ISBN : 202102248X
Éditeur : Editions du Seuil (2010)


Note moyenne : 3.27/5 (sur 33 notes) Ajouter à mes livres
Je l'ai rencontré un soir de printemps. Je suis devenue sa maîtresse. Il m'a initiée au maniement des armes. Il m'a fait cadeau d'un revolver. Je l'ai abattu d'une balle entre les deux yeux.
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par smiroux, le 27 janvier 2012

    smiroux
    "Je l'ai rencontré un soir de printemps. Je suis devenue sa maîtresse. Il m'a initiée au maniement des armes. Il m'a fait cadeau d'un revolver. Je l'ai abattu d'une balle entre les deux yeux."
    Cette sécheresse, pas un mot de trop, ce ton froid, définitif, m'ont donné envie d'aller voir un peu plus loin.
    J'ouvre le livre de Jauffret et je tombe sur le préambule. (J'avoue, j'aime pas tellement les préambules, et autres introductions..., ils m'empêchent de rentrer dans ma lecture aussi vite que je le voudrais.) Bon, je lis le préambule... je cite :
    "Je suis romancier, je mens comme un meurtrier. Je ne respecte ni vivants, ni morts, ni leur réputation, ni la morale. Surtout pas la morale. Ecrite par des bourgeois conformistes qui rêvent de médailles et de petits châteaux, la littérature est voyou. Elle avance, elle détruit."
    "Je suis brave homme, vous pourriez me confier votre chat, mais l'écriture est une arme dont j'aime à me servir dans la foule. D'ailleurs quand vous lui aurez appris à lire, elle tuera tout aussi bien votre chat."
    "Ne croyez pas que cette histoire est réelle, c'est moi qui l'ait inventée. Si certains s'y reconnaissent, qu'ils se fassent couler un bain. La tête sous l'eau, ils entendront leur coeur battre. Les phrases n'en ont pas. Ils seraient fous ceux qui se croiraient emprisonnés dans un livre."
    Et bien, quel programme ! Alors, après ça, je suis allée vérifier, plus avant dans le livre ; voir si Jauffret était un maître de la provocation, si cette annonce n'était qu'un bel effet de manche, si l'arme dont il nous menace n'était qu'un pétard mouillé.
    "Sévère", l'histoire d'un meurtre, une femme tue son amant, elle raconte, depuis la cellule où elle est emprisonnée, cette "généalogie" du crime.Elle replace les pièces du puzzle pour nous, ou pour elle ; comment elle est devenue la "secrétaire sexuelle" d'un homme riche, puissant, et malade. Malade de l'argent, de la violence, du pouvoir. Malade dans son rapport aux autres, qui n'existent que pour être achetés, vendus, humiliés, réifiés. Malade enfin dans son rapport à lui-même, à son corps, à ses peurs d'enfant.
    Partant d'un fait divers réel : l'assassinat du banquier suisse Stern en 2005, Jauffret met des mots sur l'indicible de cette histoire. le fait divers ne compte pas - il a raison de le dire dans le préambule : "Ne croyez pas que cette histoire est réelle, c'est moi qui l'ai inventée" -, Jauffret tend à l'universel, l'exemplarité ; comment la société broie les êtres, comment le rouleau compresseur fonctionne si bien sur nous.
    "Ne croyez pas que cette histoire est réelle"... L'écrivain ment comme un meurtrier. Il manipule aussi. C'est tout le malaise que l'on ressent à la fin du livre. Qu'a-t-il fait de nous - lecteurs - pendant ces quelques pages ? Il nous a fait voyeurs, haletants jusqu'au dénouement pour quelques détails sordides. Il nous a rendus complices de cette époque de banquiers, de négociateurs, qui transforment les corps en métal.
    "Sévère", c'est elle, c'est le système dans lequel nous rampons, grave et austère, qui n'a le droit ni à la chute ni à la faiblesse, et qui pourtant nous y réduit.
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    • Livres 2.00/5
    Par Seraphita, le 26 novembre 2010

    Seraphita
    Une prostituée de luxe mariée entretient une liaison avec un amant fortuné. Celui-ci l'initie aux relations sado-masochistes et au maniement des armes. Jusqu'au jour où elle commet un geste irréparable…
    C'est le premier livre de Régis Jauffret que je découvrais avec « Sévère ». Je suis plutôt déçue par cette œuvre que je trouve assez malsaine. Dans un préambule complexe, à relire plusieurs fois, l'auteur montre que la fiction « éclaire comme une torche », d'un côté, mais sait mentir, d'un autre : « personne n'est jamais mort dans un roman. Car personne n'existe dedans. Les personnages sont des poupées remplies de mots, d'espaces, de virgules, à la peau de syntaxe. La mort les traverse de part en part, comme de l'air » (p. 9). Régis Jauffret a voulu s'enfoncer dans un crime, le décrire, à travers la voix d'une narratrice paumée, l'analyser, le comprendre au mieux, … le justifier ?
    Les va-et-vient chronologiques et entre personnages sont plutôt complexes. De qui parle l'auteur ? du mari ? De l'amant ? Quand se situe la réflexion de la narratrice ? Avant ou après le crime ? On s'y perd un peu.
    Le ton de l'œuvre me semble malsain : il y est question de sexe de manière très crue, de prostitution, de perversité à travers deux personnages déséquilibrés qui entretiennent des rapports sado-masochistes menant la narratrice au crime. le propos peut choquer.
    En analysant les tenants et aboutissants de ce crime, l'auteur a-t-il voulu le justifier, en témoignerait la fin ? Je trouve qu'il est un peu facile de se dédouaner dans un préambule des mots qu'on écrit, qu'on présente comme une fiction et qui seraient donc anodins, sans conséquence sur le lecteur. L'auteur conclut en effet son préambule par ces mots : « Ne croyez pas que cette histoire est réelle, c'est moi qui l'ai inventée. Si certains s'y reconnaissaient, qu'ils se fassent couler un bain. La tête sous l'eau, ils entendront leur cœur battre. Les phrases n'en ont pas. Ils seraient fous ceux qui se croiraient emprisonnés dans un livre » (p. 9).
    Un livre qui explore les bas-fonds de la sexualité humaine, choquant et plutôt malsain.
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    • Livres 2.00/5
    Par clamy, le 30 janvier 2012

    clamy
    Pourquoi Régis Jauffret s'est-il approprié ce fait divers somme toute assez banal (d'ailleurs qui s'en souvient ?) pour en faire un roman qui n'a pas plus d'intérêt que le fait divers lui-même ? Son écriture est certes incisive, comme dans beaucoup de ses autres romans, mais les personnages sont d'une inconsistance affligeante. Comment ressentir une quelconque compassion pour ce richissime mâle sadomaso, ses occupations de milliardaire, ses maîtresses en tout genre, et sa bagnole de luxe ? Et puis la susdite maîtresse a-t-elle plus de consistance ? J'en doute. Un roman donc dont on peut se passer, à classer très loin derrière Clémence Picot par exemple.
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    • Livres 4.00/5
    Par Lencreuse, le 26 décembre 2010

    Lencreuse
    « La fiction éclaire comme une torche. Un crime demeurera toujours obscur. On arrête le coupable, on découvre son mobile, on le juge, on le condamne et malgré tout demeure l'ombre, comme l'obscurité dans la cave d'une maison illuminée de soleil. » écrit Régis Jauffret dans une belle préface à ce roman inspiré d'un fait-divers qui a défrayé la chronique à l'époque : l'assassinat du financier Édouard Stern par sa maîtresse Cécile Brossard. Invité par le Nouvel Observateur à relater, à l'époque, le procès, Régis Jauffret a trouvé dans cette Histoire d'amour ( ?) mortelle le sujet de ce roman. « Dans ce livre, je m'enfonce dans un crime. Je le visite, je le photographie, je le filme, je l'enregistre, je le mixe, je le falsifie. Je suis romancier, je mens comme un meurtrier. » Il ne s'agit en effet pas ici de relater simplement la chronique d'un fait-divers mais bien d'imaginer la liaison fatale qui a uni ces deux êtres. Jauffret se met dans la peau de cette maîtresse qui répond aux fantasmes d'un homme que les relations sado-masochistes excite. Une histoire tenue par la sexualité, où la tendresse est peu présente. L'héroïne de Sévère sait et souffre de la distance de son amant et pourtant, elle se prend à rêver un amour qui ne lui sera jamais donné. Et lorsque le rêve s'effondre complètement, au détour d'une manœuvre peu galante et d'une phrase assassine, elle signe la fin de l'histoire et de son fantasme d'amour d'un geste fatal.
    Une écriture clinique pour une histoire où chacun s'enfonce dans le faux-semblant, où l'argent régit les relations, où le sentiment se rêve, où la tendresse se mendie. Une histoire vraie, de cette vérité crue qui fait froid dans le dos, et pourtant fictionnelle car cette incursion au plus près du cœur de la meurtrière est celle imaginée par Régis Jauffret à qui je laisse la conclusion : « Personne n'est jamais mort dans un roman. Car personne n'existe dedans. Les personnages sont des poupées remplies de mots, d'espaces, de virgules, à la peau de syntaxe. La mort les traverse de part en part, comme de l'air. Ils sont imaginaires, ils n'ont jamais existé. Ne croyez pas que cette histoire est réelle, c'est moi qui l'ai inventée. Si certains s'y reconnaissent, qu'ils se fassent couler un bain. La tête sous l'eau, ils entendront leur cœur battre. Les phrases n'en ont pas. Ils seraient fous ceux qui se croiraient emprisonnés dans un livre. »

    Lien : http://lencreuse.over-blog.com
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    • Livres 4.00/5
    Par MarianneDesroziers, le 14 mai 2010

    MarianneDesroziers
    Bien que je ne sache toujours pas trop quoi penser de Régis Jauffret ( ayant adoré "Clémence Picot", très moyennement apprécié les quelques nouvelles de "Microfictions" que j'avais lues et été assez rebutée par le projet de "Lacrimosa"), je dois reconnaître que "Sévère" m'a entièrement conquise. Livre lu d'une traite, en un après-midi. Il faut oublier le fait divers, l'histoire de la prostituée et du banquier suisse et se laisser porter par l'écriture au scalpel. Plus que de sexe ou de meurtre, il est ici question de pouvoir et d'amour et le bourreau (si bourreau il y a) n'est jamais là où on le croit.
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Minh Tran Huy pour le Magazine Littéraire

    Le crime de sang fascine les foules, mais aussi les artistes. L'exposition «Crime et châtiment» au musée d'Orsay en témoigne, qui veut explorer, à travers les oeuvres de Goya, de Vallotton, de Géricault ou encore ... > lire la suite

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Citations et extraits

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  • Par Seraphita, le 26 novembre 2010

    Ne croyez pas que cette histoire est réelle, c’est moi qui l’ai inventée. Si certains s’y reconnaissaient, qu’ils se fassent couler un bain. La tête sous l’eau, ils entendront leur cœur battre. Les phrases n’en ont pas. Ils seraient fous ceux qui se croiraient emprisonnés dans un livre.
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  • Par mustango, le 26 mars 2010

    Un mannequin. Un anonyme. Une bête dans sa carapace. Un insecte nuisible, énorme, grotesque et rose comme de la layette de fille.
    J'ai tiré.
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  • Par Seraphita, le 26 novembre 2010

    Personne n’est jamais mort dans un roman. Car personne n’existe dedans. Les personnages sont des poupées remplies de mots, d’espaces, de virgules, à la peau de syntaxe. La mort les traverse de part en part, comme de l’air.
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  • Par mustango, le 26 mars 2010

    Il a alors lâché cette phrase que j'ai décidé de ne jamais lui pardonner.
    -un million de dollars, c'est cher payé pour une putain.
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  • Par MarianneDesroziers, le 14 mai 2010

    Le temps nettoie la mémoire. Un tableau dont le vernis avait bruni. Un décapage sans état d'âme. La vérité apparaît alors aussi nette qu'une peinture de Jérôme Bosch.
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Vidéo de Régis Jauffret

La grande librairie 19/01/2012 sur France 5 de François Busnel, Régis Jauffret parle de son nouveau livre "Claustria"








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