ISBN : 2742791078
Éditeur : Actes Sud (2010)


Note moyenne : 3.44/5 (sur 64 notes) Ajouter à mes livres
“Rena Greenblatt, mon héroïne s'appelle. Montréalaise expatriée à Paris, âgée de quarante-cinq ans, c'est une photographe spécialisée dans l'infrarouge, les photos de nuit, les corps et leurs étreintes. Au cours de ce récit elle effectuera en même temps deux voyages : l... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par de, le 25 mai 2012

    de
    Séjour et promenades dans Florence, « Une cloche sonne, et, captant les premiers rayons du soleil, les vielles briques et tuiles de la capitale s'embrassent », les arts de la renaissance sous le regard d'une photographe. « Je penche donc je suis, se dit Rena, non, je penche vers la droite donc je suis en Italie, en italiques, toutes mes penchées sont en italique, elles hurlent, insistent, se répètent, vocifèrent, m'accusent, toi la pellicule ultrasensible, comment est-ce possible, comment ? Tu n'as rien vu, rien deviné, rien senti, rien compris, rien détecté ? Non, parce que pas ça, non, le sein oui la peau oui l'estomac oui les bronches oui le médiastin oui depuis 1936 la photographie Infrarouge est reconnue pour son extrême utilité dans ces domaines-là mais ça non, justement ça non, non, pas du tout ». Rena accompagne son père Simon « Pauvre Simon, se dit Rena. Il a l'air découragé d'avance. Redoute les jours à venir. A peur que je ne veuille les traîner, les bousculer, les épater, les impressionner, les écraser avec mon savoir, mon énergie, ma curiosité. Se dit qu'ils auraient mieux fait d'aller directement de Rotterdam à Montréal. Craint de me décevoir. “Ma chère fille je suis vieux je le confesse”, comme dit le roi Lear. Soixante-dix ans ce n'est pas vieux de nos jours, sauf que là, franchement, il est fatigué et je lui pèse. Je l'épuise et lui pèse. » et sa compagne Ingrid.
    Cette plongée dans une ville musée engendre à la fois des pensées pour l'amant laissé à Paris et des remémorations d'histoires plus anciennes, avec une forte composante sensuelle ou érotique. « Ils avaient fait l'amour ce matin avant la sonnerie du réveil et elle avait voulu qu'il vienne sur son visage, c'était si fort le moment où, tenant son sexe dans ses deux mains, elle sentait soudain la semence traverser puis jaillir, crème de jouvence tiède et merveilleuse, elle l'avait étalée sur sa figure, son cou, ses seins, l'avait sentie sécher et se rafraîchir ; en se lavant ce matin elle avait tenu à garder, fine et transparente sous la mâchoire, à la naissance du cou, un peu de cette trace invisible de son amant : masque léger pour la protéger, l'aider à affronter l'épreuve… »
    Des passés donc, dont les frontières ne se limitent pas aux lieux, mais se déplacent, s'élargissent au gré des rencontres toujours présentes. Des passées différents, plus lents pour les membres du vieux couple. Et l'histoire.
    Le monde et les autres comme terrain de rencontres, sous les couleurs de l'Arno et des œuvres triplement vues. le père, la belle-mère et Rena ne regardent pas les mêmes statues, les tableaux, les monuments. Comme les hommes et les femmes, les œuvres ne sont pas « une », elles se construisent aussi dans les regards.
    Pendant ce temps « L'état d'urgence est déclaré en France ».
    Des vacances et des ruptures.
    Une écriture toute en couleurs, pour des allées dans le temps, des retours de souvenirs. Des dialogues enlevés d'une femme refusant les codes.
    Et une petite voix, Subra, double interrogative et ironique de Rena.
    Un vrai voyage. Subtil et plaisant. Une littérature non blasée.
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
  • Par Emmalife, le 21 octobre 2010

    Emmalife
    Ce livre fait partie de mes lectures coups de coeur de cette année. J'ai beaucoup aimé ce roman, tout autant que les précédents de Nancy Huston, qui fait partie de mes écrivaines préférées.
    L'histoire: Rena, une journaliste passionnée de photographie offre un voyage à son père et son amie. Elle aime particulièrement photographier à l'Infrarouge le corps de ses amants, cette technique qui capte la chaleur plus que la lumière, pendant l'amour. Et des amants, Réna en a beaucoup. On va la suivre durant 8 jours, un jour, un chapitre, lors d'un séjour à Florence qu'elle va visiter en compagnie de son père, qui fut un neuropsychologue reconnu et qu'elle voit décliner jour aprés jour, et la compagne de celui-ci, parfaite touriste type. J'ai particulièrement aimé le style du récit, on navigue entre la tragi-comédie de vacances plutôt ratées,le dialogue assez étonnant du personnage avec son amie imaginaire et les propres souvenirs de l'auteur. On ne sait jamais si on est dans le fantasme ou dans la réalité. J'ai beaucoup aimé la façon dont Nancy Huston parle sans tabous, avec les mots adéquats, parfois crus mais jamais vulgaires, du plaisir, du corps des hommes.
    Dans ce roman, il y a tout ou presque de ce qui fait notre vie: la sensualité, l'amour, le désir, le bonheur d'être mère mais aussi les difficultés, la douleur de voir nos parents vieillir et notre relation à notre propre vieillesse. Elle aborde aussi le thème de la violence des hommes, à travers une évocation des émeutes dans les banlieues, et des amours mixtes.
    C'est un trés beau livre, à lire absolument.
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 1.00/5
    Par canel, le 30 juin 2011

    canel
    Rena, photographe parisienne de quarante-cinq ans, a offert à son père québecois un séjour en Italie pour ses soixante-dix ans. Il y vient avec sa femme Ingrid, et Rena les accompagne. Avec eux elle va visiter les villes en ravalant sa honte de leur "beaufitude" de touristes/personnes âgées et de l'ignorance de sa belle-mère.
    J'ai sauté aveuglément sur ce roman, sans rien lire dessus avant de l'acheter (surtout pas la 4e de couv), j'aime beaucoup ce que fait Nancy Huston... habituellement. Là, je me suis copieusement ennuyée, entre les exposés artificiels sur tel artiste ou tel personnage historique italien, les souvenirs érotiques de Rena et ses fantasmes, quelques passages vaguement scandaleux (le père scientifique qui partage son LSD avec ses enfants ados, les attouchements incestueux du frère, la jeune fille de seize ans qui couche avec son psy avide de SM pendant que son père est dans la chambre voisine avec une mineure...), des poncifs (les prêtres pédophiles, les Allemands ordonnés, les hommes et leurs symboles phalliques p. 83...) et surtout, l'injonction lancinante du personnage intérieur de Rena, Subra : "raconte, Rena".
    J'ai trouvé que tout ça sonnait vraiment faux, je n'ai pas retrouvé la subtilité qui m'a enchantée dans les autres romans de cette auteur, j'aurais mieux fait de relire "Instruments des ténèbres" ou "Lignes de faille", par exemple... Bref, j'ai abandonné page 126, l'auteur venait d'écrire "qu*ue" une fois de trop, sans doute...
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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Fantasio, le 07 novembre 2010

    Fantasio

    Mon Dieu que Nancy Huston écrit bien ! Á chaque fois que j'ouvre un livre de cette écrivain, je suis étonné par la fluidité de son écriture, par l'originalité du récit et par l'érudition de l'auteure. Infrarouge ne déroge pas à cette règle. Ce livre, très sensuel, est tout empli d'émotions et d'humour parfois caustique. C'est à la fois une balade dans l'Italie contemporaine et dans les souvenirs et considérations de la narratrice. On peut s'amuser des vacances ratées de Rena et, en même temps assister, effaré, à l'enfance et l'adolescence pour le moins tourmentées de celle-ci. Et encore une fois, l'immense culture de Nancy Huston, ses connaissances sur les différents sujets abordés sont assez bluffantes et éclatent tout au long des pages de ce magnifique roman.
    Rena est un personnage très attachant. Elle est libre, lucide et assume parfaitement sa passion pour les hommes, ses maris, ses amants et décrit souvent crument sa vie sexuelle intense pour ne pas dire débridée. Parallèlement la photographie, qui est aussi son métier, ne quitte jamais ses pensées et joue un rôle immense dans sa vie.
    Entre la description des relations malsaines qu'elle entretenait dans son enfance avec son frère et le compte rendu de l'étrange adolescence qu'elle a vécu entre une mère peu aimante et un père singulier et particulièrement fantasque, les réminiscences du passé surgissent et prennent un sens et un éclairage nouveau à la faveur de ce séjour florentin en compagnie de son père et de la nouvelle femme de celui-ci. Rena, toujours en attente de séduction, narre des relations complexes et souvent décevantes qu'elle entretien avec le couple vieillissant.
    Ce roman est une merveille d'intelligence et de sensibilité. Il est à la fois passionnant et enrichissant. Je ne peux que vous le conseiller chaleureusement.



    Lien : http://lefantasio.fr
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    • Livres 5.00/5
    Par ChezLo, le 13 novembre 2010

    ChezLo
    On suit alors Rena dans ses pérégrinations, dans ses déambulations florentines. Au risque de trouver monotones les innombrables visites des monuments et des musées, les récurrentes descriptions des différentes sculptures romaines (sûrement passionantes si on les a admirées dans sa propre vie de lecteur amateur d'art). Au risque aussi de trouver répétitifs les instants d'évasion sensuelle que Rena s'accorde chaque jour.
    Si le risque est évité par l'intérêt des anecdotes, des divagations, par l'épaisseur des personnalités décrites, par l'appréciation des lieux et des scènes, alors la lecture est sauve. Pour moi il s'en est fallu de peu.
    En fait c'est tout le contraire. Ce roman est complètement séducteur, il nous captive par ses petits riens extraits des souvenirs, par ses douleurs, par son discours sur la vie, la famille. Jamais d'ennui. Beaucoup d'émotions, d'empathie pour cette Rena que l'on prend plaisir à écouter et à voir se démener dans cette Toscane en compagnie de deux presqu'étrangers. Je remercie vraiment Nancy Huston de faire cohabiter dans un même roman l'évocation d'un concert de Fela Kuti, une ballade aux Buttes-Chaumont, une séance de hammam, les émeutes des banlieues d'octobre 2005, la corniche de Dakar, et des passages sensuels crus mais superbement écrits...
    Décidément une écriture ouverte à tous les horizons de par le personnage principal de Rena qu'il expose.

    Lien : http://chezlorraine.blogspot.com/2010/08/infrarouge.html
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Citations et extraits

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  • Par de, le 25 mai 2012

    Ils avaient fait l’amour ce matin avant la sonnerie du réveil et elle avait voulu qu’il vienne sur son visage, c’était si fort le moment où, tenant son sexe dans ses deux mains, elle sentait soudain la semence traverser puis jaillir, crème de jouvence tiède et merveilleuse, elle l’avait étalée sur sa figure, son cou, ses seins, l’avait sentie sécher et se rafraîchir ; en se lavant ce matin elle avait tenu à garder, fine et transparente sous la mâchoire, à la naissance du cou, un peu de cette trace invisible de son amant : masque léger pour la protéger, l’aider à affronter l’épreuve…
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  • Par de, le 25 mai 2012

    Je penche donc je suis, se dit Rena, non, je penche vers la droite donc je suis en Italie, en italiques, toutes mes penchées sont en italique, elles hurlent, insistent, se répètent, vocifèrent, m’accusent, toi la pellicule ultrasensible, comment est-ce possible, comment ? Tu n’as rien vu, rien deviné, rien senti, rien compris, rien détecté ? Non, parce que pas ça, non, le sein oui la peau oui l’estomac oui les bronches oui le médiastin oui depuis 1936 la photographie infrarouge est reconnue pour son extrême utilité dans ces domaines-là mais ça non, justement ça non, non, pas du tout
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  • Par de, le 25 mai 2012

    Pauvre Simon, se dit Rena. Il a l’air découragé d’avance. Redoute les jours à venir. A peur que je ne veuille les traîner, les bousculer, les épater, les impressionner, les écraser avec mon savoir, mon énergie, ma curiosité. Se dit qu’ils auraient mieux fait d’aller directement de Rotterdam à Montréal. Craint de me décevoir. “Ma chère fille je suis vieux je le confesse”, comme dit le roi Lear. Soixante-dix ans ce n’est pas vieux de nos jours, sauf que là, franchement, il est fatigué et je lui pèse. Je l’épuise et lui pèse.
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  • Par Monsterinside, le 13 mars 2011

    Certains jours, travaillant aux Mystères de messieurs, j'avais envie d'alléger la planète des neuf dixièmes de ses phallophores - qui, par leur insécurité permanente, leur incertitude d'être ( Pour qui tu te prends? phrase masculine par excellence), leur passion pour les armes, leur rivalité, leur goût du pouvoir, leurs bagarres et magouilles de toutes sortes, conduisent notre espèce droit à l'extinction, d'autres jours au contraire j'avais envie de les remercier à genoux car ils ont inventé la roue et le canoë, l'alphabet et l'appareil photo, élaboré les sciences composé les musiques écrit les livres peint les tableaux bâti les palais les églises les mosquées les ponts les barrages et les routes, travaillé sans compter, durement et modestement, déployant leur force, leur patience, leur énergie et leur savoir-faire dans les champs de mine usines ateliers bibliothèques universités et laboratoires du monde entier. Oh! hommes merveilleux, anonymes et innombrables, souffrant et vous dévouant, jour après jour, siècle après siècle pour nous faire vivre un peu mieux, avec un peu plus de confort et de beauté et de sens... je vous aime!
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  • Par Monsterinside, le 13 mars 2011

    Regarde, papa, je suis l'héritière directe de toutes ces découvertes! Pour mesurer en 1800 la température de l'invisible, Herschel a eu besoin tant du thermomètre de Galilée que du prisme de Newton; c'est ainsi qu'il a pu démontrer le fait prodigieux que le Soleil émet des rayons infrarouges. Vingt ans, déjà, que je privilégie ce côté là du spectre - le côté spectral justement, fantomatique, onirique -, les ondes courtes, de plus en plus courtes, invisibles à l'œil nu, là où la lumière commence à se muer en chaleur. Je me sers de ma caméra pour me glisser sous la peau des gens. Faire ressortir les veines, le sang chaud, la vie qui court en chacun de nous. Révéler leur aura invisible, les traces qu'a laissées leur passé sur leur visage, leurs mains, leur corps. Explorer, dans les paysages ruraux ou urbains, le détail hallucinant des ombres. Transformer le fond en forme et la forme en fond. Mettre l'immobile en mouvementcomme ne saurait le faire aucun film. Montrer les instants de vie qui s'entrechoquent et s'interpellent. Etablir des liens entre passé et présent, ici et là bas, jeunes et vieux, vivants et morts. Capter l'instabilité fondamentale de notre être. Dans chaque situation de reportage, rencontrer un individu et tout faire pour le comprendre en amont. Faire avec lui un pas de côté, l'accompagner chez lui pour l'écouter, l'interroger, le voir changer de masque, jouer avec lui, avec ses certitudes, le scruter dans le mouvement de sa vie, tel qu'il s'aime, le quitter plus libre que je ne l'ai trouvé. Casser, grâce à l'infrarouge, l'ici-et-maintenant qui est l'essence même de la photographie...
    Oh, papa, pourquoi marches-tu si vite ?
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les matins - Nancy Huston .
EcrivainVient de publier chez Actes Sud "Reflets dans un ?il d'homme"








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