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ISBN : 2290053864
Éditeur : J'ai Lu (1999)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 125 notes)
Résumé :
"Howard Phillips Lovecraft constitue un exemple pour tous ceux qui souhaitent apprendre à rater leur vie, et éventuellement, à réussir leur oeuvre. Encore que, sur ce dernier point, le résultat ne soit pas garanti." Auteur de L'appel de Cthulhu, de Dagon et des Montagnes hallucinées, H.P. Lovecraft, maître incontesté de l'horreur et du fantastique, reste l'objet d'une fascination toute particulière chez nos contemporains, particulièrement chez Michel Houellebecq, qu... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
colimasson09 novembre 2015
  • Livres 5.00/5
« Attaquez le récit comme un radieux suicide.
Prononcez sans faillir le grand Non à la vie.
Alors vous verrez une puissante cathédrale
Et vos sens, vecteurs d'indicibles dérèglements,
Traceront le schéma d'un délire intégral
Qui se perdra dans l'innommable architecture des temps. »

Voici, enfin reliés les uns à la suite des autres, les commandements d'écriture qui donnent leur titre aux chapitres de ce livre. L'idée est originale : plutôt que d'écrire une biographie ou un essai critique, Michel Houellebecq propose d'écrire un manuel d'airain pour quiconque entreprendrait de rater sa vie et de réussir son oeuvre si, toutefois, comme il l'ajoute, ce dernier point reste hypothétique et sans assurance. le sacrifice le plus outrageux, une vie mise à l'équerre, ne constitue aucunement un gage de réussite.

Démesure des ambitions, donc, et petitesse de la vie. H. P. Lovecraft subit une grave crise lors de ses 18 ans. Celle-ci le plongea dans un état léthargique pendant une dizaine d'années. Il en sortit progressivement sans jamais retrouver ce qu'on appelle toutefois la normalité. Parce qu'il ne refuse aucune concession faite à la réussite, Lovecraft n'aura jamais de travail, refusera de corriger ses écrits pour les publier au rabais, sortira à peine de son pays pour aller explorer les architectures diaboliques que son esprit fantasme à propos du vieux continent, et il mènera une vie sociale réduite aux créatures difformes de son oeuvre. C'est exaltant de lire le récit de cette vie qui se consume à cause de ses trop grands idéaux. Tout le monde rêverait de vivre ainsi –en tout cas tous ceux qui n'aiment pas la vie. Ainsi se trouve-t-on désemparé lorsqu'on découvre qu'à 32 ans, Lovecraft rencontra Sonia Haft Green avec qui il vécut presque une décennie dans la douceur. Lovecraft courut même le risque de devenir heureux. C'est une chance que les problèmes économiques vinrent bientôt éprouver le couple : Lovecraft, incapable de trouver du travail, retourna bientôt vivre chez un lointain parent tandis que Sonia se déplaçait d'une ville à l'autre pour travailler. Sans animosité, le couple se sépara, Lovecraft retrouva son éternelle solitude, mais sans doute ne l'avait-il jamais vraiment quittée.

Ces détails de la vie d'un homme sont plutôt insignifiants, en fait. Ils ne conquièrent de leur intérêt que lorsque nous pouvons les rapprocher de ses textes. Les personnages flottent dans un brouillard d'indétermination. Comme dans la vie, Lovecraft ne fait aucun effort pour s'intéresser à ce qui lui semble inutile. Ainsi, ses personnages sont dotés des seuls éléments nécessaires à leur vie (membres, souffle, système cardiaque et respiratoire, plus quelques éléments de réflexion). Rien de leur vie passée, de leurs aspirations ou de leurs sentiments ne contamine le texte si cela ne contribue pas au déploiement de l'oeuvre. Enfin, le sexe ni l'argent n'ont leur place dans ces récits, parce que Lovecraft n'a jamais compris le désir qu'on pouvait ressentir à leur égard. Rien de tout cela, et tout pour la grandeur des cieux, des architectures et de l'histoire, un emballement frénétique pour ce qui, sur terre, présage déjà d'une chute du surnaturel. Habité, Lovecraft l'est. Nous devrions nous pencher avec circonspection sur ses textes semblant témoigner d'une vie parallèle qui rend compréhensible le désintérêt que ressentait ce visionnaire pour la vie, et pour le monde.

Mettez fin à la vie :
« La vie est douloureuse et décevante. Inutile, par conséquent, d'écrire de nouveaux romans réalistes. Sur la réalité en général, nous savons déjà à quoi nous en tenir ; et nous n'avons guère envie d'en apprendre davantage. L'humanité telle qu'elle est ne nous inspire plus qu'une curiosité mitigée. Toutes ces « notations » d'une si prodigieuse finesse, ces « situations », ces anecdotes… Tout cela ne fait, le livre une fois refermé, que nous confirmer dans une légère sensation d'écoeurement déjà suffisamment alimentée par n'importe quelle journée de « vie réelle ». »

Ne considérez pas la mort comme un exutoire bienveillant :
« Bien entendu, la vie n'a pas de sens. Mais la mort non plus. Et c'est une des choses qui glacent le sang lorsqu'on découvre l'univers de Lovecraft. La mort de ses héros n'a aucun sens. Elle n'apporte aucun apaisement. Elle ne permet aucunement de conclure l'histoire. Implacablement, HPL détruit ses personnages sans suggérer rien de plus que le démembrement d'une marionnette. »

Infligez l'ultime blessure à l'humanité:
« Chez lui, pas de « banalité qui se fissure », d'« incidents au départ presque insignifiants »... Tout ça ne l'intéresse pas. Il n'a aucune envie de consacrer trente pages, ni même trois, à la description de la vie de famille d'un Américain moyen. Il veut bien se documenter sur n'importe quoi, les rituels aztèques ou l'anatomie des batraciens, mais certainement pas sur la vie quotidienne. »

Rappelez-vous le lointain univers :
« Dans ses descriptions d'un lever de soleil sur le panorama des clochers de Providence, ou du labyrinthe en escalier des ruelles de Marblehead, il perd tout sens de la mesure. Les adjectifs et les points d'exclamation se multiplient, des fragments d'incantation lui reviennent en mémoire, sa poitrine se soulève d'enthousiasme, les images se succèdent dans son esprit ; il plonge dans un véritable délire extatique. »
(P.S. : excusez-moi, cela aurait pu être beaucoup plus court, mais il faut bien se reclure).
Lien : http://colimasson.blogspot.fr/2015/11/h-p-lovecr..
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ElGatoMalo
ElGatoMalo09 juin 2012
  • Livres 3.00/5
Après avoir fermé le livre, pas tout-à-fait sur la dernière page, on se demande s'il ne vaut mieux pas se contenter de tout lire au premier degré sans jamais essayer de soulever le voile sur lequel Lovecraft a projeté ses images fantastiques. Doucement avec un style d'une grande limpidité, le texte du critique fini par être plus effrayant que les histoires du maître de Providence. Plus question de jouer à se faire peur. Quoique... suivant l'âge auquel on lit les aventures de Herbert West réanimateur dont il n'est jamais question nulle part dans cet ouvrage et la sensibilité que l'on pouvait avoir avant d'entrer dans cet univers en décomposition qui ne finit pas de mourir, on peut encore faire des cauchemars longtemps après avoir lu ces nouvelles tant le pouvoir d'évocation de l'écrivain est aussi subtil que puissant quand il trouve dans son lecteur un terreau imaginatif à la hauteur. Houellebecq se reconnait dans cette oeuvre et il n'est peut-être pas le seul...
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HK
HK15 décembre 2010
  • Livres 5.00/5
Dans cette biographie, Houellebecq célèbre un autre auteur torturé : H.P. Lovecraft. Et à la lecture de cet ouvrage, on s'aperçoit que l'influence de l'Américain sur le Français n'est pas négligeable. Si leurs styles sont rigoureusement opposés (l'un privilégiant l'emphase, l'autre la sobriété), les deux écrivains se rejoignent dans la misanthropie. En effet, Lovecraft et Houellebecq vouent un mépris sans limite à leurs contemporains. Et cette perception négative du monde transparaît dans leurs oeuvres. Elles baignent ainsi constamment dans un climat très pessimiste au sein duquel les personnages ressemblent à des marionnettes de papier amenées à être broyées par un destin cruel et immaitrisable. L'origine d'un tel négativisme prend sa source dans leur incapacité commune d'intégration. Au début de leur vie, surdoués autodidactes, ils éprouvent une aversion pour l'école car ils s'y ennuient. Plus tard, ils vont se heurter violemment aux exigences du monde matérialiste et rater complètement leur passage à la vie adulte. Ces deux éternels adolescents, quelque peu schizoïdes, vont dès lors privilégier leur monde intérieur sur lequel ils peuvent exercer un contrôle total. Houellebecq a notamment déclaré à cet égard qu'il aimait jouer à Dieu lorsqu'il écrivait et il ne fait aucun doute que Lovecraft aussi.
Cette fausse biographie comporte des traces de ce que sera la future littérature de l'aveu. Des passages de la vie de Lovecraft seront suivis de commentaires orientés de Houellebecq. Pourtant, lorsqu'il décortique l'oeuvre proprement dite, il le fait avec objectivité et recul.Par conséquent, l'ensemble a de quoi dérouter mais témoigne d'une richesse sémantique peu courante due à ses différents niveaux d'écriture.
Une oeuvre donc hétéroclite et néanmoins très accessible que tout amateur de l'un ou l'autre écrivain se doit de lire pour mieux comprendre leurs parcours respectifs.
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odin062
odin06208 novembre 2011
  • Livres 5.00/5
On commence cette biographie par une préface de Stephen King. Qui d'autres peut parler de peur ? Personne. L'oreiller de Lovecraft est juste effrayant quand on connait le personnage et on comprend bien la terreur du Maitre. Faut-il préciser que King met en évidence la raison pour laquelle j'ai besoin et je dépends des livres : Toute la littérature, mais surtout la littérature de l'étrange et du fantastique, est une caverne où les lecteurs se cachent de la vie, se préparant à la prochaine bataille à livrer dehors, dans le monde réel. Je fais bien parti de ce troisième groupe.
Puis viens Houellebecq qui nous décrit dans un premier temps pourquoi ce Lovecraft et pas un autre, et nous introduit dans son oeuvre avant de développer la recette miracle (qui n'existe d'ailleurs pas) pour écrire la nouvelle lovecraftienne par excellence. On découvre à quel point Lovecraft est un OVNI dans la littérature, à quel point il connait le domaine des rêves et à quel point il mérite d'être connu.
Suite à l'étude de son oeuvre, on découvre la vie de Lovecraft, cette vie qui a fait évoluer son oeuvre. Sa descente aux enfers durant les années passées à New York, ces années où le racisme s'est développé en lui. Véritable symbole de l'échec de notre société, comment réagirai Lovecraft aujourd'hui ? C'est ce que Houellebecq imagine pour terminer ce très bon livre.
Je m'en vais découvrir et relire HP Lovecraft.
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bucephale
bucephale04 août 2013
  • Livres 4.00/5
C'est une étude critique de l'oeuvre de Lovecraft, un parcours initiatique dans un autre monde, d'un auteur pour qui la réalité constitue une souffrance, ou pire, et qui invente un univers entier d'un pessimisme extrême, un univers délirant et voué à être dévoré par des créatures sorties d'un bestiaire insensé d'horreur. Houellebecq ne se pose pas la question du suspense, d'ailleurs Stephen King dans la préface non plus, car lorsque on imagine récit effrayant on pense suspense, montée d'adrénaline, mais ici tout est dans la description clinique, tout est dans le pas qui franchit le seuil, de celui qui va découvrir l'innommable. C'est le plus souvent un savant, un être cultivé, un gentleman WASP, dont s'empare les forces maléfiques, ou qui lors d'un voyage, ou d'une enquête lève le voile sur un autre monde, datant d'un lointain passé : il passe de la conscience au rêve éveillé, mais ce rêve a la dureté et la précision que peuvent lui donner des descriptions architecturales ou naturalistes. Il faut être contre la vie pour aimer la littérature, ou le cinéma, et Lovecraft produira des récits où toute la réalité objective sera engloutie par un univers qu'il s'épuisera à exprimer pour lui donner une forme poétique, un univers tapi à la lisière de l'époque, un univers malade : il multiplie les qualificatifs comme un pianiste fait des gammes vers le grave ou l'aigu. Il y a de l'emphase dans le style de Lovecraft, mais pas par gloire, flagornerie, auto célébration, mais pour faire tournoyer les sens.
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Citations & extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
ophrysophrys01 février 2011
Il est en effet possible qu’au delà du rayon limité de notre perception, d’autres races, d’autres concepts et d’autres entités existent. D’autres créatures, d’autres races, d’autres concepts et d’autres intelligences. Parmi ces entités, certaines nous sont probablement très supérieures en intelligence et en savoir. Mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Qu’est-ce qui nous fait penser que ces créatures, aussi différentes soient-elles de nous, manifestent en quelque façon une nature spirituelle ? Rien ne permet de supposer une transgression aux lois universelles de l’égoïsme et de la méchanceté. Il est ridicule d’imaginer que des êtres nous attendent aux confins du cosmos, pleins de sagesse et de bienveillance, pour nous guider vers une quelconque harmonie. Pour imaginer la manière dont ils nous traiteraient si nous venions à entrer en contact avec eux, mieux vaut se rappeler la manière dont nous traitons ces « intelligences inférieures » que sont les lapins et les grenouilles. Dans le meilleur des cas, elles nous servent de nourriture. (p 19)
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ophrysophrys01 février 2011
Peu d’êtres auront été à ce point imprégnés, transpercés jusqu’aux os par le néant absolu de toute aspiration humaine. L’univers n’est qu’un furtif arrangement de particules élémentaires. Une figure de transition vers le chaos. Qui finira par l’emporter. La race humaine disparaîtra. D’autres races apparaîtront, et disparaîtront à leur tour. Les cieux seront glaciaux et vides, traversés par la faible lumière d’étoiles à demi mortes. Qui, elles aussi, disparaîtront. Tout disparaîtra. Et les actions humaines sont aussi libres et dénuées de sens que les libres mouvements des particules élémentaires. Le bien, le mal, la morale, les sentiments ? Pures « fictions victoriennes ». Seul l’égoïsme existe. Froid, inentamé et rayonnant. (p 18)
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colimassoncolimasson09 novembre 2015
La vie est douloureuse et décevante. Inutile, par conséquent, d’écrire de nouveaux romans réalistes. Sur la réalité en général, nous savons déjà à quoi nous en tenir ; et nous n’avons guère envie d’en apprendre davantage. L’humanité telle qu’elle est ne nous inspire plus qu’une curiosité mitigée. Toutes ces « notations » d’une si prodigieuse finesse, ces « situations », ces anecdotes… Tout cela ne fait, le livre une fois refermé, que nous confirmer dans une légère sensation d’écœurement déjà suffisamment alimentée par n’importe quelle journée de « vie réelle ».
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ophrysophrys01 février 2011
L’âge adulte, c’est l’enfer. Face à une position aussi tranchée, les « moralistes » de notre temps émettront des grognements vaguement désapprobateurs, en attendant le moment de glisser leurs sous-entendus obscènes. Peut-être bien en effet que Lovecraft ne pouvait pas devenir adulte ; mais ce qui est certain c’est qu’il ne le voulait pas davantage. Et compte tenu des valeurs qui régissent le monde adulte, on peut difficilement lui en tenir rigueur. Principe de réalité, principe de plaisir, compétitivité, challenge permanent, sexe et placements … pas de quoi entonner des alléluias. (p 17)
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AdrasteAdraste13 juin 2015
Le XXe siècle restera peut-être comme un âge d'or de la littérature épique et fantastique, une fois que se seront dissipées les brumes morbides des avant-gardes molles. Il a déjà permis l'émergence de Howard, Lovecraft et Tolkien. Trois univers radicalement différents. Trois piliers d'une littérature du rêve, aussi méprisée de la critique qu'elle est plébiscitée par le public.
Cela ne fait rien. La critique finit toujours par reconnaître ses torts ; ou, plus exactement, les critiques finissent par mourir, et sont remplacés par d'autres. Ainsi, après trente années d'un silence méprisant, les « intellectuels » se sont penchés sur Lovecraft. Leur conclusion a été que l'individu avait une imagination réellement, expliquer son succès), mais que son style était déplorable.
Ce n'est pas sérieux. Si le style de Lovecraft est déplorable, on peut gaiement conclure que le style n'a, en littérature, pas la moindre importance ; et passer à autre chose.
Ce point de vue stupide peut cependant se comprendre. Il faut bien dire que HPL ne participe guère de cette conception élégante, subtile, minimaliste et retenue qui rallie en général tous les suffrages.
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Michel Houellebecq - On n'est pas couché 29 août 2015
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