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ISBN : 2070122042
Éditeur : Gallimard (2008)


Note moyenne : 3.15/5 (sur 73 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
«Vous étiez dans les bras de votre mère. Vierge à l'Enfant, Pietà, mais en guise de crucifié c'était seulement une jeune femme qui s'était pendue. Quand leurs filles meurent, les femmes en redeviennent grosses jusqu'à la fin de leur vie. Leur ventre est beaucoup plus lo... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Leiloona, le 20 février 2009

    Leiloona
    Vous êtes morte sur un coup de tête d'une longue maladie. le suicide a déferlé dans votre cerveau comme une marée noire, et vous vous êtes pendue.
    Que faire quand un être aimé se donne la mort ? La meilleure façon, quand on est écrivain, est encore d'écrire, de puiser dans ses tripes pour recracher sa bile et sa douleur afin de les fixer à jamais dans un livre.
    La première lettre adressée à la morte -Charlotte- relate sa dernière journée chez ses parents. Dernière journée qui se soldera par une pendaison.
    Une narration mélancolique où l'énonciateur n'hésite pas à insérer une touche de burlesque (qui oserait appeler son enfant Pindo ?). Ce décalage s'accroît avec la réponse à cette lettre. C'est la morte elle-même qui répond à son pauvre amour.
    Tout d'abord elle s'étonne. Pourquoi la vouvoie-t-il ? Pourquoi l'a-t-il affublée d'un nom de gâteau ? Ensuite la morte s'offusque du procédé : Tu continues à écrivasser, mon bel écrivassier ? Tu bricoles la phrase, tu te pavanes, tu marches encore de long en large dans un bouquin comme un plouc sur son bout de jardin ? De quoi tu parles ? De qui ? Je ne t'entends pas ! (...) Tu crois que la mort est un music-hall ? Qu'on écoute là-bas des bardes ? Qu'on éclate de rire à s'en décrocher le maxillaire en écoutant tes histoires ?
    Dès la deuxième lettre, le roman laisse tomber le ton mélancolique pour devenir plus caustique et amer.
    C'est une véritable partie de ping-pong entre la morte et son amant délaissé qui commence.
    Tout d'abord cette correspondance imaginaire avec la disparue a une fonction cathartique pour l'émetteur des lettres (Jauffret lui-même ?) : écrire à quelqu'un permet de le rendre présent. C'est une présence malgré l'absence. Dans ce roman c'est la même chose : l'amant déçu ne veut pas lâcher la femme aimée, il ne veut pas la laisser partir. Ces lettres sont donc l'ultime espoir de la maintenir illusoirement en vie.
    Mais comme chacun de nous le sait, c'est une correspondance imaginaire. Nous ne sommes pas dans un roman fantastique où les morts pourraient parler aux vivants. Aussi peut-on se demander si le destinataire est réellement cette femme morte ? Ne pourrait-on pas dire que ce destinataire n'est pas un double de l'énonciateur lui-même ? En effet, face à la mort, nous devenons double. D'un côté, on pleure le mort, on se souvient du passé et on souffre ; de l'autre, l'instinct de survie nous rappelle à la vie, nous force à survivre malgré tout ... et à oublier un peu le passé. Cette correspondance deviendrait alors un monologue intérieur où l'énonciateur montrerait ses deux facettes : celle qui souhaite oublier et celle qui souffre.
    Cet échange n'a rien de tendre : l'amant délaissé s'échine à réécrire son histoire avec Charlotte - de la scène de la rencontre aux désillusions - , tandis que Charlotte malmène son amant en critiquant cette nouvelle fable dont elle est le protagoniste principal :
    Je ne suis plus je. Je suis devenue toi, la parodie de moi dans ta voix qui me promène, me pousse comme un landau dont le bébé a gelé. Tu bricoles l'irréparable, tu luttes contre le temps. Tu fais semblant de croire que les livres contiennent des vivants.
    Tu crois qu'Albertine respirait avant sa chute de cheval ? Que Rastignac a jamais senti l'odeur des huîtres attablé au Rocher de Cancale ? Don Juan celle d'une femme ? Que Don Quichotte a entendu le bruit des moulins ? Que Mme Bovary a joui dans le fiacre ? Tu crois que la foule fourmille dans les romans ?
    Puisque je n'étais plus là, tu as décidé que ton cerveau allait se suicider en deux comme une paramécie, et tu as sorti la trousse de secours de la littérature. Pourquoi ne pas écrire à une morte ? Une morte est un personnage comme un autre. En plus, elle ne risque pas d'ouvrir le museau.
    Ainsi les lettres de Charlotte posent le problème de la création littéraire : l'écrivain est avant tout un homme qui détourne la réalité, un imposteur, comme l'écrit Charlotte, qui a besoin d'inventer une autre vie que la sienne.
    Au lieu de bricoler comme un retraité dans la cave de son pavillon, essaie de vivre ce qui te reste du temps. N'oublie pas mon chéri que tu es né depuis longtemps, ne brûle pas toutes ces nuits d'été à écrire l'histoire de cette maison aux fondations fêlées, qui n'a pas résisté à une secousse sismique violente comme un coup d'aile de papillon.
    Ce roman épistolaire ne se borne donc pas à une correspondance entre une morte et son amant délaissé. le message ici est double voire triple.
    Mais ce procédé tient-il la route tout au long des deux cents pages ?
    Après la première surprise, le lecteur n'est plus étonné par ce procédé, qui très tôt tourne à vide. Oui, l'originalité est là, le style aussi, mais les échanges deviennent vite monotones. L'amant continuera d'écrire la nouvelle histoire de Charlotte, et la morte continuera de rabrouer son amant.
    Voici donc un livre au concept fort et touchant qui aurait peut-être mérité d'être plus court. Mais Jauffret aurait-il pu vraiment résumer ces échanges ? Ce livre est en effet, avant tout, une belle démonstration du travail de deuil.
    La Blanche pour Gallimard, 218p, 16€50

    Lien : http://leiloona.canalblog.com/archives/2009/02/20/12629826.html
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    • Livres 1.00/5
    Par herveGAUTIER, le 17 mai 2014

    herveGAUTIER
    N°359– Août 2009
    LacrimosaRégis JAUFFRET - Gallimard.
    Décidément, je joue de malchance avec mes lectures de l'été. J'ai fait ce que j'ai pu, mais je ne suis pas parvenu à entrer dans l'univers de ce roman, au vrai assez étrange qui emprunte son titre du « requiem ». C'est un échange épistolaire entre l'auteur et sa jeune amie, Charlotte, qui vient de se suicider et qui retrace des épisodes de leur vie commune. D'ailleurs par un subterfuge, elle lui répond par delà sa propre mort en l'insultant, le traitant d'écrivassier, de charognard et d'escroc! A priori l'idée n'était pas mauvaise et un dialogue surréaliste entre un vivant et une morte, qui, chacun à leur manière se disent des choses qu'ils n'ont jamais oser se reprocher de leur vivant, pourquoi pas?
    Nous sommes dans un roman, les personnages sont donc fictifs, c'est sans doute pourquoi l'auteur affuble la jeune femme d'une parentèle improbable. Je veux bien qu'on parle légèrement du suicide qui est un sujet grave surtout quand il touche les jeunes, mais je ne vois pas très bien l'intérêt d'introduire dans le récit le personnage assez burlesque du philosophe nommé Gaston Kiwi autant que l'énigmatique docteur Hippocampe Dupré dont la particularité est de vivre avec un panda géant, Mazda. Il va donner à Charlotte une sorte de seconde chance de remonter le temps et ainsi d'échapper à la mort.[?]
    Écrire quelque chose sur quelqu'un qui vient de mourir est une manière salutaire de le faire revivre et favorise probablement le deuil. Pourtant, dans la même volonté de fiction un peu délirante, l'auteur donne la parole à la morte qui se rebiffe quand il parle d'elle, quand il évoque une liaison qu'elle aurait eu lors de vacances à Djerba... Elle lui déclare qu'elle l'a aimé, mais je ne suis pas bien sûr de l'authenticité de sa déclaration, mais n'oublie pas de l'insulter copieusement. Là l'imagination de l'auteur se déchaîne...
    J'ai toujours été passionné par les personnages de roman, qui sont fictifs par essence et par la vie qu'il peuvent avoir dans le cours du roman et disons-le de la liberté qu'ils prennent eux-mêmes par rapport à l'auteur. Ici il semble n'en être rien et le narrateur manipule complètement Charlotte qui semble consentir à se processus et même l'admettre « Quand on meurt on devient imaginaire ». Ne deviendrait-elle un personnage fictif qu'une fois morte? Cela, qui aurait pu être une piste intéressante dans le domaine de la création me semble tourner au dialogue de sourd! J'ai pensé que cela pouvait être une exploration intime de l'éternité, surtout qu'il est fait mention d'internet et de l'informatique qui, surtout pour moi, comportent autant de mystères que l'au-delà. Mais bon...
    Le style, haché parfois, n'a pas non plus retenu mon intérêt [Je ne m'explique pas ce que l'alternance du vouvoiement et du tutoiement ajoute dans l'échange épistolaire] au point que je me demande, le livre refermé, si mon goût en la matière est encore sûr, si c'est moi qui ait manqué un épisode ou si les choses ont changé sans que je m'en aperçoive, sans que j'en ai été informé. Je ne goûte ni les traits d'humour ni la relation par force détails inutiles de l'évocation rétroactive de leurs vies au quotidien ni même la trivialité qui émaille les dialogues. Il me semble pourtant que l'originalité en littérature ne réside pas dans l'à peu près, le banal, voire le ridicule. L'ensemble m'a paru fade et même assez glauque. Il y a bien des aphorismes que l'auteur tente de faire admettre, mais cela tombe à plat. Tout cela fait que j'ai bien regretté ce moment passé même si je le redis comme à chaque fois, j'ai pu passer à coté de ce livre.
    « Étonne-moi, Jean » disait Serge Diaghilev à Jean Cocteau. On peut effectivement admettre que l'étonnement soit le motif de l'intérêt pour une œuvre de création. Ici, je n'ai pas été été étonné favorablement et je ne suis pas prêt à m'enthousiasmer pour un tel roman. Est-ce une tendance actuelle dans la littérature française que d'écrire mal et l'originalité réside-t-elle dans l'a peu près des mots et des phrases autant que dans le désintérêt que l'auteur instille dans son texte?
    Franchement, la lecture laborieuse de ce roman ne m'incite pas à lire une autre œuvre de Régis Jauffret.


    Hervé GAUTIER – Aout 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

    Lien : http://hervegautier.e-monsite.com
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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 16 mars 2012

    carre
    "On dirait vraiment que je me suis suicidée pour ton plaisir d'en faire toute une histoire, une histoire sordide comme tu les aimes tant ".
    Cette phrase résume assez bien le ressenti lorsque je lit un roman de Jauffret. L'auteur (dont je termine l'incroyable "Claustria") aime s'appuyer sur les horreurs et les malheurs de nos vies occidentales.
    Dans "Lacrimosa", il raconte dans un récit à deux voix, un amour perdu à jamais (puisque la belle s'est suicidée). Et, il faut bien l'avouer, tant par la forme que part le contenu, il signe un roman assez épatant. Il n'hésite pas à dégommer l'image de l'écrivain qu'il est, avec un sens de la provocation, du cynisme, de l'humour pour mieux montrer la cruauté, la lâcheté et l' égoisme de son clone littéraire. Capable de nous faire passer du rire aux larmes en une phrase, Jauffret nous émeut et signe un roman singulier qui nous cueille par sa justesse.
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    • Livres 4.00/5
    Par valeriane, le 27 mars 2014

    valeriane
    Auto-fiction made in Jauffret. Je découvre cet auteur avec ce titre.Dans Lacrimosa, Régis Jauffret écrit des lettres à Charlotte, une ex, qui s'est suicidée. de l'au-delà, elle lui répond à coup de mots cinglants et grinçants, le remettant à sa place.Le récit s'ouvre sur une description du dernier jour de Charlotte. Très vite, à la réalité froide se substitue une plongée dans un imaginaire un peu loufoque. Régis raconte l'histoire de Charlotte à sa manière. Ce qui n'est pas du goût de la jeune morte, elle conteste et décrie les pratiques des auteurs se nourrissant "des cadavres et souvenirs, tels des charognards". Faire revivre un disparu à travers l'écriture est un fantasme. Dans le néant tu es, dans le néant tu resteras? Sous le couvert de la fiction, l'auteur peut-il exploiter la réalité à sa guise?Dans ce roman, l'auteur se retrouve face à lui-même. Un vrai-faux dialogue qui serait plutôt un monologue schizophrène. Un roman émouvant, une remise en question face à une disparition brutale. On n'est pas dans la mièvrerie. le va-et-vient entre l'auteur et sa muse apporte un dynamique intéressante.Une belle découverte de la rentrée littéraire 2008, un roman qui me donne envie d'aller plus loin dans l'univers de Jauffret.4 étoiles.
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    • Livres 1.00/5
    Par litteraturepassion, le 03 mars 2009

    litteraturepassion
    Un homme écrit à sa femme, à sa « chère Charlotte ». Celle-ci vient de se suicider, et de l'au-delà, elle lui répond. Une longue correspondance s'engage alors entre Charlotte et son « pauvre amour ».
    L'idée était séduisante et pourtant j'ai rapidement éprouvé de l'ennui à la lecture de ces lettres, ces « Lacrimosa » ou plutôt lamentations entre cet homme et cette femme qui se seraient aimés ?! Difficile à croire, tant le recul avec lequel ils se parlent et le vouvoiement utilisé par l'auteur dans un effet de style qui accentue encore la distance –visiblement voulue par l'écrivain- ne me paraissent pas franchement nécessaire ni judicieux.
    Certes, Régis Jauffret n'est pas réputé pour être l'écrivain du bonheur ! Mais plutôt un auteur qui aime se plier aux exercices littéraires (pour preuve notamment son superbe « Microfictions »). Alors bien sûr je m'attendais avant tout à un exercice de style plutôt qu'à une véritable histoire, ou plutôt à un exercice de style qui serve le récit. Et bien j'avoue ne pas avoir du tout adhéré à sa façon de mettre ce couple en scène, m'être mortellement ennuyée à cet échange de lettres, et à ce roman que j'ai trouvé inabouti et à vrai dire… raté ! Je n'ai éprouvé aucune empathie pour ces deux êtres et pour leur souffrance. Bref, je suis passé complètement à côté de ce roman encensé pourtant par la critique !


    Lien : http://litteraturepassion.over-blog.com
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Citations et extraits

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  • Par Bibalice, le 11 janvier 2012

    Chère Charlotte,

    Vous êtes morte sur un coup de tête d'une longue maladie. Le suicide a déferlé dans votre cerveau comme une marée noire, et vous vous êtes pendue. Vous habitiez Paris depuis quatorze ans, mais le 7 juin 2007 vous avez pris le TGV pour Marseille. Comme si l'espèce humaine avait une mémoire d'éléphant, et qu' elle revienne parfois creuser sa tombe près du lieu où elle s'était frayé un chemin autrefois pour quitter l'utérus de sa mère et débarquer dans l'existence.
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  • Par toutencarton, le 14 novembre 2013

    J'ai manqué de courage, d'amour. Je fais partie de tous ces gens qui ne vous ont pas aimée. Il faut beaucoup d'audace pour aimer, et vous n'avez eu de moi que l'affection frileuse d'un pleutre. Je craignais sans doute de tomber dans un précipice, une crevasse.

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  • Par faust7556, le 22 juin 2014

    Pauvre amour, vieil hibou qui écrit toute la nuit comme un greffier ébouriffé. Couche-toi, au lieu de veiller. Prends l'habitude de te lever tôt. De te promener dans la forêt. De boire de l'eau. D'abandonner l'herbe à Nicot. Tu devrais pourtant savoir à ton âge que les gens heureux mènent la vie des animaux. La mort n'est pas drôle, essaie de vivre encore quelques années. Deux ou trois décennies, ou bien même tente de passer vaillamment le cap du mois de juin 2055. A cette époque, on fera plus de centenaires que de bébés. Tâche de saisir ta chance.
    Un mot encore. Avant de clore ce courrier, je te demande d'imaginer mes sentiments pour toi disparus avec mes dernières pensées. Quant on est un peu patraque, ça change les idées de se dire qu'on a été aimé.
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  • Par ahasverus, le 01 mars 2013

    Elle pensait que pour un enfant, ne pas être heureux revenait à traîner ses parents dans la boue.

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Régis Jauffret - La ballade de Rikers Island .
Régis Jauffret vous présente "La ballade de Rikers Island" aux éditions du Seuil. Rentrée littéraire février 2014. http://www.mollat.com/livres/jauffret-regis-ballade-rikers-island-9782021097597.html Notes de Musique : Chris Zabriskie: Divider








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