Note moyenne : 4.15/5 (sur 46 notes)
Les Travailleurs de la mer3Ajouter à mes livres
C'est à la fois un conte et un drame héroïque, l'histoire de Gilliat, pêcheur solitaire, amoureux d'une belle jeune femme, qui pour elle s'en va braver l'océan. Propriétaire d'un bateau à vapeur qui vient de subir un naufrage, un vieil... > voir plus
Un chef d'oeuvre méconnu de Victor HUGO, dont on ne parle jamais et qui n'est jamais étudié. Et pourtant, l'auteur manie la langue française avec une maîtrise que peu d'écrivains atteignent. Face aux milliers de romans insipides qui paraissent jour après jour, la découverte de ce bijou est un miracle rare. L'histoire de Mess Lethierry, de sa Durande et de Déruchette, la rouerie de Sieur Clubin, l'amour transi de Gilliatt et son immense courage pour venir à bour des éléments, l'épiologue enfin, tout concourt à faire de cette oeuvre un immense roman qui ne s'oubliera pas quand on en aura terminé la lecture.
Mon premier Victor Hugo. Je l'ai dévoré bien que le passage avec la pieuvre soit un peu long. L'étudier en classe m'a permis de l'apprécier dans toute son ampleur. On s'attache énormément à ce pauvre Gilliat si touchant. Un vrai régal.
Cette bête s'applique sur sa proie, la recouvre, et la noue de ses longues bandes. En dessous elle est jaunâtre, en dessus elle est terreuse; rien ne saurait rendre cette inexplicable nuance poussière; on dirait une bête faite de cendre qui habite l'eau. Elle est arachnide par la forme et caméléon par la coloration. Irritée, elle devient violette. Chose épouvantable, c'est mou.
Ses noeuds garrotent; son contact paralyse.
Elle a un aspect de scorbut et de gangrène. C'est de la maladie arrangée en monstruosité.
Elle est inarrachable. Elle adhère étroitement à sa proie. Comment?Par le vide.Les huit antennes, larges à l'origine, vont s'effilant et s'achèvent en aiguilles. Sous chacune d'elles s'allongent parallèlement deux rangées de pustules décroissantes, les grosses près de la tête, les petites à la pointe. Chaque rangée est de vingt-cinq; il y a cinquante pustules par antenne, et toute la bête en a quatre cents. Ces pustules sont des ventouses.
(...) C'est la machine pneumatique qui vous attaque. Vous avez affaire au vide ayant des pattes. Ni coups d'ongles, ni coups de dents; une scarification indicible. Une morsure est redoutable; moins qu'une succion. La griffe n'est rien près de la ventouse. La griffe, c'est la bête qui entre dans votre chair; la ventouse, c'est vous-même qui entrez dans la bête.(...) Il vous tire à lui et en lui, et, lié, englué, impuissant, vous vous sentez lentement vidé dans cet épouvantable sac, qui est un monstre.
La haute croupe de roches escaladée, les trois déniquoiseaux parvinrent sur le plateau où est la maison visionnée.
Ils commencèrent par avoir peur, ce qui est le devoir de tout passant, et surtout de tout enfant, à cette heure et dans ce lieu.
(...) La première pensée des enfants avait été de s'enfuir; la seconde fut de s'approcher. Ils n'avaient jamais vu cette maison là à cette heure là. La curiosité d'avoir peur existe.(...)
D'ailleurs, être plusieurs dans un danger, rassure;avoir peur à trois encourage.
Et puis, on est chasseur, on est enfant; à trois qu'on est, on n'a pas trente ans; on est en quête, on fouille, on épie les choses cachées; est-ce pour s'arrêter en chemin? On avance la tête dans ce trou-ci, comment ne point l'avancer dans ce trou-là?