Cela fait plusieurs années que je souhaitais lire ce livre sans jamais en trouver le courage. Et puis je m'étais finalement inscrite à une lecture commune il ya quelques mois, histoire de me pousser à ouvrir ce court ouvrage. Je n'ai finalement pas participé à cette lecture commune ayant déserté la blogosphère et même la lecture à ce moment là. Et puis, je ne sais pas bien ce qui m'a pris, mais aujourd'hui j'ai eu envie de franchir enfin le cap et de lire ce roman.
Au final, une lecture bouleversante comme je m'y attendais, plus que je ne m'y attendais même. Je crois qu'on ne peut pas ressortir indemne de cette lecture.
Malgré le sujet terrible j'ai vraiment aimé cet ouvrage et j'en garderai longtemps le souvenir.
Je crois que toute la force de cette œuvre réside dans l'opposition entre l'aspect terrible de ce qui est raconté et la beauté de la plume de
Victor Hugo. Cela peut sembler bizarre mais j'ai éprouvé du plaisir à retrouver ce style, cette langue que j'aime tant, si travaillée, si belle, si poétique et en même temps si naturelle, ne « sonnant jamais faux » ; j'étais littéralement portée par les mots.
Le narrateur est très intéressant et touchant. Il est coupable et le reconnait sans jamais d'apitoyer sur son sort. Au contraire il faut preuve d'une sorte de cynisme donnant encore plus de poids à sa situation et à ses paroles. On ne sait pas précisément de quoi il est coupable ; on apprend seulement à demi-mots qu'il a tué quelqu'un, mais on ne sait ni qui, ni comment ni pourquoi. Et c'est essentiel je crois, ainsi le lecteur n'est pas amené à le juger, et puis ce condamné anonyme représente
Tous ceux morts avant lui et après lui. le lecteur n'étant pas face à un personnage trop précis, unique, particulier peut se focaliser sur le sujet de l'œuvre.
J'ai aimé suivre le cheminement de sa pensée, il passe sans lien logique d'un sujet à l'autre, nous décrivant tour à tour, ce qu'il vit au moment de l'écriture, ses souvenirs du procès, les souvenirs plus anciens de sa vie « avant », ses espoirs, ses faiblesses. On le voit évoluer au cours de ces six semaines et plus particulièrement au cours de la dernière journée qui occupe à elle toute seule la moitié de l'ouvrage, ses pensées, ses désirs changent au fil du temps qui passe et qui le rapproche de la terrible échéance. le tout est présenté sous forme de courts paragraphes simplement numérotés et malgré l'absence de lien logique tout s'enchaine très bien et l'on n'est jamais dérouté.
Sans vouloir trop en dire pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu, les passages où il est question de sa fille m'ont bouleversée.
De même pour les dernières pages, on sait avant même d'ouvrir le livre comment tout cela doit se terminer, et pourtant on ne peut se résoudre à accepter cette fin, malgré moi, j'avais envie d'espérer, parce qu'en moins de cent pages, je me suis profondément attachée à ce personnage. J'aurais presque souhaité une lecture plus longue, pour accorder un peu de sursis, quelques heures, quelques jours encore au narrateur.
Pour réellement sentir toute la puissance de ce récit, je crois qu'il faut le lire d'une traite, ce qui est tout à fait possible étant donnée sa brièveté.
Outre l'engagement fort contre la peine de mort c'est tout le système carcéral qui est ici remis en cause, car au-delà de l'exécution en elle-même ce sont les conditions de détention des prisonniers et des bagnards qui sont dénoncées par
Victor Hugo, cette déshumanisation physique et morale surtout que l'ont fait subir aux prisonniers bien avant leur mort et que partage avec nous le narrateur. Et finalement, sans vouloir jouer à la lectrice engagée, le plus effrayant dans cette histoire c'est que bien peu de choses semblent avoir changé en France, la peine de mort est abolie depuis moins de 30 ans, et les conditions de détentions sont toujours aussi peu reluisantes.
Pour ma part, je suis encore un peu plus conquise (si, c'est possible !) par
Victor Hugo, et je pense relire cette oeuvre, mais dans
Tous les cas c'est un ouvrage à connaitre je pense, au même titre que
J'accuse d'
Emile Zola.
Lien : http://leboudoirdemeloe.wordpress.com/2010/05/07/hugo-victor-le-dern..