Je fais ici référence au commencement de la saga, que vous retrouverez dans un volume I de l'intégrale Denoël, donc, ou bien chez FolioSF qui découpe la saga en quatre parties/tomes. ( à moins que ce ne soit cinq ?)
J'étais resté sur un sentiment mitigé à la première lecture, il y a deux ans peut-être. Quelque chose m'avait déplu dans le traitement du sujet, et dans l'enchaînement qui l'emmenait à son terme. Mais quel est donc ce sujet, et comment en garder toute la saveur intacte sans trop en dévoiler ? La quatrième de couverture ne fait pas mystère de la tournure rapide que les évènements seront susceptibles de prendre ; on est aussi dans un livre de fantasy, et à ce titre on a les yeux rivés sur l'orée des bois de Ryhope, dès le départ. Nous sommes bien conscients qu'il s'y passe quelque chose.
Le bois des Ryhope se situe "dans un coin perdu du Herefordshire [...]", et il constitue le "vestige d'une ancienne forêt remontant à la dernière glaciation". Ryhope est le nom d'une famille qui semble posséder les terres alentours, et il n'est, curieusement, que très peu question de celle-ci au cours du roman.
Nous n'avons guère eu le temps de vivre auprès de la famille Huxley, qui habite une demeure située à la lisière de ces bois, avec la bénédiction de l'autorité locale que sont les Ryhope. le livre à peine ouvert nous voilà à évoquer le passé, aux côtés de Steven Huxley, le deuxième et dernier fils de George et Jennifer Huxley, cadet de son frère Christian. Ce temps révolu, que Steven nomme l'enfance, est une ère lointaine et habitée de mystères, de craintes et d'une douleur qui semble s'être apaisée dans l'attente de l'avenir, d'un autre avenir. Il y a ces souvenirs d'un homme bourru, comme possédé, qui était son père. Les odeurs dont il finissait par s'imprégner, alors qu'il passait des jours, puis des semaines absent dans les bois. Les réminiscences du jeune homme ne lui épargnent pas non plus la silhouette de sa mère, sombrant peu à peu dans la folie face au mutisme de son mari, et à son obsession pour la forêt, dont il confie les détails hallucinés, à travers les pages de son journal.
Une sombre acceptation semble avoir accompagné Steven avec l'âge adulte, alors qu'il est mobilisé pour la guerre, au mois de mai 1944. Il récupère des forces, au terme de celle-ci, dans un village en Provence, presque pendant deux ans. Et ce sont, donc, les premières pages du livre.
Tout s'y déroule exactement comme si le passé avait fini de vivre de son écrasante présence. Steven semble suggérer, quant à ces deux années de convalescence, qu'elles lui ont permis de se faire des amis, et de prétendre à une certaine quiétude dans une région où le soleil commande de se faire à une vie lente et paisible.
Son frère Christian, avec qui il correspond régulièrement, est lui aussi revenu de la guerre, pour s'en retourner aussi vite vers l'ancienne demeure familiale de Oak Lodge, où vit encore son père. Les lettres font état d'une tension grandissante entre eux, et d'un état d'aboutissement terminal de son obsession pour le bois. Jusqu'à la mort du désormais vieil homme, qui condamne Christian à la solitude dans la maison de famille. Steven s'y rend alors, pour l'en soulager.
Il remarquera en premier lieu que son frère, jadis vigoureux et en bonne santé, semble avoir subi le travail d'une pente où le physique suit la voie d'une étrange dégradation. Et son inclinaison, il en jurerait, le pousse à rassembler du père et les traits, et l'allure sauvage. Ces retrouvailles seront marquées d'un fort non-dit, d'une appréhension visible de part et d'autre ; car Christian a bel et bien repris les travaux mystérieux de son père, et n'entend pas laisser à Steven l'occasion d'interférer dans ce qu'il ne manquerait pas de considérer comme le début d'une nouvelle ère de folie. le passé fait écho.
Mais s'agit-il vraiment de folie ? le bois des Ryhope attend, sombre et souvent impénétrable tant la végétation y est dense.
Est-il possible de chavirer dans le passé ? Steven et Christian ont-ils jamais quitté le lieu du naufrage originel, où cette forêt a littéralement avalé leur père, et leur vie avec ? Quel autre destin pour eux que d'y revenir ?
Le temps, à l'extérieur de la forêt, pourrait menacer de s'écouler lentement, trop lentement. Et si le passé a seulement encore un sens, tant il est, de fait, prégnant dans la vie de Steven, une certitude prend peu à peu le lecteur : la vie n'est pas à la lisière des bois. La vie se trouve, au contraire, au plus profond de ceux-ci, et l'appel qui en monte a ceci d'étrange que toute réalité, bientôt, perdra de son autorité face aux charmes d'un monde endormi, enfin décidé à se dévoiler.
C'est une expérience troublante que de plonger dans la Forêt des Mythagos. Je ne suis pas forcément pour crier au chef d'oeuvre, mais il faut admettre que la thématique est redoutable. Cette sensation de glissement progressif, mais irréversible, vers l'ailleurs, est pour moi un des objets de contemplation les plus réussis de cette aventure. J'ai pris un risque ici : de ne pas en dire assez, probablement. Une quatrième de couverture pourrait vous renseigner plus efficacement sur le contenu de ce livre. Mais pour moi, elle en donne définitivement trop !
En espérant que vous fassiez d'agréables découvertes...
N'hésitez pas, si vous avez déjà lu, à donner vos impressions...
Lien : http://aussenwelt.eklablog.com/la-foret-des-mythagos-i-de-robert-hol..