AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Ludmila Savitzky (Traducteur)Jacques Aubert (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070385698
Éditeur : Gallimard (1992)

Note moyenne : 3.49/5 (sur 96 notes)
Résumé :
C'est le premier succès achevé de Joyce, terminé vers 1914. Roman autobiographique, l'auteur y raconte son enfance et sa jeunesse à Dublin, son éducation chez les jésuites, ses révoltes contre ces mondes clos, sa libération par la vocation artistique (d'où le titre). Le style va du réalisme brutal à la plus grande poésie, de l'ironie à l'émotion. Joyce y donne avec clarté - ce sont les deux ouvrages ultérieurs, Ulysse et Finnegans Wake, qui passent pour obscurs - sa... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.fr
Critiques, Analyses & Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
colimasson07 novembre 2014
  • Livres 3.00/5
Soit d'une exubérance folle mais incompréhensible avec Ulysse, soit d'une grande accessibilité mais d'un classicisme plus ennuyeux avec ce Portrait de l'artiste en jeune homme, James Joyce n'a pas encore réussi à trouver l'équilibre qui saura me convertir à son art littéraire.
Cela commençait pourtant bien :

« Il était une fois, et c'était une très bonne fois, une meuh-meuh qui descendait le long de la route, et cette meuh-meuh qui descendait le long de la route rencontra un mignon petit garçon nommé bébé-coucouche… »

Mais la narration ne continue pas sur ce ton-là –et si elle l'avait fait, elle aurait d'ailleurs certainement fini par devenir épuisante.

Le parcours de Stephen est vraisemblablement inspiré de celui de James Joyce. En daignant s'observer, le personnage nous livre surtout un bilan précoce de ce qu'il pense ensuite devenir. La religion prend une place importante dans ses réflexions mais elle est évoquée d'après des enjeux existentiels qui les rendent aujourd'hui obsolètes. de même, le récit de l'éducation de Stephen chez les jésuites a peut-être une valeur de témoignage intéressante mais ne sait pas captiver par elle-même. Quoiqu'il en soit, James Joyce ne s'éloigne pas des préoccupations communes à l'humanité. Quel que soit le système de valeurs en vigueur à un moment et à un lieu donnés, les crises existentielles se manifestent presque toujours sous une forme identique et drainent les mêmes questions : comment donner du sens à sa vie ? que faire de ce matériau offert à la naissance ? …

« Il n'avait pas envie de jouer. Il avait envie de rencontrer, dans le monde réel, l'image insubstantielle que son âme contemplait avec une telle constance. Il ne savait où la chercher ni comment, mais une prescience le conduisait, lui disait que cette image viendrait à sa rencontre, sans aucun acte déclaré de sa part. »

Peu à peu, Stephen confronte ses interrogations à la réalité et voit apparaître une sorte de réponse construite sur les bases sémantiques et culturelles de son environnement :

« Cette notion du sens divin de la nature entière, accordée à son âme, état si absolue et si indiscutable qu'il ne comprenait guère pourquoi il était nécessaire le moins du monde qu'il continuât de vivre. Cependant, cela faisait partie des desseins de Dieu, et il n'osait en mettre l'utilité en question, lui surtout qui avait péché si gravement, si ignoblement contre ces desseins. »

Mais Stephen ne peut pas consacrer sa vie à la fonction ecclésiaste et lorsqu'il cherche une autre voie à sa réalisation personnelle, il penche vers l'esthétique, entre conformité à son éducation jésuite et rébellion –car l'art autorise des prises de position controversées. Cette prise de conscience ne se produit qu'au cours de la dernière partie du livre et ouvre lieu à des discussions vivantes et intéressantes autour de la question de l'esthétique en général et du beau en particulier. Au-delà de ces pages édifiantes, le Portrait d'un artiste en jeune homme ne constitue pas une lecture extraordinaire mais explique peut-être comment James Joyce en est venu à écrire un Ulysse érudit et au langage si personnel.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          210
zohar
zohar09 mai 2011
  • Livres 5.00/5
Le « Portrait de l'artiste en jeune homme » se propose de peindre un être hors du commun évoluant dans un réalisme quotidien.
Ce roman à caractère autobiographique met en scène, Stephen Dedalus, qui n'est d'autre que l'alter-ego de James Joyce lui-même. le processus qui y est décrit montre notre héros dans la continuité de sa vie : de l'époque de son enfance jusqu'à l'aube de sa vie adulte à travers des événements cruciaux de son existence.
L'oeuvre évoque les tentatives de son père pour se décharger sur lui de ses responsabilités, les efforts des jésuites pour le convertir à leur idéologie, ou encore les pressions des nationalistes qui entendent le convaincre de la validité de leurs solutions politiques et artistiques, etc.
Mais cet itinéraire est porteur d'une leçon : il convient, pour se réaliser (atteindre la pleine maturité et la conscience de soi),de ne pas céder aux conventions, et d'opposer la résistance à la soumission.
Et pour Dedalus (Joyce), cette résistance se trouve dans le langage : le livre est le portrait d'un homme angoissé et renfermé dont le seul moyen de communiquer avec les autres passe par la littérature, les mots. Plus précisément, Joyce nous montre comment l'identité profonde du créateur se trouve dans les mots, dans les souvenirs verbaux issus de l'enfance.
Ainsi, la place qu'il accorde à l'inconscient est très importante. Les rêves et désirs sont, également, des thèmes essentiels dans le roman. Par extension, cette dimension du langage va s'affirmer, plus amplement et largement, dans Ulysse.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          102
NMTB
NMTB19 décembre 2014
Ce n'est pas le chef d'oeuvre de Joyce, et pourtant c'est déjà un livre époustouflant sur l'éveil à la vie d'un garçon irlandais. Stephen Dedalus, le héros, n'est, au début du roman, ni un artiste ni un jeune homme, mais le petit garçon d'une famille aimante et aisée. Stephen, dans les deux premiers chapitres (il y en a cinq en tout) devient interne dans un collège, est un bon élève, attend les vacances avec impatience, connait des humiliations, etc. J'ai trouvé que Joyce avait très bien réussi à reproduire la vie de l'enfance, avec son incompréhension du monde, ses interrogations toutes fraîches, sa parfaite innocence. Stephen ne comprend pas les tenants et aboutissants du monde adulte et pourtant il éprouve un fort désir d'y accéder rapidement.
Et c'est l'assouvissement de ce désir auquel on assiste dans les chapitres trois et quatre. Stephen découvre donc la sexualité d'une manière assez furieuse, semble-t-il, avec des prostituées. Ces deux chapitres contiennent en grande partie des réflexions religieuses car Stephen est encore très croyant et plein de remords. le troisième chapitre - assez ennuyeux à lire bien que recelant des images fantastiques - montre comment les religieux pouvaient ramener les brebis égarées dans le troupeau ou, autrement dit, comment ils bourraient le crâne des croyants avec des histoires superstitieuses et effrayantes sur l'enfer.
Si Stephen abandonne sa vie luxurieuse, il ne revient pas tout à fait dans le giron de l'Eglise, quelque chose s'est brisé et il finit par comprendre qu'il n'a pas de vocation religieuse mais qu'il doit se consacrer à la poésie. C'est ce qu'il expose dans le cinquième chapitre. L'argot irlandais se mêle au latin, des théories esthétiques côtoient des dialogues scabreux, un morceau de journal intime succède à des descriptions splendides. Mais l'apothéose, ou l'apostasie raisonnée, est dans le dernier dialogue entre Stephen et son ami Cranly. Ce dialogue n'a rien à envier à la psychanalyse ou à la théologie et justifie tout le roman. Un roman sur la religion catholique, sur la politique irlandaise, sur l'art, sur le souvenir (tout est souvenir, échos de souvenirs, plus ou moins bruts ou narrés), sur la jeunesse de Joyce, sa vocation d'écrivain et bien d'autres choses
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          20
jfponge
jfponge29 mars 2015
  • Livres 5.00/5
Comme le titre le suggère, il s'agit d'un récit des jeunes années du célèbre écrivain irlandais. Stephen Dedalus, que l'on suit de l'enfance à l'aube de l'âge adulte, découvre à travers le regard des autres et grâce à sa propre introspection ce qui sera son destin : celui d'un homme seul, qui se sent différent des autres et ne parvient guère à communiquer autrement que par la littérature et l'érudition. Son angoisse existentielle, fortement imprégnée d'interdits religieux, acquis grâce à une scolarité complète chez les jésuites puis au Trinity College de Dublin, est faite de culpabilité. le conflit entre son caractère rebelle et les modèles prônés par les "bons" pères en charge de son éducation en ont fait un être renfermé, dégoûté de lui-même et de son désir de vivre. Ce récit au pessimisme sublimé par l'écriture, jaillissante d'inventions de toutes sortes (collages de chansons populaires, de citations, report de mille et un faits d'observation courante), rappelle "Mort à crédit" (Louis-Ferdinand Céline) et l'on a vite fait de rapprocher ces deux écrivains, aux destins et aux idées pourtant fort différents. le regard de James Joyce est attentif à tout ce qui fait la richesse du petit peuple de Dublin, dont il observe et nous rapporte les faits et gestes quotidiens (voir aussi "Gens de Dublin", du même auteur). On entre plus facilement dans cette oeuvre de jeunesse, dont le récit reste linéaire, que dans celles de la maturité, comme "Ulysse", dont l'aspect kaléidoscopique peut rebuter le lecteur non averti. Reste qu'il faut, pour apprécier "Portrait de l'artiste en jeune homme", avoir une certaine culture religieuse (catholique romaine) et avoir effectué des études classiques, les nombreuses citations latines qui émaillent le récit échappant sans doute à la plupart des lecteurs actuels, ce qui est malheureusement mon cas...
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          30
Sarah_DD
Sarah_DD03 juin 2008
  • Livres 3.00/5
En matière d'auto-biographie, c'est très différent des Mots de Sartre par exemple. Ici le récit donne un impression de désordre. Il respecte la chronologie habituelle, mais les idées s'enchaînent par rapport à des détails. Il y a très peu de découpage du texte à travers les chapitres, ce qui accentue l'impression d'un rêve raconté. Il y a beaucoup de noms, de souvenirs non-développés, comme si le lecteur n'était pas concerné. La dimension poétique n'est pas absente, même si le texte est en prose, par exemple par les parallèles non-fonctionnels, il nous ballade dans sa rêverie. L'auteur est aussi plus modeste que Sartre, ou en donne l'impression. Ici on pourrait presque parfois le comparer à un roman d'apprentissage. Alors que Sartre voyait tout, depuis le départ, avec un regard d'adulte. Il disserte parfois sur des thèmes abstraits, mais ce n'est pas de l'érudition-massue. très bien.
Commenter    J’apprécie          71
Citations & extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson29 novembre 2014
Trois choses sont nécessaires à la beauté : intégralité, harmonie et éclat. Ces choses correspondent-elles aux phases de l’appréhension ? […] Regarde ce panier. […]
Afin de voir ce panier, ton esprit le sépare d’abord de tout l’univers visible qui n’est pas ce panier. La première phase de l’appréhension est une ligne de démarcation tracée autour de l’objet à appréhender. Une image esthétique se présente à nous soit dans l’espace, soit dans le temps. […] Mais temporelle ou spatiale, l’image esthétique est d’abord lumineusement perçue comme un tout bien délimité sur le fond sans mesure de l’espace ou du temps, qui n’est pas cette image. Tu l’appréhendes comme une chose une. Tu la vois comme un seul tout. Tu appréhendes son intégralité –voilà l’integritas. […]
Après avoir senti que cette chose est une, tu sens maintenant que c’est une chose. Tu l’appréhendes complexe, multiple, divisible, séparable, composée de ses parties, résultat et somme de ces parties, harmonieuse. Voilà la consonantia. […]
Lorsque tu as appréhendé le panier en question comme une chose une, lorsque tu l’as analysé selon sa forme, lorsque tu l’as appréhendé comme un objet, tu arrives à la seule synthèse logiquement et esthétiquement admissible : tu vois que ce panier est l’objet qu’il est, et pas un autre. L’éclat dont il parle, c’est, en scolastique, quidditas, l’essence de l’objet.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          70
colimassoncolimasson09 juin 2015
Une froide et lucide indifférence régnait dans son âme. A son premier péché violent, il avait senti une onde de vitalité s’écouler hors de lui et il avait craint de voir son corps ou son âme mutilés par cet excès. Au lieu de cela, l’onde de vie l’avait porté sur son sein au-delà de lui-même et rapporté avec le reflux ; et aucune partie du corps ou de l’âme n’avait été mutilée, mais une paix ténébreuse s’était établie entre eux… Il savait que, menacé de damnation éternelle pour le premier de ces péchés, il multipliait par chaque péché nouveau sa culpabilité et sa punition. Ses jours, ses travaux, ses pensées ne pouvaient le racheter… A quoi servait de prier, quand il savait que son âme avait un désir luxurieux de sa propre destruction ?
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          100
colimassoncolimasson03 décembre 2014
L’art se divise nécessairement en trois formes, chacune en progrès sur la précédente. Ce sont : la forme lyrique, où l’artiste présente son image dans un rapport immédiat avec lui-même ; la forme épique, où il présente son image dans un rapport médiat entre lui-même et les autres ; la forme dramatique, où il présente son image dans un rapport immédiat avec les autres. […]
La forme épique la plus simple émerge de la littérature lyrique lorsque l’artiste s’attarde et insiste sur lui-même comme sur le centre d’un évènement épique, cette forme progresse jusqu’au moment où le centre de gravité émotionnelle se trouve équidistant de l’artiste et des autres. Le récit, dès lors, cesse d’être purement personnel. La personnalité de l’artiste passe dans son récit, fluant interminablement autour des personnages et de l’action, comme une mer vitale. Tu peux constater facilement cette progression dans la vieille ballade anglaise, Turpin Hero, qui commence à la première personne et finit à la troisième.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          60
colimassoncolimasson01 juillet 2015
Immerger sa vie dans le flot des communs des autres existences lui paraissait plus difficile que n’importe quel jeûne ou quelle prière et il n’y réussissait jamais à sa propre satisfaction, ce qui finissait par créer dans son âme la sensation d’une sécheresse spirituelle, ou les doutes et les scrupules allaient s’accentuant. Son âme traversa une période de désolation.
Commenter    J’apprécie          160
petchpetch09 octobre 2014
Lors de l'ouverture du gymnase, il avait entendu une voix qui le pressait d'être fort, viril et sain ; quand un mouvement de renaissance nationale se fit sentir dans le collège, une autre voix encore lui ordonna d'être fidèle à sa patrie, de contribuer à relever son langage et ses traditions déchues. [...]. C'était le vacarme de toutes ces voix, sonnant creux, qui le faisait hésiter dans la poursuite des fantômes. Il n'y prêtait l'oreille qu'un instant, mais il n'était heureux que loin d'elles, hors de leur atteinte, seul, ou bien en compagnie de ces camarades phantasmatiques.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          90
Videos de James Joyce (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de James Joyce
Joyce lit un extrait de "Finnegans Wake"
autres livres classés : littérature irlandaiseVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

L'Irlande

Le pays est divisé en deux : l'Irlande du Nord et...

La République d'Irlande
Le Royaume d'Irlande
La Principauté d'Irlande

11 questions
40 lecteurs ont répondu
Thèmes : irlande , paysCréer un quiz sur ce livre
. .