Danny, le narrateur, l' écrivain, l'un des trois personnages principaux, ne me quitte plus : je vis avec lui, jour et nuit, je suis ce
Fils unique et adoré de Dominic Baciagalupo, devenu Tony Angel , son cuisinier de père, célibataire , boiteux et chétif mais sympathique, attirant et doué dont Rosie, la femme et la mère de Danny, est morte très jeune, noyée dans la Twisted River qui donne le titre au roman. Après une soirée bien arrosée, elle s'amusait dans l'eau avec son jeune époux et l'ami intime de celui-ci , le fameux
Ketchum, le troisième héros du récit, bûcheron, chasseur, homme indomptable et par-dessus le marché le récent amant de la jeune femme. A cause de leur ivresse ils n'ont pas réussi à la sauver. De ce premier drame découle tout le reste que je ne peux pas raconter tant la suite est intense, fouillée, mouvementée...
Je me rends compte qu'à vouloir résumer ce livre, je le trahirai forcément et ce serait vite décourageant.
Je retiendrai qu'à la suite de ce premier drame Danny sera élevé par des femmes -servantes, nourrices, amies ou maîtresses du père, des femmes fortes, dévouées, adorées du jeune garçon mais qu'il en tuera une par inadvertance en la confondant avec un ours à l'attaque de son père. le shérif du coin dont cette femme est devenue l'amie les poursuivra toute leur vie de sa vengeance. Ils seront obligés de fuir immédiatement cette
Dernière nuit à twisted river et c'est cette fuite perpétuelle et cette poursuite menaçante pendant plus d'un demi siècle que raconte le récit, jusqu'à cette dernière tragédie inéluctable mais très belle et cette phrase terminale qui renvoie directement à la toute première du roman et qui consacre la victoire de l'art sur la réalité, autre grand thème du roman. L'écriture douloureuse, victorieuse et enfin apaisante et apaisée!
C'est un roman fleuve, une histoire de pères et de fils qui se déroule sur trois générations, en Amérique du nord-est, des années cinquante à nos jours.. On y explore, au gré des époques et des chapitres, le monde des rudes bûcherons-flotteurs de bois du New Hampshire, celui des restaurateurs-cuisiniers des villes de Boston et de Toronto, sans oublier celui de l'écrivain aux prises avec la réalité et l'imagination dans sa propre création.
Quinze jours que je suis dans ce livre. Quinze jours de pur plaisir, de douceur, de joie, d'admiration, de connivence, d'exaltation même, bref du bonheur à l'état pur. Ça fait du bien..
C'est vrai : je suis une inconditionnelle de
John Irving, je le reconnais, depuis ce jour béni de ma première lecture du «Monde selon Garp». Je ne vois plus ses défauts ou plutôt je suis toute prête à les lui pardonner mais autant ses derniers romans m'avaient semblé un peu moins bien , autant celui-ci trône au sommet avec les plus grands et je m'apprête à entamer une seconde lecture
Bien sûr, il faut du temps à lui consacrer. Ce n'est pas une petite plaquette d'une centaine de pages comme on nous en sert trop souvent, interchangeable et très vite oubliée. Il s'agit ici d' un vrai gros roman de plus de 500 pages, un livre pour lectrices insatiables, pour celles qui lisent à tout va, n'importe où, n'importe quand.