Désespérés, certes, mais ses romans sont imprégnés aussi d'un grotesque d'humoriste pince-sans-rire ! «
La Métamorphose » tente d'éclairer la vie quotidienne en faisant pénétrer le lecteur attentif dans un univers irréel.
Ce texte peut être interprété comme une histoire fantastique (mais pas au sens traditionnel du terme, et je tenterai de m'expliquer là-dessus !) dont le thème est la transformation d'un être humain en animal.
Hallucination trompeuse ? Non ! Elle est devenue vraie… ! Grégoire Samsa, jeune commis voyageur s'est métamorphosé, un matin, en un énorme cancrelat.
Dans un récit fantastique traditionnel, la bête serait dénuée de toute conscience ou d'émotions…Or, ici, ce n'est pas le cas ! Grégoire n'a perdu aucun sentiment humain : il craint et admire à la fois son père (même si, celui-ci, se montre hostile envers son fils du fait de son état de cancrelat, plat et gluant…) ; il se cache aussi puisque sa vue provoque du dégout vis-à-vis de sa mère qui est horrifiée ! de surcroît, il est ému par la musique, et est même désolé de ne plus pouvoir travailler pour sa famille, etc.
La nouvelle de
Kafka se différencie, également, des histoires fantastiques traditionnelles du fait que la transformation de Grégoire qui horrifie toute sa famille certes, mais ne l'étonne pas ! Son père et sa sœur continuent à s'occuper de lui (tant bien que mal) pour subvenir à ses besoins alimentaires et son confort, (bien qu'au fur et à mesure des pages, ils se résignent à le négliger et lui souhaiter même sa mort…).
Sa mère, quant à elle, l'aime toujours mais elle reste impuissante devant un tel phénomène surnaturel ! Son entourage s'habitue peu à peu à son animalité et Grégoire en fait de même puisqu'il refuse la nourriture des humains.
Le personnage de Grégoire est un innocent coupable, il est attaché aux mondes des contours, des humains, mais reste esseulé, replié dans sa solitude (du fait de sa transformation) et est voué à l'oubli et à la mort (c'est ce que souhaite sa famille car la bête leur fait honte).
Finalement, il ne suffit pas, pour qu'il y ait fantastique, de mettre le monde sans dessus dessous : dans la nouvelle de
Kafka, l'univers de la norme (la famille de Grégoire) reste sourde et aveugle face à l'insolite (la bête, le monstre, le cancrelat qu'est devenu notre personnage principal).
Vis-à-vis du récit fantastique traditionnel, lorsqu'un évènement étrange se produit, cela relèverait immédiatement du surnaturel.
Or, dans
La Métamorphose, il y a surprise mais non hostilité par rapport à cet évènement surnaturel : son entourage accepte une telle étrangeté, certes inhabituelle, mais en somme paradoxalement possible qu'est la mutation de Grégoire en un animal !
Ce livre est-il une allégorie de la domination de la communauté sur Samsa (ou plus précisément sur
Franz Kafka, lui-même) dont il symboliserait, par sa mutation, tous ceux qui sont exclus du monde normal ? Cette histoire cruelle et absurde souligne la dissociation, la rupture insupportable entre le moi intime et le monde indéchiffrable des autres.
Quoi qu'il en soit, cette œuvre n'est ni symboliste ni réaliste. Elle est la combinaison de ces deux écritures. Une écriture élaborée, dans le but de susciter une imagination visionnaire et celle des données véridiques de l'existence : pour
Kafka, seul l'individu compte et celui-ci est toujours en butte face à l'absurdité du monde et doit lutter désespérément !