ISBN : 2915793646
Éditeur : Les Moutons Electriques (2009)


Note moyenne : 4.62/5 (sur 72 notes) Ajouter à mes livres
Au bout de dix heures de combat, quand j’ai vu la flotte du Chah flamber d’un bout à l’autre de l’horizon, je me suis dit : « Benvenuto, mon fagot, t’as encore tiré tes os d’un rude merdier. » Sous le commandement de mon patron, le podestat Leonide Ducatore, les galères... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Thyuig, le 12 juin 2011

    Thyuig

    Il est des auteurs précieux dont j'essaye de parler ici et parmi cette catégorie il en est dont j'oublie d'aborder la critique, parfois par manque de temps, souvent par flemme, quelque fois parce que j'ose croire à un buzz inné ou en les quelques témoignages que j'ai pu postés sur les divers forums de la toile que je fréquente. Force est de constater que ça ne marche pas un brin. Il faut que je revois ma technique de promotion depuis sa base, à commencer donc par évoquer en ces pages les livres lus, adorés et dont j'aurais omis de signifier ici leurs grandes richesses. "Gagner la Guerre" fait absolument partie de cette catégorie, c'est indéniablement un grand bouquin qui possède par la richesse de sa langue une forme assez rare dans ce type de littérature - que l'on appelle, et je le sais depuis peu : littérature de l'imaginaire, terme barbare qui regrouperait sous son vocable les pires errements de l'Heroic Fantasy à la science fiction la plus précise en passant par le fantastique et l'horreur-, bref, avec ce bouquin, Jaworski m'a tué, en avril dernier je crois.
    Oui parce que dans mes-nouvelles-résolutions-à-moi-que-j'ai, j'ai la faiblesse de considérer que ne pas avoir retranscris ici les divers émois de lecteur que j'ai pu avoir dans l'année est un manquement sans pareil à une parole donnée et comme ce bouquin vaut le coup d'être lu, il doit certainement être de mon devoir de le faire partager. Hum, pas certain de cette dernière occurrence mais passons...
    Pour remettre rapidement le contexte, "Gagner la Guerre" prend sa source dans "Janua Vera", recueil de nouvelles paru chez les moutons electriques et qui avait pour le moins renverser la critique à l'époque, et à juste titre. Les nouvelles de "Janua Vera" se déroulaient toutes dans le Vieux Royaume et à des époques différentes, elles abordaient chacune un style et une problématique différents et contraignaient leur sujet en une forme bien particulière : de la chevallerie à la forme mythologique ou bien à la fantasy la plus pure, le lecteur voyageait rapidement en autant d'époques et toujours appuyé par les mots précis et la densité de la lanque de l'auteur, un réel bonheur.
    Parmi les protagonistes rencontrés dans "Janua Vera", Don Benvenuto crevait littéralement le texte par l'extrême densité de sa psychologie et par le profil tout en opposition de son personnages. Sur le moment, je m'étais dit que Jaworski tenait là le personnage idéal à exploiter dans un roman et à croire que les voeux des humbles lecteurs finissent par être exaucés, l'auteur me (nous, lecteurs !) gratifia de 700 pages autour de ce fameux Don Benvenuto. Extase du lecteur.
    Don Benvenuto est un assassin qui dans "Janua Vera" se trouve piègé et qui finalement s'en sort par une admirable pirouette pour finir conseiller occulte du potentat local, le podestat leonide Ducatore, général longtemps en disgrâce mais qui, "pirouettant" à son tour, se retrouvait en fin de nouvelle avec le choix des armes et en leader proclamé de la République de Ciudalia. Or pour faire balancer les coeurs des riches marchants ainsi que ceux la noblesse ciudalienne, Ducatore a besoin de faire la guerre, d'abord pour en retirer un profit politique immédiat mais aussi afin d'assurer à la cité renaissance une aura incontestée sur la mer, la principale route marchante du Vieux Royaume.
    Voilà pour le pitch de départ et je comprends bien qu'avec ce pain sec, votre faim ne se rassasie point. Mais il vous faut croire en la finesse de Jaworski qui intitule son roman : "Gagner la Guerre", alors que celel-ci est déjà gagnée quand le récit de don Benvenuto s'engage. Gagner la Guerre, c'est rentrer au port en vainqueur et s'assurer finalement que la victoire est acquise sur les nombreux fronts qu'elle aavit si intimement éveillés. Politique et par conséquent intrigues et luttes d'influence vont animer les roman sur 700 pages sous la magnifique plume de don Benvenuto qui nous relate à la première personne le récit de ses aventures et l'on verra assurémeent que ce témoignage écrit est d'un importance capitale pour un maître assassin.
    Je ne m'étends pas sur l'histoire à proprement parler de peur d'en divulguer le sel de l'intriguer, mais sachez que Benvenuto est un indicidu torve et retors, dirigé par un podestat du même accabit et que ces deux-là vont se livrer une guerre magnifique et pourtant initiée assez simplement par Jaworki dans une pirouette scénaristique auquelle on ne croit pas une seconde. MAis l'essentiel n'est pas là, il repose dans la qualité du texte et dans la précision de l'écriture, le vocabulaire recherché de l'auteur, parfois un peu ampoulé il est vrai, mais c'est finalement un vraiment bonheur de lire un texte d'une force aussi naturelle et sous la plume d'un écrivain français dans un domaine que l'on croyait perdu aux auteurs héxagonaux au profit des anglo-saxons depusi belle lurette. Que nenni, Jaworski, mais aussi Stéphane Beauverger, Alain Damasio et Laurent Kloetzer sont là, et ils n'attendent que votre bienveillance.
    "je n'ai jamais aimé la mer
    Croyez-moi, les paltoquets qui se gargarisent sur la beauté des flots, ils n'ont jamais posé le pied sur une galère. La mer, ça secoue comme une rosse mal débourrée, ça crache et ça gifle comme une catin acariâtre, ça se soulève et ça retombe comme un tombereau sur une ormière ; et c'est plus gras et plus limoneux que le pot d'aisance de feu ma grand-maman. Beauté des horizons changeants et souffle du grand large ? Foutiases ! La mer, c'est votre cuite la plus calamiteuse, en pire et sans l'ivresse".
    PS : Je glisse juste un rapide mot à propos de l'éditeur, Les Moutons électriques, dont le boulot est remarqauble et auquel je souhaite vraiment de faire un succès avec ce bouquin, même si la situation des ventes en librairie n'apparait pas des plus reluisante dans ce secteur en particulier, surtout si la couverture n'affiche pas une guerrière aux seins nus. Bref, lisez les Moutons, c'est bon pour eux et bon pour vous !
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    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par boudicca, le 30 avril 2012

    boudicca
    Premier roman de J-P. Jaworski après l'excellent recueil de nouvelles « Janua Vera », « Gagner la Guerre » nous plonge à nouveau dans l'univers du Vieux Royaume. On voyage ainsi de la splendide et corrompue République de Ciudalia à l'empire de Ressine (ou devrais-je dire ses geôles) en passant par la reculée ville de Bourg-Preux. L'intrigue est passionnante et nous tient en haleine du début à la fin tant grâce au talent de conteur de l'auteur qu'à la qualité de sa plume d'une beauté et d'une poésie auxquelles il est difficile de résister. J-P. Jaworski se joue des clichés et c'est avec bonheur que le lecteur se plonge dans la complexité des luttes de pouvoir ciudaliennes ou dans les mystères de Bourg-Preux et de la forêt environnante. L'auteur n'hésite également pas à intégrer à son récit des éléments propres à une fantasy plus « classique » en la personne des elfes Eirin et Annoeth ce qui ne gâte en rien la qualité et l'originalité du roman qui gagne au contraire en mystère et en poésie.
    On découvre (ou retrouve) avec grand plaisir le personnage de Don Benvenuto Gesufal, toujours tueur à gage mais désormais au service du Podestat Leonide Ducatore et de son conseiller et sorcier Sassanos, dont l'humour et la gouaille font une grande partie du charme du roman. Si J-P. Jaworski nous offre une galerie de nouveaux personnages tous plus réussis les uns que les autres (Clarissima, l'exaspérante fille du Podestat, le peintre de génie Macromuopo, les membres de la Compagnie folle...) on retrouve aussi au détour de quelques pages certaines têtes connues issues de « Janua Verra » comme le duo Dugham et Cecht (Une offrande très précieuse) ou encore l'elfe Annoeth (Le conte de Suzelle). Un premier roman d'une qualité rare qui place J-P. Jaworski en tête de mes auteurs de fantasy français favoris.
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Walktapus, le 31 décembre 2009

    Walktapus
    Gagner la Guerre reprend le personnage central d'une des nouvelles de Janua Vera : Benvenuto Gesufal le spadassin, et en fait le narrateur de ce pavé. Il est donc utile mais pas indispensable d'avoir lu Janua Vera auparavant, d'autant que de nombreux personnages des nouvelles de Janua Vera font des apparitions parfois subtiles dans le roman.
    On est donc dans la suite de Mauvaise Donne, à Ciudalia, une cité ouvertement calquée sur l'Italie du quatrocento : Venise, Florence ou Gênes, en guerre contre les Ressiniens qui sont des Ottomans à peine voilés. Ces modèles historiques donnent une grande profondeur à l'univers, qui est épicé par des touches assez modestes de fantasy : elfes, nains (on devine même des hobbits ou similaire : on devine beaucoup de choses dans ce roman - et on devine qu'il y a plein de choses qu'on pourrait deviner), mais surtout de la magie, pratiquée par des sorciers passablement effrayants.
    Le roman fait un peu l'effet d'une très longue nouvelle. Pas une grande construction avec des arches majestueuses et de grands effets préparés sur des centaines de pages, mais une sorte de chronique de six mois la vie du héros, assez déroutante, avec une fin aussi abrupte que le début, et qui ne résout finalement rien. L'enfoiré !
    Malgré cela je suis resté scotché jusqu'au bout. le narrateur, ancien lansquenet, assassin, spadassin, à présent maître espion, est un personnage très noir et pourtant étonamment attachant. le récit est de toutes façons profondément immoral. La galerie de seconds rôles - patriciens, ruffians, jeunes nobles, assassins, sorciers - est haute en couleur. La description des intrigues de Ciudalia - machiavéliques forcément - qui donnent tout le ressort du récit est captivante. On bouge beaucoup, on voyage, on assiste à des batailles, des coups de mains, des duels et des évasions spectaculaires, mais le récit fait la part belle aux descriptions d'un monde épais et vivant.
    Janua Vera m'avait fait l'effet d'une palette de styles. Dans Gagner la Guerre, c'est une seule couleur de cette palette qui est utilisée, ou plutôt une voix, celle de Benvenuto Gesufal, toujours reconaissable et jamais lassante tout au long des 700 pages de ce livre, ce qui présage bien des ressources restant à l'écrivain !
    Bref un roman captivant, à lire, très très au-dessus de la nanarderie vers laquelle la fantasy a parfois naturellement tendance à tendre.
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  • Par keisha, le 08 février 2011

    keisha
    Mâtin, quel roman...


    Un héros ni beau, ni sympathique, violent, rusé, en plus dans un roman estampillé fantasy, mais qu'allais-je faire dans cette galère avec "Don Benvenuto Gesufal, assassin émérite de la Guilde des Chuchoteurs, maître espion de Son Excellence le Podestat de la République" ?
    Don Benvenuto n'aime pas la mer, qui le lui rend bien. Fort heureusement, après la bataille navale qui inaugure ce copieux roman de 684 pages, il fréquentera plutôt le plancher des vaches, sans éviter coups tordus, traitrises et missions impossibles...

    Reprenons. Ce billet s'engage très mal. Certains ont déjà repéré fantasy et 684 et plié bagage... Hélas pour eux. Croyez moi, cette lecture vaut vraiment le coup, j'en ressors éblouie, un truc aussi jubilatoire m'a traitreusement prise dans ses filets, dès la page 1...

    Ciudalia, ville portuaire évoquant incontestablement Venise ou Florence médiévales ou d'époque renaissance, est en guerre contre Ressine, qui jouerait bien le rôle de l'Empire Ottoman. Mais dans Ciudalia la lutte est sévère pour prendre ou garder influence et pouvoir. Don Benvenuto paie cher sa fidélité à son patron le Podestat Leonide Ducatore, froid, ambitieux, machiavélique (le mot s'impose absolument).

    Au fil des pages on ne s'ennuie pas. De fort belles descriptions (courtes, rassurez-vous, mais moi j'ai adoré) permettent la respiration du lecteur, entre dialogues ciselés et action pure. Car oui, ça castagne sévère dans les ruelles, sur les toits, dans les palais, les bois et les villes... Don Benvenuto, dont on connaîtra petit à petit le passé, ne deviendra peut être pas fréquentable mais il morflera vraiment beaucoup et on finira par s'y attacher, au point de le quitter à regrets... Il avoue lui-même être une "inqualifiable crapule", un "indécrottable teigneux".

    Pour ce que j'en sais, le côté fantasy reste très très en retrait. Parmi cette ambiance florentine déjà évoquée se glissent bien sûr des détails inattendus, mais les mages n'en font pas trop, les elfes et nains restent sobres, quant au héros, il se fie plutôt à ses épées, poignards et autres coutelas pour se tirer d'affaire quand ça chauffe. Sans oublier ses petites cellules grises qu'il possède en excellent état.

    Pour convaincre peut être les récalcitrants, le mieux est de citer quelques passages, non? Je choisirai ceux où le lecteur est interpellé:

    " Si vous avez lu ce récit jusqu'à cette page, c'est que vous êtes d'une notable inconscience. Vous devez appartenir au fretin des fouineurs et des indiscrets, à ces étourneaux qui ne résistent pas à un fumet de ragots et de linge sale. Tant pis pour vous. Avec ce que vous avez appris, vous y êtes déjà, dans les draps où je me suis roulé, tout poissé de sang, de mensonge et de trahison. Et votre cas ne s'arrange pas. Non seulement vous avez pris connaissance des intrigues criminelles de la maison Ducatore, mais voilà que vous venez d'en apprendre un peu trop sur ..."

    "Et là, voyez-vous, je m'interroge. Qu'est-ce que je raconte? Mon histoire, ou celle de ce joyeux luron? Idéalement, il faudrait que je vous rapporte les deux récits, en parallèle, en essayant de vous tenir en haleine avec un entrelacement narratif à la mode des romans de chevalerie. Il serait même de bon ton que je joue les modestes, que je rapporte brièvement mes grenouillages de seconde zone pour m'effacer derrière les prouesses d'un sorcier basané et de deux pillards d'Ouromagne. Ensuite, je renouerais les fils des deux branches, et vous vous diriez que palsambleu! don Benvenuto, c'est pas seulement une sale ordure, c'est aussi un saprès raconteur d'histoires! Vous lui pardonneriez presque, au bagouleur...
    Ouais.
    Mais à vrai dire, j'en ai pas grand chose à battre, de me faire pardonner. Je sais qui je suis, c'est pas joli joli, mais c'est comme ça. (...) A vrai dire, j'en ai plein les poulaines, de cette confession."(...)
    "Et vous, oui, vous! mon très cher lecteur! Vous vous prélassez bien au chaud, sur votre coussiège favori ou dans la cathèdre de votre cabinet de lecture, en tournant d'une main indolente les pages de ce volume où je risque bien de perdre ma santé, ma vie, sans compter ma réputation.(...) pages 434/435, que j'abrège hélas.

    Ah parce que je ne vous l'ai pas encore dit? C'est cette écriture superbe, caustique, familière et travaillée, qui m'a fait craquer, mettant à bas mes préventions...

    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-gagner-la-guerre..
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    • Livres 5.00/5
    Par kedrik, le 07 septembre 2011

    kedrik
    En préambule, que le lecteur se souvienne que je mange à la même écuelle que Jean-Philippe Jaworski (à savoir les Moutons électriques). Vous ne serez donc pas étonné que je ne descende pas Gagner la Guerre en flamme : oui, j'ai une certaine reconnaissance du ventre. Ceci étant dit, je ne connais pas JPJ personnellement, ce n'est donc pas une critique bienveillante dans la plus pure tradition germanopratine mais plutôt le billet d'un copain de chambrée littéraire. Vous êtes prévenu.
    Ça fait des mois que tout le monde me parle de Gagner la Guerre. Tous les rôlistes et lecteurs de fantasy sont unanimes : c'est génial. À un tel point que le nom de JPJ devient pour tous LA référence en matière de fantasy française. Impossible de parler du genre sans que quelqu'un ne finisse par faire une référence à JPJ ou GLG. Et comme je m'essaye moi aussi à titiller la plume en grattant de la fantasy, je n'avais surtout pas envie de me laisser influencer volontairement en lisant la prose d'un autre auteur français. Donner l'impression de faire du sous-Jaworski, non merci. J'ai donc attendu d'avoir fini mon propre manuscrit pour lire GLG. Et maintenant que je me retrouve dans la même écurie que JPJ, je suis frappé par la filiation involontaire entre nos deux romans. C'est dingue : nous ne nous connaissons pas, mais nous partageons le même amour de la gouaille et de l'argot. Nos deux œuvres sont cousines par la fesse gauche. Un drôle de sentiment. En même temps, je vous dis ça, vous vous en foutez : vous ne m'avez pas lu. N'empêche.
    Or donc, Gagner la Guerre raconte à la première personne la vie turbulente d'un coquin de première bourre : Benvenuto Gesufal. Assassin, âme damnée d'un politicard de haut vol, Benvenuto jaspine aussi facilement dans le charabia de la plèbe qu'il est capable d'articuler quand il est dans les hautes sphères du pouvoir. C'est une raclure, une vraie. Mais vous allez apprendre à l'aimer car il est truculent. Picaresque. Et surtout, la vie est une chienne avec lui : il prend au final plus de coups qu'il n'en donne. Il est d'ailleurs embarqué dans une guerre qui le dépasse et qui le pousse à des extrémités dangereuses. Il y aura du sexe sans amour, des duels agrémentés de coups de pute, de la magie sordide et tout ce qui fait le charme de ce genre de récit. Benvenuto, c'est un mélange éprouvé : une dose du capitaine Alatriste, un chouia de l'assassin du jeu vidéo Assassin's Creed, une once d'anti-Monte Cristo, un zest de Borgia... Ça nous change très agréablement des mièvrerie de l'assassin royal de Robin Hobb. Vous prendrez plaisir à le suivre dans ses fourberies et ses crasses. Moi le premier, j'ai aimé détester cet enfoiré. le coup de salaud lumineux (pour reprendre la formule de Vergès) fonctionne à merveille.
    L'univers de Gagner la Guerre se nomme le Vieux Royaume. C'était déjà le cadre du recueil de nouvelles Janua Vera. Une sorte d'Europe en pleine Renaissance, avec des elfes et des nains. C'est d'ailleurs ce qui m'a le plus déçu : bien qu'ils ne soient pas présents au premier plan, les races traditionnelles de la fantasy sont un peu en décalage par rapport au reste de cet univers. Comme des ingrédients imposés mais fades. On s'amuse pendant des chapitres entiers à suivre Benvenuto dans l'équivalent d'une cité franche italienne, et patatras, d'un coup on se retrouve dans une ambiance plus moyenâgeuse avec des ménestrels elfes qui font la bamboche et des nains bagarreurs. Ce changement de décor au milieu du roman n'est d'ailleurs pas une grande réussite pour moi. Je ne suis pas arrivé à m'intéresser à cette vie en dehors de la cité. Autant la première moitié du livre était époustouflante de politicaillerie et d'ambition, autant le reste du livre ressemble vraiment trop à un scénario de jeu de rôles avec les dangers de la route, la bande de maraudeurs qui ratisse le pays, la vie d'auberge... Car le livre est long : pas loin de 1 000 pages au format poche.
    Au niveau stylistique, vous allez en prendre plein les mirettes : attendez-vous à vous faire canarder de mots. C'est un vrai festival, ça jargonne à tous les étages. JPJ fait feu de tout bois, avec notamment un dialogue entre deux assassins qui parlent dans leur patois : on ne comprend pas leur langage et pourtant le dialogue est limpide. Une pièce d'orfèvre. Par contre, comme le récit forme en fait les confessions de Benvenuto, la narration est à la première personne du singulier. On plonge donc facilement dans l'histoire, mais on se retrouve souvent à faire le grand écart entre des expressions très argotiques et des tournures très classieuses. Ce mélange s'explique par la vie même de Benvenuto, toutefois ça ne fonctionne pas toujours. Pour tout dire, j'avais par moment l'impression de plus lire JPJ que Benvenuto. J'aurais aimé que l'auteur s'efface dans son écriture, qu'il rende moins hommage à Dumas et qu'il laisse Benvenuto cracher son fiel dans son dialecte si imagé sans chercher à plaquer au milieu de la belle formule alambiquée et du vieux mot un peu pédant.
    Au final, GLG et JPJ sont vraiment à la hauteur de leur réputation : si seulement la fantasy était toujours de ce calibre.
    Par contre, si j'étais un auteur qui publie un premier roman de fantasy chez le même éditeur, j'aurais vraiment les boules de passer après Jean-Philippe Jaworski...

    Lien : http://hu-mu.blogspot.com/2011/03/gagner-la-guerre.html
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Citations et extraits

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  • Par Walktapus, le 31 décembre 2009

    Dans le milieu de la grande truanderie, Rosso Dagarella était ce qu'on appelle un lézard. Le lézard est un expert de la poudre aux yeux, de l'infiltration, de l'imposture. C'est un spécialiste de la mue, un champion de l'incognito, un virtuose du ni vu ni connu. Qu'on n'aille pas imaginer je ne sais quel cabotin qui aime se déguiser comme un pitre de carnaval : le lézard serait plutôt tout le contraire. Ce jour-là, Rosso Dagarella portait un vêtement assez commun, mais de bonne coupe, qui aurait pu habiller un bourgeois modeste ou un maître artisan. Tout son art tenait dans son sens du mimétisme : un lézard ne se cache pas, ne se masque pas, ne se livre pas à un stupide jeu d'acteur. Il sait juste adopter avec naturel les attitudes et les comportements de l'humanité ordinaire ; il se contente d'emprunter tous les gestes, tous les accents, toutes les allures, sans jamais appuyer ou surjouer. Il adhère simplement à la normalité des pigeons qu'il veut plumer et des limiers qu'il veut semer. La meilleure planque d'un lézard, c'est la cohue des marchés, c'est la ferveur des processions, c'est le tourbillon frôleur des bals. Il est toujours juste là où on ne le cherche pas, un peu à côté, presque sous vos yeux. Qu'il ait un cave à lessiver ou un ennemi à éviter, il le colle généralement de si près qu'il demeure inaperçu. Il rôde aux lisières de son entourage : dans la domesticité des amis du client, dans les buveurs qui trinquent avec ses hommes de main, dans les messagers qui portent son courrier. Il s'expose avec une insolence si tranquille qu'il reste toujours couvert.
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  • Par Radicale, le 09 août 2010

    Le gonfalonier Velado Fruga nous faisait son rapport avec un laconisme très militaire. Mais s'il passait sur les détails, j'avais une expérience suffisante de la guerre navale pour me représenter la réalité sordide de ce qui s'était passé au large de Cyparissa. J'imaginais très bien la lueur crue des incendies, l'odeur de poix et de bois carbonisé, le chaos qui s'empare de l'équipage, le sauve-qui-peut général par-dessus bord, les trois cents forçats enchainés de la chiourme qui hurlent dans le ventre du navire, avant de crever asphyxiés ou grillés vifs... Et puis se retrouver à l'eau, ballotté par une houle puissante entre l'épave en feu, les nappes de naphtes enflammées, les coques énormes des navires ennemis dont l'étrave menace de vous broyer les os. Et deviner autour de vous les compagnons qui se noient parce qu'ils ne savent pas nager, parce qu'ils sont trop grièvement brûlés ; et ceux, marins ou simples soldats, dont la vie ne vaut pas une poignée de jetons, que les janissaires laissent mourir d'épuisement, quand ils ne les achèvent pas à coup de rame sur le crâne... Et crier, lutter contre les vagues qui vous giflent la bouche et le nez, beugler le bras dressé au-dessus des flots, brailler que je suis patricien, que je suis capitaine, que je vaux mon poids de florins, dans l'espoir d'être sauvé par ceux-là mêmes qui m'ont jeté au bouillon, qui m'ont emporté la moitié de la gueule, qui massacrent mes hommes. Tout cela pour me retrouver à fond de cale, enchainé, moqué, frappé, et bienheureux si on n'oublie pas de m'apporter un godet d'eau croupie.
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  • Par balooo, le 06 juin 2010

    Même si le principal volet de ma mission était de délivrer un message, j'ai toujours un terrible scrupule à me montrer bavard. Bien sûr, je vois déjà mon aimable lecteur en train de ricaner sur mon compte, en se disant que pour un type taciturne, le Benvenuto a un sacré crachoir. Eh bien j'ai le regret de dire à mon aimable lecteur qu'il se fourre une phalange ou deux dans l'œil, en plus de risquer des ennuis s'il me croise au coin d'une rue. Je suis tout ce qu'on voudra, beau parleur, phraseur, cabotin, et même un peu éloquent si je m'oublie, oui madame, mais je ne suis pas bavard. Pas du tout. Le bavard est un imbécile qui parle sans réfléchir. Le bavard est un incontinent qui ne garde rien. C'est un panier percé qui ne se rend pas compte de la valeur de la parole.

    Or, la parole, c'est de l'or. La parole, c'est du bien. La parole, c'est du fer, du poison, du baume. La parole, c'est du sexe, de la mémoire, de l'avenir. De la divinité. La preuve : je commence à l'échauffer un peu, l'aimable lecteur, non ? Il s'en tape pas mal, de mes distinguos diptérophiles ; il se contrefiche que je puisse le poinçonner, il n'y croit guère ; il se demande surtout quand je vais passer à la suite, lâcher le message du Podestat, comprendre le fin mot de l'affaire. La parole que je retiens a plus de poids, à ses yeux, que la possibilité d'avoir la déveine de tomber sur moi demain matin.
    Tout est là.
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  • Par Thyuig, le 05 juillet 2010

    Je n'ai jamais aimé la mer
    Croyez-moi, les paltoquets qui se gargarisent sur la beauté des flots, ils n'ont jamais posé le pied sur une galère. La mer, ça secoue comme une rosse mal débourrée, ça crache et ça gifle comme une catin acariâtre, ça se soulève et ça retombe comme un tombereau sur une ornière ; et c'est plus gras et plus limoneux que le pot d'aisance de feu ma grand-maman. Beauté des horizons changeants et souffle du grand large ? Foutaises ! La mer, c'est votre cuite la plus calamiteuse, en pire et sans l'ivresse
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  • Par Ys, le 04 septembre 2011

    Moi, je n'avais d'yeux que pour la ville.

    Elégamment accolée à la côte mais corsetée en ses remparts dentelés, cambrée de toutes ses tours et de tous ses palais, Ciudalia trônait sur le bord du continent. Plus fière que jamais, elle faisait mentir tous les bruits de désastre. Il suffisait de la contempler, la garce splendide, serrée dans ses jupons de pierre et ses corsages de marbre, pour saisir le fin mot de la terrible affaire où nous sombrions tous. C'était une croqueuse d'hommes. (...) La catastrophe qui nous menaçait, ces émeutes dans le port, ces batailles rangés dans les rues, ces cadavres jetés au ruisseau, ces balcons transformés en gibets, ces clameurs de haine et ces odeurs de mort : tout cela était l'encens qui flattait la superbe de la vieille patrie. Il fallait qu'on crève pour complaire sa coquetterie. Elle empoisonnait ses propres enfants avec un amour dénaturé, elle semait en eux une jalousie et une concupiscence fratricides, elle ne les élevait dans le culte de sa propre beauté que pour mieux les dévorer.
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Pour ce deuxième numéro, Sylvie Lartigue libraire à 1001libraires.com, reçoit Olivier Legendre, de la librairie Sauramps, à Montpellier, et Jean-Philippe Jaworski, auteur de Gagner la Guerre, aux éditions Les Moutons électriques. Au programme, une question métaphysique de choix : y at-il une fantasy française ?








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