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ISBN : 2746731444
Éditeur : Autrement (2012)

Note moyenne : 3.56/5 (sur 156 notes)
Résumé :
"Avec Sophie, j’ai tout reçu, et tout perdu. Je me suis cru invincible. Je nous ai crus invincibles. Jamais je n’ai été aussi désarmé qu’aujourd’hui, ni plus serein peut-être."

François Vallier, jeune pianiste célèbre, découvre un jour que Sophie, qu’il a aimée passionnément puis abandonnée dans des circonstances dramatiques, est internée depuis plusieurs années. Il quitte tout pour la retrouver.
Confronté à un univers inconnu, il va devoir se ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (59) Voir plus Ajouter une critique
marina53
marina5321 décembre 2014
  • Livres 4.00/5
François Vallier est un pianiste de renom. de Paris à Moscou, en passant par Carnegie Hall, il voyage au gré des notes de musique. Sur son site internet créé par son agent, il reçoit foule de petits mots gentils. Lorsqu'un jour il tombe sur celui de Philippe, il est abasourdi et étonné. Celui-ci mentionne qu'il l'a connu grâce à l'une de ses patientes de l'hôpital psychiatrique qui l'écoute à longueur de journée interprétant Schumann. Voilà comment il a retrouvé Sophie. Sa douce. Sa Scarlett. Son indéchiffrable amour. Trois ans qu'il attendait de savoir. Dès le lendemain, il quitte Paris et Cristina. Sans un mot. Annule ses concerts. 900 kilomètres plus tard, il est à Valmezan, dans les Pyrénées. Il recherche l'infirmier et lui explique la raison de sa venue. Il veut revoir Sophie à tout prix. Mais, elle ne parle plus et s'est s'enfermée à l'intérieur d'elle-même. Même si une rencontre est possible, comment va-t-elle réagir?

François se livre, se raconte, raconte sa musique et Sophie. Petit à petit, l'on apprend les causes de cette séparation dont François peine à se remettre. Il y a bien eu les concerts et Cristina, la jeune femme reste son orient et son occident. Les personnages prennent de l'ampleur au fil des pages et sont terriblement touchants dans leurs vies tourmentées. Gaëlle Josse joue et nous entraîne dans cette romance qui va crescendo. On se laisse porter par la musique des mots, les vibrations et par cette cadence.
Nos vies désaccordées... un bel accord...
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Eve-Yeshe
Eve-Yeshe15 septembre 2015
  • Livres 4.00/5
François, pianiste de renommée internationale, est toujours dans un avion entre deux concerts. Sur son site internet, les gens qui l'aiment et apprécie son talent lui envoient des messages pour le remercier, ou le féliciter.
Un jour, c'est un infirmier qui lui laisse un message curieux, expliquant qu'il a découvert sa musique grâce à « une de nos jeunes patientes qui écoute les CD à longueur de journée, ceux de Schumann en particulier ».
C'est ainsi que Sophie, le premier amour de François refait surface et entre dans sa vie par effraction une nouvelle fois après trois ans de silence durant lesquels il n'a jamais pu reprendre contact avec elle.
C'est ainsi que tout l'univers qu'il s'était construit va se trouver chamboulé.
Ce que j'en pense :
Ce roman est très court (123 pages pour être précise), mais très dense. Il secoue en profondeur, l'air de rien, l'auteure assenant des phases choc, brèves mais qui percutent.
On passe par tous les états en voyant évoluer François, avec parfois l'envie de lui donner une gifle pour qu'il se secoue et cesse de se regarder le nombril, regarde un peu plus loin que sa vie dorée qu'il subit. Puis, il s'anime, et devient plus adulte, admet tacitement qu'il ne connait rien, et doit tout apprendre de la vie, la sienne et celle des autres.
Il est parti pour une tournée au Japon laissant Sophie désorientée fragilisée. Il le savait intimement, mais il a préféré la fuite car il ne semblait pas y avoir de solution. Et, à ce moment-là Sophie a implosé et son frère l'a fait admettre en hôpital psychiatrique, dans un endroit tenu secret pour éloigner François qu'il jugeait irresponsable…
François comprend brutalement ce qu'est la solitude, la perte de l'être cher. « Je n'avais pas imaginé, non plus, que l'être dont on partage la vie puisse vous être enlevé ainsi. Il me restait beaucoup à apprendre ». P 37
Il apprend que les actes ont des conséquences tout autant que le fait de ne rien faire pour regarder la réalité en face. « J'ai réalisé ensuite qu'on entend uniquement ce qui nous convient ou nous rassure ». P 38
Que dire de ce frère peu sympathique qui m'a fait penser à Claudel faisant interner sa soeur Camille qui lui faisait de l'ombre. La folie, on la cache, ainsi elle n'existe pas.
Sophie n'a plus prononcé une parole depuis le jour de son internement, elle écoute les CD de Schumann en boucle et « peint une toile de deux mètre sur deux, installée dans sa chambre. Elle la peint en blanc et quand elle a fini, elle la recouvre de noir. Puis, de blanc. »
Sophie, on se l'imagine dans le regard que lui porte François, jeune femme fragile, hypersensible, artiste (elle travaille dans l'atelier d'un luthier lors de leur rencontre, elle est peintre), on perçoit ses fêlures, ses chagrins…
Les personnages sont bien étudiés, la démarche de François pour revoir Sophie, en quittant tout brutalement (sa compagne, ses engagements professionnels…), essayant de convaincre le psychiatre de sa bonne foi, de son désir de faire passer l'autre avant lui, même si ce n'est pas toujours très réaliste… toute l'histoire est belle.
Gaëlle Josse fait une place importante à la musique, le rythme de l'écriture, la tristesse… on se laisse porter, on sent les touches du piano, sous les doigts, les notes qui s'égrènent, rendant un hommage à Schumann qui est omniprésent… les touches noires et blanches comme ce que Sophie peint sur sa toile, comme la mélancolie ; les couleurs ont-elles disparu avec la vie ?
Une lecture émouvante, dans laquelle j'aime replonger pour en sortir des petites phrases que je cite plus bas… j'ai bien aimé. Gaëlle Josse a su me convaincre par sa sensibilité, sans mièvrerie, car elle ne dilue jamais l'émotion, elle la laisse nous pénétrer et me donne envie de continuer à explorer sons univers.
Note : 8,2/10

Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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isabelleisapure
isabelleisapure24 juin 2014
  • Livres 4.00/5
142 pages pour une telle histoire, est-ce assez ou trop peu ?
Assez si l'on considère que les plus belles choses sont celle que l'on ne dit pas, celles qui sont seulement suggérées.
Trop peu, si l'on est comme moi envoutée, emportée par la douceur et la poésie d'une écriture, bercée par une musique de Schumann qui rend à la fois heureux mais fait remonter tellement d'émotion que l'on se surprend à avoir envie d'écraser une petite larme.
Je parlerai volontairement très peu de l'histoire.
François, célèbre pianiste apprend par hasard que Sophie la femme qu'il a passionnément aimée et quittée en plein désarroi est en traitement dans un hôpital psychiatrique. Il met alors sa carrière entre parenthèses pour tenter de réparer les erreurs du passé.
Une lecture qui fut pour moi profondément bouleversante.
Je termine ainsi car il me vient une folle envie de m'isoler pendant deux heures pour recommencer ce livre en écoutant cette fois-ci cette merveilleuse pièce pour piano de Robert Schuman « Papillon » que tout comme moi Sophie aimait tant.
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lauredanse
lauredanse08 mai 2013
  • Livres 4.00/5
Lorsque François, le narrateur, apprend par hasard où se trouve Sophie, il décide de tout plaquer, d'annuler un concert très important, pour aller la rejoindre en laissant derrière lui sa nouvelle compagne, Cristina. « Je me suis enfermé dans un silence compact, infranchissable, assommé par la déflagration qui venait de se produire. La nuit fut brève, confuse, assiégé par trop d'images. J'ai pris la route avant le jour. » Il ne savait pas jusqu'à maintenant où elle se trouvait, l'ayant abandonnée. Elle se trouve dans un endroit qu'il n'aurait pu imaginer, surtout pendant tout ce temps-là. C'est alors qu'en chemin et avant de tenter de la voir, il se remémore leur histoire, en analysant sa vie, son travail de pianiste, son comportement… C'est une complète introspection que l'auteur nous dévoile sur cet homme blessé, angoissé et amoureux.
Peu à peu dans le récit de son histoire François se rend compte à quel point il a pu avoir une réaction nombriliste, égocentrique de par sa jalousie dans leur relation »J'aurai voulu la soustraire aux yeux du monde, la condamner à vivre et à peindre pour moi seul. La nourrir de mes mains, de ma parole et de mon seul souffle. Je lui imposais des scènes désolantes dont le souvenir m'obsède aujourd'hui (…) », ainsi qu'une attitude totalement lamentable en fuyant après un événement tragique qui bouleversa leurs vies. D'ailleurs que fuyait-il exactement ? La peine et les difficultés de Sophie ou bien alors sa propre peine ? Ou peut-être encore bien les deux ? Pourtant leur amour était absolu, un amour pur, sincère. « Ce départ précipité fut un choix simplement désastreux. (…) J'ai réalisé ensuite qu'on entend uniquement ce qui nous convient ou nous rassure. » Deux âmes solitaires, deux âmes blessées, deux sensibilités qui se rencontrent.
Mais dès lors qu'il pourra enfin toucher l'espoir de la rencontrer et de pouvoir changer ce qu'il avait laissé derrière lui, c'est-à-dire l'abandon, il s'engagera à ne plus jamais la laisser quoiqu'elle décide. Il sera proche, sera là pour elle, fera tout pour lui redonner la confiance qu'elle n'avait plus : c'est sa volonté. Cette femme qui l'avait tant attiré lors de leur première rencontre, cette femme qui lui avait donné le vrai goût de l'amour, cette femme avec qui il partageait la musique avec Schumann, cette femme artiste qui dégageait une telle sincérité, une telle fraîcheur… « Sophie. Mon vertige. Mon ivresse. » « Elle m'avait apprivoisé sans rien exiger, décuplant sans le savoir un insatiable désir d'elle. Sophie. Ma danse. »
On rencontre aussi Sandro, musicien qui fit connaître Sophie à François et Zev, le luthier. Des personnages qui ont un passé commun en tant que victime de l'histoire et qui par leurs sensibilités, leursblessures seront les personnes les plus proches de Sophie. Des âmes blessées, tout comme François lui-même, c'est aussi ce qu'il apprendra d'eux dans son histoire avec Sophie et de lui-même dans son introspection.
Ce roman musical nous parle des peurs, du passé, des épreuves mais aussi de l'amour et de la musique donc ! Une histoire tout en émotion, d'une grande sensibilité et d'un espoir infini. Cet homme qu'on pourrait presque détester au départ (je dois dire que je l'ai détesté d'ailleurs tant il puait l'égocentrisme), on le voit se transformer, de sa carapace se fendiller et découvrir un homme fragile, seul, seul face à lui-même, seul face à son enfance, seul face à ses erreurs et qui n'attend qu'à aimer et être aimé. Un homme qui pouvait paraître égoïste et lâche dans ses relations passées et avec Sophie mais qui en réalité voulait se protéger. Je crois que souvent quand on se protège on peut faire du mal malgré nous… Un homme qui a parfaitement réussi sa vie professionnelle grâce à sa passion et son don pour la musique mais qui n'avait pas su accorder l'instrument principal de la vie qu'est son coeur, avec ses blessures, ses trous béants. La trace de Sophie retrouvée il déposera le manteau de ses peurs pour être à ses côtés et l'aider.
Je n'avais pas accroché tout de suite, car cet homme je le trouvais très antipathique. La poursuite de ma lecture a été bien meilleure et au final j'ai beaucoup aimé ce roman. Etrangement ce que j'ai préféré dans le style d'écriture à proprement parlé, ce sont toutes les parenthèses en italiques en fin de chapitres, qui sont à mon goût bien plus poétiques. Si tout le livre avait été écrit de cette façon, surement cela aurait été un coup de coeur, mais là non, il me manque le petit truc. Cependant je vous le conseille !
Lien : http://madansedumonde.wordpr..
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Myiuki
Myiuki30 décembre 2012
  • Livres 4.00/5
J'avais découvert cette auteure avec "Les heures silencieuses" que j'avais bien aimé sans pour autant être subjuguée autrement que par la plume. Quand j'ai vu ce livre sur les étagère de la librairie, je n'ai pas pu résister à son appel. Il faut dire que la couverture, toute simple, me donnait déjà envie d'approfondir ma connaissance de l'ouvrage par son côté fragile empreint d'une légèreté qui me paraissait feinte. Je dois dire que je ne regrette pas d'avoir pu lire ce livre ... bouleversant.
Ce livre c'est une mélodie. Il nous raconte l'histoire d'un pianiste de talent, mondialement reconnu, François Vallier, qui est aussi le narrateur. Ce je, nous parle de sa vie, de ses erreurs et de ses errances surtout. On le cueille au moment où son existence va basculer, vers le passé, vers des souvenirs à la fois heureux et douloureux. On peut comprendre que cela déstabilise un peu le lecteur car cette histoire d'avant prend le pas sur tout le reste alors qu'elle n'avais pas été évoquée, pourtant, on la sent puissante, empreinte d'une force dévastatrice qui se met de nouveau en oeuvre à la suite d'un simple mail. Ou comment vouloir à tout prix une seconde chance. Ce roman ce n'est pas seulement l'histoire de François, de sa musique qui nous porte tout au long de la lecture - d'ailleurs, pour le lecteur non averti en termes de musique classique, ça peut devenir rébarbatif ou totalement détaché -, c'est aussi l'histoire d'un amour perdu, immense, douloureux autant que passionnel et que François va nous dévoiler par bribes tout au long du texte. Ce que j'ai aimé de cette histoire, c'est son côté absolu. J'ai eu du mal avec l'égoïsme, la faiblesse, la lâcheté du personnage principal, malgré tout, je n'ai pas pu vraiment les lui reprocher. C'est un effet étrange sur le lecteur que de suivre ce récit, il vous plaît autant qu'il vous déplaît. J'ai été subjuguée par certains aspects très forts du texte, par tous ces non-dits, ces incertitudes qui prenaient beaucoup de place dans le jeu des sentiments, pourtant, à d'autres instants, je me suis sentie lasse de cette histoire, je l'ai trouvée pauvre, sans intérêt ... C'est un contraste saisissant qui ne m'a pas lâchée d'une semelle tout au long de ma lecture. J'ai aimé la douceur, la souffrance, la douleur, la poésie qui en découle, ces tortures que l'on s'inflige, ces mots que l'on ne dit pas et qui ont pourtant tant à dire, à côté de ça, je n'ai pas aimé les comportements futiles, les tirades inutiles. Ce texte est à la fois percutant et antipathique. Comment arriver alors à nous donner envie d'aller jusqu'au bout ? Parce que l'histoire de François n'est pas une mais multiple, elle cache en son sein une douleur commune à tous, celle de la perte, de l'abandon, qui se reflète dans de nombreux personnages du texte d'ailleurs, dans leurs histoires troublées, mais aussi dans la musique qui transperce les mots pour atteindre notre coeur douloureux. On est touché par ce texte, par sa sensibilité, parce qu'il nous parle, qu'il nous joue une musique que l'on ne peut ignorer. Je pense que l'histoire de François m'a touchée plus que lui-même. Comme si l'accent était mis sur la puissance émotionnelle de ce qui l'entoure plus que sur lui, d'où cette impression de distanciation avec ce "je" qui aurait du me transporter dans son monde avec plus de facilités.
Quel est son monde ? Celui de la musique tout d'abord. Elle est imprégnée dans chaque parcelle du texte, autant parce qu'on nous cite certains titres de morceaux choisis, autant parce qu'on les entend être interprétés, autant parce qu'on imagine facilement François au piano égrenant les touches noires et blanches de son Steinway. Oui, les notes mélodieuses de la musique classique nous emportent tout au long de cette histoire, elles sont omniprésentes et nous racontent une histoire autant que les mots employés. Mélomane de nature, j'aime ce côté mélodieux que j'ai retrouvé aussi dans le style de l'auteur, la douleur autant que la joie, la force autant que la faiblesse, tout y est pour que l'on se retrouve calé sur un rythme éphémère, allant du clair à l'obscur en moins de deux mesures. Ce roman se lit dans un souffle, ou plutôt il se livre. Non seulement on assiste à une parcelle de la vie de François, mais on assiste aussi en parallèle à l'une de celles des personnages qui l'entourent. Peut-être est-ce justement là ce qui pêche dans ce roman. Quand on y regarde de plus près, tout n'y est que façade et souffrance pour tous ces personnages, tristes, au bonheur fugace et si fragile. Il y a Sandro, le violoniste dont les ancêtres ont été déportés dans un bagne, Zev, victime des rafles juives à Odessa, et Sophie, sa Sophie, sa muse, dont je ne dirai pas les secrets mais qui eux aussi, renvoient l'image d'une cassure, d'une fêlure incommensurable dans ce petit être qui paraît si fort et qui pourtant révèle toute sa fragilité sans préavis. Tous ces personnages cassés par la vie hantent les pages de ce roman. Il est clair qu'il ne faut pas s'attendre à une histoire heureuse quand on lit ce livre, il est triste, poignant, touchant, il vous fera peut-être verser une larme ou deux mais vous n'allez pas rire entre ses lignes, c'est une évidence. L'auteur va au plus profond du malheur et du mal-être dans ce roman, tortueux. Rien n'est simple, rien n'est facile, rien n'est acquis. Pourtant, la douceur qui en découle contraste terriblement avec l'horreur qu'il porte en lui. C'est incroyable comment la plume de l'auteur arrive à nous faire ressentir avec bonheur des émotions si terribles. J'ai trouvé d'ailleurs dommage que, par moments, celles-ci soient banalisées par des phrases, des situations, "moins bien", qui m'ont parues plus parasitaires qu'autre chose. Cependant, dans l'ensemble, j'ai eu l'impression de lire un poème, de suivre la mélodie des vers et des rimes sur fond de Schumann. Magique ! Il faut dire aussi que, ce qui sauve un peu le livre à mon avis, c'est que François n'est pas le seul à se raconter ...
Voilà quelque chose qui m'a plu énormément ! A chaque fin de chapitre, se glisse un interlude en italique, qui nous parle d'autres gens, avec une autre voix, plus douce, plus fine encore que celle de François, moins, brute, si l'on peut dire. J'ai tout simplement succombé à l'extrême poésie de ces passages. Que représentent-ils ? A la fin, je me pose encore la question. Sont-ils écrit de la main de Sophie, la femme que François aime et dont il a été séparé, ou sont-ce des extraits de lettres écrites par Clara, la femme de Robert Schumann lors de son internement, couple pour lequel Sophie nourrissait un intérêt tout particulier ? le mystère reste entier pour moi. Mais ce que je retiens de ces passages, c'est que je pourrais les lire et les relire sans me lasser. Bien sûr, ils tranchent net avec le reste du texte, ils sont plus, beaucoup plus, que tout ce qui nous est proposé en dehors, ce qui peut affadir les propos tenus par François, ça a sans doute été le cas pour moi. Cependant, ils sont d'une telle beauté qu'on ne peut pas ne pas en sentir toute la sensibilité à fleur de peau, toute la finesse qui en découle. Ils sont magnifiques ces passages ! Pour preuve, j'en ai même noté la plupart dans un calepin pour pouvoir les revoir quand bon me semblera ! J'ai aimé ce concept de deux voix entremêlées qui rappelle celui de la romance qu'ont vécu François et Sophie, ces deux âmes solitaires, malmenées, qui cherchent à se retrouver, comme Clara et Robert. Ces deux histoires similaires que l'on suit en surimpression ajoutent encore à la profondeur du texte, à son côté tendre et douloureux aussi. Ce que j'ai apprécié, c'est cette sorte de mise à nu, sans fards, sans tabous, on sait tout de François et de Sophie, de leur vie ensemble, du pourquoi de leur séparation, on sait leurs joies comme leurs peines, on partage tout avec eux. Ce côté lucide, réaliste, fait qu'on se rapproche fatalement d'eux, qu'on s'identifie facilement et qu'on s'approprie une part de leurs émotions, le tout n'en est que plus intense. On se dépouille de nos souvenirs, de nos erreurs, on espère la renaissance, le renouveau. Oui, c'est une quête sans doute insensée que celle d'un amour perdu que l'on veut reconquérir, pourtant, pas un instant on ne doute de la sincérité de ce sentiment qui est présent, immuable, dans les coeurs de nos deux héros. Même s'il n'était pas suggéré, qu'il semble avoir été oublié, on sait à la fin qu'il n'en est rien, qu'il a toujours été là, en filigrane, comme une portée, en retrait, dans l'ombre de ses notes qui continuaient à être jouées pour continuer à vivre malgré tout. Cet amour qui transporte le texte m'a bouleversée de bien des manières tout comme il m'est restée indifférent, c'est tout le paradoxe du texte qui vous touche et vous repousse à la fois. Arrivée à la dernière page, je ne savais toujours pas ce que j'espérais comme issue ni si j'en avais jamais visualisé une ...
En fait, j'ai eu le sentiment de lire un opéra, tant les changements de rythmes, de styles, les histoires éperdues des personnages m'y ont fait penser. L'auteur arrive à nous faire basculer dans un monde en noir et blanc où tout est dans la nuance autant que dans les extrêmes. J'ai aimé m'imaginer les voix autant que les notes des personnages, m'imprégner de leurs jeux, de leurs danses, ils ont beaucoup à offrir au lecteur malgré le fait que cela puisse paraître peu pour certains. Et c'est vrai que tout ne m'a pas été apporté par ce roman, que j'en ai encore des manques maintenant que je l'ai refermé. Je n'aime d'ailleurs pas les fins ouvertes, je préfère quand tout est dit, ici, tout reste en suspens comme le doigt du pianiste au-dessus de la dernière touche. Cette idée de suspension dans le temps, dans une vie, ne m'a pas lâchée lors de ma lecture, ce roman c'est comme une bulle intemporelle, un moment de vie fait d'éclats de vie parallèles qui s'entrecroisent jusqu'à ne former qu'un tout harmonieux, rassemblé dans la même douleur. Oui, l'auteur nous plonge dans une histoire triste, difficile, et en même temps, cette histoire nous fait du bien, elle nous fait réfléchir, nous amène sur des chemins non encore empruntés, j'aime ce côté innovant mais classique. La poésie du style de l'auteur est ce qui m'a le plus charmée dans ce texte, c'est indéniable, Gaëlle Josse a un talent incroyable pour faire passer de l'émotion. Son roman se lit vite, il est fait de phrases courtes, percutantes, qui vous laisse souvent à bout de souffle, et, en fin de course, il vous offre des moments de répit, ou tout devient plus lent, plus doux. Tout n'est qu'opposition dans ce texte. C'est ce qui m'a plu aussi, car cela permet de maintenir un équilibre cohérent tout du long, un équilibre qui tend à faire penser à deux âmes soeurs qui se sont égarées sur le chemin de la vie pour mieux se retrouver. C'est une histoire d'amour, belle mais amère, c'est une histoire au passé, au présent et au futur incertain. L'auteur nous transporte dans un cocon duveteux, fait de passion, qu'elle soit humaine ou musicale, fait d'extrêmes, de jalousie, de peur, en tout cas, elle nous marque à sa manière. Je pense que ce roman est comme l'histoire qu'il décrit, il n'est pas parfait, loin s'en faut, mais la perfection existe-t-elle ? Pour un musicien comme François Vallier qui n'a de cesse de courir après depuis des années, j'ai trouvé le parallèle évident. Non, la vie n'est pas parfaite, il faut faire avec ce qu'on a et espérer que cela suffise à notre bonheur. Je pense que c'est une réelle leçon philosophique que nous procure ici l'auteur, elle nous ouvre de nouvelles portes, un nouveau regard, sur l'amour, sur le vie et sur la mort aussi. Aucun doute que ses mots vous atteindront par-delà la barrière de papier qui les emprisonnent.
Pour conclure, je dirais que ce court roman me conforte dans l'idée que cette auteur-là à une style d'une beauté, d'une pureté, incomparable qui me donne envie de la suivre encore lointain dans ses aventures littéraires ! Elle arrive à donner une force sensible magistrale à ses mots et à former une histoire qui sait maintenir le lecteur dans ses filets. Une oeuvre à découvrir !
Lien : http://coeurdelibraire.over-..
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Les critiques presse (1)
Lexpress25 juillet 2012
Fiction aussi brève que saisissante, Nos vies désaccordées explore avec délicatesse les remords d'un homme, rongé par son passé, et sa volonté de rédemption.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations & extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
marina53marina5322 décembre 2014
Je haïssais la campagne, et cette longue traversée autoroutière avait eu tout le temps de me le rappeler. La vraie campagne, j'entends, pas celle que tout le monde aime, la Toscane ou le Lubéron, entre piscines, chianti, cigales et huile d'olive. Je parle de la campagne sinistre d'octobre à mai, plate et nue, ombreuse et détrempée, là où les arbres déplient leurs capillaires sur des ciels blancs, de la campagne grise avec des vaches boueuses et ses bâtiments d'élevage, de ces lieux où l'on attend le printemps comme une délivrance, et un miracle dont on doute, chaque année, le retour.
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Eve-YesheEve-Yeshe15 septembre 2015
Aujourd’hui encore, je réalise combien ces terres ingrates me sont pénibles à traverser. Ce sont des terres où pendant des siècles les hommes se sont pendus de désespoir dans des granges sombres comme des ventres, et où les femmes, vaincues par l’épuisement, les grosses sans fin et l’absence d’amour, ont un jour préféré le creux d’un puits ou d’un étang.
Du jour où j’ai pu vivre ailleurs, j’ai choisi des lieux où la vie ne s’arrête jamais, rassuré par la disponibilité, l’abondance des êtres et des choses, par l’illusion des innombrables possibles à portée de main, et par l’irremplaçable liberté de l’anonymat. P 16
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TheomaTheoma22 juin 2012
Et jamais, je crois, je ne l'ai autant aimée que dans ces moments où je la surprenais immergée dans cet univers, intensément attentive, vulnérable. Je réalisais alors combien la musique lui était essentielle, d'une façon charnelle, intuitive, sensible.
Elle avait des rejets, des emballements, des colères, des émerveillements, capable de chercher pendant des heures, parmi les multiples interprétations d'une même pièce, celle qui répondrait enfin à sa perception intérieure.
Quant à moi, la musique de Schumann m'oppressait, je ne pourrais dire autrement. Elle m'était comme une route sans repères, un paysage qui se transforme et s'efface à chaque pas, un pont qui s'effondre sitôt qu'on l'a traversé. D'insoutenables silences, de soudaines dissonances, déchirantes, des répits dont on sait qu'ils précèdent les gouffres. Des explosions de joie naïve et des moments d'une poignante douceur. Je ne pénétrais qu'avec réticence dans ces espaces hantés, incertains, dangereux et sans retour possible. Je demeurais à la lisière de ces lieux dont je devinais la menace, et m'émerveillais de leur beauté. À la différence de Sophie, je voulais rester intact en y pénétrant.
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spleenspleen09 juin 2015
Dire que la vie avec Sophie fut facile ce serait excessif .Elle fut parfois d'une simplicité déroutante. Un cristal aveuglant . Nous étions accordés au quart ou au huitième de ton, peut-être même aux ultrasons comme les dauphins. Elle ressemblait à un voyage , ou plus précisément à ce moment du voyage où, encore loin de la destination envisagée, tous les repères familiers et les habitudes sont effacés, dilués à un tel point que l'on doute de leur existence. C'est un temps de flottement, d'incertitude mais aussi de ravissement, de curiosité et de totale disponibilité. Nous habitions une poignée de mots. Nos océans .
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myriampelemyriampele29 septembre 2014
En dépit de sa magnificence, le paysage me laissait indifférent. Le temps s'étirait en un ruban pâle, poisseux. La douceur du soir, la fraîcheur à l'ombre des marronniers, rien ne me touchait. J'aurais voulu Sophie à mes côtés, poser ma veste sur ses épaules et aller dîner avec elle en terrasse, glisser ma main dans la sienne et lui murmurer "on y va"? sitôt le dessert avalé, impatient du clos d'une chambre et des scènes ardentes qui allaient s'y jouer.
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Vidéo de Gaëlle Josse
Pour une fois j'avais bien envie de laisser la parole à mes collègues libraires ! Et vous ? Plus de vidéos : https://goo.gl/03Vjvg
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Livres cités :
- Love story à l'iranienne - Janne Deuxard / Deloupy : http://goo.gl/ib18UM
- Urgence si l'océan meurt nous mourrons - Paul Watson : http://goo.gl/i31wgh
- Chatbot le Robot - Pascal Chabot : http://goo.gl/DYf6rP
- le vide - Patrick Senecal : http://goo.gl/FV61xr
-Le dernier gardien l'Ellis Island - Gaelle Josse : http://goo.gl/aFx2cr
- Cherub - Robert Muchamore : http://goo.gl/itbjhH
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Le site de Decitre : http://www.decitre.fr
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Merci pour tout !
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