> Sadamichi Yokoo (Traducteur)
> Sanford Goldstein (Traducteur)
> Gisèle Bernier (Traducteur)

ISBN : 2253059013
Éditeur : LGF - Livre de Poche (1992)


Note moyenne : 3.89/5 (sur 90 notes) Ajouter à mes livres
L'histoire d'une liaison, source de passion, de rupture et de mort, racontée à travers trois lettres inoubliables dans un style glacé et brûlant qui fait de ce court roman un chef-d'œuvre universel.
Poète, nouvelliste et romancier, Yasushi Inoué (1907-1991) rest... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 13 novembre 2011

    LiliGalipette
    Le narrateur raconte comment, après avoir publié un poème intitulé ‘Le Fusil de chasse' qui fait le rapprochement « entre un fusil de chasse et l'isolement d'un être humain » (p. 8), il a reçu le curieux courrier d'un inconnu. L'homme, qui se fait appeler Josuke Misugi, ne doute pas que le poème raconte sa propre existence. Touché au cœur par ce texte, il envoie au narrateur trois lettres qu'il a reçues de trois femmes différentes. La première est signée par la fille de sa maîtresse, la seconde par son épouse et la dernière par sa maîtresse.
    Dans sa lettre, Shoko raconte le suicide de sa mère et déclare qu'elle connaissait le secret qui la liait à Josuke Misugi. La jeune femme avoue toute sa haine pour l'épouse légitime et pour le mari volage. Sa lettre est un réquisitoire dont la sentence finale a des airs d'expiation. « Je veux me dégager des décombres du péché sous lesquels ma mère a été écrasée. » (p. 37)
    Midori, l'épouse trompée, raconte comment elle a été une épouse infidèle et pourquoi elle veut quitter son époux. Elle a toujours su qu'il aimait sa cousine et qu'il partageait avec elle une relation adultérine. C'est avec soin et calcul qu'elle rédige le courrier de la rupture. « J'écrirai donc une lettre franchement désagréable, et qui augmentera ta froideur à mon égard. » (p. 50)
    La lettre de Saiko est posthume. C'est une Voix passionnée qui résonne d'outre-tombe. « Quand tu liras ces mots, je ne serai plus. » (p. 65) Saiko, prête à prendre le poison fatal, prend la plume pour se révéler enfin à celui qui fut son amant pendant si longtemps. Aux portes de la mort, elle ne nie pas le péché et se présente nue et honnête. « Même si la vie enfermée dans cette lettre ne doit durer que quinze ou vingt minutes, oui, même si cette vie doit avoir cette brièveté, je veux te révéler mon « moi » véritable. » (p. 66)
    Dans sa brillante préface, Linda Lê parle d'une « plainte à trois Voix ». Les trois femmes écrivent des lettres nourries de ressentiment et de reproche. L'amour n'est pas beau et il est sans cesse questionné, mis en doute et examiné à la lueur du péché et de la morale. C'est l'amour au féminin qui a la part belle. On doute presque de la possibilité et de l'existence de l'amour au masculin. La grande affaire des femmes, c'est l'amour, mais quel amour ? « Même à seize ou dix-sept ans, alors que nous ne savons pas tout à fait en quoi consiste « aimer » ou « être aimée », nous autres femmes, nous semblons connaître déjà d'instinct le bonheur d'être aimées. » (p. 83)
    Ce livre très court interroge avec habileté et puissance l'amour et ses conséquences. La notion de péché n'a ici rien de catholique, c'est plutôt la notion d'une transgression de la morale et de la bienséance. Josuke Misugi est condamné sans appel par les trois lettres qui usent chacune d'un ton différent. L'homme ne se défend pas et le voudrait-il qu'il ne le pourrait pas, aucun argument ne pouvant balayer les déclarations des femmes qui le pointent du doigt. Ce court roman m'a vraiment secouée. le message est clair : pas touche au cœur des femmes !
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    Critique de qualité ? (10 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par canel, le 26 mai 2011

    canel
    Envie de légèreté, de douceur, je me suis tournée vers ce petit roman japonais espérant y retrouver un peu de l'atmosphère de la pentalogie le poids des secrets de Aki Shimazaki. Je n'ai pas été déçue.
    - - - Attention, pour une fois, je développe le récit... sans tout dévoiler cependant. - - -
    Une histoire d'amour, d'adultère, de secret de famille et d'honneur au Japon dans les années 1940.
    Un chasseur, Josuke Misugi, est ému par un court poème lu dans une revue car il s'y est reconnu. Il contacte l'auteur et lui confie trois lettres qu'il a reçues de femmes. La première émane de Shoko (20 ans) qui a découvert juste avant la mort de sa mère Saïko leur liaison adultère, par le biais de son journal intime. Shoko informe Josuke que leur amour interdit a été source de grande souffrance pour Saïko. La deuxième lettre est la demande de divorce de Midori à son époux Josuke. Elle lui avoue avoir découvert rapidement après leur mariage les infidélités de son mari avec sa cousine Saïko. Elle lui fait part de ses propres incartades conjugales, et dresse froidement le constat de leurs treize années d'union sans amour où chacun est resté retranché dans sa "citadelle". Enfin la dernière missive provient de Saïko, la maîtresse de Josuke. A propos de leur liaison coupable, elle lie de façon indissociable "la mort", "le péché", et "l'amour".
    J'ai aimé retrouver cette douceur souvent présente dans la littérature asiatique, en dépit ici de la noirceur des thèmes évoqués. Des allusions à l'environnement, la nature (la végétation, le climat, les saisons) complètent le portrait des protagonistes et leurs états d'âme. Une réflexion sans concessions sur l'amour, l'adultère, et le sens de l'honneur - très important dans la culture japonaise. Paru pour la première fois en 1949, ce court roman reste très actuel.
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par cicou45, le 21 juin 2011

    cicou45
    Magnifique roman de Yasushi Inoué qui a reçu le prix Akutagawa, le prix littéraire le plus prestigieux au Japon. On découvre ici l'histoire d'un homme solitaire au travers de trois superbes lettres qui lui sont toutes adressées et qui proviennent toutes de femmes qui l'aiment, à savoir sa femme, sa maîtresse et sa fille. Ces trois lettres sont déchirantes puisqu'elles sont non seulement remplies d'amour mais aussi de désespoir.
    L'écriture de l'auteur est superbe, empreinte de la philosophie et de la sagesse japonaise.
    Le lecteur, en tout cas ce fut mon cas, ne peut pas rester insensible à ces cris de détresse et à ces déclarations d'amour enflammées.
    Court roman qui se laisse lire en un rien de temps et qui est d'une beauté et d'une pureté exceptionnelle. A découvrir !
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par zozocello, le 27 mars 2009

    zozocello
    "Immobile, je regardais la mer hivernale, scintillante au soleil, et qui semblait barbouillée d'un bleu de Prusse que l'on viendrait juste de presser hors du tube."
    Cet instant de douleur fulgurante appartient à l' une des quatre lettres qui composent ce très court récit. Un texte très beau, magnifiquement écrit.
    Une histoire d'amour est l'objet de trois lettres, adressées à Josuke Misugi. L'amie, la femme, l'amante... Chaque témoignage déroule subtilement le fil de l'intrigue, ou plutôt dévoile peu à peu le rapport qui lie les personnages entre eux.
    "Un amour que le soleil n'illumine pas et qui coule de nulle part à nulle part, profondément encaissé dans la terre, comme une rivière souterraine."
    La quatrième lettre est de la main de Josuke Misugi. Elle est adressée au narrateur. Elle raconte le choc qu'il a rencontré lorsqu'il s'est reconnu dans une poésie intitulée Le fusil de chasse que le narrateur a publié dans une revue spécialisée dans le domaine. Il y est question d'un chasseur qui contemple le "lit asséché du torrent blême". Il y est question d'un homme devenu solitaire...
    C'est précisément ce qui se dégage de chaque personnage, et du texte en général : un profond sentiment d'isolement et de solitude.
    Un très, très beau livre, assurément!
    > la critique sur le blog :

    Lien : http://leszibelines.blog124.fc2.com/blog-entry-17.html
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    • Livres 5.00/5
    Par BMR, le 06 août 2007

    BMR
    Un petit ouvrage du japonais Yasushi Inoué, Le fusil de chasse.
    En à peine une heure de lecture, trois femmes se racontent à un même homme. Trois très belles lettres.
    Triste histoire que celle des amours contrariées de ces quatre personnages (l'une de ces femmes connaîtra d'ailleurs un funeste destin). Amours impossibles, amours étouffées par les secrets non dits.
    L'écriture glacée de Yasushi Inoué ajoute encore au malaise : ses personnages se racontent de manière étrangement distanciée et l'on sent à chaque page le feu couver sous la glace, la passion sous les mots.
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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 17 janvier 2012

    Puisque ce poème a un rapport avec l’histoire que je raconte, j’ai décidé de l’insérer ici :

    "Sa grosse pipe de marin à la bouche,
    Un setter courant devant lui dans l’herbe,
    L’homme gravissait à grandes enjambées, en ce début d’hiver,
    Le sentier du mont Amagi,
    Et la gelée blanche craquait sous ses semelles.
    Il avait vint-cinq cartouches à la ceinture,
    Un manteau de cuir, marron foncé,
    Une carabine Churchill à canons jumelés…
    Mais d’où venait son indifférence, malgré son arme de blanc et brillant métal,
    A ôter la vie à des créatures ?

    Fasciné par le large dos du chasseur,
    Je regardais, je regardais.

    Depuis ce temps-là,
    Dans les gares des grandes villes,
    Ou bien la nuit dans les quartiers où l’on s’amuse,
    Parfois je rêve,
    Je voudrais vivre sa vie…
    Paisible, sereine, indifférente.

    Par instants change la scène de chasse :
    Ce n’est plus le froid début d’hiver sur le mont Amagi,
    Mais un lit asséché de torrent, blanc et blême.
    Et l’étincelant fusil de chasse,
    Pesant de tout son poids sur le corps solitaire,
    Sur l’âme solitaire d’un homme entre deux âges,
    Irradie une étrange et sévère beauté,
    Qu’il ne montra jamais,
    Quand il était pointé contre une créature. »
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  • Par mandarine43, le 26 mars 2011

    Extrait de la préface de René de Ceccatty :

    L'espace vide face au temps

    Certains écrivains ont à payer le prix de la notoriété d'une seule de leurs œuvres. Benjamin Constant et Adolphe, Lampedusa et Le Guépard, Akutagawa et Rashōmon, Karen Blixen et La ferme africaine, Selma Lagerlöf et Nils Holgerson. Pour des raisons fortuites, qui ne tiennent pas seulement à la valeur littéraire du livre élu, mais aussi aux circonstances de la vie, plus ou moins brève, plus ou moins mouvementée. De Yasushi Inoué, qui fut un auteur tardif, mais prolixe, il se trouve que Le Fusil de chasse, l'une de ses toutes premières longues nouvelles, obtint auprès du public, surtout étranger, une faveur totalement disproportionnée avec le reste de ses textes. C'est sans doute que ce bref roman réunit toutes les caractéristiques de l'art de l'écrivain et, à l'orée de sa carrière, les a exprimées avec une force concentrée exceptionnelle. Il ne s'agissait pas d'une œuvre de jeunesse, puisque Inoué n'a pas été précoce.
    (...)
    Entre le dépouillement exemplaire de Kawabata, à la limite du minimalisme, que tempère la causticité de son regard sur la bourgeoisie, et le raffinement parfois maniéré de Tanizaki, Inoué trouve une place moins immédiatement identifiable, et, de ce fait, plus secrète dans le paysage littéraire, tant à l'intérieur de son pays que sous le regard étranger. Yasushi Inoué est mort le 29 janvier 1991, à l'âge de quatre-vingt-trois ans et bien que devenu une notabilité des lettres japonaises, il manque proba­blement de peu le Nobel qui, l'année suivante, est attribué à la «jeune» génération, à travers Oé. À la fin de sa vie, il écrivit une préface à une anthologie de nouvellistes japonais (parue chez Gallimard, en 1986), dans laquelle il soulignait la dette de son pays à l'égard de la Chine et, simultanément, sa résistance à toute influence étrangère. Déformation professionnelle d'un romancier qui avait beaucoup écrit sur la culture chinoise et sur des personnages historiques chinois. Mais aussi souci de délimiter la spécificité japonaise, si artificiel que soit ce genre d'exercice.
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  • Par BMR, le 06 août 2007

    [...] Ma vie demeurera présente dans cette lettre jusqu'à ce que tu en aies achevé la lecture. Dès l'instant que tu l'auras ouverte, que tu auras commencé à la lire, tu y retrouveras la chaleur de ma vie. Et pendant quinze ou vingt minutes jusqu'à ce que tu en aies lu le mot final, cette chaleur se répandra dans ton corps entier.
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  • Par zozocello, le 27 mars 2009

    Quand j'étais petite, quelqu'un m'a acheté un presse-papier à la foire : une fleur artificielle rouge, dans une boule de verre. Je l'ai prise et je suis partie, mais, tout à coup, je me suis mise à pleurer. Nul n'aurait pu en deviner la cause. Des pétales, comme raidis par le gel, immobiles, dans un verre froid, des pétales inanimés, que ce fut le printemps ou l'automne, des pétales plongés dans la mort... A la pensée de ce que ces pétales avaient dû ressentir, je fus soudain remplie de tristesse. De cette même tristesse qui m'envahit aujourd'hui. L'amour entre vous et Mère était comparable à ces pétales...

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  • Par brigetoun, le 20 février 2011

    Je croyais que l'amour était semblable au soleil, éclatant et victorieux, à jamais béni de Dieu et des hommes. Je croyais que l'amour gagnait peu à peu en puissance, tel un cours d'eau limpide qui scintille dans toute sa beauté sous les rayons du soleil, frémissant de mille rides soulevées par le vent et protégé par des rives couvertes d'herbe, d'arbres et de fleurs.
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Vidéo de Yasushi Inoué

Le fusil de chasse de Yasushi Inoué au Livre de Poche .
A bout de forces, trop fatiguée pour bouger le petit doigt je laissai machinalement mon regard s'attacher à ton reflet sur la vitre. Tu avais fini de frotter le canon et tu remontais la culasse, que tu avais également nettoyée. Alors tu levas et abaissas plusieurs fois le fusil en épaulant à chaque fois. Mais peu après le fusil ne bougea plus. Tu l'appuyas fermement contre ton épaule et tu visas, en fermant un oeil. Je me rendis compte que le canon était manifestement dirigé vers mon dos.Yasushi InouéLe fusil de chasse, ou les multiples facettes d'une impossible passion. Trois lettres, adressées au même homme par trois femmes différentes, forment la texture tragique de ce récit singulier. Au départ, une banale histoire d'adultère. A l'arrivée, l'une des plus belles histoires d'amour de la littérature contemporaine. Avec une formidable économie de moyens, dans une langue subtilement dépouillée, Yasushi Inoué donne la version éternelle du couple maudit.








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