> Yasmin Hoffmann (Traducteur)
> Maryvonne Litaize (Traducteur)
> Nicole Bary (Préfacier, etc.)

ISBN : 2020555344
Éditeur : Editions du Seuil (2002)


Note moyenne : 3.67/5 (sur 9 notes) Ajouter à mes livres
A Vienne, dans les années cinquante, quatre adolescents s'associent pour dévaliser et frapper des passants. Rainer, le plus brillant, le cerveau de la bande, ira jusqu'à assassiner toute sa famille.
inspiré par un fait divers qui épouvanta l'Autriche, ce roman dé... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 20 février 2012

    Woland
    Die Augesperrten
    Traduction : Yasmin Hoffmann et M. Litaize
    Présentation : Nicole Bary
    Je suppose qu'Elfriede Jelinek n'apprécierait pas ce que je vais écrire mais elle est, avec Céline et, dans un autre registre, James Joyce, l'un des rares écrivains dont le style et/ou l'univers m'ont porté, dès la première lecture, un coup que je ne pense pas pouvoir oublier. Il faut dire que le premier ouvrage de l'auteur autrichien que j'ai lu était "La Pianiste", l'un des romans les plus terribles à lire, à mon avis, pour celles et ceux qui ont eu une mère abusive - et plus particulièrement pour les femmes puisque, que nous le voulions ou non, nous partageons avec notre mère haïe/adorée une féminité qui nous enchante et/ou nous répugne.
    "Les Exclus" est, précisons-le tout de suite, moins éprouvant pour les nerfs - ouf ! Attention : l'histoire n'en est pas pour autant plus gaie ! Chez Jelinek en effet, la Haine règne en maîtresse sur un univers tordu où se meuvent des personnages soit d'une médiocrité honteuse, soit d'une méchanceté et d'une mesquinerie absolues. Chez Jelinek, souvenez-vous-en bien, l'espoir n'existe pas.
    Née en 1946 dans un milieu familial qu'elle qualifiera un jour de "démoniaque", l'Autrichienne n'a survécu que par la Haine et par l'Ecriture. Impitoyable, elle dénonce, sans se lasser et avec une rage jouissive, les faux-semblants de son pays natal et de la société où elle a vu le jour. Evoque-t-on la dénazification rapide de l'Autriche ? Elle explique avec jubilation que cette rapidité est normale pour un pays traditionnellement catholique : après tout, les catholiques, c'est bien connu, se confessent chaque vendredi pour communier le dimanche et n'en retournent qu'avec plus d'ardeur à leurs péchés rituels et hebdomadaires.
    Tape-t-on sur l'Allemagne nazie ? Elle rappelle avec un malin plaisir que, toutes proportions gardées, il y a eu plus de vrais Nazis en Autriche qu'en Allemagne : normal, le dénommé Hitler était bien autrichien, non ? ...
    S'opposant avec violence au régimes totalitaires de type fasciste et national-socialiste et se positionnant, en principe, à gauche, voire à l'extrême-gauche, Jelinek porte par ailleurs en elle un si grand désir de clamer haut et fort sa souffrance d'appartenir à un peuple qui donna naissance à l'un des plus terribles dictateurs du XXème siècle qu'il lui devient impossible de fermer les yeux sur la sottise et l'étroitesse d'esprit des classes sociales converties au communisme et, partant, susceptibles, elles aussi - elles l'ont d'ailleurs prouvé - de permettre à un dictateur "de gauche" d'arriver lui aussi au pouvoir.
    Et, comme si ça ne suffisait pas, Jelinek claironne partout qu'elle ne supporte pas Mozart. Elle le juge sirupeux, mièvre ... si terriblement, si autrichiennement autrichien, en somme.
    Forte de toutes ces haines, la romancière base "Les Exclus" sur un fait divers qui en contient au moins les principales : haine de la famille d'abord, haine de la société ensuite, haine du corps et de la sexualité et, pour terminer, haine de soi. En 1965, un adolescent qui s'apprêtait à passer son bac massacre les membres de sa famille : le père, la mère et sa soeur. Comme ça, sans grandes explications. L'Autriche entière est sous le choc.
    Jelinek reprend l'idée centrale et la replace en 1959. Mais elle va s'attacher à personnaliser les quatre adolescents qui mènent ce bal de mort et de nihilisme : Rainer, l'"intellectuel", le "chef", pour qui la violence est une fin et qui cite Sartre et Camus à tire-larigot ; sa soeur jumelle, Anna, personnage par qui Jelinek s'introduit dans le récit, personnage très intelligent, lui aussi, mais qui se détruit totalement de l'intérieur en sacrifiant notamment à l'anorexie ; Sophie, leur seule camarade au lycée, une Sophie "von", issue d'un milieu très favorisé et qui, à la fin du roman, envoie ni plus ni moins bouler le frère et la soeur, provoquant la crise finale ; et enfin Hans, un jeune ouvrier, fils d'ouvriers, esprit plutôt primaire mais avide d'arriver, qui cognerait sur n'importe qui pourvu que Sophie le veuille.
    Rainer et Hans sont tous deux amoureux de Sophie. D'abord fascinée par les beaux discours de Rainer, Sophie finira par comprendre qu'il s'agit là de mots, et rien que de mots et se tournera vers Hans, qu'elle est sûre et certaine de pouvoir dominer. Si jeune qu'elle soit, Sophie est un parfait prototype de garce qui ne s'est donné que le mal de naître avec une cuillère d'argent dans la bouche.
    Renvoyant dos à dos deux idéologies qui s'opposent bien qu'elles puissent aboutir au même résultat sur le plan de la répression des masses, Jelinek a fait de Rainer le fils d'un ancien SS obsédé sexuel et unijambiste et, de Hans, celui d'un communiste déporté et mort à Malthausen. Certains diront que ce n'est vraiment pas sympa, d'autres savoureront en connaisseurs.
    Anti-héros principal, Rainer est évidemment le personnage le plus intéressant. On retrouve en lui - dans le contexte, par la faute de son père, qui prend des photos pornographiques de sa mère et les lui montre - la peur du corps et de la sexualité, ce sujet cher à l'auteur de "La Pianiste". Si Anna l'exprime par une anorexie galopante qui la fait maigrir au fil des pages, Rainer, en qualité de membre du sexe mâle, n'a d'autre solution que d'intellectualiser à mort - la Mort, une fois encore - son propre désir pour Sophie.
    Ce personnage étrange, toujours vêtu de noir et les cheveux gras en bataille, qui comprend de travers les théories de Sartre aussi bien que celles de Camus, qui se vante auprès des autres élèves d'avoir un père qui roule en Porsche, qui proclame que la violence pour la violence doit seule finir par dominer le monde, est celui qui interpelle le plus le lecteur. Non pas tant, curieusement, par l'horreur de son crime mais parce qu'on approuve toute la haine qu'il porte à son père, parce qu'on comprend la profondeur de son refus de s'identifier à cette brute dont la cervelle ne dépasse pas le bas-ventre et aussi parce que, à un certain moment, il songe vraiment à sauver sa mère des griffes du monstre.
    Evidemment, nous sommes dans un livre de Jelinek : alors, on ne va pas s'apitoyer sur un meurtrier qui préfigure d'ailleurs, par son rejet des structures sociétales, les terroristes de la Bande à Baader et autres jeunes exaltés en rupture de tout. N'empêche que l'auteur elle-même déclare en toutes lettres qu'Anna est en train de perdre la raison tandis que son frère court le même danger.
    Tordus, Rainer et Anna ? Oui. Complètement. Mais tordus par qui ? Comment ? Pourquoi ? Derrière les deux jeunes gens en noir, c'est toute la bien-pensance autrichienne, le respect des convenances et aussi les intérêts d'une société qui détourne la tête devant tous ceux qui ne veulent pas (ou ne peuvent pas, par exemple pour des raisons financières) rentrer dans ses rangs et qui les abandonne à un sort misérable, que Jelinek montre du doigt. Face à Sophie la Bien-Née et à Hans l'Arriviste, Rainer et Anna sont bien des exclus. Mais ils ne se sont pas exclus de leur propre chef et s'ils finissent par le prétendre, c'est par fierté et en espérant ainsi apaiser la souffrance qu'ils en ressentent. Ce n'est pas une excuse mais ça explique bien des choses. ;o)
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    • Livres 3.00/5
    Par Mathilde, le 20 décembre 2010

    Mathilde
    Quatre adolescents sont en proie a une montée de violence dans l'Autriche d'après-guerre. Ce roman inspiré d'un fait divers réel atroce se situe dans une période d'amnésie pour le 'grand perdant' de la seconde guerre mondiale. C'est toute une société qui tente coute que coute d'oublier son rôle ainsi que les horreurs du nazisme. Ainsi les personnages veulent échapper a leurs conditions sociales et réussir dans le nouveau monde du miracle économique. Mais est-il possible de s'extirper de la misère et de se défaire de la honte familiale, celle du père, ancien SS voyeur, d'une mère réduite a la misère ?
    Ce roman de 265 pages m'a fait découvrir une auteure que je ne connaissais pas jusqu'alors. La lecture n'a pas été confortable, l'écriture y est abondante et brute. Également la plongée dans une Autriche qui n'a rien d'attrayante, des adolescents effrayants, une puberté pour tous pénible et houleuse.

    Ce roman est d'une grande qualité littéraire, parfois un peu dur a digérer. J'ai réellement envie de lire d'autres romans d'Elfriede Jelinek, mais je crois qu'il va falloir une petite pause !
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 20 février 2012

    [...] ... La mère commet à présent l'erreur fatale comme chaque fois qu'elle est en colère et perd tout contrôle face à son fils de parler du camp de concentration, de l'enfant qui, croquant une pomme, fut lancé contre un mur jusqu'à ce que mort s'ensuive, son assassin finissant alors la pomme. D'enfants jetés par sadisme du deuxième étage. De la mère envoyée dans une chambre à gaz avec son nouveau-né de deux jours, parce qu'elle avait supplié le médecin de l'autoriser à accoucher avant. Permission accordée. Beaucoup de nos amis à ton père et à moi, hommes et femmes, ont aussi été décapités dans les locaux du tribunal. Je pense à eux sans cesse.
    Et Hans de bâiller exagérément, il a entendu ça souvent et croit que les temps ont changé et avec eux les gens qui ont aujourd'hui d'autres soucis. Surtout les jeunes, auxquels l'avenir appartient et qui veulent participer en personne à sa réalisation.
    Les deux camarades au cerveau encollé [deux jeunes membres du PC venus demander à Hans s'il veut les aider à coller des affiches pour le Parti] touillent, gênés, dans leur seau, la colle doit rester souple, et non durcir. Il lui faut donc une chaleur qu'elle ne trouve pas dehors mais uniquement dans le douillet réchauffement d'une cuisinière où elle est justement entreposée. Ils ne savent pas par quel bout prendre ce Hans, qui a l'air si sûr de lui, visiblement il a déjà été pris par d'autres qui l'utilisent à leurs propres fins. Dehors un vent glacial fouette une pluie glaciale à travers les rues, les arbres se ploient en boucles humides. Ce sont les forces de la nature. D'innombrables mains invisibles, issues du mouvement ouvrier, attrapent les deux jeunes gars au pot de colle et les poussent en avant afin qu'ils présentent des arguments à Hans. Effectivement leur bouche en produit quelques uns. Mais Hans ne les entend pas, n'ayant d'oreille que pour la voix en lui qui dit qu'il faut aller jusqu'aux racines de l'existence pour se comprendre soi-même, alors seulement on peut comprendre les autres. Si vous croyez pouvoir faire quelque chose pour les autres avant de bien vous connaître, vous êtes de fameux imbéciles. Car c'est la condition cinéquoinonne. Parfois on commet ainsi des actes qui au premier abord peuvent sembler insensés mais qui ne le sont pas, parce qu'ils sont pour vous de la plus haute importance. Mon nouvel ami s'appelle Rainer, il n'est pas sale comme nous. Ce qui est objectivement faux, car dans l'appartement Witkowski on vit dans la saleté, mais ce jeune homme aveuglé ne le voit pas. Qui est ce Rainer, demande la mère, qui a déjà posé la question une fois mais a oublié. Son père est un ancien SS aujourd'hui à la retraite et portier, répond Hans. Ses enfants vont au lycée avec Sophie, et moi je compte suivre les cours du soir. L'autre jour tu voulais devenir professeur de gymnastique. C'est fini, je vise plus haut. ... [...]
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  • Par Woland, le 20 février 2012

    [...] ... Les jumeaux sont souverains dans le malheur, parce qu'ils se sont libérés de tout et font ce qu'ils veulent. Rainer dit que les êtres humains sont déjà en quelque sorte prédéterminés, tous sauf moi, car je leur suis supérieur, en raison de ma volonté. L'individu par contre est libre à condition de le vouloir. Rainer accepte avec un brin de condescendance cette liberté qui lui remet aussitôt ses lettres de créance. Il y a de l'héroïsme en lui, ce solitaire. Solitaire parce que nul ne le voit, ce qui diminue de moitié la nature de son bel héroïsme. Mais du moins peut-il se regarder en face lorsqu'il est seul devant son miroir.
    Parfois la journée est tout à fait normale, et le père pique au hasard l'un des enfants et le rosse en gueulant. Parce que l'enfant ne veut pas faire ce qu'il veut. L'enfant rame impuissant en l'air, cependant que le contenu de l'enfant s'élève au-dessus du corps et grimpe un cran plus haut d'où il domine l'effroyable événement. Ils en ont pris l'habitude dans leur enfance, Rainer et Anna, et à présent ils croient toujours être en haut et pouvoir considérer les autres de haut. Physiquement, ils ne se développent que lentement, péniblement. Mais le sens de la hauteur est resté. Dans leurs têtes s'est noué quelque chose qui donnera plus tard une explosion de lumière orange.
    L'heure est déjà venue où les jumeaux - rien que sur le plan du savoir - ont laissé leur père derrière eux. Néanmoins le père croit en savoir plus que ses enfants, c'est l'âge qui veut ça. Question d'expérience. Ces temps-ci, la liberté vient du savoir, et non du travail. Pas question pour nous de travailler, et surtout pas avec les mains. Non. Souvent ces jeunes gens qui ne veulent que danser et écouter du jazz sont trop immatures pour user à bon escient d'une liberté quelconque, aussi on la leur reprend. ... [...]
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  • Par Zora-la-Rousse, le 04 mars 2012

    On a encore une femme et mère sur qui se venger. On lui dit que son corps ressemble de plus en plus à un morceau de fromage pourri, ou bien l'on fait disparaître l'argent du ménage, et on l'accuse de l'avoir gaspillé pour son propre plaisir.
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