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ISBN : 2361831007
Éditeur : Les Moutons Electriques (23/08/2013)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 255 notes)
Résumé :
Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la Guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. Entre beaux-frères, ce sont des choses qui arrivent. Surtout quand il s’agit de rois de tribus rivales… Ma mère, mon frère et moi, nous avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés.

Là-dessus, le temps a suivi son ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (77) Voir plus Ajouter une critique
boudicca
22 juillet 2013
★★★★★
★★★★★
Après un recueil de nouvelles (« Janua vera ») et un premier roman (« Gagner la guerre ») d'une qualité remarquable et unanimement salués aussi bien par la critique que les lecteurs, voilà que Jean-Philippe Jaworski nous revient enfin avec une trilogie de fantasy historique intitulée « Rois du monde ». L'auteur quitte cette fois l'univers du Haut-Royaume pour se consacrer aux peuples celtes peuplant la Gaule antique que l'on découvre à travers l'histoire de Bellovèse, fils de roi dépossédé de son héritage et exilé en compagnie de son frère et de sa mère par son oncle, désormais haut-roi. A travers le récit à la première personne du jeune homme, J.-P. Jaworski brosse le portrait d'une civilisation celtique cohérente et intrigante, résultat de longues et minutieuses recherches sur cette fascinante société dont il est brillamment parvenu à retranscrire la beauté et la complexité. Comme souvent dès qu'il est question des Celtes, la magie vient pointer le bout de son nez, aussi tient-elle évidemment une place de choix dans l'oeuvre de l'auteur, de toute évidence friand de mythologie. Certaines scènes mettant en scène des divinités ou des créatures fantastiques inquiétantes et emplies de mystères valent notamment particulièrement le détour et ne vont pas sans troubler le lecteur, qu'il s'agisse de l'excursion de Bellovèse sur l'île des Vieilles ou encore de sa rencontre avec les terribles créatures hantant les forêts bordant sa demeure.
On peut également saluer le travail réalisé sur le temps de la narration, différentes époques se mêlant et s'entremêlant les unes aux autres au fil du récit. L'auteur n'hésite en effet pas à passer d'un paragraphe ou d'un chapitre à l'autre de l'enfance de Bellovèse à l'automne de sa vie ou bien à certains épisodes intermédiaires, tissant ainsi une trame complexe sans pourtant jamais embrouiller ou perdre le lecteur qui ne peut qu'admirer sa remarquable maîtrise. le talent de l'auteur se manifeste également à travers la beauté de sa plume, déjà à l'origine de nombreux éloges dans « Gagner la guerre », et qui sait encore une fois se faire tour à tour subtile ou incisive, et toujours très évocatrice. Malgré ses nombreuses et indéniables qualités, il faut toutefois préciser que « Même pas mort » reste avant tout un tome d'introduction. le narrateur se concentre ainsi essentiellement sur la genèse de son histoire, à savoir son enfance ainsi que les circonstances entourant la défaite de son père et les manigances de son oncle, des épisodes certes importants et intéressants mais qui traînent parfois légèrement en longueur et qui peuvent entraîner chez le lecteur une certaine frustration. « C'est loin d'être fini, en fait cela vient de commencer ». Ces derniers mots qui clôturent le premier volume sont en ce sens particulièrement révélateurs.
Malgré ce léger détail, « Même pas mort » n'en reste pas moins un excellent roman, captivant et rempli de cette poésie dont seul J.-P. Jaworski a le secret. L'été 2014, date à laquelle devrait normalement paraître le deuxième volume, me semble bien loin...
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Dixie39
20 mai 2015
★★★★★
★★★★★
«  Même pas mort » ! Dans la bouche d'un Bellovèse, c'est toute la hargne et le défi lancé avec moult morgue à la tête de tous ceux qui n'attendaient que cela !
Dans celle d'un Ambigat qui l'enterrait déjà, c'est la rage, la haine et la colère face à l'invraisemblance de cette survivance dont les dieux ne peuvent être innocents !
L'épopée à laquelle nous convie Jean-Philippe Jaworski est celle de Bellovèse, fils du roi Sacrovèse, dépossédé de l'héritage du trône qui lui revenait de droit par son oncle, Ambigat. C'est au cours d'une célèbre bataille, dont l'issue fut fatale pour Sacrovèse, qu'Ambigat a pris le pouvoir en laissant les fils et la femme de celui-ci, dans une vie, si ce n'est de misère, tout au moins sans aucune mesure avec celle sensée être réservée aux personnes de sang royal. Ces jeunes neveux grandissant, Ambigat les envoie à la guerre pour s'en débarrasser vite et bien. Seulement c'était compter sans le bon vouloir du destin, qui refuse à Bellovèse, blessé à l'agonie, l'entrée du monde des morts.
Tout cela, nous l'apprenons de la bouche de Bellovèse, qui, craignant qu'il ne reste plus rien des aventures de sa vie, une fois la mort venue, entreprend d'en faire le récit à un aventurier, marchand de son métier, qu'il reçoit pour quelques nuits, durant lesquelles va se dévider le fil de sa mémoire...
En effet, comment celui qui a survécu d'entre les morts, est revenu de l'île des vieilles, pourrait-il accepter de tomber dans l'oubli ? Car c'est sans doute cela, qui va sceller le destin de Bellovèse, comme une renaissance, pas forcément de bonne augure, car qu'est-il celui qui porte en lui une part du royaume des morts ? Crainte et défiance plus que confiance et respect.
Ouvrir les « Rois du monde », c'est ouvrir grand les portes du monde Celte, de ses croyances, de ses mythes et de ses codes où l'offense et le déshonneur sont pires que la mort...
Jean-Philippe Jaworski nous embarque avec lui comme un colporteur de mots et d'histoires qui nous prend par la main sur ces champs de bataille, sur les sentiers de ces forêts oniriques où rêve et réalité ne font qu'un, où tout imprévu est un signe des dieux, toute vision incertaine une prémonition qui doivent être suivis et réalisés. Si vous avez déjà été happé par la faconde et le charme d'éloquence d'un conteur, lui au centre, vous accroché à sa voix, les oreilles et les sens en émoi, vous serez conquis par « Même pas mort » et son auteur.
Que dire de plus qui a déjà été dit : la beauté du style de cet écrivain, son érudition qu'il sait nous faire partager sans être pédant (c'est une qualité qui tend tellement à se faire rare que cela serait dommage de ne pas le noter) et cette facilité qu'il a à nous faire accepter sans broncher cette prose truffée de mots de vocabulaire propre à cette époque (en matière d'armement, d'habillement, ...) qui coule et fanfaronne comme une évidence. Je ne vous cache pas que j'ai sorti le dictionnaire et me suis constituée un petit lexique : J'aime les mots et leurs sens, j'en ai découvert ici plus d'un, noms propres ou mots communs, aux sonorités qui donnent un charme fou au récit et façonnent d'autant mieux cet univers de mythes et de légendes qui s'ouvre à nous.
Seul petit bémol, l'auteur a bien failli me perdre un moment : Vers les trois quart du livre, j'ai senti les prémisses d'une lassitude, tout juste reprise à temps par une accélération du récit qui vous revient en pleine face comme un boomerang dont la course nous paraît lente, perdu à l'horizon, mais qui, au final, nous surprend par un retour à l'envoyeur, net et précis !
Quand le rythme de la lecture correspond au rythme du récit, c'est pour moi le signe des grands conteurs ; Alliez à cela un style impeccable et une imagination féconde vous obtenez du grand Jaworski !
D'ailleurs, « C'est loin d'être fini, en fait cela vient de commencer »
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Thyuig
02 octobre 2013
★★★★★
★★★★★
Il est des écrivains qui posent des problèmes. Ceux que d'abord on lit avec difficulté, ou dont on dénoue trop facilement les fils de l'intrigue. Il y ensuite ceux qui mentent ostensiblement pendant les trois quart du bouquin et qui se décident au final, à éventer leur histoire l'air de dire "de rien pour la balade".
Dans le polar on trouve les écrivains pervers, désolés de n'avoir pas compléter leur première année de médecine et qui n'aiment rien plus que d'éviscérer leurs personnages face au lecteur.
L'Heroic Fantasy quant à elle s'adonne au joyeux plaisir de l'élongation narrative : comprenez, on en prend minimum pour mille pages, quitte à couper le tout en quatre ou cinq tomes.
Et voilà Jean-Philippe Jaworski, l'homme qui ne se trompe jamais. Excusez du peu, à force de lire, on perd certaines bonnes habitudes glanées à l'époque de nos découvertes adolescentes des Zola, Balzac, Maupassant et Flaubert. Lire Jean-Phiippe Jaworski, c'est redécouvrir qu'une phrase peut être belle et efficace, longue et rythmée, poétique et vulgaire.
Ce premier tome est un tombeau, d'ailleurs son titre, Même pas mort, voudrait absolument nous dédire mais ça ne prend pas. La quatrième de couverture renseigne et indique : "je m'appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. (...) Là-dessus, le temps a suivi son cours? Nous avons grandi. Alors mon oncle s'est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : mon frère et moi, il nous envoyés guerroyer contre les Ambrones. (...) Mais il est arrivé un accident. Je ne suis pas mort".
Quand je parlais de tombeau....
L'art de Jaworski s'exprime d'abord dans l'embrouille, il est un grand manipulateur - on s'en était rendu compte lors de la lecture de Gagner la Guerre - mais si le point commun devait être trouvé avec cette autre roman, il n'aime rien plus que de faire voir ce qu'il sait que nous ne verrons pas de suite. Grosso modo : vous saviez tout, mais vous n'avez rien pigé.
C'est une façon d'envisager l'intrigue d'un roman et si elle nécessite un art parfait dans la construction du récit, c'est un écueil que ne craint pas Jaworski. Aussi son roman entrecroise les fils temporels et de conscience si bien qu'il est compliqué dans un premier temps de situer le héros. D'abord personnage de fiction, on entrevoit la réalité de son monde Celte au travers de la multitudes d'informations que glisse l'auteur. Il faudra avancer dans le livre pour remonter le temps et comprendre le cheminement des deux frères, y voir plus clair dans les conflits et les clans, pour distinguer les royaumes, les rois et les héros. le rapprochement qui me vient alors immédiatement, c'est Gene Wolfe et le fabuleux "l'ombre du bourreau" qui distille tout comme Jaworski les indications de temps et d'espace et aime noyer ses personnages et ses lecteurs dans le flou de la création.
Comme à son habitude, guidé par le mot, Jaworski livre quelques fois des pages à la beauté somptueuse. On pense à l'escalade du mur de la cité, aux courses dans la forêt façon Mythagos, et enfin aux embruns de l'île des sorcières.
Trois tomes sont prévus pour ce voyage en compagnie de Bellovèse et pour tacher d'entrevoir, un peu, la magie de ce monde celte enfoui dans nos mémoires hexagonales.
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Aelinel
24 novembre 2015
★★★★★
★★★★★
Après le coup de coeur de cet été, Gagner la guerre, je repars avec le premier opus de la nouvelle tétralogie de Jean-Philippe JAWORSKI, Même pas mort. Cette fois-ci, l'intrigue s'inscrit non dans un univers imaginaire inspiré de la Renaissance italienne mais bien dans notre monde réel : la période celte, bien avant l'arrivée des Romains en Gaule.
Pour situer le roman : Bellovèse et Segillos sont les fils du Roi des Turons, Sacrovèse. Ce dernier est tué par son propre beau-frère Ambigat qui lui ravit titre et terres. Devenu roi, Ambigat épargne la vie de ses neveux et les exile avec leur mère au royaume biturige. Les années passent : Ambigat rappelle à lui ses neveux et les envoye combattre les Ambrones. C'est au cours de cette bataille que Bellovèse reçoit un coup meurtrier mais ne succombe pas à ses blessures. A peine convalescent et flanqué du barde Albios et du guerrier Sumarios, il part consulter les oracles, les Gallicènes, sur l'île des Vieilles, afin de lever l'interdit qui pèse sur lui.
Si je devais résumer ce nouvel opus de Jean-Philippe JAWORSKI en un seul mot : ce serait "maîtrisé". En effet, bien que les trois parties du texte restent à mon goût assez inégales voire manquent de dynamisme pour la troisième partie (Lîle des jeunes), le style d'écriture fluide, efficace et poétique m'a complètement attaché au roman. A aucun moment, il n'a été question de le lâcher même si certains passages m'ont paru presque incongrus.
Il est vrai : le personnage de Bellovèse a beaucoup de similitudes avec celui de Benvenuto Gesufal de Gagner le guerre. Je les trouve tous les deux arrogants, peu recommandables et scrupuleux ; néanmoins, pour moi, l'assassin professionnel était plus fin et plus vif d'esprit, ne manquant pas non plus de gouaille pour se sortir de situations périlleuses. Cet aspect plus "intellectuel" m'a manqué chez Bellovèse mais fort heureusement, je le retrouve davantage dans le personnage du barde Albios.
Le contexte historique m'a paru également très maîtrisé : malheureusement, je ne connais pas assez la civilisation celte et je serai bien incapable de commenter la prestation de l'auteur sur la crédibilité de l'univers décrit. Seuls les toponymes d'Armorica et de Bibracte m'étaient familiers ; pour le reste, j'étais complètement perdue. En revanche, le fait de ne pas connaître les différents peuples et lieux de l'histoire m'a complètement immergé dans l'histoire, au point d'avoir l'impression d'être plongé dans un vrai univers de fantasy.
En conclusion, j'ai beaucoup apprécié ce nouveau roman mais j'attendrai que le second tome sorte avant en format poche pour investir. Le recueil de nouvelles Janua Vera saura bien tromper mon impatience.
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Arakasi
20 septembre 2013
★★★★★
★★★★★
« Tu raconteras ma vie. »
Ainsi commence le récit de Bellovèse, fils de Sacrovèse, puissant conquérant celte, monarque de nombreux royaumes et vainqueur de multiples batailles. Mais à la fin de sa vie et alors qu'il sent ses dernières forces décliner, Bellovèse éprouve le besoin d'acquérir la seule véritable immortalité qui vaille : celle de la parole. Il confie donc son histoire aux oreilles d'un invité de passage ; une longue, complexe et terrible histoire, car Bellovèse ne fut pas toujours un conquérant, il ne fut pas toujours un monarque, ni un vainqueur.
Orphelin de père à six ans, il a été écarté du trône Turon qui lui revenait de droit par les manoeuvres de son oncle Ambigat. Seul son jeune âge l'a sauvé d'un sort plus expéditif, mais le temps passant et l'enfant grandissant, Ambigat est revenu à de plus sombres sentiments et, par un ingénieux traquenard, est parvenu à provoquer la mort de son neveu. Et c'est là que les choses se compliquent car Bellovèse a bien été tué mais… n'est pas mort pour autant. Faut-il y voir un miracle ? Un maléfice ? Une abomination ? Nul ne le sait mais c'est là indubitablement le début d'un destin hors-du-commun et d'une formidable épopée dont « Même pas mort », premier tome de la trilogie « Rois du monde », ne nous donne qu'un délicieux avant-goût.
J'avoue avoir commencé ce nouveau roman de Jean-Philippe Jaworski (dont j'avais follement aimé le passionnant « Gagner la guerre ») dans un état d'esprit légèrement dubitatif. Si je raffole de l'atmosphère De La Renaissance italienne dont laquelle baignait son premier roman, je dois bien admettre que la culture et la mythologie celtiques me laissent relativement indifférente. Exit également le style gouailleur et « audiardien » qui faisait en grande partie le charme de « Gagner la guerre ».
Pourtant, après à peine une trentaine de pages lues, mes réticences s'étaient entièrement envolées ! Force est de reconnaître que Jaworski a un talent affolant pour dresser le portrait de civilisations depuis longtemps disparues et les rendre plus vivantes que jamais. Il n'a également rien perdu de sa verve, ni de la magnificence de sa plume : on dévore chaque dialogue, chaque paragraphe comme un chapelet de pâtisseries fines. C'est beau, poétique, enlevé, épique, en un mot, tout simplement parfait.
A saluer également un travail structurel tout à fait remarquable. Si « Gagner la guerre » conservait une structure chronologique classique, Jaworski a, semble-t-il, décidé d'innover pour son nouveau roman et ceci avec un succès incontestable. S'inspirant en cela de la tradition orale, il conte son histoire en entremêlant habilement passé et présent, Histoire et mythologie, se refusant sciemment à suivre un cheminement linéaire. Ce choix narratif pourrait rendre l'histoire ardue à suivre (comme c'était le cas pour le presque réussi « Déchronologue » de Stéphane Beauverger), mais il n'en est absolument rien ! Au contraire, l'auteur parvient à créer un tout parfaitement cohérent et à ménager ainsi un vrai suspense, parsemant son récit d'indices affriolants sur les événements à venir. On termine ce premier tome avec une seule envie en tête : découvrir la suite le plus vite possible ! Il ne reste plus qu'à espérer que la sortie du tome 2 en 2014 ne soit pas un voeu pieux des Moutons Electriques
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Citations & extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik3527 mars 2017
Au monde, rien ne va de droit fil. Avez-vous déjà suivi un chemin qui vous mène tout droit à destination ? Avez-vous déjà descendu une rivière qui va se jeter tout droit dans la mer ? Avez-vous déjà vu la lune ou le soleil traverser tout droit le firmament ? Même les étoiles dansent de lentes farandoles. L'existence n'est qu'un immense canevas de lacets, de virages, d'embranchements et de méandres. Tout est capricieux et infléchi, et la vie entière est un entrelacs d'arabesques. Seuls les lances et les javelots sont droits...
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Erik35Erik3523 mars 2017
Certes, je suis roi, je suis victorieux, je suis bâtisseur. Certes, j'ai gagné de haute lutte les contrées occupées par mes tribus. Mais au fond de moi, je ressemble beaucoup aux peuples qui ont fui devant mes guerriers. Je ne suis pas de la terre où m'a mené ma course. Mon vrai pays c'est celui qui m'a formé et que je porte dans le cœur. Ce royaume où j'exerce mon autorité n'est qu'un édifice taillé à la mesure de mon ambition. Ce n'est que le cadre de ma majesté. Mon vrai pays c'est celui où j'ai été faible avant de devenir fort, c'est celui où j'ai rêvé avant de régner, c'est celui où j'ai vécu avant de gagner le royaume où je mourrai. Mon vrai pays c'est ma jeunesse, perdue au détour d'un col ou d'un méandre, derrière moi. Quand je contemple les collines, les bois, les rivières de cette terre, d'autres images se superposent au paysage, et je ne puis reconnaître la nature de l'ivresse qui me grise. Orgueil, nostalgie ? La frontière n'est pas nette, entre le conquérant et l'exilé.
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Erik35Erik3521 mars 2017
J'ai eu le sentiment qu'il se désintéressait brièvement de moi. Pendant que je respirais un instant, soulagé d'un poids énorme, il a paru écouter quelque chose.
"Moi, je les entends, les flûtes, a-t-il repris. Oh, elles sont encore loin, très loin ! Au-delà des royaumes des Celtes. Au-delà du grand fleuve que remonte un long navire à hure de sanglier ! Au-delà des petits royaumes du vieux peuple, au -delà des aiguilles et des glaciers des Montagnes Blanches, au-delà des grands lacs cernés de forêts ! Mais elles chantent, elles chantent leurs airs aigus et lancinants, là-bas, le long des rivages palustres et des criques blanches, sous une nuit aux étoiles plus brillantes. Elles chantent une musique venue d'autres mondes, portée par des nefs noires et des âmes avides. Elles chantent des appétits étrangers et des esprits retords, des dieux migrateurs et des âmes volées, des discordes anciennes et des tueries futures. Vraiment, petit roi, ne les entends-tu pas ?"
Je ne lui ai pas répondu. Je n'entendais que sa voix sépulcrale qui vrombissait au fond de mes os.
" Secoue-toi, petit roi. Ton temps est court et je ne suis pas un maître patient."
+ Lire la suite
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Erik35Erik3520 mars 2017
Le péril, je l'ai affronté à plusieurs reprises. Mais c'est une chose de voir la mort rôder en tenant la main de ta mère, en se serrant les coudes dans une bande de guerriers, en t'accrochant au compagnon impuissant qui te regarde perdre ton souffle et ton sang. C'en est une tout autre d'avancer seul à la surface du monde, dans le grondement de l'océan et les railleries du vent. Avec moi, il n'y a même plus le halètement d'un chien, le souffle d'un cheval. Je n'ai plus que le chahut des oiseaux et le trottinement des crabes sur un sol mouvant où s'étalent des fragments de ciel.
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boudiccaboudicca31 juillet 2013
-N'es-tu pas Bellovèse, fils de Sacrovèse, roi des Turons, fils de Belinos roi des Turons ?
Pour la deuxième fois, j'ai perdu mes moyens. Il n'était guère étonnant qu'il connaisse ma lignée ; mais dans cette armée levée parmi des Bituriges et leurs alliés, il était stupéfiant que quelqu'un m'attribue un titre dont le haut-roi m'avait dépossédé. Quand j'ai repris mes esprits, j'ai lancé :
-Moi je ne te connais pas. Qui es-tu ?
Il n'a pas esquissé le moindre mouvement, mais dans les ténèbres de sa capuche, dans l'inflexion de son grondement, j'ai deviné un sourire pernicieux.
-Je suis la force et la faiblesse. Je suis la pierre et le gel. Je suis la vie sous les racines. Je suis celui qui murmure les vieilles chansons. Tu vois, petit roi, tu te souviens. Je suis la mémoire au fond des forêts.
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