Adam Dalgliesh a le chic pour se trouver toujours au bon endroit et au bon moment. Après la mort suspecte d'un étudiant en théologie, et à la demande du père du disparu qui ne croit guère à la thèse officielle de l'accident, il est chargé par sa hiérarchie d'enquêter officieusement sur les circonstances de cette mort. Il se rend donc sur les lieux, qu'il a bien connus dans sa jeunesse pour avoir fréquenté le collège St-Anselm. Peu de temps après, un archidiacre susceptible d'avoir beaucoup d'ennemis est assassiné dans l'église du collège, et Adam Dalgliesh est alors officiellement chargé de l'enquête.
P.D. James confirme une fois de plus son incontestable talent d'écrivain de romans policiers, qui à mon avis la situe très loin devant toutes les prétendues « reines du crime » anglo-saxonnes et autres émules d'
Agatha Christie. Anoblie en 1990, la baronne dépasse toutes les reines ! Sans doute son passé de magistrate à la section juridique de la brigade criminelle y contribue.
Les points forts de P.D. James sont toujours les mêmes : la crédibilité de l'enquête policière, due à sa parfaite connaissance du milieu (au choix : policier, ecclésiastique, scolaire, médical, ici
Les Quatre à la fois), l'écriture d'un scénario sans faille, le style et le vocabulaire haut de gamme, la subtilité des analyses psychologiques et des relations entre personnages, héros récurrents (le commandant Dalgliesh et son équipe) ou personnages secondaires, toujours très fouillés, sans oublier le sens de la mise en scène, l'utilisation des lieux, des décors et des ambiances.
Le collège de théologie anglicane est une vieille et sinistre bâtisse Tudor surplombant la mer, perchée au bord d'une falaise et isolée par la tempête (un arbre est tombé pendant la nuit sur la seule route praticable, interdisant tout accès), le cadre est idéal pour un huis clos policier.
Dans le présent roman, Adam Dalgliesh se remémore, non sans une certaine nostalgie, les années oubliées de sa jeunesse, son père, ses premiers séjours à St Anselm et sa rencontre avec une amie de vacances… le côté « fleur bleue » du policier-poète contrebalance la froide efficacité du professionnel endurci et pourfendeur de criminels, et revient en force à la fin du roman, avec une rencontre improbable bien que secrètement espérée, qui pourrait dans les prochains romans permettre à Adam Dalgliesh de tourner la page de son passé.