ISBN : 2253111716
Éditeur : Le Livre de Poche (2004)


Note moyenne : 3.5/5 (sur 2 notes) Ajouter à mes livres
Ce qui pourrait être une fiction est, en réalité, une auto fiction, pour ne pas dire une histoire vraie : celle de la famille de l'auteur, là où elle a vécu. Une enfance et une adolescence hors du commun. Ce livre, écrits en trois semaines par une femme dans une chambre... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 3.00/5
    Par Woland, le 08 janvier 2009

    Woland
    C'est écrit à la va-comme-je-te-pousse, et parfois très mal - l'auteur l'aurait rédigé en trois semaines. Seulement, ce texte plutôt court - 156 pages en format poche - exsude folie, douleur et sincérité à chaque lettre et ça fait toute la différence. Pour moi en tous cas. L'éditeur, lui, parle d'autofiction mais comme le terme a été annexé par les Angot et consorts, mieux vaut s'en détourner : le récit de Juliard n'a rien à voir avec les happy few ultra-narcissiques de l'édition parisienne.
    Pour raconter l'horreur vécue au quotidien, Juliard a choisi un récit non linéaire qui brise la chronologie en multiples fragments au mieux déconcertants, au pire régugnants. Avec elle, le lecteur trébuche, clopine, boîtille, s'effondre et rampe, rampe malgré tout vers la Lumière - que la narratrice ne trouvera semble-t-il que dans le suicide. Et souvent, il faut s'accrocher.
    Nous sommes loin des milieux habituellement décrits dans les ouvrages consacrés à l'enfance en danger. Si la pauvreté et la crasse règnent en maîtresses dans ce roman au même titre que la folie, c'est dans un appartement du XVIème arrondissement parisien et dans un milieu mi-aristocratique, mi-grand bourgeois qu'elles se prélassent.
    Le père, fils d'un officier d'origine kabyle et d'une Française, est psychiatre. La mère n'a jamais travaillé parce que, dans son milieu, les femmes n'ont pas besoin de le faire et que, de fait, la fortune familiale lui permettait l'oisiveté. Tous deux ont eu des enfants avec une constance de gallinacées à cette différence près qu'il n'ont jamais possédé la vocation de parents-poules. Surtout pas envers leurs filles parmi lesquelles une pauvre petite handicapée mentale qui ne sera jamais soignée. Les garçons ont un peu - un tout petit peu - plus de chance mais, à l'arrivée de la course, ça ne fera pas une bien grande différence.
    Scènes de violence, repli pathologique sur soi, mauvais traitements ou négligences de toutes sortes, abandon moral et, dans une certaine mesure, physique des enfants, tout cela naît de la pathologie monstrueuse des parents assortie, chez la mère, d'une espèce de syndrome de Diogène doublé d'une sordide avarice.
    Un livre effarant pour les uns, cruellement authentique pour les autres. Finalement, si l'on n'en sait pas plus sur l'auteur et si elle n'a rien produit depuis lors, c'est peut-être parce qu'elle a connu la même fin que son héroïne. En refermant "L'Enfer à Domicile", le lecteur ne peut s'empêcher de se poser la question ... ;o(
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 08 janvier 2009

    Tant qu'elle n'était pas elle-même touchée, Mère ne s'inquiéta pas [de ce qu'endurait sa fille] et protestait contre cette petite qui l'ennuyait à vouloir lui montrer ses boutons qui la démangeaient tant.

    La petite fit alors avec les moyens du bord. Père avait mis dans le placard, vide de toute nourriture, du vinaigre à huîtres. Elle s'en badigeonna le corps. C'était efficace mais le contenant du remède relevait plus du flacon que d'une bouteille de vinaigre. Or, ce condiment était absent au bataillon, comme la plupart de tout ce qui constitue la base de toute alimentation.

    De temps en temps, Père commandait des huîtres de Belon pour des hôtes de marque. Lorsqu'il s'aperçut de la disparition de l'ingrédient magique, il hurla tant et tant que les enfants se recroquevillèrent et s'empilèrent sous les archives - on ne sait jamais, ça peut servir - constituées par la mère lors du tri bi-hebdomadaire des déchets domestiques.

    Père râlait. Dorénavant, il achèterait d'office le vinaigre avec les huîtres.

    Piquée et repiquée, Léa n'obtint pas l'argent nécessaire pour combattre ses ennemis redoutables qui, avec le temps, se démultipliaient à la vitesse des poux.

    Le jour vint où Mère fut piquée. Le drame ! Elle défit son canapé-lit où elle dormait dans le salon. Elle leva ses filles pour détecter, "à la lampe de torche", la coupable ... Dès le lendemain, elle fit l'acquisition de l'arme magique ... qui lui était exclusivement réservée.

    Et toutes les nuits, c'était la même comédie. Mère remuait ciel et terre. Elle découvrit des nids bien lovés dans les endroits les plus secrets du canapé.

    Pendant ce temps, à chaque fois que Père revenait avec des huîtres, Léa observait bien où il conservait son liquide. Le condiment disparaissait - on ne savait pourquoi. Père hurlait et les enfants filaient comme une nuée d'oiseaux. Ca a duré des années.
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  • Par Woland, le 08 janvier 2009

    Le père dînait seul, face à la poule. Une grosse pièce blanche, gagnée à la loterie d'un hôpital où il officiait depuis des années.

    La poule, serrée dans sa volière tout juste à sa hauteur, était rarement changée. Par comparaison, Léa, l'accidentée de la route [l'une des filles du couple] était plus à ses aises, mais elle ne saurait jamais accomplir ce que faisait l'animal. Le père, avec des signes dignes des temps les plus reculés, mettait la poule dans un état cataleptique.

    Ce qui était fort pratique pour les voyages vers la Bretagne. Raide vivant, l'animal était enveloppé serré dans un papier journal, et ficelé à souhait sur la plage arrière de la voiture.
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