D'abord précisons que le terme hacker du titre de ce livre ne fait pas référence à des pirates informatiques, mais au sens original du mot. Voir wikipedia. Les hackers, ce sont ces passionnés virtusoses sans qui des choses comme l'ordinateur personnel, internet ou le logiciel libre n'auraient peut-être jamais existé. Ce livre n'a donc rien à voir avec une apologie du crackage.
Il commence par une courte introduction (anecdotique) de Linus Torvalds, le père du noyau linux, et un épilogue de
Manuel Castells, auteur reconnu de livres sur l'"ère de l'information". A ceux qui auraient envie de lire ce livre, je conseillerais de lire en premier son histoire des hackers qui est en toute fin du livre.
Le mot d'"éthique" est choisi en référence à l'éthique protestante du travail, nommée ainsi et théorisée par
Max Weber au début du siècle. Dans cette éthique, qui a encore plus ou moins cours aujourd'hui, le travail est un devoir, qu'il soit intéressant ou non et la discipline une vertu.
La caractéristique des hackers, c'est d'être motivés par une passion et le plaisir de travailler sur des sujets pointus et stimulants. le pognon arrive après. Ils n'ont pas un cadre strict de travail avec des chefs, des horaires et des deadlines. Ils travaillent au rythme qui leur convient. La reconnaissance ne leur vient pas de leur hiérarchie mais de leur pairs, les autres hackers. Un hacker n'a donc pas obligation de résultat à court terme comme dans l'entreprise. Il a le temps de développer ce qui le passionne.
L'éthique hacker qui en découle est à l'antithèse de la tendance capitaliste à tout breveter et protéger par des droits. On sait que si tout était sous droits, la société capitaliste étoufferait et ne pourrait pas se développer (d'où la nécessité de sauvegarder un espace ouvert et libre). Si les hackers à l'origine d'internet n'avaient pas impulsé leur vision des choses aux premier développements du réseau, avant que de grosses sociétés peu agiles aient eu le temps d'entrevoir la possibilité d'un marché, on n'aurait peut-être jamais eu internet, en tout cas pas sous une forme aussi globale et ouverte.
Le logiciel libre est la conséquence logique de cette "éthique". le système d'exploitation linux, qui en est le symbole, occupe la quasi totalité des serveurs internet, et se retrouve dans une multitude d'endroits moins connus, comme le coeur d'android, les tomtoms, ou mon lecteur cybook bookeen. Linux équiperait probablement aussi votre PC si la loi de l'offre et de la demande était autre chose qu'une fumisterie (la vente liée matériel/OS est illégale, mais pratiquée en toute impunité par les grosses corporations).
Ce qui est intéressant avec le logiciel libre, c'est qu'une logique basée sur la passion, le partage, la transparence absolue, et des gens qui se consacrent bénévolement à leur passion le soir de partout dans le monde, réussissent à faire mieux qu'une logique basée sur la propriété, le profit, le travail rémunéré dans un bureau et des stratégies marketing agressives. D'où les efforts dans certaines sociétés (google est sans doute la plus connue) de favoriser au maximum une culture hacker en interne.
Cette "éthique" doit aussi nous faire réfléchir sur notre société, cette société de plus en plus détissée, désolidarisée par la logique de consommation, et sur l'entreprise, où l'être humain est victime de la logique de la profitabilité maximum et à court terme (le management à la française notamment, est exceptionnellement pourri, et pas que chez France Telecom), et sur ces mêmes entreprises qui accaparent de plus en plus d'aspects du monde (on les laisse même breveter la nature) au risque de scier la branche sur laquelle nous sommes tous assis. Ce modèle représente une petite lueur d'espoir.