> Jacques Martin (II) (Traducteur)

ISBN : 2253153931
Éditeur : Le Livre de Poche (2002)


Note moyenne : 3.91/5 (sur 55 notes) Ajouter à mes livres
"Qu'adviendrait-il si, un jour, la science, le sens du beau et celui du bien se fondaient en un concert harmonieux ? Qu'adviendrait-il si cette synthèse devenait un merveilleux instrument de travail, une nouvelle algèbre, une chimie spirituelle qui permettrait de combin... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par raton-liseur, le 26 février 2011

    raton-liseur
    Un gros livre, à la structure un peu déroutante : d'abord une biographie d'un personnage fictif, le Magister Ludi Joseph Valet, puis deux parties courtes contenant les écrits de jeunesse de ce même personnage, des poèmes d'abord puis des biographies imaginaires (étrange mise en abyme...).
    Le livre fait montre d'un étalage de connaissances dans des domaines aussi variés que la Musique, la religion hindoue ou la philosophie. Peut-être n'ai-je pas perçu toutes les subtilités et les sous-entendus, mais il ne m'a pas semblé que l'absence de connaissances approfondies dans ces domaines soit un obstacle à la compréhension du livre et au plaisir, un peu ardu et suranné certes, de sa lecture.
    Dernier livre écrit par Hermann Hesse, cette oeuvre se veut probablement une sorte de testament. L'aboutissement de sa réflexion sur le sens à donner à sa vie, sur le meilleur usage que l'on puisse faire de son temps sur terre. Même si c'est la somme d'une vie de réflexion, il est intéressant de voir que le livre (et donc son auteur ?) ne tranche pas. Il n'y a ni thèse radicale ni slogan. Peut-être le plus important est-il de trouver sa propre voie, son propre équilibre, et de s'y tenir, de trouver et d'accepter sa place dans le monde. Si c'est bien le message de ce livre, c'est une philosophie finalement assez proche du Tao que nous propose Hermann Hesse : trouver sa place dans le flot du monde et se laisser porter plutôt que lutter inutilement.
    Sous cette philosophie qui peut paraître fataliste à l'aune de la culture occidentale, on sent aussi une certaine désillusion dans le regard qu'Hermann Hesse porte sur le monde qui l'entoure, peut-être l'influence de la chape de plomb qui pesait sur la société allemande lors de la montée du Nazisme (le livre a été publié pour la première fois en 1943 en Suisse). J'ai le sentiment, peut-être erroné, que pour Hermann Hesse, la première moitié du XXème siècle a été marquée pas une décadence à la fois intellectuelle et morale, et il semble en être profondément affecté. (Cela me renvoie à un sentiment que j'ai éprouvé à la lecture du Tour du Malheur de Joseph Kessel, bien que les deux livres soient très différents l'un de l'autre tant dans leur écriture que dans leur propos).
    C'est probablement cette désillusion qui a amené Hermann Hesse à se réfugier dans un futur rêvé (bien que pas idéal). Le jeu des perles de verre se déroule en effet dans une province d'Allemagne fictive, la Castalie, probablement au cours du XXIIème siècle, malgré une atmosphère digne du XIXème. Un peu comme un fragile âge d'or retrouvé. Ce flou temporel fait de ce livre un roman d'anticipation lors de sa parution (l'après-guerre), et une sorte d'uchronie aujourd'hui (comment nous aurions pu reconstruire le monde si nous avions tiré les enseignements des innombrables guerres du siècle passé).
    Le jeu des perles de verre est comme une personnification de cet âge d'or. Il rassemble beaucoup des thèmes chers à Hermann Hesse : la notion d'universalisme, l'équilibre entre art et science, l'excellence, la notion de service... C'est aussi une tentative pour réconcilier notre culture européenne et la fascination pour les cultures asiatiques « découvertes » par les intellectuels du XIXème siècle, avec l'idée de renouveler la vitalité de notre culture par ces nouveaux apports.
    Ne me demandez pas de vous expliquer les règles de ce jeu qui donne son titre au livre. Après toutes ces centaines de pages, je ne sais toujours pas ce que c'est. Tout sauf un jeu... Les parties sont écrites à l'avance, composées plutôt, comme une partition de Musique ; il y a plusieurs joueurs mais rien n'indique qu'ils soient adversaires... Et le fait de dire que « jeu des perles de verre » est l'un des noms du jeu de go ne fait que brouiller un peu plus les pistes, car n'est pas un « simple » jeu de stratégie. Est-ce d'ailleurs même un jeu ? Ce jeu est plus un succédané de rituel religieux dans l'Ordre castalien, qui, lui, est laïc. C'est aussi la quintessence de cet Ordre centré sur l'universalisme du savoir, sur l'étude et la recherche de correspondances entre des disciplines aussi diverses que la Musique et les mathématiques. La pratique de la méditation y est aussi centrale.
    Ce jeu est donc plutôt une métaphore d'un idéal de vie, guidé par une grande rigueur intellectuelle et une volonté d'exemplarité. Il peut aussi symboliser la recherche d'une vérité unique ou unificatrice du monde. Et la biographie de ce fictif joueur est pour Hermann Hesse une réflexion sur la place qu'un homme a dans le monde. Il y a un parallèle intéressant avec la philosophie du Tao ou avec la notion de destruction / reconstruction de l'hindouisme (telle que personnifiée par Shiva), et il est intéressant de voir comment ces notions, apparemment si étrangères voire antagonistes à notre culture occidentale, sont incorporées, digérées, réarrangées.
    En conclusion, Le jeu des perles de verre est un livre à lire plutôt comme un document que comme un bon roman qu'on lit avec gourmandise sous la couette, mais c'est un exercice intéressant, qui me donne envie de relire des livres de mon adolescence, comme Siddharta ou Le loup des steppes.
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    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 12 décembre 2011

    lecassin
    Publié en 1943, "Le jeu des perles de verre" est probablement le roman qui valut à Hermann Hesse le prix Nobel de littérature en 1946.
    Il s'agit de la biographie fictive de Joseph Valet. D'abord repéré par ses professeurs comme un élève très doué et un violoniste prometteur, il intègre après une audition concluante par le Maître de la Musique, l'internat de l'école d'élite de Waldzell avec l'espoir de rejoindre un jour l'Ordre de Castaldie...
    « Le jeu des perles de verre », c'est un livre d'anticipation : l'action se déroule en 2200 après les guerres qui suivirent l'effondrement de la culture occidentale. Deux forces au summum de leur puissance s'opposent : l'Eglise Catholique et la Castaldie, cet ordre intellectuel élitiste qui assoit sa puissance sur Le jeu des perles de verre, sorte de jeu de stratégie qui culmine en une sorte d'abstraction de la pensée et de la culture humaine et dont pièces à jouer couvrent tous les champs de la connaissance ; et plus particulièrement la Musique et les mathématiques.
    Mais c'est aussi et surtout un texte baroque, allégorique, poétique d'une très grande beauté : fascinant…
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par nanouynyou, le 17 juin 2011

    nanouynyou
    Les livres d'Hermann Hesse sont pour moi un régal, j'ai appris à les déguster par chapitre afin d'apprécier chaque palier psychique décrit dans toutes ces histoires.
    Ce livre raconte l'ascension de Joseph Valet au sein d'une communauté d'élite, ce personnage se rend compte de l'influence qu'il exerce naturellement sur ces convives et n'en abuse jamais. Dans cette Castalie, cité d'érudits pratiquant le jeu de perles de verre, avec ses lois et son administration vivant en dehors du siècle, Joseph Valet apprend à en voir les défauts, les limites, le fondement et la remet en question après y avoir adhéré fidèlement la majeur partie de son existence.
    Ce changement de regard est du à des phases d'éveil qu'il requalifiera de transcendence. C'est un livre entre l'analyse d'une société et l'analyse de soi et des valeurs qui régissent leur évolution.
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 25 octobre 2011

    lecassin
    Sans doute, sommes-nous en présence, avec "Le Jeu des perles de verre", de l'ouvrage le plus abouti de l'oeuvre de Hermann Hesse, même si, personnellement, je déconseillerais ce gros opus comme première lecture . Un "parcours initiatique" du genre : Knulp, Demian, Siddartha [...] Le Jeu des perles de verre, me semble une meilleure approche pour s'imprégner progressivement de cette prose incomparable.
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  • Par jcnb68, le 04 août 2011

    jcnb68
    Ça fait 5 ans que j'essaye d'en venir à bout. Mais rien n'y fait. Je ne force pas trop car j'ai l'impression que le jour où j'arriverai à la dernière ligne, je n'aurais plus trop besoin de faire de vieux os dans le coin.
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Citations et extraits

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  • Par lecassin, le 01 février 2012

    La beauté et la suprème beauté sont périssables, elles aussi.
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  • Par lecassin, le 01 février 2012

    Que tu deviennes professeur, savant ou musicien, aie le respect du "sens", mais ne t'imagine pas qu'il s'enseigne.
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  • Par Penelope, le 19 juillet 2010

    Il se sentait alors de taille à tout faire, et à d'autres moments il était capable de tout oublier et de rêver avec un attendrissement et un élan nouveaux chez lui, d'écouter la pluie ou le vent, de contempler fixement une fleur ou le courant de la rivière : il ne comprenait rien et il sentait tout, emporté par un mouvement de sympathie, de curiosité, de volonté de comprendre, entraîné de son propre moi vers un autre, vers l'univers, le mystère et le sacrement, vers la beauté douloureuse du jeu du monde phénoménal.
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  • Par lecassin, le 03 décembre 2011

    La vérité existe, mon cher, mais la 'doctrine' que tu réclames, l'enseignement absolu qui confère la sagesse parfaite et unique, cela n'existe pas. Il ne faut pas non plus avoir le moins du monde la nostalgie d'un enseignement parfait, mon ami; c'est à te parfaire toi-même que tu dois tendre. La divinité est en toi, elle n'est pas dans les idées ni dans les livres. La vérité se vit, elle ne s'enseigne pas ex cathedra.
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  • Par Penelope, le 19 juillet 2010

    Et s'il existait un savoir humain, un bien spirituel, une certitude, une supériorité de l'esprit sur le précarité des choses, qu'on pût obtenir et conserver, cela ressemblait aux étoiles, cela avait leur rayonnement froid et tranquille, leur réconfort frissonnant, leur air d'éternité un peu ironique.
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