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ISBN : 207013458X
Éditeur : Gallimard (2011)


Note moyenne : 3.3/5 (sur 216 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
PRIX GONCOURT 2011

« J’allais mal ; tout va mal ; je me désinstallais, j’attendais la fin. Quand j’ai rencontré Victorien Salagnon, il ne pouvait être pire, il l’avait faite tout entière la guerre de vingt ans qui nous obsède, qui n’arrive pas à finir, il... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 2.00/5
    Par Kadoc, le 05 octobre 2011

    Kadoc
    Étrange objet littéraire que celui-ci.
    Ouvrage bicéphale, réfléchissant à voix haute et, au bout du compte, se parlant à lui même.
    "L'Art Français de la Guerre" aborde des thèmes complexes et essentiels. Il expose des thèses et leurs antithèses de façon assez scolaire. Multiplie les points de vue, empile les redondances et, au final, s'enlise dans les images faciles et stéréotypées.
    Le style est amplement perfectible.
    Les 600 pages que l'on nous sert, ces deux livres en un, mériteraient une réelle relecture.
    La répétition semble être une marotte de l'auteur. Comme s'il s'agissait de nous asséner son propos de force ou de nous faire passer un examen de bonne lecture.
    Car ce qui gène aussi dans ce livre, c'est un côté pédagogique mal assumé. C'est, sans être péjoratif, un livre de prof.
    Voilà un livre trop épais pour ce qu'il a réellement à dire.
    Trop voulu par son auteur pour avoir été réellement objectivé tant au niveau du style que du propos.
    Un livre qui n'est aucunement à la hauteur de l'ambition d'un écrivain qui a manqué d'humilité face à la tâche qu'il s'est lui-même imposé ou qui a, devant l'ampleur du travail nécessaire, baissé les bras et s'est contenté d'une version non aboutie.
    Un gros livre, au style trop épais, aux sujets trop nombreux et trop complexe pour un auteur trop pressé. Au final, une "leçon" mal donnée qui donne rapidement envie de faire la lecture buissonnière.

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    • Livres 5.00/5
    Par Bigmammy, le 08 janvier 2012

    Bigmammy
    Il n'est vraiment pas dans mes habitudes d'acheter le prix Goncourt. Bien au contraire. J'ai fait une exception cette année, parce que j'ai lu de bonnes critiques et que j'étais fascinée de savoir qu'il s'agissait d'un premier roman, publié tout de suite chez Gallimard, écrit par un professeur lyonnais de Sciences Nat, un peu Monsieur Tout-le-Monde, en somme.
    Tout dans ce livre est contenu dans son titre. On y parle d'art – ici c'est la peinture chinoise, à l'encre noire – d'identité française – donc du concept fumeux de race – et de guerre. La guerre de vingt ans qui secoua la France entre 1944 et la fin des guerres coloniales. Et ce livre, dès les premières pages, est un enchantement. Des mots simples, des phrases courtes, des descriptions qui donnent à voir. On ne le lâche qu'à la 634ème page. de tous les livres que j'ai lus cette année, c'est celui qui me laissera la plus forte impression.
    Deux personnages, deux récits entrelacés. Celui du narrateur, un jeune homme transparent, aboulique, sans passé, sans avenir, et un vieil homme au regard bleu, émacié, ancien militaire ayant survécu à l'insurmontable. Entre ces deux êtres aussi dissemblables qu'on peut l'imaginer se noue une relation étrange : celle de la transmission du savoir – l'art de peindre – et de l'expérience – celle des conflits coloniaux.
    Le capitaine de parachutistes Victorien Salagnon a ramené de l'enfer de la bataille d'Alger son Euridyce et, s'il veut rester à son côté, il ne faut surtout pas qu'ils se retournent. Cependant, leur histoire d'amour, le souffle de leurs corps, ils vont le transmettre à ce jeune narrateur, apprenti dans l'art de peindre mais qui, à la fin de son initiation, deviendra un homme plus complet, plus apte à saisir la vie, l'amour.
    Au passage, se déroule l'épopée tragique des combats que la France a menés pour se libérer de l'Allemagne puis conserver son empire colonial, et des massacres qui les ont jalonnés : le maquis, la bataille de France, l'Indochine, l 'Algérie, selon une mécanique de l'absurde. Et là, nous voici transportés au cœur des combats, mieux qu'au cinéma. L'auteur captive, nous marchons avec Victorien Salagnon, nous survivons avec lui, nous le trouvons sympathique, même lorsqu'il torture, étripe, vise et tue. Dans le monde d'aujourd'hui, où se situe le narrateur – plus exactement le roman commence en 1991 – les cicatrices du conflit algérien sont toujours à vif. L'explication de l'instrumentalisation du concept de race est simple, logique, naïve et sincèrement désolée. « La race survit à toutes ses réfutations, car elle est le résultat d'une habitude de pensée antérieure à notre raison. »(p . 178), ou encore « La race sait alléger les graves questions par des réponses délirantes. Je veux vivre parmi les miens mais comment les reconnaître sinon par leur aspect ? »
    Un roman foisonnant, superbement écrit, qui vous laisse bouche bée, un rien assommé d'images, de senteurs, de sentiments, de contradictions. Un très beau livre.
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    • Livres 2.00/5
    Par Laurence64, le 23 novembre 2012

    Laurence64
    J'arrive après la bataille! En bon petit soldat du challenge ABC, je viens tirer la énième salve sur ce bouquin qui sortit vainqueur du Goncourt 2011, laissant pour morts quelques ouvrages bien armés. Que dire qui ne fut pas dit? Ou insuffisamment dit? A moins de coller à l'auteur et, sans peur et sans reproche tel le chevalier Bayard, répéter, ressasser, seriner. Car Alexis Jenni est infiniment bavard.
    L'Art Français de la Guerre est l'art français du bavardage redondant.
    L'Art Français de la Guerre est l'art de noyer de très jolies pages dans le verbiage.
    L'Art Français de la Guerre est l'art de la pédagogie répétitive.
    On le sait: la guerre, ce n'est pas bien. On en est convaincus: le racisme, ce n'est pas beau. le répéter jusqu'à plus d'encre ne rend pas ces affirmations plus indéniables.
    Pourtant, Alexis Jenni, lui-même, donne le remède à sa logorrhée. Page 439.
    "Pour se transformer en art, le talent doit prendre conscience de lui-même, et de ses limites, et être aimanté d'un but, qui l'oriente dans une direction indiscutable. Sinon, le talent s'agite; il bavarde."
    C'est donc dans la partie historique "roman" (assez réussie) que l'écrivain cache la recette qui permettrait à la partie contemporaine des "commentaires" de se hisser au niveau de sa langue, cette langue française qu'il destine à la réunification de la société française. Pas moins. Car l'enseignant ne sait plus où donner de la tête et répète 7 fois (voire bien davantage) ce qu'il aurait pu dire une fois: de la stigmatisation des habitants des cités aux banlieues différentes. Des enfants des cités qui philosophent dès 4 ans au débat sur l'identité nationale (heureusement trépassé avant que d'avoir trop galopé). Des contrôles d'identité au délit de faciès. Des considérations sur la ressemblance aux remarques sur la différence. de la force de la langue commune à la condamnation du voile intégral dans l'espace public (pages 234-235 au style impeccable)…
    Incontestablement, Jenni a le talent de l'écriture. Sa plume bouillonne, joue de la métaphore, aime les mots, les unions improbables, la profusion et le lapidaire. Mais il enlise le lecteur dans des considérations oiseuses pleines de l'air du temps qui chassent trois lapins boiteux à la fois. Lapin 1: la guerre, c'est mal. Et c'est plus mal quand l'exaction est française. Lapin 2: le racisme, ce n'est pas bien. Lapin 3: le fascisme non plus. Les 3 petits lapins sont flanqués d'une chimère affectueuse: l'art, le désir sexuel et la langue commune règleront la violence sociale, résoudront les tensions.

    Et la marmotte… elle mange le chocolat au lieu d'écouter le cours. Et elle va même noter la copie du prof: 2,5 avec la sacro-sainte annotation professorale française: Peut mieux faire.
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    • Livres 3.00/5
    Par mariech, le 11 janvier 2012

    mariech
    Que c'est difficile de faire une critique de ce livre .
    Comment dire j'avais à la fois envie de continuer ma lecture car certains passages sont géniaux , avec une analyse très fine et à d'autres moments , l'enthousiasme retombait un peu , donc pas vraiment un coup de coeur malgré d'indéniables qualités .
    Mais comment juger ?
    Le style m'a bien plu , l'écriture est très belle , fluide mais certains passages paraissent artificiels , surtout ceux qui se passent actuellement , difficile de cerner ce personnage qui passe de profiteur ( il est en congé de ' fausse 'maladie ) à apprenti peintre attentionné puis à amoureux romantique . C'est ça qui m'a déplu , beaucoup de digressions qui m'apportent rien , bien au contraire ,elles ne font qu'embrouiller .
    Peut-être suis je trop sévère comme on l'est en cherchant ( et trouvant ) les défauts d'une jolie femme .
    En conclusion , je félicite l'auteur car pour un premier roman , il est remarquable mais il m'a manqué un petit quelque chose pour que je puisse vraiment l'apprécier .
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    • Livres 5.00/5
    Par jtriaud, le 14 mai 2012

    jtriaud
    J'aime les titres mystérieux de romans et qui laissent à penser...L'Art Français de la Guerre m'a charmé par son titre. Mais est-ce encore un roman ? C'est déjà une oeuvre pleine de toute une époque, inclassable prose poétisée qui nous mène aux confins vertigineux d'une réalité effroyable.
    "On ne s'entretue bien qu'entre semblables"
    L'Art Français de la Guerre parle de nous Français ou plutôt de ce qu'il en reste après une guerre de 20 ans. le narrateur : "qu'est-ce qu'être français ? le désir de l'être, et la narration de ce désir en français, récit entier qui ne cache rien de ce qui fut, ni l'horreur, ni la vie qui advint quand même." Car nous avons mené une guerre, qui longtemps n'a pas été nommée, de 1945 à 1962 sans percevoir ce qu'elle bouleversait au plus profond de nous-mêmes. Alexis Jenni sait mieux que quiconque rendre cette putréfaction intérieure de la nation française. Ce qui lui ronge les os, ce sont les colonies devenues indépendantes, ce sont ses défaites indochinoise et algérienne. Toujours le narrateur : "nous nous sommes brisés en ne reconnaissant pas l'humanité pleine de ceux qui faisaient partie de nous. On a ri de n'avoir pas osé nommer 'guerre' ce que l'on évoquait comme 'les événements'. On a cru que parler de 'guerre' marquerait la fin de l'hypocrisie. Mais dire 'guerre' renvoie là-bas à l'étranger, alors que ces violences avaient bien lieu entre nous. Nous nous comprenions si bien ; on ne s'entretue bien qu'entre semblables".
    La réécriture de l'histoire nous guérira de l'infection
    de l'Indochine à la banlieue lyonnaise en passant par Alger, Victorien Salagnon a tout vécu de cette période, lui qui s'était engagé tout jeune pour défendre la France occupée par des barbares. Tout vécu et surtout le pire : la forêt indochinoise où il a transpiré et où sa vie n'aura tenu qu'à un rien, la casbah et les hauteurs d'Alger où la torture et les bombes allaient bon train. Victorien Salagnon, devenu peintre grâce l'enseignement d'un vieil aristocrate asiatique, termine sa vie à Voracieux-les-Bredins, banlieue lyonnaise. Une vie glauque aux côtés de sa compagne, Euridyce, aimée sous les bombes allemandes, perdue de vue, puis retrouvée et sauvée de l'enfer de la guerre d'Algérie.
    Victorien Salagnon, revenu de cette guerre de 20 ans, où il aura tout vu et tout fait, n'en finit pas de peindre et d'enseigner au narrateur son art du pinceau. Mais peut-on vraiment faire autre chose que la guerre quand on a été parachutiste pendant 20 ans ? Certains, comme ce Mariani, qui a été aux côtés de Salagnon depuis l'Indochine, se sont enfermés dans leur pensée destructrice. Pour Mariani, qui habite aussi Voracieux-les-Bredins, il faut employer les mêmes méthodes avec les populations immigrées qu'avec les Algériens colonisés : la force. le narrateur : "les violences au sein de l'Empire nous ont brisés ; les contrôles maniaques aux frontières de la nation nous brisent encore."
    Car ce qui est génial et effrayant dans ce roman, c'est justement ce parallèle entre les méthodes d'antan pour mâter les colonies et ce que nous faisons aujourd'hui à tous ceux qui sont étrangers. Comme le pressent si bien le prix Goncourt 2011, tout ceci conduira aux mêmes désastres : nous invoquons toujours la force mais elle nous échappe depuis bien longtemps. Ce n'est pas simplement un parallèle, c'est une infection qui nous ronge et qui nous détruira si nous ne nous efforçons pas de réécrire notre histoire en plus grand. Et pour cela nous avons besoin de romanciers du talent d'Alexis Jenni
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Vincent Landel pour le Magazine Littéraire

    Le premier roman d'un professeur de biologie, L'Art français de la guerre d'Alexis Jenni, est un coup de maître. «Qu’est-ce qu’un héros ? Ni un vivant ni un mort, un &eci... > lire la suite

    Critique de qualité ? (8 l'ont appréciée)

Critiques presse (10)


  • LePoint , le 06 juin 2012
    Prix Goncourt 2011, Alexis Jenni participe aux Assises internationales du roman, organisées par la Villa Gillet et "Le Monde". Invité à réfléchir sur la guerre, il a écrit ce texte inédit que nous publions en exclusivité.
    Lire la critique sur le site : LePoint
  • Lexpress , le 30 novembre 2011
    Mais si l'écrivain remue le passé de manière dérangeante et assez ambiguë (là réside aussi la force du livre), c'est pour mieux mettre en lumière la réalité sociale d'aujourd'hui [...]. Et nous rappeler l'absurdité de tous les discours simplistes.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • LaPresse , le 14 novembre 2011
    Il y a un souffle épique dans ce premier roman d'Alexis Jenni, parfois trop, ce qui plombe certaines pages d'une lourdeur et d'une grandiloquence agaçantes -françaises, aurait-on envie de dire-, mais la traversée est fascinante et en dit beaucoup sur «l'État» d'esprit de la France actuelle, torturée par son passé.
    Lire la critique sur le site : LaPresse
  • LeMonde , le 04 novembre 2011
    Cet épais roman, dont le souffle ébouriffant vire parfois à l'emphase, interroge ainsi, entre mille autres choses, la manière dont l'histoire d'un pays est transmise d'une génération à l'autre.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • LaLibreBelgique , le 02 septembre 2011
    Alexis Jenni a écrit la grande surprise de la rentrée littéraire, le roman que l’on n’attendait pas. “L’Art français de la guerre” raconte les sales guerres coloniales et comment elles ont forgé le racisme actuel.
    Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
  • Lexpress , le 01 septembre 2011
    [...] La force d'Alexis Jenni, c'est de défendre sa "thèse" par un art romanesque original et déroutant. Vraiment singulier, oui.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Lexpress , le 31 août 2011
    L'évocation de plus d'un demi-siècle de guerres nationales à travers la relation d'un bizut et de son mentor. Une réussite.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Culturebox , le 29 août 2011
    Si ce livre d’un inconnu a tant convaincu, c’est qu’il offre un triple bonheur d’écriture, de construction romanesque et d’humanité. Et qu'il rappelle des vérités élémentaires : "classer" (en races, en religion...) "n’est pas penser". Curieusement, ce livre qui égrène tant d' atrocités ouvre une porte lumineuse sur l’avenir.
    Lire la critique sur le site : Culturebox
  • LePoint , le 25 août 2011
    Avec sa fresque militaire, Alexis Jenni offre à la gloire française un mausolée stupéfiant. […] C'est un livre magnifique.
    Lire la critique sur le site : LePoint
  • Bibliobs , le 24 août 2011
    C'est un premier roman magistral.
    Lire la critique sur le site : Bibliobs

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Citations et extraits

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  • Par Luniver, le 22 avril 2014

    [Mon grand-père] suggéra à chacun de faire lire une goutte de son sang pour que nous sachions tous, nous réunis dans ce salon d'hiver, de quel peuple nous descendions. Car chacun d'entre nous devait descendre d'un peuple ancien. Et ainsi nous comprendrions ce que nous étions, et nous expliquerions enfin le mystère des tensions terribles qui nous animaient dès que nous étions ensemble. La table autour de laquelle nous nous réunissions serait alors ce continent glacé parcouru de figures anciennes, chacune munie de ses armes et de son étendard, si étranges aux yeux des autres.
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  • Par Luniver, le 21 avril 2014

    En tant que couple nous pratiquions surtout l'achat. L'achat fonde le couple ; le sexe également, mais le sexe ne nous inscrit que personnellement, alors que l'achat nous inscrit comme unité sociale, acteurs économiques compétents qui meublent leur temps, occupent de meubles ce temps que ne remplit pas le travail ni le sexe. Entre nous, nous parlions d'achats et nous les faisions ; entre amis nous parlions de nos achats, ceux que nous avions faits, ceux à faire, ceux que nous souhaitions faire. Maisons, vêtements, voitures, équipements et abonnements, musique, voyages, gadgets. Cela occupe. On peut, entre soi, décrire indéfiniment l'objet du désir. Celui-ci s'achète car il est un objet. Le langage le dit, et cela rassure que le langage le dise ; et cela procure un désespoir infini que l'on ne peut même pas dire.
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  • Par Luniver, le 17 avril 2014

    L'armée en France est un sujet qui fâche. On ne sait pas quoi penser de ces types, et surtout pas quoi en faire. Ils nous encombrent avec leurs bérets, avec leurs traditions régimentaires dont on ne voudrait rien savoir, et leurs coûteuses machines qui écornent les impôts. L'armée en France est muette, elle obéit au chef des armées, ce civil élu qui n'y connaît rien, qui s'occupe de tout et la laisse faire ce qu'elle veut. En France on ne sait pas quoi penser des militaires, on n'ose même pas employer un possessif qui laisserait penser que ce sont les nôtres : on les ignore, on les craint, on les moque. On se demande pourquoi ils font ça, ce métier impur si proche du sang et de la mort ; on soupçonne des complots, des sentiments malsains, de grosses limites intellectuelles. Ces militaires on les préfère à l'écart, entre eux dans leurs bases fermées de la France du Sud, ou alors à parcourir le monde pour surveiller les miettes de l'Empire, à se promener outre-mer comme ils le faisaient avant, en costume blanc à dorures sur de gros bateaux très propres qui brillent au soleil. On préfère qu'ils soient loin, qu'ils soient invisibles ; qu'ils ne nous concernent pas. On préfère qu'ils laissent aller leur violence ailleurs, dans ces territoires très éloignés peuplés de gens si peu semblables à nous que ce sont à peine des gens.
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  • Par GabySensei, le 31 juillet 2011

    J'avais travail, maison et femme, qui sont trois visages d'un réel unique, trois aspects d'une même victoire: le butin de la guerre sociale. Nous sommes encore des cavaliers scythes. Le travail c'est la guerre, le métier d'un exercice de la violence, la maison un fortin, et la femme une prise, jetée en travers du cheval et emportée.

    Cela n'étonnera que ceux qui croient vivre selon leur choix. Notre vie est statistique, les statistiques décrivent mieux la vie que tous les récits que l'on peut faire. Nous sommes cavaliers scythes, la vie est une conquête: je ne décris pas une vision du monde, j'énonce une vérité chiffrée. Regardez quand tout s'effondre, regardez dans quel ordre cela s'effondre. Quand l'homme perd son travail et n'en retrouve pas, on lui prend sa maison, et sa femme le quitte. Regardez comment cela s'effondre. L'épouse est une conquête, elle se vit ainsi; l'épouse du cadre au chômage abandonnera le vaincu qui n'a plus la force de s'emparer d'elle. Elle ne peut plus vivre avec lui, il la dégoûte, à trainer pendant les heures de bureau à la maison, elle ne supporte plus cette larve qui se rase moins, s'habille mal, regarde la télévision pendant le jour et fait des gestes de plus en plus lents; il lui répugne ce vaincu qui tente de s'en sortir mais échoue, fait mille tentatives, s'agite, s'enfonce, et sombre sans recours dans un ridicule qui amollit son regard, ses muscles, son sexe. Les femmes s'éloignent des cavaliers scythes tombés au sol, de ces cavaliers démontés maculés de boue: c'est une réalité statistique, qu'aucun récit ne peut changer. Les récits sont tous vrais mais ils ne pèsent rien devant les chiffres.
    (P111)
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  • Par GabySensei, le 07 août 2011

    J'avais pour présenter les tripaillons chinois, reconstitué le chou mythologique d'où nous venons tous, ce légume génératif que l'on ne trouve pas dans les jardins. A l'aide de feuilles de chou vert j'avais recréé un nid, et en son cœur, bien serré, j'avais mis la tripe rouge, trachée en l'air, disposée comme elle est quand elle est dedans. Je l'avais préservé de la découpe car sa forme intacte en était tout le sel.

    J'avais fait frire les crêtes de coq, juste un peu, et cela les avait regonflées et avait fait jaillir leur rouge. Je les servis ainsi, brûlante et turgescentes, sur un plat noir qui offrait un terrible contraste, un plat lisse où elles glissaient, frémissaient, bougeait encore.

    "Prenez-les avec des baguettes, des pincettes allais-je dire, et trempez-les dans cette sauce jaune. Mais attention, ce jaune-là est chargé de capsaïne, bourré de piment, teinté de curcuma. Vous pouvez aussi choisir celle-là si elle vous convient mieux. Elle est verte couleur tendre, mais tout aussi forte. Je l'ai chargée d'oignon, d'ail et de radis asiatique. La précédente ravage la bouche, celle-ci ravage le nez. Choisissez; mais dès que vous essayez il est trop tard."

    Les crêtes frites dont je n'avais pas épongé l'huile glissaient vraiment trop dans le plat noir; un mouvement brusque au moment de les poser en fit déraper une qui jaillit comme d'un tremplin et heurta la main d'un convive, il gémit, la retira vivement, mais ne dit rien. Je continuai.

    Je n'avais pas coupé le boudin et ne l'avait pas trop cuit plus non plus. Je l'avais enroulé en spirale dans un grand plat hémisphérique, et juste parsemé de curry jaune et de gingembre en poudre, qui à la chaleur dégageaient leur parfum piquant.

    Enfin je plaçai au centre les têtes tranchées, les têtes de moutons laissées intactes posées sur un plat surélevé, disposés sur un lit de salade émincée, chacune regardant dans une direction différente, les yeux en l'air et la langue sortie, comme une parodie de ces trois singes qui ne voient rien, n'entendent rien, ne disent rien. Ces cons.

    "Voila", dis-je.
    Il y eut un silence, l'odeur envahissait la pièce. S'ils n'avaient pas tous ressenti ce sentiment d'irréalité, nos convives auraient pu être incommodés.
    "Mais c'est dégueulasse!" dit l'un deux d'une voix de fausset. [...] Je me souviens de la musique exacte de ce mot qu'il prononça pour dire son malaise: le d comme un hoquet, le a long, et le sse traînant comme un bruit d'atterrissage sur le ventre. La musique de ce mot, je m'en souviens bien plus que de son visage car il avait prononcé "dégueulasse" comme dans un film des années cinquante, lorsque c'était le mot le plus violent que l'on pouvait se permettre en public. [...]

    Je les servis à la main car aucun outil ne peut convenir, seule la main, et surtout nue. J'ouvris de mes doigts le chou génératif, empoignai la tripaille luisante, en rompt les cœurs, les rates, désagrégeai les foies, ouvris d'un pouce bien rouge les trachées, les larynx, les côlons pour rassurer mes hôtes quant au degré de cuisson: pour de telles viandes seule une flamme modérée peut convenir, la flamme doit être une caresse, un effleurement coloré, et l'intérieur elle doit saigner encore.
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Dialogues, 5 questions à Alexis Jenni
http://www.librairiedialogues.fr/livre/4155375-elucidations-50-anecdotes-alexis-jenni-gallimard 5 questions posées à Alexis Jenni qui nous parle de son livre Élucidations 50 anecdotes paru...








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