Je termine mon challenge ABC avec
Henry James, un auteur que je n'ai jamais réussi à lire jusqu'à présent. J'ai donc volontairement choisi une oeuvre courte, mais bien connue.
Le Tour d'écrou respecte les codes du genre fantastique; le narrateur principal promet à ses interlocuteurs un récit différent des autres. Toutes les preuves de sa véracité sont là : il a eu lieu il y a plusieurs années, l'identité du narrateur secondaire, décédée depuis, ne sera pas dévoilée, et le lecteur/auditeur n'aura que son seul et unique témoignage, à peine modalisé par le regard de Mrs Grose. Il reprend également des thèmes chers au fantastique : l'apparition de fantômes et la maison hantée.
Le récit, déjà nécessairement subjectif; m'est d'autant plus que la narratrice est tombée éperdument amoureuse de son employeur. Il ne pose q'une condition : ne pas être dérangé en cas de problème. C'est dire le peu de cas qu'il fait de son neveu et de sa nièce. Pour la narratrice, au contraire, il lui donne la plus grande preuve de
Confiance qu'un homme puisse donner à une femme. Je me répète : elle est totalement subjuguée par lui et par les enfants.
L'aveuglement et la soumission de la gouvernante est sidérant. Contrairement à Agnès Grey, l'héroïne d'
Anne Bronte, elle est entièrement soumise aux deux enfants. Elle a le sentiment de son infériorité en tant que simple gouvernante mais aussi en tant que femme. Il est normal, pour elle, que Miles mente ou se montre caractériel, ce comportement montre qu'il devient un homme. (Note : ce n'est pas avec des femmes comme elle que la société évoluera). Je suis davantage intéressée par les personnages transgressifs, comme la gouvernante et le serviteur défunts, dont le seul tort n'est peut-être que d'avoir voulu sortir de leur condition.
Elle pense que les enfants sont en danger, mais quel est-il réellement ? Les apparitions ? Elle seule les voit. Tout repose sur des impressions, des suggestions bien plus que sur des faits. Au final, je ne saurai que très peu de faits tangibles, tant je me suis perdue dans les méandres du discours de la narratrice - après la maison hantée, le labyrinthe. Je n'ai pas non plus été effrayé, juste énervée par la soumission et le complexe d'infériorité de la gouvernante vis à vis du tout jeune maître.
Le Tour d'écrou ne me laissera pas un souvenir impérissable, si ce n'est qu'il m'a permis de terminer mon challenge ABC.
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