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ISBN : 2070122042
Éditeur : Gallimard (2008)


Note moyenne : 3.2/5 (sur 70 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
«Vous étiez dans les bras de votre mère. Vierge à l'Enfant, Pietà, mais en guise de crucifié c'était seulement une jeune femme qui s'était pendue. Quand leurs filles meurent, les femmes en redeviennent grosses jusqu'à la fin de leur vie. Leur ventre est beaucoup plus lo... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Leiloona, le 20 février 2009

    Leiloona
    Vous êtes morte sur un coup de tête d'une longue maladie. le suicide a déferlé dans votre cerveau comme une marée noire, et vous vous êtes pendue.
    Que faire quand un être aimé se donne la mort ? La meilleure façon, quand on est écrivain, est encore d'écrire, de puiser dans ses tripes pour recracher sa bile et sa douleur afin de les fixer à jamais dans un livre.
    La première lettre adressée à la morte -Charlotte- relate sa dernière journée chez ses parents. Dernière journée qui se soldera par une pendaison.
    Une narration mélancolique où l'énonciateur n'hésite pas à insérer une touche de burlesque (qui oserait appeler son enfant Pindo ?). Ce décalage s'accroît avec la réponse à cette lettre. C'est la morte elle-même qui répond à son pauvre amour.
    Tout d'abord elle s'étonne. Pourquoi la vouvoie-t-il ? Pourquoi l'a-t-il affublée d'un nom de gâteau ? Ensuite la morte s'offusque du procédé : Tu continues à écrivasser, mon bel écrivassier ? Tu bricoles la phrase, tu te pavanes, tu marches encore de long en large dans un bouquin comme un plouc sur son bout de jardin ? De quoi tu parles ? De qui ? Je ne t'entends pas ! (...) Tu crois que la mort est un music-hall ? Qu'on écoute là-bas des bardes ? Qu'on éclate de rire à s'en décrocher le maxillaire en écoutant tes histoires ?
    Dès la deuxième lettre, le roman laisse tomber le ton mélancolique pour devenir plus caustique et amer.
    C'est une véritable partie de ping-pong entre la morte et son amant délaissé qui commence.
    Tout d'abord cette correspondance imaginaire avec la disparue a une fonction cathartique pour l'émetteur des lettres (Jauffret lui-même ?) : écrire à quelqu'un permet de le rendre présent. C'est une présence malgré l'absence. Dans ce roman c'est la même chose : l'amant déçu ne veut pas lâcher la femme aimée, il ne veut pas la laisser partir. Ces lettres sont donc l'ultime espoir de la maintenir illusoirement en vie.
    Mais comme chacun de nous le sait, c'est une correspondance imaginaire. Nous ne sommes pas dans un roman fantastique où les morts pourraient parler aux vivants. Aussi peut-on se demander si le destinataire est réellement cette femme morte ? Ne pourrait-on pas dire que ce destinataire n'est pas un double de l'énonciateur lui-même ? En effet, face à la mort, nous devenons double. D'un côté, on pleure le mort, on se souvient du passé et on souffre ; de l'autre, l'instinct de survie nous rappelle à la vie, nous force à survivre malgré tout ... et à oublier un peu le passé. Cette correspondance deviendrait alors un monologue intérieur où l'énonciateur montrerait ses deux facettes : celle qui souhaite oublier et celle qui souffre.
    Cet échange n'a rien de tendre : l'amant délaissé s'échine à réécrire son histoire avec Charlotte - de la scène de la rencontre aux désillusions - , tandis que Charlotte malmène son amant en critiquant cette nouvelle fable dont elle est le protagoniste principal :
    Je ne suis plus je. Je suis devenue toi, la parodie de moi dans ta voix qui me promène, me pousse comme un landau dont le bébé a gelé. Tu bricoles l'irréparable, tu luttes contre le temps. Tu fais semblant de croire que les livres contiennent des vivants.
    Tu crois qu'Albertine respirait avant sa chute de cheval ? Que Rastignac a jamais senti l'odeur des huîtres attablé au Rocher de Cancale ? Don Juan celle d'une femme ? Que Don Quichotte a entendu le bruit des moulins ? Que Mme Bovary a joui dans le fiacre ? Tu crois que la foule fourmille dans les romans ?
    Puisque je n'étais plus là, tu as décidé que ton cerveau allait se suicider en deux comme une paramécie, et tu as sorti la trousse de secours de la littérature. Pourquoi ne pas écrire à une morte ? Une morte est un personnage comme un autre. En plus, elle ne risque pas d'ouvrir le museau.
    Ainsi les lettres de Charlotte posent le problème de la création littéraire : l'écrivain est avant tout un homme qui détourne la réalité, un imposteur, comme l'écrit Charlotte, qui a besoin d'inventer une autre vie que la sienne.
    Au lieu de bricoler comme un retraité dans la cave de son pavillon, essaie de vivre ce qui te reste du temps. N'oublie pas mon chéri que tu es né depuis longtemps, ne brûle pas toutes ces nuits d'été à écrire l'histoire de cette maison aux fondations fêlées, qui n'a pas résisté à une secousse sismique violente comme un coup d'aile de papillon.
    Ce roman épistolaire ne se borne donc pas à une correspondance entre une morte et son amant délaissé. le message ici est double voire triple.
    Mais ce procédé tient-il la route tout au long des deux cents pages ?
    Après la première surprise, le lecteur n'est plus étonné par ce procédé, qui très tôt tourne à vide. Oui, l'originalité est là, le style aussi, mais les échanges deviennent vite monotones. L'amant continuera d'écrire la nouvelle histoire de Charlotte, et la morte continuera de rabrouer son amant.
    Voici donc un livre au concept fort et touchant qui aurait peut-être mérité d'être plus court. Mais Jauffret aurait-il pu vraiment résumer ces échanges ? Ce livre est en effet, avant tout, une belle démonstration du travail de deuil.
    La Blanche pour Gallimard, 218p, 16€50

    Lien : http://leiloona.canalblog.com/archives/2009/02/20/12629826.html
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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 16 mars 2012

    carre
    "On dirait vraiment que je me suis suicidée pour ton plaisir d'en faire toute une histoire, une histoire sordide comme tu les aimes tant ".
    Cette phrase résume assez bien le ressenti lorsque je lit un roman de Jauffret. L'auteur (dont je termine l'incroyable "Claustria") aime s'appuyer sur les horreurs et les malheurs de nos vies occidentales.
    Dans "Lacrimosa", il raconte dans un récit à deux voix, un amour perdu à jamais (puisque la belle s'est suicidée). Et, il faut bien l'avouer, tant par la forme que part le contenu, il signe un roman assez épatant. Il n'hésite pas à dégommer l'image de l'écrivain qu'il est, avec un sens de la provocation, du cynisme, de l'humour pour mieux montrer la cruauté, la lâcheté et l' égoisme de son clone littéraire. Capable de nous faire passer du rire aux larmes en une phrase, Jauffret nous émeut et signe un roman singulier qui nous cueille par sa justesse.
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    • Livres 4.00/5
    Par valeriane, le 27 mars 2014

    valeriane
    Auto-fiction made in Jauffret. Je découvre cet auteur avec ce titre.Dans Lacrimosa, Régis Jauffret écrit des lettres à Charlotte, une ex, qui s'est suicidée. de l'au-delà, elle lui répond à coup de mots cinglants et grinçants, le remettant à sa place.Le récit s'ouvre sur une description du dernier jour de Charlotte. Très vite, à la réalité froide se substitue une plongée dans un imaginaire un peu loufoque. Régis raconte l'histoire de Charlotte à sa manière. Ce qui n'est pas du goût de la jeune morte, elle conteste et décrie les pratiques des auteurs se nourrissant "des cadavres et souvenirs, tels des charognards". Faire revivre un disparu à travers l'écriture est un fantasme. Dans le néant tu es, dans le néant tu resteras? Sous le couvert de la fiction, l'auteur peut-il exploiter la réalité à sa guise?Dans ce roman, l'auteur se retrouve face à lui-même. Un vrai-faux dialogue qui serait plutôt un monologue schizophrène. Un roman émouvant, une remise en question face à une disparition brutale. On n'est pas dans la mièvrerie. le va-et-vient entre l'auteur et sa muse apporte un dynamique intéressante.Une belle découverte de la rentrée littéraire 2008, un roman qui me donne envie d'aller plus loin dans l'univers de Jauffret.4 étoiles.
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    • Livres 1.00/5
    Par soleil, le 03 février 2013

    soleil
    Dès la lecture de ce roman je me suis demandée où il me mènerait et surtout si j'allais suivre l'auteur ! J'ai d'ailleurs consulté la fiche collée à l'intérieur du roman sur laquelle les lecteurs de la bibliothèque avaient donné leur avis. le ton du roman était amer. Je trouvais les mots crus et n'en comprenais pas la place. Je ne voyais pas non plus l'utilité d'un tel vocabulaire et ai failli refermer le livre à jamais. Mon côté un peu têtu et les avis des lecteurs, m'ont convaincue de poursuivre ma lecture. Et là, au-delà de la page 52, j'ai aimé le style, l'histoire, ai apprécié le ton qui au départ me gênait. Ce roman est construit sous forme d'allers-retours à chaque chapitre où l'on a tantôt la parole de Charlotte, tantôt celle du narrateur. On assiste ainsi à leur relation, à leur amour ponctué de désamour et de reproches. Charlotte est morte et leur "dialogue" se fait après la mort de l'héroïne. J'ai trouvé certains passages émouvants et ai globalement bien aimé. Je lui mettrai 7/10. S'il vous prenait l'envie de le lire, osez franchir la page 52.
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    • Livres 3.00/5
    Par Lavinie, le 10 février 2009

    Lavinie
    Je ne suis pas nécessairement subjuguée. du moins pas par le style, car l'idée de départ est intéressante: un dialogue de sourd entre un écrivaillon et sa défunte maîtresse. Jauffret pose la question de la limite entre fiction et réalité, soulève le problème de la déformation de ce qui est par les yeux de celui qui voit. Charlotte n'est plus, son pauvre amour comme elle l'appelle, la décrit telle qu'il la voit, et non pas telle qu'elle est, telle qu'elle-même se voit. La problématique rejoint le sujet d'un cours de littérature russe que j'ai suivi le semestre dernier: comment la postérité voit-elle le poète? Comment est-il transmis aux générations futures? Entre Pouchkine qui avait peur qu'on le considère tout entier, jusque dans les plus viles bassesses humaines, alors qu'il aurait préféré qu'on ne garde que le poète sublime, le personnage que lui-même avait créé, et Nabokov qui n'a laissé aucun brouillon, l'on voit bien à quel point cette question occupait - et occupe toujours - les hommes. Comment parlera-t-on de moi après ma mort? est le fil rouge de ce roman.
    L'idée en soi est bonne, seulement le style se veut facile et spontané, ce qui lui donne à mon sens une certaine platitude au récit. Quelques belles métaphores, mais elles sont cachées par de longues tirades ennuyeuse, qui exaspèrent le lecteur plus qu'elles ne le font rire. J'ai l'impression de me trouver face à l'une de ces corrections de dissertations, lorsque le professeur a souligné des mots en notant dans la marge répétitions et qu'il a fallu chercher tous les synonymes possibles et imaginables. C'est tiré par les cheveux et fade. Dommage, car je suis certaine que l'auteur aurait pu en faire quelque chose de bien pourtant.

    Lien : http://lavinie.blogspot.com
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Citations et extraits

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  • Par Bibalice, le 11 janvier 2012

    Chère Charlotte,

    Vous êtes morte sur un coup de tête d'une longue maladie. Le suicide a déferlé dans votre cerveau comme une marée noire, et vous vous êtes pendue. Vous habitiez Paris depuis quatorze ans, mais le 7 juin 2007 vous avez pris le TGV pour Marseille. Comme si l'espèce humaine avait une mémoire d'éléphant, et qu' elle revienne parfois creuser sa tombe près du lieu où elle s'était frayé un chemin autrefois pour quitter l'utérus de sa mère et débarquer dans l'existence.
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  • Par toutencarton, le 14 novembre 2013

    J'ai manqué de courage, d'amour. Je fais partie de tous ces gens qui ne vous ont pas aimée. Il faut beaucoup d'audace pour aimer, et vous n'avez eu de moi que l'affection frileuse d'un pleutre. Je craignais sans doute de tomber dans un précipice, une crevasse.

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  • Par ahasverus, le 01 mars 2013

    Elle pensait que pour un enfant, ne pas être heureux revenait à traîner ses parents dans la boue.

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Régis Jauffret - La ballade de Rikers Island .
Régis Jauffret vous présente "La ballade de Rikers Island" aux éditions du Seuil. Rentrée littéraire février 2014. http://www.mollat.com/livres/jauffret-regis-ballade-rikers-island-9782021097597.html Notes de Musique : Chris Zabriskie: Divider








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