt les portes de ceux qu'il fallait tuer. Il m'a vu, il a simplement repris son occupation.
Je sais aussi, désormais, qu'un homme peut devenir d'une méchanceté inouïe très soudainement. Je ne crois pas à la fin de génocides. Je ne crois pas ceux qui disent qu'on a touché le pire de l'atrocité pour la dernière fois. Quand il y a eu un génocide, il peut y en avoir un autre, n'importe quand à l'avenir, n'importe où, au Rwanda ou ailleurs; si la cause est toujours là et qu'on ne la connaît pas.
Souvent, ils organisaient des embuscades. lls se dissimulaient en silence dans un endroit, des collègues à eux débarquaient derrière nous afin de nous rabattre comme des antilopes vers là où les tricheurs étaient cachés. Et ils nous tuaient ainsi en plus grand nombre. Des safaris du Kilimandjaro, en quelque sorte, sans les appareils photo.