Nous sommes à Certigny, une ville imaginaire (pourtant bien proche de la réalité) du 9/3, Seine-Saint-Denis.
Un lopin de béton où tout est mal en point, les villes comme les corps, et où chacun cherche à fuir l'ennui et la grisaille d'un avenir bouché.
Trafiquants de drogue, proxénètes, escrocs, imams, salafistes…plusieurs bandes règnent et se partagent cette ville du mal-être.
Une cité où le climat de haine et de racisme est tel qu'il pèse sur tout le monde, même sur les plus jeunes.
Certigny est une poudrière qui n'attend plus qu'une étincelle pour s'enflammer.
Dans ce contexte menaçant, ni Anna Doblinsky, nouvelle enseignante au collège, aux doux rêves de solidarité et d'égalité…ni Lakdar, gamin intelligent et doué qui ne demandait rien d'autre qu'apprendre et qui voit son rêve d'avenir brisé par un stupide accident, ne pourront faire face à la vague de violence qui va submerger la banlieue en cette fin d'année 2005.
«
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte »…certains des plus calés d'entre vous auront-ils reconnu dans ce titre à rallonge, les vers d'un poème de
Victor Hugo écrit en 1871 en faveur de l'amnistie des condamnés de la Commune ?
Un magnifique et profond poème qui reflète bien d'ailleurs la pensée de
Thierry Jonquet, qui, au gré de nombreux récits noirs, de «
Moloch » en passant par «
Les Orpailleurs » ou «
Mon vieux », a souvent donné du monde une vison sombre et pessimiste en abordant le présent avec fatalité.
L'auteur disait dans une interview : « J'écris des romans noirs. Des intrigues ou la haine, le désespoir, se taillent la part du lion et n'en finissent pas de broyer de pauvres personnages auxquels je n'accorde aucune chance de salut ».
Ce roman n'échappe pas à la règle imposée de l'auteur…il y donne une vision noire, percutante, éprouvante des banlieues et nous parle d'une France en lambeaux.
Car tous les personnages qui peuplent le roman sont des victimes. Victimes de l'injustice, victimes d'être nés du mauvais côté du périph, victimes de la malchance, de la haine, du racisme.
Alors, l'on pourrait se demander si
Thierry Jonquet n'est pas un peu trop excessif, un peu trop caricatural dans sa volonté de décrire ce monde de chaos que sont les banlieues.
En effet, peu, pour ne pas dire pas, d'espoir émerge de ce roman noir et quelques petites éclaircies ici où là n'auraient pas été de trop et nous auraient donné au moins un peu d'optimisme.
Mais c'est mal connaître l'auteur.
Sa démarche est de mettre le doigt là où ça fait mal.
En dressant le portrait d'une humanité déjà perdue, il nous exhorte à ne pas nous voiler la face.
«
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte » est un cri d'effroi, d'horreur, d'alarme.
Le moyen qu'a trouvé l'auteur pour nous interpeller.
Car les incidents qui ont ébranlé la France à la fin de l'année 2005 sont venus démontrer que la fiction pouvait anticiper la réalité et que cette réalité était des plus effrayantes..
Après la peur que nous inspirent ces lignes sombres, nous aussi avons envie de dire stop, à la haine, au racisme, à la violence et nous ne pouvons nous empêcher de penser avec un soupir de dépit qu'il ferait bon vivre dans un monde où chacun aimerait son prochain…
Au final, un bon polar, calqué sur la réalité, avec du suspense, de l'action, une écriture rythmée, nerveuse, énergique, un roman d'atmosphère qui se lit d'une traite avec beaucoup d'intérêt.