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> Claude David (Éditeur scientifique)

ISBN : 207041437X
Éditeur : Gallimard (2000)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.8/5 (sur 1331 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Bien entendu, lorsque Grégoire aperçoit son corps recouvert d'une carapace et constate que des pattes lui ont poussé dans la nuit, il croit à un mauvais rêve et ne s'inquiète pas outre mesure. Pourtant, la métamorphose est bien ré... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par NastasiaBuergo, le 19 août 2012

    NastasiaBuergo
    La métamorphose est un recueil de 16 nouvelles de longueurs inégales (allant de 3 phrases à 85 pages) dont la plus étoffée est la nouvelle titre, "La métamorphose".
    Que dire après les centaines de critiques qui ont élevé Kafka à des hauteurs inaccessibles et les millions de gens qui l'ont lu et relu et re-relu ? Juste donner un avis sincère et humble de l'impression produite par ce recueil sur un sujet lambda.
    L'écriture est fluide, mais très vite les incohérences avec la réalité s'érigent en maîtresses. Pourtant on reconnaît la réalité mais les altérations perturbent la vision, un peu comme un tableau de Bacon. Pour être franche, je n'aime pas toujours spécialement, mais cela a un caractère de curiosité indéniable.
    L'impression que j'en retire est celle d'un auteur qui aurait eu la faculté de se remémorer ses propres rêves (ou cauchemars, c'est selon) et qui les aurait couchés sur le papier. En rêve, j'ai souvent vécu des situations qui ressemblent à de la vérité mais où quelque chose cloche inexpugnablement, et où l'on se heurte mille fois au même obstacle ou à la même idée fixe sans que l'on y puisse rien changer, où l'on pédale dans une mélasse inqualifiable sans qu'il y ait moyen de nous en extraire.
    Franz Kafka nous relate donc ces sortes de rêves et du coup, on peut prendre ça pour une écriture métaphorique, une écriture allégorique, agrémentée de force philosophie alors qu'il n'y a peut-être qu'une écriture onirique, du moins c'est le parti que je prends pour ce recueil-ci. (Je ne vais pas me faire des amis ! mais j'assume complètement.)
    Ce n'est pas inintéressant, il fallait bien qu'un auteur le fasse, dire que j'en mangerais à tous les repas, peut-être pas.
    Concernant la nouvelle intitulée "La métamorphose", on peut probablement y lire (entre autre) une allégorie de la maladie, de la solitude, de la réclusion, de la dépendance ou du vieillissement. L'intéressant étant alors le récit du déclin dans la considération de l'autre, et pour avoir un peu vécu ce genre de situation, je comprends aisément ce qu'a pu vouloir exprimer l'auteur. On y lit aussi l'emprise de l'inertie sociale du personnage principal, enfermé au propre dans sa gangue de coléoptère, au figuré dans sa gangue familiale, et dont on ne saurait préciser laquelle de ces gangues lui interdit le plus de bouger.
    Pour conclure, si vous êtes à l'aise avec vos cauchemars, alors vous serez à l'aise avec ce Kafka-là, mais je le répète une énième fois, tout cela n'est que mon avis, un parmi tant d'autres, c'est-à-dire, pas grand chose.
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    • Livres 5.00/5
    Par Gwen21, le 16 décembre 2012

    Gwen21
    Challenge ABC 2012/2013
    11/26
    Jamais je n'ai lu un récit comme celui-ci !
    Court, totalement prégnant, il m'a complètement siphonnée !
    Je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre en l'ouvrant mais dès la première phrase j'ai fait la connaissance de Gregor, un jeune représentant de commerce itinérant, qui se réveille seul dans sa chambre et n'est plus du tout un jeune homme mais un monstrueux insecte, une sorte de cafard gigantesque !
    Dès les premières pages, je me suis sentie oppressée comme si c'était moi qui avait été transformée. Je comprenais avec une acuité extraordinaire à quelles pressions Gregor était soumis de la part de sa famille, de son employeur et de lui-même. Jamais encore un récit fantastique ne m'avait donné autant d'émotion en si peu de pages. Car nous parlons bien ici d'un récit fantastique. Personne, ni Gregor, ni le lecteur et peut-être encore moins le narrateur ne sait pourquoi et comment ce jeune homme qui fait de son mieux pour entretenir sa famille se transforme du jour au lendemain en monstre et est ainsi exclu de la société, même de celle de sa famille.
    Le malaise que j'ai ressenti pour Gregor s'est matérialisé physiquement dès les premiers chapitres ; je n'ai pu tenir plus longtemps entre mes mains l'édition Librio à la couverture cauchemardesque, j'ai compris que je ne pourrais pas continuer sans couvrir le livre, ce que je fis le plus vite possible pour pouvoir me replonger dans ma lecture (ceux qui connaissent ladite couverture me comprendront).
    En deux heures de lecture, jamais aucun sentiment de pitié ou de compassion ne m'a habitée, au contraire. Je me suis effrayée moi-même en pensant exactement comme les parents et la soeur de Gregor, c'est à peine si je pouvais soutenir les passages qui le décrivent ; moi aussi, comme eux, j'ai eu envie d'en finir avec lui et j'ai été soulagée quand...
    Au-delà de sa forme, ce roman, proche de la nouvelle par son style, ouvre plusieurs portes de réflexion sur des sujets de premier ordre comme la dépendance, le travail, les rapports sociaux et la famille. Bien des questions sont soulevées mais le lecteur est seul pour trouver les réponses, pour trouver ses réponses.
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    • Livres 4.00/5
    Par Alcapone, le 30 janvier 2013

    Alcapone
    " En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte." p.9, telle est la première phrase de la métamorphose qu'il n'est nul besoin de présenter. Publié pour la première fois en 1915, ce texte a alimenté toutes sortes d'analyses : de l'histoire de Gregor qui, du jour au lendemain, se transforme en insecte pour le plus grand malheur de sa famille, il n'est pas une interprétation mais mille. En effet, ce récit bien que court, a stimulé toutes les imaginations et nourri bien de thèses : certains assimilent la métamorphose à un réquisitoire dénonçant la relation conflictuelle père/fils de Kafka. D'autres encore y trouvent des allégories de l'isolement, de l'enfermement, de la peur de la différence, du drame familial... Pour toutes ces raisons, la métamorphose ne laisse d'intriguer des générations de lecteurs...
    Cette singulière histoire est marquée par son caractère factuel : peu importe les causes de sa métamorphose, Gregor est devenu un cancrelat. D'abord dévoués et horrifiés, puis résignés et enfin exaspérés, les membres de la famille Samsa (père, mère et fille) acceptent l'incident et réorganisent leur vie en fonction de ce fils/frère soudain devenu un poids. Les situations frisent l'absurde ou le grotesque (étapes de l'appropriation par Gregor de son nouveau corps d'insecte, les tentatives du père pour écraser son fils à coups de pommes, les rituels liés au ménage de la chambre de Gregor par la soeur...). Malgré un contexte inapproprié, le comique prend parfois le dessus dans certaines scènes... Les réactions des personnages sont pour certaines cocasses (cf. l'étrange manège de la femme de ménage) et le texte ne manque pas de décontenancer le lecteur...
    Ce récit surréaliste célèbre une écriture simple mais efficace qui a inspiré entre autres, des textes de la littérature japonaise comme par exemple, La dernière métamorphose de Keiichirô Hirano. Dans cet hommage rendu au monument littéraire de Kafka, Hirano raconte l'histoire d'un cadre japonais souffrant de hikikomori. A l'instar de cet ouvrage de Hirano, qui en passant n'est pas inoubliable, la métamorphose a durablement influencé la création littéraire. On notera d'ailleurs que les multiples thèmes abordés dans la nouvelle sont brillament exploités par Kafka. Je partage notamment la thèse de William Schnabel (Masques Dans le Miroir) selon laquelle le double métamorphique témoigne de la fascination et la répulsion pour cette forme monstrueuse. Chez Kafka, cette mutation qui mène inéluctablement à une fin misérable, traduirait selon Schnabel, un " rappel insolent de notre impermanence ". Il est évidemment bien d'autres sens à cette fiction mais finalement, quelles que soient les intentions prêtées au célèbre auteur tchèque, la magie opère. Et en dépit d'une traduction quelquefois maladroite pour la présente édition, la métamorphose, manifestation d'un esprit torturé, fait partie de ces lectures à ne manquer sous aucun prétexte.
    La colonie pénitentiaire
    Un officier zélé présente à un expert, juge des procédures judiciaires, la machine dédiée aux exécutions dans son pénitencier. Dernier défendeur de l'immonde instrument de torture, l'officier se désole de l'abandon progressif des pratiques imposée par l'ancien commandant. Cet engin conçu pour faire durer l'agonie du supplicié pendant 12 heures avant la mort effective, serait une création géniale. Dans une ultime tentative pour sauver l'hideuse machine, l'officier finalement vaincu par la décision de l'expert, décide de prendre la place du condamné... Ce texte dénote encore une fois l'esprit tortueux et cynique de Kafka. Voilà donc une nouvelle qui mérite d'être portée à la connaissance des lecteurs...

    Lien : http://livresacentalheure-alcapone.blogspot.fr/2013/01/la-metamorpho..
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    • Livres 4.00/5
    Par Philippe67, le 11 novembre 2012

    Philippe67
    Lire Kafka c'est toujours une avanture dans l'étrange, le non sens, le bizarre.. et pourtant on en sort toujours en se disant que tout ça c'est du réel.
    Un pauvre homme se voit évoluer et se métamorphoser au fur et à mesure qu'il se découvre il prend conscience qu'il est autre.
    de l'humour, du désespoir, une belle écriture avec plein d'imagination.
    Si vous n'avez jamais lu du Kafka commencez donc par la métamorphose!
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    • Livres 3.00/5
    Par aaahhh, le 07 août 2012

    aaahhh
    Pas étonnant que la terrible et dérangeante histoire de Gregor et de sa lente transformation en insecte soit devenu l'un des classiques les plus plébiscités : Sous des airs de science-fiction pure et malgré le sentiment d'inquiétante étrangeté qu'évoque en nous ce récit, ce roman nous touche peut-être plus près qu'on ne croit... Cet homme qui se réveille un jour en n'étant plus tout à fait lui-même et qui va petit à petit devenir une vermine, incapable de prendre soin de lui-même et haï par sa famille ne symboliserait-il pas en effet la chute dans la dépression, la monstruosité du regard des autres, la déshumanisation qui mène à la mort, le rejet de la différence, l'absurdité du monde... ?
    Plus de 130 analyses différentes de "La métamorphose" ont été recensées! C'est dire si ce récit allégorique est puissant pour avoir tant posé question et surtout pour avoir inspiré tant de réponses différentes. Je ne tiens pas à donner ici la 131ème interprétation, à vrai dire je ne m'en sens pas capable, mais je peux quand-même dire que j'ai été moi aussi fascinée par cette œuvre kafkaiesque et qu'elle m'a beaucoup fait réfléchir, et sans pouvoir l'expliquer, je me permettrais juste une question : Et si avec cette œuvre magistrale le grand Kafka ne cherchait qu'à nous mettre en garde : attention Messieurs Dames à la vie alentour, prenez soin de ce que vous êtes, de la vie que vous menez et de ceux qui vous entourent, car vous pourriez, qui sait, un beau matin, au sortir d'un rêve agité, vous éveiller dans votre lit en une véritable vermine....
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Citations et extraits

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  • Par Cielvariable, le 11 mai 2013

    « Ah, mon Dieu », songea-t-il, « quel métier fatigant j’ai
    choisi ! Jour après jour en tournée. Les affaires vous énervent bien
    plus qu’au siège même de la firme, et par-dessus le marché je dois
    subir le tracas des déplacements, le souci des correspondances
    ferroviaires, les repas irréguliers et mauvais, et des contacts
    humains qui changent sans cesse, ne durent jamais, ne deviennent
    jamais cordiaux. Que le diable emporte tout cela ! » Il sentit une
    légère démangeaison au sommet de son abdomen ; se traîna
    lentement sur le dos en se rapprochant du montant du lit afin de
    pouvoir mieux redresser la tête ; trouva l’endroit qui le
    démangeait et qui était tout couvert de petits points blancs dont il
    ne sut que penser ; et il voulut palper l’endroit avec une patte,
    mais il la retira aussitôt, car à ce contact il fut tout parcouru de
    frissons glacés.
    Il glissa et reprit sa position antérieure. « À force de se lever
    tôt », pensa-t-il, « on devient complètement stupide.
    L’être humain a besoin de son sommeil. D’autres
    représentants vivent comme des femmes de harem. Quand, par
    exemple, moi je rentre à l’hôtel dans le courant de la matinée pour
    transcrire les commandes que j’ai obtenues, ces messieurs n’en
    sont encore qu’à prendre leur petit déjeuner. Je devrais essayer ça
    avec mon patron ; je serais viré immédiatement. Oui sait, du reste,
    si ce ne serait pas une très bonne chose pour moi. Si je ne me
    retenais pas à cause de mes parents, il y a longtemps que j’aurais
    donné ma démission, je me serais présenté devant le patron et je
    lui aurais dit ma façon de penser du fond du coeur. De quoi le faire
    tomber de son comptoir ! Il faut dire que ce ne sont pas des
    manières, de s’asseoir sur le comptoir et de parler de là-haut à
    l’employé, qui de plus est obligé d’approcher tout près, parce que
    le patron est sourd. Enfin, je n’ai pas encore abandonné tout
    espoir ; une fois que j’aurai réuni l’argent nécessaire pour
    rembourser la dette de mes parents envers lui – j’estime que cela
    prendra encore de cinq à six ans –, je ferai absolument la chose.
    Alors, je trancherai dans le vif.
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  • Par Cielvariable, le 11 mai 2013

    Cela marcha d’ailleurs sans difficulté, et finalement la masse
    de son corps, en dépit de sa largeur et de son poids, suivit
    lentement la rotation de la tête. Mais lorsque enfin Gregor tint la
    tête hors du lit, en l’air, il eut peur de poursuivre de la sorte sa
    progression, car si pour finir, il se laissait tomber ainsi, il faudrait
    un vrai miracle pour ne pas se blesser à la tête. Et c’était le
    moment ou jamais de garder à tout prix la tête claire ; il aimait
    mieux rester au lit. Mais lorsque, au prix de la même somme
    d’efforts, il se retrouva, avec un gémissement de soulagement,
    dans sa position première, et qu’il vit à nouveau ses petites pattes
    se battre entre elles peut-être encore plus âprement, et qu’il ne
    trouva aucun moyen pour ramener l’ordre et le calme dans cette
    anarchie, il se dit inversement qu’il ne pouvait, pour rien au
    monde, rester au lit et que le plus raisonnable était de consentir à
    tous les sacrifices, s’il existait le moindre espoir d’échapper ainsi à
    ce lit. Mais dans le même temps il n’omettait pas de se rappeler
    qu’une réflexion mûre et posée vaut toutes les décisions
    désespérées. À de tels instants, il fixait les yeux aussi précisément
    que possible sur la fenêtre, mais hélas la vue de la brume matinale,
    qui cachait même l’autre côté de l’étroite rue, n’était guère faite
    pour inspirer l’allégresse et la confiance en soi. « Déjà sept
    heures », se dit-il en entendant sonner de nouveau la pendulette,
    « déjà sept heures, et toujours un tel brouillard. » Et pendant un
    moment il resta calmement étendu en respirant à peine, attendant
    peut-être que ce silence total restaurerait l’évidente réalité des
    choses.
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  • Par Cielvariable, le 11 mai 2013

    En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte. Il était sur le dos, un dos aussi dur qu’une carapace, et, en relevant un peu la tête, il vit, bombé, brun, cloisonné par des arceaux plus rigides, son abdomen sur le haut duquel la couverture, prête à glisser tout à fait, ne tenait plus qu’à peine. Ses nombreuses pattes, lamentablement grêles par comparaison avec la corpulence qu’il avait par ailleurs, grouillaient désespérément sous ses yeux. « Qu’est-ce qui m’est arrivé ? » pensa-t-il. Ce n’était pas un rêve. Sa chambre, une vraie chambre humaine, juste un peu trop petite, était là tranquille entre les quatre murs qu’il connaissait bien. Au-dessus de la table où était déballée une collection d’échantillons de tissus - Samsa était représentant de commerce - on voyait accrochée l’image qu’il avait récemment découpée dans un magazine et mise dans un joli cadre doré. Elle représentait une dame munie d’une toque et d’un boa tous les deux en fourrure et qui, assise bien droite, tendait vers le spectateur un lourd manchon de fourrure où tout son avant-bras avait disparu. Le regard de Gregor se tourna ensuite vers la fenêtre, et le temps maussade - on entendait les gouttes de pluie frapper le rebord en zinc - le rendit tout mélancolique. « Et si je redormais un peu et oubliais toutes ces sottises ? » se dit-il ; mais c’était absolument irréalisable, car il avait l’habitude de dormir sur le côté droit et, dans l’état où il était à présent, il était incapable de se mettre dans cette position.
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  • Par Cielvariable, le 11 mai 2013

    Il entendait d’abord se lever tranquillement et en paix,
    s’habiller et surtout déjeuner ; ensuite seulement il réfléchirait au
    reste, car il se rendait bien compte qu’au lit sa méditation ne
    déboucherait sur rien de sensé. Il se rappela que souvent déjà il
    avait ressenti au lit l’une de ces petites douleurs, causées peut-être
    par une mauvaise position, qui ensuite, quand on était debout, se
    révélaient être purement imaginaires, et il était curieux de voir
    comment les idées qu’il s’était faites ce matin allaient s’évanouir
    peu à peu.
    Quant au changement de sa voix, il annonçait tout simplement
    un bon rhume, cette maladie professionnelle des représentants de
    commerce, aucun doute là-dessus.
    Rejeter la couverture, rien de plus simple ; il n’avait qu’à se
    gonfler un peu, elle tomba toute seule. Mais la suite des opérations
    était plus délicate, surtout parce qu’il était excessivement large. Il
    aurait eu besoin de bras et de mains pour se redresser ; or, au lieu
    de cela, il n’avait que ces nombreuses petites pattes sans cesse
    animées des mouvements les plus divers et de surcroît impossibles
    à maîtriser. Voulait-il en plier une, elle n’avait rien de plus pressé
    que de s’étendre ; et s’il parvenait enfin à exécuter avec cette patte
    ce qu’il voulait, les autres pendant ce temps avaient quartier libre
    et travaillaient toutes dans une extrême et douloureuse excitation.
    « Surtout, ne pas rester inutilement au lit », se dit Gregor.
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  • Par Cielvariable, le 11 mai 2013

    « Avez-vous compris un traître mot ? » demandait celui-ci aux
    parents, « il n’est tout de même pas en train de se payer notre
    tête ? – Mon Dieu », s’écriait la mère aussitôt en pleurs, il est
    peut-être gravement malade, et nous sommes là à le tourmenter
    Grete ! Grete ! » À ce cri, la soeur répondit depuis l’autre chambre :
    « Maman ? » Elles se parlaient ainsi d’un côté à l’autre de la
    chambre de Gregor. « Tu vas tout de suite aller chercher le
    médecin. Gregor est malade. Vite, le médecin. Est-ce que tu as
    entendu Gregor parler, à l’instant ? – C’était une voix d’animal »,
    dit le fondé de pouvoir tout doucement, alors que la mère avait
    crié. « Anna ! Anna ! » lança le père en direction de la cuisine,
    depuis l’antichambre, en frappant dans ses mains, « allez tout de
    suite chercher un serrurier ! » Et déjà les deux filles traversaient
    en courant l’antichambre dans un frou-frou de jupes – comment
    avait fait Grete pour s’habiller si vite ? – et ouvraient bruyamment
    la porte de l’appartement. On ne l’entendit pas se refermer ; sans
    doute l’avaient-elles laissée ouverte, comme c’est le cas dans les
    maisons où un malheur est arrivé.
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