> Franck Laurent (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253160598
Éditeur : Le Livre de Poche (2000)


Note moyenne : 3.67/5 (sur 9 notes) Ajouter à mes livres
Lorsque Les Orientales paraissent en 1829, le romantisme français s’est déjà tourné vers l’Orient que la guerre d’indépendance grecque a rendu plus présent encore. Mais si Hugo n’est pas ici un précurseur, la nouveauté de son recueil éclate pourtant dans la couleur, l’é... > voir plus
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  • Par Orphea, le 15 juin 2010

    LES FEUILLES D'AUTOMNE

    Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,
    Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,
    Et du premier consul, déjà, par maint endroit,
    Le front de l'empereur brisait le masque étroit.
    Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,
    Jeté comme la graine au gré de l'air qui vole,
    Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois
    Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ;
    Si débile qu'il fut, ainsi qu'une chimère,
    Abandonné de tous, excepté de sa mère,
    Et que son cou ployé comme un frêle roseau
    Fit faire en même temps sa bière et son berceau.
    Cet enfant que la vie effaçait de son livre,
    Et qui n'avait pas même un lendemain à vivre,
    C'est moi. -

    Je vous dirai peut-être quelque jour
    Quel lait pur, que de soins, que de voeux, que d'amour,
    Prodigués pour ma vie en naissant condamnée,
    M'ont fait deux fois l'enfant de ma mère obstinée,
    Ange qui sur trois fils attachés à ses pas
    Épandait son amour et ne mesurait pas !
    Ô l'amour d'une mère ! amour que nul n'oublie !
    Pain merveilleux qu'un dieu partage et multiplie !
    Table toujours servie au paternel foyer !
    Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier !

    Je pourrai dire un jour, lorsque la nuit douteuse
    Fera parler les soirs ma vieillesse conteuse,
    Comment ce haut destin de gloire et de terreur
    Qui remuait le monde aux pas de l'empereur,
    Dans son souffle orageux m'emportant sans défense,
    A tous les vents de l'air fit flotter mon enfance.
    Car, lorsque l'aquilon bat ses flots palpitants,
    L'océan convulsif tourmente en même temps
    Le navire à trois ponts qui tonne avec l'orage,
    Et la feuille échappée aux arbres du rivage !

    Maintenant, jeune encore et souvent éprouvé,
    J'ai plus d'un souvenir profondément gravé,
    Et l'on peut distinguer bien des choses passées
    Dans ces plis de mon front que creusent mes pensées.
    Certes, plus d'un vieillard sans flamme et sans cheveux,
    Tombé de lassitude au bout de tous ses voeux,
    Pâlirait s'il voyait, comme un gouffre dans l'onde,
    Mon âme où ma pensée habite, comme un monde,
    Tout ce que j'ai souffert, tout ce que j'ai tenté,
    Tout ce qui m'a menti comme un fruit avorté,
    Mon plus beau temps passé sans espoir qu'il renaisse,
    Les amours, les travaux, les deuils de ma jeunesse,
    Et quoiqu'encore à l'âge où l'avenir sourit,
    Le livre de mon coeur à toute page écrit !

    Si parfois de mon sein s'envolent mes pensées,
    Mes chansons par le monde en lambeaux dispersées ;
    S'il me plaît de cacher l'amour et la douleur
    Dans le coin d'un roman ironique et railleur ;
    Si j'ébranle la scène avec ma fantaisie,
    Si j'entre-choque aux yeux d'une foule choisie
    D'autres hommes comme eux, vivant tous à la fois
    De mon souffle et parlant au peuple avec ma voix ;
    Si ma tête, fournaise où mon esprit s'allume,
    Jette le vers d'airain qui bouillonne et qui fume
    Dans le rythme profond, moule mystérieux
    D'où sort la strophe ouvrant ses ailes dans les cieux ;
    C'est que l'amour, la tombe, et la gloire, et la vie,
    L'onde qui fuit, par l'onde incessamment suivie,
    Tout souffle, tout rayon, ou propice ou fatal,
    Fait reluire et vibrer mon âme de cristal,
    Mon âme aux mille voix, que le Dieu que j'adore
    Mit au centre de tout comme un écho sonore !

    D'ailleurs j'ai purement passé les jours mauvais,
    Et je sais d'où je viens, si j'ignore où je vais.
    L'orage des partis avec son vent de flamme
    Sans en altérer l'onde a remué mon âme.
    Rien d'immonde en mon coeur, pas de limon impur
    Qui n'attendît qu'un vent pour en troubler l'azur !

    Après avoir chanté, j'écoute et je contemple,
    A l'empereur tombé dressant dans l'ombre un temple,
    Aimant la liberté pour ses fruits, pour ses fleurs,
    Le trône pour son droit, le roi pour ses malheurs ;
    Fidèle enfin au sang qu'ont versé dans ma veine
    Mon père vieux soldat, ma mère vendéenne !
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  • Par Orphea, le 04 février 2011

    LES FEUILLES D'AUTOMNE

    Quand le livre où s'endort chaque soir ma pensée,
    Quand l'air de la maison, les soucis du foyer,
    Quand le bourdonnement de la ville insensée
    Où toujours on entend quelque chose crier,

    Quand tous ces mille soins de misère ou de fête
    Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné,
    Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête,
    Le regard de mon âme à la terre tourné ;

    Elle s'échappe enfin, va, marche, et dans la plaine
    Prend le même sentier qu'elle prendra demain,
    Qui l'égare au hasard et toujours la ramène,
    Comme un coursier prudent qui connaît le chemin.

    Elle court aux forêts où dans l'ombre indécise
    Flottent tant de rayons, de murmures, de voix,
    Trouve la rêverie au premier arbre assise,
    Et toutes deux s'en vont ensemble dans les bois !
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  • Par Orphea, le 18 juin 2010

    LES FEUILLE D'AUTOMNE

    Que t'importe, mon cœur, ces naissances des rois,
    Ces victoires, qui font éclater à la fois
    Cloches et canons en volées,
    Et louer le Seigneur en pompeux appareil,
    Et la nuit, dans le ciel des villes en éveil,
    Monter des gerbes étoilées ?

    Porte ailleurs ton regard sur Dieu seul arrêté !
    Rien ici-bas qui n'ait en soi sa vanité.
    La gloire fuit à tire-d'aile ;
    Couronnes, mitres d'or, brillent, mais durent peu.
    Elles ne valent pas le brin d'herbe que Dieu
    Fait pour le nid de l'hirondelle !

    Hélas ! plus de grandeur contient plus de néant !
    La bombe atteint plutôt l'obélisque géant
    Que la tourelle des colombes.
    C'est toujours par la mort que Dieu s'unit aux rois.
    Leur couronne dorée a pour faite sa croix,
    Son temple est pavé de leurs tombes.

    Quoi ! hauteur de nos tours, splendeur de nos palais,
    Napoléon, César, Mahomet, Périclès,
    Rien qui ne tombe et ne s'efface !
    Mystérieux abîme où l'esprit se confond !
    A quelques pieds sous terre un silence profond,
    Et tant de bruit à la surface !
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  • Par Orphea, le 15 juin 2010

    LES ORIENTALES

    La ville prise

    La flamme par ton ordre, ô Roi, luit et dévore.
    De ton peuple en grondant elle étouffe les cris,
    Et, rougissant les toits comme une sombre aurore,
    Semble en son vol joyeux danser sur leurs débris.

    Le meurtre aux mille bras comme un géant se lève ;
    Les palais embrasés se changent en tombeaux ;
    Pères, femmes, époux, tout tombe sous le glaive ;
    Autour de la cité s'appellent les corbeaux.

    Les mères ont frémi ; les vierges palpitantes,
    Ô calife ! ont pleuré leurs jeunes ans flétris,
    Et les coursiers fougueux ont traîné hors des tentes
    Leurs corps vivants, de coups et de baisers meurtris.

    Vois d'un vaste linceul la ville enveloppée ;
    Vois ! quand ton bras puissant passe, il fait tout plier.
    Les prêtres qui priaient ont péri par l'épée,
    Jetant leur livre saint comme un vain bouclier.

    Les tout petits enfants, écrasés sous les dalles,
    Ont vécu ; de leur sang le fer s'abreuve encor...
    Ton peuple baise, ô Roi, la poudre des sandales
    Qu'à ton pied glorieux attache un cercle d'or !
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  • Par Orphea, le 15 juin 2010

    LES FEUILLES D'AUTOMNE

    A une femme

    Enfant ! si j'étais roi, je donnerais l'empire,
    Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
    Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre,
    Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
    Pour un regard de vous !

    Si j'étais Dieu, la terre et l'air avec les ondes,
    Les anges, les démons courbés devant ma loi,
    Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
    L'éternité, l'espace, et les cieux, et les mondes,
    Pour un baiser de toi !
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Hugh Jackman et Anne Hathaway sur le plateau de l'adaptation cinématographique des Misérables de Victor Hugo par Tom Hooper (Discours d'un roi).








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