ISBN : B0000DON7V
Éditeur : Le Livre de Poche


Note moyenne : 3.77/5 (sur 35 notes) Ajouter à mes livres
Si, dans un pays étranger, on est témoin de pratiques qui paraissent contraires au bon sens et à la justice, que doit-on faire ? La question obsède l'explorateur invité à assister à la punition du soldat indiscipliné dans la colonie pénitentiaire. Bizarre est l'instrume... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par sentinelle, le 29 juillet 2008

    sentinelle
    J'avais envie de relire une œuvre de Kafka, et j'ai opté pour celle dont je me souvenais le moins. Et pour cause ! « La Colonie pénitentiaire et autres récits » me semble être de ceux qui résistent le plus à l'interprétation : incompréhension, absurdité, non-sens, nous restons perplexes face à tant de questionnements que suscite la lecture de ces récits.
    Ce recueil rassemble deux longues nouvelles (« La colonie pénitentiaire » et « Le terrier », inachevé), ainsi que des nouvelles plus courtes (« Un champion du jeûne », « Premier chagrin », « Une petite femme », « Joséphine la cantatrice ou le peuple des souris », « La taupe géante », deuxième récit inachevé).
    Attardons-nous un peu sur la première longue nouvelle donnant le titre du recueil !
    « La colonie pénitentiaire » nous raconte l'histoire d'un voyageur débarquant dans un camp pénitentiaire situé sur une île des tropiques. Il est invité par le nouveau commandant de l'île à assister à l'exécution capitale d'un soldat condamné à mort alors qu'il ne connaît pas sa sentence et qu'il n'a jamais été jugé pour son crime. Nous retrouvons le même procédé que celui mis en oeuvre dans « Le Procès », à ceci près que si le voyageur ne cautionne pas ce type de pratique et qu'il l'exprime ouvertement, il se garde bien d'intervenir en assistant très passivement au déroulement de la procédure.
    Il se trouve que la méthode d'exécution est déjà obsolète : machine de torture conduisant à la mort après plus de 12 heures de souffrance, elle fut inventée par l'ancien commandant de l'île afin de graver la faute sous forme de sentence dans la chair du condamné avant sa fin. L'officier en charge de cette procédure sent bien que le nouveau commandant désire se passer de cette pratique archaïque mais sa fidélité à son ancien chef le conduit à demander au voyageur de prendre sa défense lorsqu'il sera invité au conseil. Ce que le voyageur refuse, considérant également cette pratique barbare, sans pour autant la dénoncer par ailleurs. Déçu de cette non-intervention du voyageur, l'officier décide de prendre la place du condamné… et meurt de manière atroce lorsque la machine se mettra à se détraquer complètement, offrant ainsi une fin commune à la machine, à l'officier et à la méthode d'exécution. le voyageur quittera au plus vite l'île sans prendre la peine de se rendre au conseil avant son départ.
    Vous y comprenez quelque chose vous ? On cherche bien des explications : dénonciation des pratiques carcérales cruelles et d'une justice qui ne respecte pas les droits de l'homme, fidélité et soumission à l'ancienne autorité, non-intervention et passivité devant les faits réprouvés, indifférence au sort d'autrui, manque d'humanité… Un peu de tout cela à la fois sans que cela apporte une réelle compréhension du récit, qui semble nous narguer en se soustrayant à toute tentative d'interprétation un tant soit peu satisfaisante. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! Bref, autant abandonner toutes recherches explicatives et se contenter du récit en tant que tel, en acceptant qu'il nous échappe partiellement si pas totalement. Mais n'est-ce pas là le plus grand talent de Franz Kafka : se dérober ?
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    • Livres 4.00/5
    Par brigetoun, le 22 mars 2012

    brigetoun
    Bien entendu un texte prodigieux, dense, logique, horrible – Redécouvert à l'occasion et grâce à cette nouvelle traduction, au plus précis des mots, de Laurent Margantin.
    Au surplus, ne peux que reprendre, parce que dit mieux que ne le saurais, ces mots de François Bon :
    « C'est une fable. La Mécanique qui s'y décrit n'est pas une Mécanique folle. La folie est du côté des hommes. Mais ceux qui sont ici sont tout le contraire : le discours de la raison recouvre tout. Simplement, la raison de chacun ne correspond plus à celle des autres.
    Et puis il y a le corps. Quand l'officier prend la place du condamné, il nous dit que n'importe lequel d'entre nous pourrait se placer ici.
    Deleuze et tant d'autres ont parlé du châtiment qui s'écrit dans le dos du condamné, mais ne lui est lisible qu'à l'extrême fin, trop tard, dans le mouvement même qui le retourne et le détruit... »
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  • Par ljodoin, le 01 avril 2012

    ljodoin
    Une nouvelle traduction de Laurent Margentin chez Publie.net de ce récit de Kafka, je replonge. Toujours sidéré par cette écriture, ses thèmes, son regard jeté sur le monde et la Raison raisonnante. Un récit court, froid et efficace On assiste à la lente et longue exécution d'un soldat qui a commis une faute somme toute bénigne. le texte s'attache avec forces détails à la description de l'instrument de torture. Un récit traversé par les figures de la Loi, du Père, de la culpabilité, du châtiment et de l'auto-contrôle. Publié en 1919, ce texte n'a pas pris une ride, toujours d'actualité, moderne. Chemin faisant, allez bouquiner dans «la métamorphose» et «Bartleby» de Melville. Ces trois textes forment un beau triptyque sur la condition humaine. Des textes qui ont profondément marqué la littérature et la pensée. «À la colonie pénitentiaire» et «Bartleby» de la collection publie.net sont disponibles en version numérique dans la base de données des livres numériques des Bibliothèques de Montréal.
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  • Par LiliGalipette, le 19 avril 2010

    LiliGalipette
    Nouvelles de Franz Kafka.
    La colonie pénitentiaire - Un visiteur se voit présenter une machine de justice complexe. L'officier responsable du dispositif est fier comme un paon. le visiteur ne sait pas pourquoi il est là, ni qu'il est condamné, ni quelle est sa peine. le soldat présent sur place se contente d'obéir sans réfléchir. L'officier, quant à lui, croit en cette justice aveugle et cruelle. Pour prouver son amour et sa dévotion à la machine de justice, il se soumet lui-même à son action mortelle.
    Premier chagrin - Un trapéziste décide de ne veut plus vivre ailleurs que dans les airs, sur son engin de voltige. Quand il fait part de son désespoir à son impresario, ce dernier accède à sa requête. Mais il s'inquiète: quel chagrin son artiste volant peut-il bien dissimuler sous les hauteurs du chapiteau?
    Une petite femme - le narrateur fait part de sa relation ambigue avec une petite femme qui ne peut souffrir sa vue. sans savoir ce qui motive cette aversion à son égard, le narrateur endure les humeurs de cette maîtresse irascible.
    Un champion de jeûne - Un jeûneur desespère. Auparavant, son activité était admirée et lui-même très estimé. Aujourd'hui, plus personne ne s'intéresse à lui. Il peut enfin accomplir son rêve suprême: jeûner jusqu'au paroxysme de son art.
    Joséphine la cantatrice - On remarque Joséphine pour sa voix légère et envoûtante. Elle possède un talent rare qui fascine. Mais dans le monde où elle évolue, il faut travailler et la chanson n'est pas un métier.
    Le terrier - L'animal est obsédé par son terrier, c'est son oeuvre, son terrier. Aussi ne peut-il pas tolérer qu'un intrus vienne troubler sa quiétude.
    La taupe géante - L'apparition d'une taupe aux proportions extraordinaires fait naître des intérêts divers au sein d'une communauté.
    Je n'ai pas apprécié toutes les nouvelles avec la même intensité. Mais chacune d'elles touche un aspect de la nature humaine, dans sa folie, sa démesure, sa déchéance, sa faiblesse. A lire Kafka, on croirait que les humains sont avant tout des sujets d'expériences dont ils ne comprennent rien et dont ils subissent la complexe machinerie.
    Je me rappelle ne pas avoir aimé Le Château, du même auteur. Mais je conseille sans aucun doute la lecture de ce recueil à tout le monde.


    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/04/12/17626067.html
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  • Par roselia11, le 19 avril 2012

    roselia11
    Ce livre me laisse perplexe. Au début, on ne s'attend pas du tout à ce qui va suivre. Puis, on plonge dans la folie d'un homme admirant et argumentant pour la torture. Les explications ne sont pas si dures, elles restent à la surface et ne plonge pas dans l'horreur et le gore avec des détails plus poussés. Pourtant, avec ce genre de récit, l'auteur aurait pu largement pousser plus loin mais il est resté dans le « raisonnable » et à la place laisse travailler notre imagination. C'est captivant, ensorcelant. Mais malgré tout, c'est très court donc on n'a pas le temps de vraiment réagir et de prendre position. Et la fin… Je ne sais trop quoi penser de cette fin… Elle nous laisse sur nos interrogations, on se demande ce qu'il fallait comprendre et on repense à ce qu'on vient de lire… Bref, pour moi, elle est frustrante. Je pense que ce récit aurait pu être plus développé et qu'il aurait fait un superbe livre, dommage qu'il soit si court.
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Citations et extraits

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  • Par sentinelle, le 29 juillet 2008

    « L’explorateur semblait n’avoir déféré que par politesse à l’invitation du commandant qui l’avait prié de venir assister à l’exécution d’un soldat condamné pour indiscipline et outrages à un supérieur. L’intérêt de l’opération était d’ailleurs restreint dans cette colonie. On ne voyait dans la vallée, une cuvette de sable profonde entourés de pentes nues, on ne voyait là, outre l’officier et l’explorateur, que le condamné, un homme stupide à grande bouche, à la tête sale et aux cheveux crasseux, et un soldat portant la lourde chaîne d’où partaient les chaînes plus minces qui chargeaient les pieds, les chevilles et le cou du bagnard. Elles étaient reliées entre elles par d’autres chaînes. Le condamné avait d’ailleurs l’air si caninement résigné qu’il semblait qu’on eût pu le laisser courir en liberté sur les pentes et qu’il aurait suffi de siffler pour le faire venir à l’heure de l’exécution. »


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  • Par brigetoun, le 22 mars 2012

    Il était comme il avait été vivant ; on n’y décelait aucun signe de la rédemption promise ; l’officier n’avait pas trouvé dans la machine ce que tous les autres y avaient trouvé ; les lèvres étaient serrées, les yeux étaient ouverts, ils avaient l’expression de la vie, le regard était calme et convaincu, la pointe de la grande aiguille en fer sortait par le front.
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  • Par brigetoun, le 22 mars 2012

    Vous avez vu qu’il n’était pas facile de déchiffrer l’écriture avec les yeux ; mais notre homme, lui, la déchiffre avec ses plaies. Cela demande d’ailleurs beaucoup de travail ; il a besoin de six heures pour y arriver. C’est alors que la herse l’embroche tout entier et le jette dans la fosse où son corps éclate sur l’eau ensanglantée et le coton.
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  • Par brigetoun, le 22 mars 2012

    Si la procédure judiciaire à laquelle tenait l’officier était vraiment sur le point d’être supprimée – peut-être à la suite de l’intervention du voyageur, intervention que celui-ci ressentait comme un devoir –, alors l’officier faisait exactement ce qu’il devait faire ; à sa place, le voyageur n’aurait pas agi autrement.
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  • Par brigetoun, le 22 mars 2012

    Tout cela a été très simple. Si j’avais fait d’abord comparaître l’homme pour l’interroger, cela n’aurait généré que de la confusion. Il aurait menti, et si j’avais réussi à réfuter ses mensonges, il les aurait remplacés par des nouveaux, et ainsi de suite.
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