Publié pour la première fois en 1927, ce roman qui a été interdit sous la période nazie, est l'une des oeuvres essentielles de
Hermann Hesse. En partie autobiographique,
Le loup des steppes est un roman intitiatique qui emprunte son style à l'écriture romantique. Il raconte la crise existentielle que vit Harry, un cinquantenaire tiraillé entre son humanité et son animalité.
Cette édition proposée par le Livre de poche est introduite par une lettre de
Hermann Hesse (1931) à l'un de ses détracteurs qui lui reproche que l'on ne peut vivre d'après les principes dont il s'est fait le défenseur, à quoi il répond que sa "tâche ne consiste pas à donner aux autres ce qui est objectivement le meilleur, mais à leur donner ce qui m'appartient en propre (ne sarait-ce qu'une douleur ou une plainte) et à le faire d'une manière aussi pure et aussi sincère que possible".
Le ton est donné et Hesse ne cherche pas à convaincre le lecteur : il propose une vision purement personnelle et ne l'impose pas comme une vérité. Largement introspectif, ce roman est marqué par une profonde détresse liée à une vision pessimiste du monde. En fait, la lecture de ce livre m'a évoqué une longue complainte qui aurait servi d'autoanalyse à l'auteur. La démarche est légitime et la comparaison avec
Le loup des steppes pertinente, malheureusement, Harry m'a ennuyée. Bien que Harry/Hesse défende des convictions parfaitement louables (fervent adversaire de son époque par rapport à la guerre, aux industriels et aux politiques...), l'histoire du loup des steppes ne m'a pas interpellée : je l'ai trouvée un brin moraliste malgré quelques passages intéressants. Pourtant le roman initiatique prend ici tout son sens : à travers la mise en scène de son théâtre magique, Hesse travaille des thèmes qui lui sont chers tels la philosophie et notamment le bouddhisme dont son roman est fortement imprégné (dualité omniprésente : homme/animal, vie/mort, amour/haine...). On retrouve également
Goethe et Mozart pour qui l'auteur voue une admiration certaine et qui jouent le rôle de guide. Même si j'ai trouvé ce roman naïf, je l'ai aussi apprécié pour cette même raison. Non pas que j'aie aimé le personnage de Harry (celui-ci subit ce qui lui arrive et ne maîtrise aucunement les événements survenus) mais plutôt que j'ai saisi le malaise de Hesse à travers le roman et que je me suis davantage attaché à la personne qu'à l'auteur. Au final, voici un roman très personnel qui, je le conçois peut déplaire. Pour ma part, cette « expérience spirituelle » n'a pas eu le même impact sur moi que sur
Thomas Mann qui déclarait en 1927 que « Ce livre m'a réappris à lire » . Ce n'est pas pour moi un roman culte mais il faut l'avoir lu.
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