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ISBN : 2021291227
Éditeur : Seuil (25/08/2016)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.15/5 (sur 213 notes)
Résumé :
Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Laëtitia Perrais a été enlevée à 50 mètres de chez elle, avant d'être poignardée et étranglée. Il a fallu des semaines pour retrouver son corps. Elle avait 18 ans. Ce fait divers s'est transformé en affaire d'Etat : Nicolas Sarkozy, alors président de la République, a reproché aux juges de ne pas avoir assuré le suivi du "présumé coupable", précipitant 8 000 magistrats dans la rue, en février 2011. Mais Laëtitia Perrais n'est p... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (78) Voir plus Ajouter une critique
michfred
03 septembre 2016
Grâce à un petit mot de Jérôme Garcin, en fin d'émission du Masque, j'ai eu envie de découvrir ce livre.
Vous avez peut- être déjà oublié Laëtitia Perrais, jeune fille placée en famille d'accueil, avec sa jumelle Jessica, après une enfance massacrée- mère dépressive et père affectueux avec ses filles mais brutal avec leur mère, foyer, et....famille d'accueil- ?
Sa route croise, un triste jour de janvier, celle d'un criminel récidiviste, brutal, violent, mais pas encore un assassin. L'alcool, la drogue, la frustration et la haine le font irrésistiblement partir en vrille : il va la tuer, la dépecer, éparpiller son corps martyrisé dans les étangs du pays de Retz
Le pays de Gilles de Retz , le terrible Barbe-Bleue. Tout un programme.
Encore un fait divers, me direz-vous, avec une mine un peu dégoûtée. Ce n'est pas de la littérature !
D'abord, écrit Ivan Jablonka , historien et sociologue plus que romancier et auteur de nombreux ouvrages savants , « un fait divers n'est jamais un simple « fait » et il n'a rien de « divers » ». Il « peut être analysé comme un objet d'histoire » car « il dissimule une profondeur humaine et un certain état de la société : des familles disloquées, des souffrances d'enfant muettes, des jeunes entrés tôt dans la vie active, mais aussi le pays au début du XXIème siècle, la France de la pauvreté, des zones périurbaines, des inégalités sociales. »
Ce n'est donc pas un récit linéaire , c'est encore moins un roman, et c'est beaucoup plus qu'une enquête: c'est une interrogation profonde, pertinente, et décapante sur l'espace de liberté que nos sociétés inégalitaires, machistes et sur-médiatisées laissent aux petites filles pauvres pour se soustraire à un destin tout tracé de victimes, et sur celui qu'elles laissent aux hommes de bonne volonté pour faire l'exacte lumière sur les actes et les êtres, et pour exercer la justice malgré des pressions populistes émanant du pouvoir lui-même.
Ivan Jablonka a voulu rendre justice aux unes et aux autres, redonner une place à ces humbles enfants battues, ballotées et martyrisées, et montrer l' obstination et la farouche indépendance de ces discrets travailleurs de l'ombre, gendarmes, juges d'instruction,avocats, travailleurs sociaux, à l'écoute des drames énormes de ces vies minuscules.
Que de prédateurs dans cet assassinat sordide : l'assassin lui-même, bien sûr, mais aussi le père biologique, histrion alcoolique et sentimental (mais auteur de brutalités conjugales) , le père d'accueil, vrai Tartuffe et s'avérant, après l'affaire et sa sanctification en père idéal par l'Elysée, un prédateur sexuel sans scrupule qui a honteusement abusé de ses nombreuses « filles » de passage, et, pour terminer, le président de la République, Nicolas Sarkozy lui-même, instrumentalisant l'affaire comme à son habitude pour faire monter la mayonnaise sécuritaire et durcir encore la législation pénale. « Un fait divers, une intervention publique. A chaque crime, sa loi. Un meurtre vient « prouver » les failles du système pénal existant ; la loi qui y fait suite doit « couvrir » tous les crimes à venir". Ce président n'hésite pas à accuser la magistrature de laxisme, à fausser les faits, à forcer les rôles, provoquant , en Bretagne et ailleurs, une fronde des juges sans précédent. Pauvre Laëtitia, « démembrée par un barbare, récupérée par un charognard » titrait Charlie Hebdo…
Pour résumer, dit Jablonka, la mort de Laëtitia est un véritable féminicide : une petite jeune fille de 18 ans en butte aux quatre figures du prédateur machiste : le Caïd toxico et dangereux, le Nerveux imbibé, le Père-la-Morale pervers et le Chef qui joue les « puissances invitantes », « quatre cultures, quatre corruptions viriles, quatre manières d'héroïser la violence »

L'auteur va même jusqu'à se mettre lui-même en accusation, conscient qu'il est lui aussi un homme, après tout, et même une sorte de disséqueur de cadavre et que son livre,qui jette en pâture au public la vie trop brève de Laëtitia, pratique lui aussi sur la jeune fille une forme de violence. Il entreprend avec une grande lucidité son autocritique ainsi que celle du fait divers en tant que tel, et dénonce avec vigueur les « couples » écrivain-criminel célèbres, de Genet-Pilorge à Carrère-Romand.
Il faut, dit-il, que toute la fascination provoquée par le fait divers aille cette fois à la victime.
Car cette analyse sociologique et politique n'est pas seulement intelligente et convaincante, elle est aussi tendre, empathique, bouleversante: l'auteur fait revivre la figure timide de la petite serveuse, sa vie ébauchée, son essor interrompu, avec un très grand respect, une infinie douceur, une grande justesse.
Laëtitia recouvre son intégrité, et le fait divers, dans un tel ouvrage, ses lettres de noblesse.
Un livre formidable de profondeur, d'humanité et d'intelligence. Je recommande plus que chaudement !!
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domisylzen
21 décembre 2016
Et dire je j'ai faillit ne pas le prendre !
La bibliothécaire : t'nez celui-là vient de rentrer. Il est prix machin-chose 2016 !
Mwa : j'aime pas les prix machin-chose (un peu sur le ton de j'aime pas la tarte au concombre).
Mais lorsque j'ai voulu le reposer sur le présentoir, ma main ne l'a pas quitté. Comme ci l'âme de ce livre avait engagé un dialogue avec mon subconscient.
Un fait divers dans la région nantaise au début de l'année 2011. Laëtitia et sa soeur jumelle sont placées chez monsieur et madame Patron, famille d'accueil. Elles viennent d'un milieu défavorisé et violent. Ici elles tentent de se reconstruire espérant trouver un foyer aimant et reconnaissant. Elles viennent juste d'être majeures et suivent des cours, l'une pour être serveuse, l'autre cuisinière. Laëtitia sera enlevée, torturée, rouée de coup, poignardée, étranglée et pour finir démembrée et jetée à l'eau. Son bourreau, un ferrailleur du coin en mal d'amour, lui aussi venant d'un milieu violent.
L'affaire fait grand bruit, c'est le calme plat côté médiatique et le président de l'époque et ses acolytes ajoutent de l'huile sur le feu en pointant du doigt le dysfonctionnement de l'appareil judiciaire qui descendra dans la rue en colère pour réclamer plus de moyen. de la à dire qu'il y a un avant et un après l'affaire Laëtitia il n'y a qu'un pas.
Un livre que j'ai pris comme un coup de poing. On se croit à l'abri dans nos habitations confortables et proche de chez vous se passe des scènes dont nous ne sommes même pas conscient. La misère guette les plus faibles de nos congénères, dans ce livre ce sont les femmes qui sont les victimes. Victime de l'égo surdimensionné des hommes de tous poils et de leur taux de testostérone.
Ivan Jablonka a enquêté, interrogeant les uns et les autres : familles et amis de la victime, mais aussi de l'agresseur, avocats, magistrats, enquêteurs pour nous éclairer sur tous les dessous de cette affaire. Il nous livre un bouquin d'un travail remarquable, livre qui se veut factuel, sans parti pris. Pourtant difficile de na pas être emporter pas ses émotions devant un tel déchainement de haine et de violence.
Arrive ce chapitre 54 "fait divers, fait démocratique", une merveille sur l'analyse et le traitement de l'information.
Un livre qui me restera.
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MaminouG
19 octobre 2016
Refermer le dernier roman d'Ivan Jablonka "Laëtitia" est une chose, se détacher de son contenu et l'oublier en est une autre. Laëtita, qui ne se souvient pas de cette histoire abominable, de ce crime odieux et de la vague médiatique qui s'en suivit ? Personnellement, je n'ai rien oublié de ce que l'on nomme un "fait divers". C'est peut-être parce que je connais les lieux, parce que je suis originaire de cette région, parce que je suis une maman, parce que je suis, ou plutôt, j'ai été une enseignante et qu'au fond je le suis restée, et que tout ce qui touche aux jeunes m'est important. Alors, non, je n'ai rien oublié de cette horreur.
Mais se plonger dans ce "Laëtitia" là, c'est tout revivre au centuple. Aux confins du roman policier, de l'étude sociologique, de l'oraison funèbre, du récit historique, du devoir de mémoire, sans être rien de tout ça, l'ouvrage est d'une qualité exceptionnelle d'humanité. L'écrivain écrit, certes, mais derrière les mots on entend l'homme, le père.
Ivan Jablonka est un historien et un sociologue et on le sent. Alternant les chapitres techniques, historiques et politiques à la fois et ceux qui racontent la vie de la victime, il nous entraîne dans un compte-rendu précis, détaillé, un point de vue humain. Il rend ainsi un hommage à la victime mais recherche également la justice et la vérité. Il va essayer, tout au long du livre, sans porter de jugement et tout en retenue, d'analyser, de comprendre, d'argumenter, de rechercher les tenants et les aboutissants d'une mort que l'on peut presque croire annoncée.
Ce récit est foisonnant qui est à la fois une étude sur l'inégalité des chances et une observation de l'instrumentalisation de ce type de drame par les politiques. C'est aussi l'occasion de pointer du doigt les manques de moyens de la justice, des instances de réinsertion, les dangers de la prison, les récidives.
En lisant ce document d'une richesse incomparable, j'ai, en effet, du mal à croire à l'égalité des chances. Laëtitia semblait s'être sortie de sa condition d'enfant en souffrance et pourtant. Réussit-on à se relever d'une enfance cabossée ? Et les questions lancinantes… pouvait-on faire quelque chose, était-elle au mauvais moment, au mauvais endroit ou inconsciemment est-elle allée vers ce qu'elle pensait être son destin ?
Ivan Jablonka a réalisé un travail de fourmi pour ressortir cette histoire des cartons et il livre un hommage magnifique à cette jeune Laëtitia à laquelle il redonne toute sa dignité.
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Rodin_Marcel
07 mars 2017
Jablonka Ivan – "Laetitia ou la fin des hommes" – Seuil, 2016 (ISBN 978-2-02-129120-9)

Cet ouvrage mélange au moins cinq registres différents, ce qui n'est pas sans poser de nombreuses questions sur sa pertinence scientifique, alors que l'auteur se présente comme un historien universitaire, avec rang de "professeur" à l'Université Paris XIII (dont le siège se trouve en Seine-Saint-Denis, à Villetaneuse).

Un premier registre consiste à exposer l'affaire Laëtitia Perrais, cette jeune femme assassinée puis démembrée dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011 par Tony Meilhon, un marginal "bien connu des services de police et de justice" (selon la formule consacrée). L'auteur se livre à une reconstitution aussi minutieuse que possible, après avoir rencontré la plupart des protagonistes du côté de la victime : il est ici dans une démarche proche de celle d'un auteur comme Morgan Sportès avec ses récits "L'appât" ou "Tout, tout de suite". Relevons par exemple une description bien venue (pp. 144-145) de cette France périurbaine éloignée de tout, "espaces anonymes, mal connus, peu représentés, dont on ne parle jamais", ou (pp. 154-157) de cette zone littorale offrant des possibilités de modeste ascension sociale dans ses espaces urbanisés (Nantes) ou spécialisés dans les loisirs de masse (stations balnéaires), n'excluant nullement (certains pensent même que ces zones en vivent) des zones d'extrême misère et de déclassement social où survivent justement des gens comme Laëtitia, ses parents et son agresseur.

Un deuxième registre vient interférer, dans une tonalité nettement partisane : l'auteur tient à présenter son point de vue sur les interventions dans cette affaire (dès son discours du 25 janvier tenu à Saint-Nazaire), du Chef de l'Etat de l'époque, Nicolas Sarkozy. Ce dernier est bien connu pour ses outrances et son style constamment provocateur (cf pp. 119, 137), ce dont un historien devrait s'affranchir, alors que l'auteur produit ici un dossier à sens unique, mené uniquement à charge : pas un mot sur le harcèlement poursuivi avec acharnement par les magistrats contre ce Président dès 2006 (menant tous à des non-lieu), pas un mot par exemple sur le "mur des cons" découvert en avril 2013 dans la grande salle du Syndicat de la magistrature (illustrant crûment les limites de la mythique indépendance des juges – rappelons que ce syndicat est celui du juge Henri Pascal, qui s'illustra dans l'affaire de Bruay-en-Artois), une simple allusion critique des mesures prises sous Sarkozy comme les peines plancher (cf p. 118 – loi déplaisant aux magistrats qui s'imaginent qu'elle porte atteinte à leur pouvoir décisionnel discrétionnaire). Quant à l'idée – qui émerge justement lors de cette affaire Laëtitia – de demander des comptes à l'appareil judiciaire, elle ne peut que paraître fort saine à tout un chacun ; d'une part du fait que toute profession (y compris la justice) doit impérativement faire l'objet de contrôles extérieurs – à plus forte raison lorsqu'il s'agit de l'emploi de l'argent du contribuable –, d'autre part parce que l'appareil judiciaire français a causé de telles catastrophes (depuis l'affaire de Bruay-en-Artois, jusqu'à celle d'Outreau et – précisément – cette affaire Meilhon !) qu'exiger quelques sanctions ne ferait que rejoindre ce qui survient dans n'importe quelle autre profession lorsqu'un cadre commet une erreur. On ne peut hélas guère s'étonner que l'auteur entonne l'air bien connu de l'indignation vertueuse face à toute tentative d'instaurer un tel contrôle extérieur (pp. 173-174 puis 194-199, apothéose lyrique p. 264), puisqu'il appartient lui-même à l'une de ces corporations (les professeurs d'université) qui ne rend compte de son utilité qu'à ses pairs, comme tous ces "ordres" caractéristiques du système de castes franchouillard (ordres des médecins, des architectes, des pharmaciens, des avocats, et tutti quanti, jusqu'au conseil supérieur de la magistrature) qui ne servent qu'à protéger leurs membres – chacun protégeant l'autre dans la crainte de se voir un jour lui-même sur la sellette.
Notons par ailleurs que l'auteur lui-même trahit ce camp qu'il souhaite défendre, en montrant par exemple – en toute naïveté, sans la moindre gêne – combien la consommation de drogues est connue et tolérée dans notre pays : il nous transporte sans hésitation dans les bars, tripots et boîtes de nuit notoirement connus, fréquentés par Meilhon, jamais inquiétés par cette si bonne magistrature qui relâche l'après-midi même les délinquants que la police met des mois à traquer.

Le troisième registre consiste à mettre en lumière le rôle déplorable des médias et tout particulièrement des journalistes, dès le soir de l'arrestation du meurtrier (p. 82) ; le quatorzième chapitre leur est entièrement consacré (pp. 89-97), il est même fait mention de leur posture de "vautour" (p. 89). Là encore, rien n'a changé depuis l'affaire de Bruay-en-Artois, bien au contraire, l'avènement d'Internet et des "réseaux sociaux" (quelle appellation pour ce réseau d'égouts !) permet les pires dérives et manipulations. Une fois n'est vraiment pas coutume, l'auteur pense même à dénoncer avec une certaine virulence (pp. 94-95) tous ces intermédiaires qui – en toute impunité depuis des décennies – organisent délibérément les "fuites" orientées alimentant justement ces vautours (p. 296), lesquels disposent de moyens colossaux pour entraver la bonne marche d'une enquête (pp. 164-165), encore une fois sans que les pouvoirs publics ne s'y opposent efficacement depuis des décennies.
Mais cette noble indignation cède devant la toute jolie complicité qui s'instaure entre l'auteur et la cheftaine locale de l'AFP (Alexandra Turcat, qui nous est présentée dès la page 94). Cet entre-soi s'étend vite à l'avocate Cécile de Oliveira (mise en scène dès la page 11, promue au rang d'amie dès la p. 31, avec un délicieux tutoiement en page 358, décidément on nage dans le bonheur). Pour culminer dans un entre-soi de caste confinant à l'imbécillité béate sous couvert de féminisme (p. 334), englobant ensuite Edwy Plenel promu au rang de "grand journaliste" (p. 346).
Ces professions d'avocat et de journaliste sont même finalement jugées dignes d'une presqu'égalité avec le mythique "chercheur" (pp. 93 puis 346) : quand on connaît et fréquente ce milieu des "chercheuses et chercheurs", on mesure l'ampleur de cette promotion dans l'Olympe !

Le quatrième registre renvoie au sous-titre, "la fin des hommes" : l'auteur distille (dès la p. 29) la doxa de la "perpétuelle violence faite aux femmes", très à la mode dans une certaine intelligentsia. Si de tels outrances verbales correspondaient à la réalité, la population française féminine se réduirait dramatiquement de jour en jour, ne comptant d'ailleurs plus que des estropiées et mutilées en attente d'être zigouillées au prochain coin de rue.
Ces mêmes vertueux féministes observèrent le désormais célèbre "silence assourdissant" lorsqu'un petit juge ne trouva absolument rien à redire aux agissements du tandem Straus-Kahn / Dodo-la Saumure – et ses collègues viennent de renoncer à toute poursuite contre Denis Baupin. Ce d'autant plus que l'auteur se borne à quelques énoncés relevant du postulat idéologique, parsemés ça et là sans fournir la moindre argumentation, tout en reconnaissant tout de même que – dans cette affaire Laëtitia, les enquêteurs mâles ne ménagèrent point leur peine, c'est le moins que l'on puisse admettre. L'auteur nous fait même le coup de l'incontournable"femme libre" (p. 320).
Mais bon, l'auteur et l'éditeur tiennent à nous vendre cette soupe pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons ; de toute façon, ce thème n'est qu'effleuré, sa mise en avant par l'éditeur relève plus de la flagornerie que d'un réel centre d'intérêt de l'ouvrage.

Cinquième registre enfin, celui par lequel l'auteur se met lui-même en vedette, et ce, dès le tout début de son ouvrage, dès le début du tout premier chapitre (cf. p. 11) d'une façon plutôt écoeurante consistant à étaler son titre de "professeur à l'université Paris 13" puis ses propres "mérites" qui sont en fait ceux de ses grands-parents. Passe encore, on se dit que c'est assez maladroit.
Mais par la suite, il prend soin – et à plusieurs reprises – de bien insister : d'une part il n'a rien de commun avec les gens composant cette couche sociale dont Laëtitia et sa soeur sont issues (p. 145), d'autre part il étale sa conscience d'appartenance à une caste privilégiée cultivant son entre-soi (p. 288), à tel point que cela finit par insupporter lorsqu'il écrit (p. 357) "j'ai écrit le chapitre 2 au restaurant Bleu Baker de College Station, Texas" après avoir reconnu quelques lignes plus haut à quel point il instrumentalise Laëtitia : sa pitié envers les pôvres gens confine à de la tartufferie.

Notre auteur le proclame dans une fabuleuse formulation : nous voilà dans une société "libérée de la lutte des classes" (p. 82) : depuis le temps que la gauche caviar cherche comment s'émanciper du marxisme originel, de son culte du prolétaire et de sa dialectique infernale, cette formule est magnifique ! A n'en point douter, elle fera date, puisqu'elle permet de remplacer le désormais vieux cliché des pauvres contre les riches par des couples d'opposition (moteur indispensable à une pensée de gauche) bien plus manipulables – les jeunes contre les vieux, les femmes contre les hommes, les bonnes "minorités visibles ouvertes sur le monde" contre les vilains petits blancs racistes ruraux sexistes etc etc.

La lecture de ce livre me fait penser aux ouvrages d'Elena Ferrante publiés sous le titre "l'amie prodigieuse", dont l'un des thèmes centraux consiste justement à montrer combien cette caste d'intellectuel(le)s sait se préserver de toute intrusion des gens pauvres tout en faisant semblant de les défendre : nous en avons ici un exemple quasiment archétypal.
+ Lire la suite
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Drych
15 novembre 2016
Un documentaire sérieux et dépassionné, dont j'aimerais tant voir plus de journalistes et plus de politiques s'inspirer. Au delà de l'intention louable et réussie de redonner son identité à Laetitia, le traitement de ce "fait divers" est exemplaire de sobriété. Et c'est ce recul qui fait tout son intérêt, par un regard lucide sur les failles de notre société, et par l'analyse sans compromis mais sans haine de ce qui amène certains à déroger à ses règles, d'autres à en être les victimes. le travail est celui d'un universitaire qui sait poser les questions que suscite ce drame, et chercher des réponses. Les allers retour chronologiques dont je ne suis d'ordinaire pas fanatique sont ici bien gérés et participent avec simplicité aux interrogations de l'auteur. le style est clair. le sujet est dur, mais la lecture est enrichissante.
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Les critiques presse (6)
Bibliobs26 septembre 2016
Un livre incroyablement puissant.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaLibreBelgique21 septembre 2016
Un magnifique récit qui dépasse le fait divers (...) Le lecteur a les larmes eux yeux de voir comment le monde des hommes a pu broyer une innocence.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Culturebox07 septembre 2016
Un livre miroir de la société française au début des années 2010. Tout y passe: le fonctionnement de la justice, le rôle des politiques et des médias.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Lexpress22 août 2016
Ce livre vise à raconter à la fois une histoire de France et un destin émietté.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress22 août 2016
Il arrive souvent qu'un lecteur n'ait pas envie de terminer un livre, il est moins fréquent qu'un écrivain fasse tout pour ne pas y mettre un point final. A lire Laëtitia, d'Ivan Jablonka, l'impression est forte d'un auteur en totale empathie avec son sujet et dont la plume se fait volontiers fleurs et couronnes.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Telerama17 août 2016
Se tenant résolument aux côtés d'une jeune fille martyrisée pour en retracer le destin, l'auteur livre bien plus que l'analyse détaillée d'un fait divers.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations & extraits (75) Voir plus Ajouter une citation
vellardvellard15 avril 2017
Je parle le français intello, un idiome trop rigide pour se glisser dans la membrane souple des réseaux sociaux, des tweets, des émoticons et des SMS
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vellardvellard15 avril 2017
.....On comprendra alors que le président de la République a combattu les délinquants sexuels aux côtés d'un pédophile
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vellardvellard15 avril 2017
La jeunesse périurbaine, celle des cars de ramassage et des C.A.P., n'a pas d'emblème.
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michfredmichfred03 septembre 2016
Dans tous ces moments, j'ai été avec Laëtitia , elle ne m'a pas quitté, j'ai cherché des mots pour dire son silence, j'ai mis de la continuité à la place de la déchirure, j'ai essayé de suivre les sentiers de liberté qu'elle s'est frayés dans l’épaisseur du malheur. "Obéissante, mais aussi rebelle."
La vie ne nous a pas réunis. De toute façon, cela aurait été impossible: elle n'est jamais allée à Paris, je ne suis jamais allé à Pornic avant sa mort, elle m'aurait trouvé vieux et barbant, moi je n'aurais pas su quoi lui dire, elle s'intéressait surtout à son portable et à des séries télé que je ne regarde pas, mes questions lui auraient paru sans intérêt. Nous n'avons rien en commun, et pourtant, Laëtitia, c'est moi.
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domisylzendomisylzen25 janvier 2017
Au lieu d'analyser le problème à froid, le président a choisi la politique du bouc émissaire, qui consiste à désigner des coupables au sein de la société et à annoncer des "sanctions" en réponses à des "fautes" individuelles et collectives.
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