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Plage de Manaccora, 16 h 30" raconte les vacances en Italie d'un écrivain (dénommé
Voltaire, restons modestes), accompagné de sa femme Oum (comme Oum Kalsoum) et de leur fils de sept ans, Géo (comme Géo Trouvetou, pour continuer dans les références culturelles). Tout se passe bien, jusqu'au jour (le troisième jour des vacances) où la forêt voisine prend feu. La résidence où s'est installée notre petite famille se retrouve coupée du monde, piégée, de même que le camping situé juste à côté : il n'y a en effet qu'une route pour y arriver et elle est barrée par des troncs en flammes. Il ne reste qu'une solution : fuir vers la plage... qui s'avère bordée d'arbres sur plusieurs kilomètres, lesquels arbres prennent feu les uns après les autres, lançant alors, aux trousses des touristes affolés une chaleur insoutenable et une épaisse fumée noire. La fuite doit donc continuer : les estivants tentent coûte que coûte de s'éloigner de l'enfer, en suivant la côte, sur le sable, sur les rochers ou dans la mer.
Voilà donc la trame de ce roman : on suit cette fuite, pendant quelques heures, ce qui permet à Jaenada d'instaurer un vrai suspense. En réalité on ne s'inquiète pas trop pour le narrateur (puisqu'il est là pour le raconter, c'est qu'il s'en est sorti, non ?), mais plutôt pour ses proches, Oum, Géo et quelques amis.
Mais même si la tension est bien réelle (et pousse à tourner les pages avec avidité), ce qui est le plus réussi est la méthode narrative employée par l'auteur : il aurait pu nous la faire en Bruce Willis sauveur du monde qui ne craint pas les flammes, avec l'angoise suintant à chaque ligne (pas très original), mais il opte pour un style (très) détendu, comme s'il nous invitait à prendre un pot et nous racontait ses vacances en Italie, tranquillement attablés à la terrasse d'un bistrot. "Ah, oui, au fait, j'tai pas dit : on a failli mourir brûlés vifs."
On profite donc d'une narration très fluide, entrecoupée de multiples parenthèses (voire doubles parenthèses), d'apartés, jeux de mots, blagues à deux balles et autres pensées railleuses du narrateur qui, finalement, donnent un ton tout à fait original pour une histoire qui est, en fait, réellement tragique.
Mais, je dois le dire, il n'y a pas que cette originalité qui rende intéressant le choix de style fait par l'auteur : la façon dont il écrit donne vraiment l'impression qu'il parle à des bons copains. Cela crée une empathie qui rend toute son histoire plus proche du lecteur, presque plus personnelle. A tel point qu'on ne se sent plus seulement le bon copain qui écoute les malheurs de
Voltaire, mais qu'on s'identifie totalement au narrateur. Et qu'on en vient à se poser les mêmes questions que lui : que ferais-je fasse à la mort ? que chercherais-je à sauver ? qu'est-ce qui m'apparaitrait alors, dans tout ce qui fait ma vie, comme ayant le plus d'importance ? Et si je m'en sors, comment envisagerais-je la vie ensuite ? Prendrais-je de grandes résolutions ? Les tiendrais-je plus de vingt-quatre heures ?
En conclusion, il y a trois bonnes raisons de lire ce roman : le suspense, le style "décontracté" très plaisant (voire amusant (mais je suis un très bon client des blagues à deux balles)) et les questions qui se posent au narrateur (et donc à nous tous (même si on pourrait se les poser sans avoir besoin de lire un livre de Jaenada, ni même sans avoir besoin d'aller se cramer les sourcils sur une plage italienne (vous voyez que moi aussi je sais faire des parenthèses multiples (ce n'est pas si compliqué, finalement)))).
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