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ISBN : 2020679132
Éditeur : Editions du Seuil (2005)


Note moyenne : 4.17/5 (sur 77 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
En 1994, au Rwanda, 800 000 Tutsis ont été massacrés, en douze semaines, par leurs concitoyens hutus. Soit près de 10.000 personnes par jour, principalement à la machette. Jean Hatzfeld, journaliste à "Libération", avait déjà rendu compte de ce génocide sans précédent e... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 03 juillet 2012

    carre
    Il y a des livres comme celui de Jean Hatzfeld qui vous bouleverse bien au-delà de l‘imaginable, cette plongée au cœur du génocide Rwandais, vous secoue les tripes, vous met le cœur à l‘envers. Comment des hommes, des maris, des pères, des frères sont devenus ces monstres de cruautés du jour au lendemain ?Les Hutus vont pendant plusieurs semaines assassinés méthodiquement plus de 800000 tutsies, avec cet insoutenable rythme calqué sur un journée de travail ordinaire. Hatzfeld donne la parole à dix des leurs, le récit prend toute sa force dans ces aveux, l'horreur au quotidien, l'abominable, cette traque implacable, inhumaine, ou chacun fait « le boulot » sans réfléchir.
    Hatzfeld entrecoupe les témoignages de ces assassins pour faire un parallèle avec la Shoah. montrant que les mécanismes pour arriver à une telle tragédie sont malheureusement les mêmes. Il suffit de peu pour réveiller les haines viscérales, amenant à des massacres à jamais marqué du sceau de la honte et de l'abject.
    A l'image de l'un des bourreau tentant une explication rationnelle, tout impossible qu'elle est :"Tuer, c'est très décourageant si tu dois prendre toi-même la décision de le faire, même un animal. Mais si tu dois obéir à des consignes des autorités, si tu as été convenablement sensibilisé, si tu te sens poussé et tiré; si tu vois que la tuerie sera totale et sans conséquence néfastes dans l'avenir, tu te sens apaisé et rasséréné. Tu y vas sans plus de gène...."
    Tout est dit.
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    • Livres 5.00/5
    Par zorazur, le 06 janvier 2012

    zorazur
    On se lève le matin, on embrasse sa femme et ses enfants, et on part faire son travail, muni de ses outils de travail, et remplir ses taches quotidiennes. Puis on rentre le soir, on embrasse sa femme et ses enfants, on dîne, on se couche, la vie continue. Et les jours se suivent, tous pareils les uns aux autres. Rien de spécial à signaler, quoi... Une vie banale, somme toute.
    Sauf que le travail quotidien et les tâches à accomplir, c'est d'aller massacrer des Tutsis. Et l'outil c'est la machette.
    Voilà ce que racontent, sur un ton froid et détaché, comme on raconte une journée de travail la plus ordinaire qui soit, les personnages du livre de Jean Hatzfeld. Au-delà, il n'y a rien. Pas d'humanité, pas de sentiments, pas d'âme. Et en toute logique, pas de regrets.
    Il y a quelque chose du livre de Robert Merle "La mort est mon métier" dans cette terrifiante série de témoignages. Ou comment on peut devenir un tueur sans s'en rendre compte, juste parce que c'est normal de faire ce qu'on nous dit de faire.
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    • Livres 5.00/5
    Par le-mange-livres, le 06 avril 2012

    le-mange-livres
    Je commence par vous dire que j'ai pris un retard phénoménal dans la rédaction de mes billets, par manque de temps et, il faut bien le dire, aussi un peu par flemmardise aiguë. Bref, les livres s'entassent (et il y en a déjà trois qui attendent impatiemment !). Je débute mon plan rattrapage par le dernier livre que je finis à l'instant (quelle bonne résolution !).
    Et il s'agit d'un essai passionnant, du journaliste Jean Hatzfeld, dont j'avais déjà lu la splendide Stratégie des antilopes ; essai qui fait partie d'une trilogie que je lis complètement à l'envers. Je suis tombée en effet au Bleuet (ma librairie préférée dont je redirai un mot plus tard) sur La stratégie des antilopes qui est en fait le troisième volet de la série ; La saison des machettes est le deuxième ; il me reste donc encore le premier :Dans le nu de la vie.
    Un essai passionnant, disais-je, sur le génocide rwandais, sur lequel mes connaissances étaient finalement assez lacunaires avant de lire Hatzfeld. le journaliste, qui a noué des amitiés dans cette région des Grands Lacs, se consacre à analyser le processus génocidaire à l'échelle de la commune de Nyamata (une petite cinquantaine de kilomètres au sud de la capitale Kigali). Après avoir interrogé les rescapés (La stratégie des antilopes), il se consacre ici aux tueurs.
    C'est un ouvrage qu'il est impossible de lâcher, ce qui tient au sujet, mais aussi à la démarche de l'auteur.
    Le sujet d'abord. Un génocide dont la rapidité stupéfie : d'avril à mai 1994, 800 000 Rwandais (principalement Tutsis) sont assassinés en moins de 100 jours. Un génocide qui soulève nécessairement la lancinante question du « pourquoi ? », et qui surprend sans cesse, en balançant entre traits communs des génocides – Hatzfeld opère de fréquents rapprochements avec le génocide juif, notamment au travers des travaux d'Hilberg ou de Browning – mais aussi une originalité profonde. L'entrée par les coupables, ces bourreaux ordinaires, qui, pendant trois mois, ont totalement délaissé les travaux des champs, pour poursuivre pendant des heures les Tutsis réduits à se cacher dans les marais, est à mon sens encore plus passionnante que l'entrée par les rescapés (« Ce monsieur tué sur la place du marché, je peux vous en raconter un souvenir exact, car il est le premier. Pour d'autres, c'est plus fumeux, je n'en ai plus trace dans ma mémoire. Je les ai considérés sans gravité. Je n'ai même pas repéré, à l'occasion des meurtres, cette petite chose qui allait me changer en tueur », page 31).
    On a l'impression d'un décalage hallucinant entre le discours des coupables des tueries et la gravité de leurs actes dont ils ne semblent prendre qu'épisodiquement conscience, en témoigne leur conception du pardon.
    On en ressort ahuri et hébété, en comprenant sans la comprendre la mécanique de ces massacres dans la folie desquels ont été emportés les Rwandais (« La règle numéro un, c'était de tuer. La règle numéro deux, il n'y en avait pas. C'était une organisation sans complication », page 14).
    La démarche, ensuite. Il ne s'agit pas d'un roman, mais pas exactement d'un reportage non plus. Hatzfeld s'est entretenu, pendant plusieurs semaines, avec un groupe de Hutus emprisonnés, et ces entretiens sont en partie retranscrits, sous forme de matériau assez brut (sans commentaires), dans des chapitres classés thématiquement (« la première fois », « l'apprentissage », « le goût et le dégoût », « le pardon » …). Entre ces chapitres, le journaliste intercale des chapitres écrits (« un huis clos », « la disparition des réseaux », « à la recherche du juste »), qui rassemblent des réflexions à la fois sur le génocide en lui-même, mais aussi sur sa propre démarche d'enquêteur et les biais qu'elle peut induire. Cette architecture originale permet de reconstruire progressivement, comme en plusieurs « couches », le canevas du génocide, dans ses nuances extrêmement complexes, et ses suites : « Les rescapés cherchent la tranquillité dans une partie de la mémoire. Les tueurs la cherchent dans une autre partie. Ils n'échangent ni la tristesse, ni la peur. Ils ne demandent pas la même assistance au mensonge. Je crois qu'ils ne pourront jamais partager une part importante de vérité » (paroles d'une rescapée, pages 182-183).
    Bouleversant de bout en bout, et, ce qui ne gâche rien, très bien écrit. Bref, indispensable.
    C'est pour qui ? Sans hésiter Cathy et Vincent (mais je le recommande très vivement à tout le monde !)

    Lien : http://le-mange-livres.blogspot.fr/2010/08/une-saison-de-machettes-j..
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    • Livres 4.00/5
    Par BVIALLET, le 12 avril 2012

    BVIALLET
    Personne ne peut ressortir indemne de la lecture d'un tel livre . On est forcément éclaboussé , bouleversé . C'est une descente aux enfers , au plus profond de la férocité , de la sauvagerie , de la monstruosité humaine . Jean Hatzfeld nous y présente tous les éléments nécessaires pour comprendre vraiment le génocide tutsi au Rwanda en 1994 et pour cela mérite amplement son prix "Fémina- Catégorie Essais" .
    Rappel des faits : en moins de trois mois , les Hutus massacrèrent 800 000 Tutsis , la plupart du temps en les décapitant à l'arme blanche . L'auteur qui , dans un livre précédent avait recueilli les témoignages des rescapés pleins de honte , s'attache à aller dans une prison interroger cette fois des tueurs sans complexes . Et ce qui frappe le plus , c'est le calme , la franchise , la naïveté même de leurs déclarations . Ils ont fait cela parce qu'ils en avaient reçu l' ordre , que tout le monde s'y était mis à la mort du président hutu et qu'il y avait beaucoup à gagner grâce aux pillages qui allaient avec .
    Bien sûr , le livre , par le biais des annexes ( présentation du contexte historique , politique et sociologique ) montre l'importance de la propagande anti-tutsi à la radio , le climat de guerre civile du pays , le départ précipité de tous les blancs , de toutes les autorités morales et donc cette impression de vide et d'impunité totale qui régnait à ce moment .
    Mais quand même , pas un mot de repentir chez ces simples paysans , qui pendant cent jours traquaient leurs voisins tutsis pour les trucider à la machette jusqu'au fin fond des marais . Ils faisaient cela méthodiquement comme s'ils avaient eu affaire à du bétail .Un seul regret : n'avoir pas pu mener complètement cette tâche à son terme !!!Le lecteur en a froid dans le dos . D'autant plus que l'auteur fait des rapprochements avec d'autres génocides ( khmer , arménien , gitan et surtout celui des juifs , bien sûr .)
    Tous les mécanismes psychologiques de manipulation des masses sont pratiquement les mêmes . Seuls les moyens employés furent différents , industriels d'un côté , artisanaux de l'autre . Au Rwanda , on peut même parler de génocide de proximité . Alors qu'un occidental ne voit pas de différence entre un hutu et un tutsi , eux la font très bien ... et c'est le début du racisme: un peuple est plus grand par la taille , plus fin par les traits du visage , l'un est cultivateur , l'autre éleveur , l'un a le pouvoir , l'autre pas ...etc...Mais cela n'explique pourtant pas la raison profonde d'une telle horreur . Et on est bien obligé d'admettre la part de ténèbres , de sauvagerie inhérente à tout être humain qui fait que dans certaines circonstances , n'importe qui peut devenir pire qu'un loup pour un autre homme . Alors , vigilance . Les génocides ont jalonné l'Histoire du monde , ils peuvent ressurgir à tout moment et c'est CONSTERNANT .

    Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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    • Livres 5.00/5
    Par ay_guadalquivir, le 21 juillet 2009

    ay_guadalquivir
    Que reste-t-il de l'homme ? Cette question est longtemps restée vivace en moi après la lecture écrasante d'Une saison de machettes. Et sans doute ma recherche d'un début de réponse aura depuis lors pris un chemin nouveau. Que reste-t-il en effet, après l'effroyable et l'indicible, la mort donnée à la main comme sur la chaîne d'une usine ? Les mots reviennent peu à peu. Et déjà le dire, c'est bien peu mais déjà un pas immense pour un retour à l'humanité. Ce livre est dur, insoutenable parfois, tant il décrit ce qu'aucun ne voudrait entendre ou voir. Mais c'est un livre dont on revient changé.
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 08 août 2008 Première phrase du livre

    incipit :
    En avril, les pluies nocturnes laissent souvent en partant des nuages noirs qui masquent les premières lueurs du soleil. Rose Kubwimana connaît le retard de l'aube en cette saison, sur les marais. Ce n'est pas cette luminosité grise qui l'intrigue.
    Rose est accroupie près d'une mare brunâtre, pieds nus, son pagne relevé sur les cuisses, ses mains calleuses posées sur les genoux. Elle porte un chandail de laine. A côté sont couchés deux jerricans en plastique. Elle vient tous les matins puiser dans cette mare, parce que sa profondeur rend l'eau moins boueuse et que son bord, tapissé de palmes, est plutôt moins spongieux qu'ailleurs.
    La mare est dissimulé par des branchages d'umunyeganyege, espèce de palmiers nains ; derrière s'étendent sur une immensité d'autres mares, flaques ou bourbiers entre des bosquets de papyrus. Rose respire l'odeur fétide et familière des marais, particulièrement humide ce matin. Elle reconnaît aussi le parfum des fleurs blanches des nénuphars. Depuis son arrivée, elle devine une bizarrerie dans l'air et comprend enfin que ce sont les bruits. Les marais ne bruissent pas normalement ce matin-là.
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  • Par carre, le 03 juillet 2012

    Ce qui s’est passé à Nyamata, dans les églises, dans les marais et les collines, ce sont des agissements surnaturels de gens bien naturels.

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  • Par chartel, le 23 novembre 2007

    Je me souviens de la première personne qui m'a regardé, au moment du coup sanglant. Ca c'était grand-chose. Les yeux de celui qu'on tue sont immortels, s'ils vous font face au moment fatal. Ils ont une couleur noire terrible. Ils font plus sensation que les dégoulinements de sang et les râles des victimes, même dans un grand brouhaha de mort. Les yeux du tué, pour le tueur, sont sa calamité s'il les regarde. Ils sont le blâme de celui qu'il tue.
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  • Par Bruno_Cm, le 23 février 2014

    Pio : On ne voyait plus d'humains quand on dénichait des Tutsis dans les marigots. Je veux dire des gens pareils à nous, partageant la pensée et les sentiments consorts. La chasse était sauvage, les chausseurs étaient sauvages, le gibier était sauvage, la sauvagerie captivait les esprits.
    On n'était pas seulement devenus des criminels ; on était devenus une espèce féroce dans un monde barbare. Cette vérité n'est pas croyable pour celui qui ne l'a pas vécue dans ses muscles. Notre vie de tous les jours était surnaturelle et sanglante ; et ça nous accommodait.
    Pour moi, je vous propose une explication : c'est comme si j'avais laissé un autre individu prendre mes propres apparences vivants, et mes manies de coeur, sans aucun tiraillement d'âme. Ce tueur était bien moi pour la faute commise et le sang coulé, mais il m'est étranger pour sa férocité. Je reconnais mon obéissance de cette époque, je reconnais mes victimes, je reconnais ma faute ; mais je méconnais la méchanceté de celui qui dévalait des marais sur mes jambes, avec ma machette à la main.
    Cette méchanceté était comme celle d'un autre moi au coeur lourd. Les changements les plus graves de ma personne étaient mes parties invisibles, comme l'âme ou les sentiments consorts. Raison pour laquelle, moi seul ne me reconnais pas dans celui-là. Mais peut-être que si on est extérieur à cette situation, comme vous, on ne peut entrevoir cette étrangeté de l'esprit.
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  • Par Bruno_Cm, le 23 février 2014

    Berthe : "Autrefois je savais que l'homme pouvait tuer un homme puisqu'il en tuait tout le temps. Maintenant, je sais que même la personne avec qui tu as trempé les mains dans le plat du manger, ou avec qui tu as dormi, il peut te tuer sans gêne. Le plus proche avoisinant peut se montrer le plus terrible. Une mauvaise personne peut te tuer de ses dents, voilà ce que j'ai appris depuis le génocide, et mes yeux ne se posent plus pareil sur la physionomie du monde."
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Videos de Jean Hatzfeld

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Vidéo de Jean Hatzfeld

Le Cercle littéraire de la BnF - Entretien du 28 avril 2014 .
Pour cette vingtième édition du Cercle littéraire de la BnF, sont invités Maylis de Kerangal pour Réparer les vivants (Verticales), Jean Hatzfeld pour Englebert des collines (Gallimard ) et Jacqueline Risset pour Les instants les éclairs (Gallimard).











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