> Josée Kamoun (Traducteur)

ISBN : 2020416417
Éditeur : Threshold (2000)


Note moyenne : 3.6/5 (sur 129 notes) Ajouter à mes livres
Eté 1958. Ted Cole, séducteur invétéré et auteur à succès de contes effrayants pour enfants, engage Edward O'Hare, seize ans, pour un travail saisonnier ; officiellement, il l'emploie comme assistant ; mais en fait, il cherche plut... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

Critiques et avis(5)

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 26 novembre 2010

    LiliGalipette
    Roman de John Irving. Titre original: A Widow For One Year. Lettre I de mon Challenge ABC 2010.
    Alors que Ruth n'a que quatre ans et que l'été 1958 touche à sa fin, sa mère Marion disparaît. En quittant les Hamptons et le village de Sagaponack, Marion quitte le souvenir de la mort de ses deux garçons, Thomas et Timothy, tués dans un accident de voiture. Elle laisse derrière elle un époux qu'elle n'aime plus, une fille qu'elle a trop peur d'aimer et Eddie, un jeune amant trop amoureux. Ruth grandit auprès de son père Ted, un auteur-illustrateur de livres pour enfants, et dans le souvenir entretenu de frères qu'elle n'a pas connus. Elle devient une romancière de renommée internationale. À la veille d'épouser son éditeur Allan, elle retrouve Eddie, l'assistant de son père durant l'été 1958 et l'amant fougueux de sa mère. Eddie en est persuadé, il a retrouvé Marion qu'il n'a pas cessé d'aimer. À Amsterdam, lors d'une tournée de promotion, Ruth vit une expérience terrifiante, née de ses terreurs d'enfants.
    Ce roman parle d'auteurs et du besoin d'écrire. Ted, Marion, Eddie et Ruth sont tous romanciers. le premier écrit et illustre de terrifiants récits pour enfants, la deuxième sublime sa douleur de mère dans des romans policiers de modeste facture, le troisième écrit et réécrit à l'envi son expérience sensuelle avec Marion, sa première amante. Ruth est la seule dont le talent est mondialement reconnu. Elle fonde son art sur l'imagination uniquement, déniant aux souvenirs la force d'être le substrat convaincant d'un roman. Ces quatre personnages reconnaissent "l'autorité de l'écrit" (p. 173), qu'il soit fondé sur le souvenir ou sur l'imagination pure.
    La première de couverture est intelligemment illustrée. Ce crochet solitaire est un parmi tous ceux laissés sur le mur après le départ de Marion qui a emporté toutes les photos des garçons. La photographie est un personnage du roman, au moins dans la première partie. Les frères disparus sont maintenus présents dans les innombrables portraits d'eux qui ornent les murs de la maison de Sagaponack. Autour des clichés s'élabore une complexe et raffinée mythologie familiale. "Ruth était élevée dans la présence écrasante de ses frères morts, mais aussi dans l'importance sans égale de leur absence." (p. 90) Ruth, bébé pansement, connaît tout de l'histoire de ses frères et fait des photographies des éléments du quotidien. le départ de Marion qui ne laisse que des crochets auxquels il est impossible de se retenir crée un vide que ne comblera que l'écriture.
    Le roman est clairement divisé en trois parties dont chacune se centre sur un personnage. La première partie se déroule durant l'été 1958. Eddie, 16 ans, arrive dans les Hamptons avec une idée assez floue du job d'été qu'il devra assumer: assistant et chauffeur de l'écrivain Ted Cole. Il apparaît très vite que Ted n'a engagé Eddie que pour "l'offrir" à Marion qui s'en empare sans honte, retrouvant auprès de lui une féminité éteinte. Au milieu du couple qui se déchire, Eddie n'est qu'un témoin, à peine un acteur puisque tout le monde écrit à l'avance son rôle, dont il assume le poids avec résignation. La deuxième partie débute en 1990. Ruth est adulte, romancière à succès, et elle tergiverse sur la proposition de mariage d'Allan. Sur le point de débuter un nouveau roman, elle s'embarque dans une aventure bien peu recommandable. La dernière partie se tient en 1995 et introduit le personnage d'Harry Hoekstra, policier d'Amsterdam, qui cherche le témoin anonyme d'un meurtre sordide. Si Ruth ne semble être le personnage principal que de la deuxième partie du livre, tout tourne autour d'elle. De son enfance à ses mariages, elle est au centre de tout.
    Au récit propre se mêlent des extraits ou des textes entiers des personnages auteurs. Les trois contes de Ted Cole (La souris qui rampait entre les cloisons, La trappe dans le plancher et Le bruit de quelqu'un qui essaie de ne pas faire de bruit) illustrent des situations dans lesquelles Ruth est plongée: ils entourent les terreurs d'une brume d'irréalité, ils subliment la peur et lui refusent le droit de s'installer, s'imposent comme une fuite du réel vers l'imaginaire. De même, les premiers chapitres des livres de Ruth prennent pied dans le récit et font écho à ses propres expériences. Elle à qui les lecteurs reprochent d'écrire sur des faits qu'elle n'a pas vécu (mariage, veuvage, grossesse, divorce, etc.) finit par être l'illustration même des textes qu'elle a écrit. Elle devient cette "veuve pour un an", cette veuve de papier qu'on lui a reproché de décrire. Il y aussi tout un chapitre qui reprend les épanchements de Ruth dans son journal intime. Faute de connaître le personnage, on connaît ses pensées. Enfin, quelques chapitres des textes de Marion offrent une variation sur le thème des enfants disparus. Ils sont l'exutoire dans lequel la mère blessée tente de retrouver pied.
    La langue de John Irving est savoureuse: elle allie des descriptions minutieuses voire cliniques à un langage grossier et trivial qu'enrobe parfois une poésie folle. L'auteur manie la prétérition et les effets d'annonce avec talent. le récit n'est qu'un constant développement de détails, une retouche infinie de situations. Il me semble aussi que le texte est une variation autour de la quête: celle d'un adolescent après son premier amour, celle d'une mère après ses enfants, celle d'une romancière après son oeuvre, celle d'un policier après la vérité, etc.

    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/11/26/19188926.html
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par KatellB, le 05 février 2012

    KatellB
    C'est l'histoire de Marion, qui ne se remet pas de la mort de ses deux fils et quitte son mari infidèle, Ted, sa fille Ruth et son jeune amant Eddie, qui n'aimera plus dès lors que les femmes plus âgées que lui et gardera un amour indéfectible pour Marion. C'est ensuite l'histoire de Ruth : écrivain, elle finit par épouser Allan, son éditeur, qui la laisse jeune veuve avec un enfant, Graham. Dans le quartier chaud d'Amsterdam, où elle vient chercher la matière d'un futur roman, elle assiste à l'assassinat de Rosie, une prostituée. Apparaît alors le personnage de Harry, le flic plus intéressé par le témoin que par le criminel et qui deviendra le second mari de Ruth.C'est enfin, après 37 ans, le retour de Marion, venue finir sa vie auprès d'Eddie et faire la connaissance de son petit fils.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (0 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Mathilde, le 29 janvier 2011

    Mathilde
    De l'amour, de la littérature et de la mort, voila ce dont John Irving nous parle dans ce roman de 650 pages. Ce roman fleuve suit le destin de romanciers, flics, prostitués sur presque plus de quarante ans entre la Nouvelle Angleterre et l'Europe. Découpée en 3 parties, cette saga débute en 1958 avec Ruth petite fille et Eddie encore jeune étudiant finalement abandonnés respectivement par mère et maitresse. On retrouvera ces même personnages, 32 ans plus tard, Ruth est alors une célèbre romancière, Eddie est écrivain au succès largement moins flamboyant...
    On y découvre des sujets chers a John Irving tel le deuil, la prostitution, et les relations entre jeune homme et femmes mures. On y lit aussi clairement ses opinions quand a la littérature ou plutôt quand a l'écriture et l'eternel duel entre expérience et imagination.
    C'est une belle fresque, un roman agréable a lire. On ne sort pas bousculé de ce livre, mais c'est un grand plaisir de se plonger encore et toujours dans cet univers qui semble si réel et John Irving malgré son imagination débordante a la générosité de laisser beaucoup de place pour la notre.
    La première partie m'a semblé meilleure que les deux autres en terme de qualité littéraire, mais l'intrigue rend les deux autres parties tout aussi captivantes.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 1.00/5
    Par Bunee, le 30 mai 2008

    Bunee
    Unanimement salué par la critique comme au moins aussi divertissant que Le monde selon Garp, Une veuve de papier a en effet de nombreux points communs avec celui-ci - même si personnellement je pense qu'il ne le vaut pas.
    Dans Le monde selon Garp je trouve les personnages et l'analyse de leurs relations beaucoup plus approfondis, l'atmosphère angoissante beaucoup plus imprégnante, et l'histoire elle-même plus inattendue.
    Une veuve de papier reste néanmoins un excellent ouvrage. le fil de l'intrigue est on ne peut plus cohérent, les personnages très bien traités, et la progression du récit parfaitement orchestrée. (...)
    http://lelabo.blogspot.com/2006/06/john-irving-une-veuve-de-papier.html
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Kroustik, le 26 janvier 2012

    Kroustik
    Un très bon Irving. Un Irving mature. Et en plus c'est drôle. A lire en VO par contre je pense qu'on y perd pas mal en traduction..
    Critique de qualité ? (0 votes positifs)

> voir toutes (5)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par LiliGalipette, le 26 novembre 2010

    Ses parents s'attendaient à avoir un troisième fils, mais là n'est pas la raison pour laquelle Ruth Cole devint écrivain. Ce qui alimenta sans doute son imagination, c'est que, dans cette maison où elle grandit, les photos des frères morts furent une présence plus forte que toute présence qu'elle sentait chez son père ou sa mère ; en outre, après que sa mère les abandonna, elle et son père, en emportant presque tous les clichés de de ses fils perdus, elle se demanda pourquoi son père laissait les crochets des-dites photos au mur. Ces crochets nus eurent leur part de sa vocation d'écrivain : des années après la disparition de sa mère, elle essayait encore de se rappeler quelle photo pendait à quel crochet. Et devant l'échec de sa mémoire à lui restituer les photos des disparus, elle se mit à inventer tous les instants capturés de leur courte vie qu'elle avait manquée. La mort de Thomas et Timothy avant sa naissance joua elle aussi son rôle dans sa vocation; dès l'aube de sa mémoire, il lui avait fallu les imaginer. p.16

    > lire la suite
    Citation de qualité ? (7 votes positifs)
  • Par Morriszapp, le 04 décembre 2009

    La pauvre était en avance sur son temps : c’était une fille pleine d’intégrité, de clairvoyance, d’intelligence, prisonnière d’un corps que la plupart des hommes ignoraient ou dédaignaient ; en ce vendredi après-midi, sur les trois femmes de la Saab, Effie était la seule assez avisée pour voir que Ted était aussi fiable qu’un préservatif percé. (p. 167).
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par Morriszapp, le 04 décembre 2009

    Il était de notoriété publique qu’il n’avait pas son pareil pour raser son auditoire, quel qu’il fût. Les vertus soporifiques de sa pédagogie étaient trop fameuses ; les étudiants qu’il avait endormis, légion. (p. 46)
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par Morriszapp, le 04 décembre 2009

    Le chagrin de la perte d’un enfant ne meurt jamais ; c’est un chagrin qui laisse un répit bien mince, et au bout de longtemps. (p. 645).
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par ycat, le 03 février 2011

    conduire en pleurant
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)

> voir toutes (13)

Videos de John Irving

>Ajouter une vidéo
Vidéo de John Irving

Dernière nuit à Twisted River de John Irving Marque Page 03-02-2011








Acheter sur Amazon

Faire découvrir Une veuve de papier par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (264)

> voir plus

Quiz