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Sylvain Ricard (Adaptateur) Maël (Adaptateur)
ISBN : 2756009083
Éditeur : Delcourt (2007)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 169 notes)
Résumé :
Si, dans un pays étranger, on est témoin de pratiques qui paraissent contraires au bon sens et à la justice, que doit-on faire? La question obsède l'explorateur invité à assister à la punition du soldat indiscipliné dans la colonie pénitentiaire. Bizarre est l'instrument du supplice, mais plus bizarre encore celui qui s'est appointé exécuteur, ce tortionnaire illuminé qui applique jusqu'à l'absurde la loi dont il se veut le serviteur. Le dénouement survient dans un ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Luniver
Luniver28 mai 2013
  • Livres 4.00/5
Un voyageur de passage est invité à examiner une colonie pénitentiaire, et plus particulièrement une exécution qui va bientôt avoir lieu. L'officier chargé de la visite est très fier d'exposer la machine chargée d'exécuter la peine : elle inscrit dans la chair du condamné le motif de la punition puis provoque la mort après de longues souffrances.
L'officier est pourtant fort inquiet pour l'avenir de ce système : mis au point par l'ancien commandant, il a depuis été remplacé par un nouveau qui n'apprécie guère la machine. Les pièces ne sont plus aussi vite remplacées qu'avant, les incidents se font de plus en plus nombreux, les rangs des détracteurs grossissent. Il supplie le voyageur d'en parler de manière positive pour assurer à la machine l'avenir radieux qu'elle mérite.
On peut interpréter le texte de différentes manières : critique des tortures et des exécutions judiciaires, de la passivité des exécutants qui obéissent sans broncher, ... Difficile de savoir précisément ce que voulait transmettre l'auteur. Kafka reste insaisissable !
Six autres nouvelles accompagnent ce texte, dont deux inachevées. J'ai particulièrement apprécié « Le terrier » : l'histoire d'un animal qui bâtit son terrier, met en place des protections, des pièges, répartit ses provisions. Pourtant, au lieu de le rassurer et de le tranquilliser, ces innovations l'angoissent : et si quelqu'un déjouait le piège ? Les provisions sont-elles correctement réparties ? Pourra-t-il se défendre en cas d'agression ? Cette obsession le pousse à sortir du terrier pour observer les alentours, mais le calme des lieux l'oppresse plus qu'une éventuelle présence. Et comment oser rentrer maintenant, au risque de montrer aux ennemis le chemin ?
Kafka a toujours le même effet sur moi : j'ai du mal à lire plus de dix ou quinze pages à la suite, et je suis forcé de prendre des pauses pour digérer ce que je viens de lire. Mais dix minutes plus tard, il faut absolument que j'y retourne, impossible de le laisser de côté trop longtemps !
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alberthenri
alberthenri02 novembre 2015
  • Livres 3.00/5
J'ai dans mes livres, "La colonie pénitentiaire" dans une édition de 1968 au "livre de poche".
Je commence avec cette précision, car il s'agit de la traduction d'Alexandre Vialatte.
Il existe de nouvelles traductions des œuvres de Kafka en français.
Ne lisant pas l'allemand, je ne suis pas à même de dire si elles sont meilleures que celles de Vialatte.
Je tenais simplement à préciser que c'est l'auteur auvergnat des "chroniques" chères à Pierre Desproges qui a fait connaitre au lectorat français l'écrivain viennois tourmenté devenu référentiel (son patronyme est devenu un adverbe).
J'ai le sentiment qu'on l'a un peu oublié....
Alors, peut-être, que les traductions récentes sont plus pointues (je le répète, je ne peux pas le dire!).
Mais ne soyons pas ingrats, et rendons ce très modeste hommage à Vialatte.
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JacobBenayoune
JacobBenayoune27 octobre 2013
  • Livres 5.00/5
Je parlerai ici exclusivement de la nouvelle principale, à savoir La colonie pénitentiaire.
On ne peut parler d'une oeuvre de Kafka sans parler plus de Kafka que de cette oeuvre. Les livres de Kafka sont comme des rêves: ils sont ouverts à mille interprétations et leurs personnages n'ont pas de passé clair, ils se trouvent dès le début dans une situation étrange et doivent la vivre.
Il s'agit cette fois d'un visiteur d'une colonie pénitentiaire qui découvre la pratique singulière de l'exécution de condamnés par une machine au résultat atrocement accompli. Or, on a besoin de l'avis favorable de ce visiteur pour que cette merveilleuse machine demeure. L'officier chargé des exécutions est le seul qui reste un fervent zélé de cette invention...
Il y a un proverbe qui décrit vraiment toute l'oeuvre de Kafka : " le malheur est parfois hilarant".
Rien n'égal l'atrocité de certains faits décrits et l'extravagance des idées nostalgiques de l'officier, ainsi que l'indécision du visiteur à faire face à cette pratique inhumaine, que la finesse et la précision avec lesquelles Kafka raconte des faits oniriques (avec beaucoup d'humour; surtout le condamné à mort naïf et gauche, et d'exactitude dans la description en détail de la machine...).
Je sais que ce qui nuit le plus à Kafka, c'est le mauvais goût des interprétations stéréotypées. On cherche à mettre le texte (malgré lui) dans le contexte qui nous plaît. Et si Franz ne voulait rien dénoncer, rien ironiser, juste nous produire une nouvelle magnifique comme lui-même aime les lire. Sans autre motif. En bref, cette nouvelle parle d'un système imposé, qui s'avère violent , les gens savent qu'il est inhumain et ne peuvent le changer car il y a toujours des zélateurs qui peuvent le défendre et qu'il est là depuis toujours..
Mais peut-on interpréter un rêve? On est charmé par cette vision et c'est tout.
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Charybde7
Charybde726 avril 2013
  • Livres 5.00/5
Glané pendant mes longues flâneries dans les brocantes normandes, ce recueil de nouvelles de Franz Kafka, publié par Gallimard en 1948, qui regroupe « La colonie pénitentiaire » (1919), quatre nouvelles parues en 1924 sous le titre de « le champion de jeûne », ainsi que deux récits inachevés, « le terrier » et « La taupe géante », portait en lui une odeur de bibliothèque poussiéreuse, mais le siècle écoulé depuis son écriture n'a pas imprimé la moindre ride sur la nouvelle éponyme « La colonie pénitentiaire ».
Texte visionnaire, cette nouvelle est un récit comme on en rencontre très peu, qui porte en lui une nouvelle interprétation à chaque relecture.
De passage dans une colonie militaire, sous les Tropiques, un voyageur, dont visiblement l'avis compte, est convié à assister à une exécution, la condamnation à mort d'un soldat prononcée dans des conditions de justice iniques. Cette exécution doit se faire au moyen d'une machine barbare, faisant subir un long supplice au condamné en inscrivant le motif de sa condamnation dans son dos, qu'il va déchiffrer avec ses plaies, juste avant de mourir. On découvre le déroulement du supplice par la description détaillée qui en est faite par l'officier exécuteur de la sentence, gardien de la machine et dernier partisan de cette barbarie dans la colonie. L'officier cherche ainsi à obtenir le soutien du voyageur pour que la machine soit maintenue en fonctionnement.
Métaphore de l'humanité, de la littérature ou du destin de Kafka lui-même -qui était à cette époque fiancé depuis deux ans à Felice Bauer et prisonnier de son obsession pour elle, des lettres quotidiennes qu'il lui adressait- ce texte ne cessera jamais de déployer ses sens.
« le voyageur se proposait de poser diverses questions, mais, à l'aspect de l'homme, il demanda simplement :
"Connaît-il la sentence ?
-Non", dit l'officier
Et il allait poursuivre immédiatement ses explications quand le voyageur l'interrompit :
"Il ne connaît pas sa propre sentence ?
-Non", répéta l'officier en s'arrêtant un instant comme pour permettre au voyageur de motiver plus précisément sa question.
Puis il dit :
"Il serait inutile de la lui faire savoir puisqu'il va l'apprendre sur son corps." »
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LiliGalipette
LiliGalipette19 avril 2010
  • Livres 4.00/5
Nouvelles de Franz Kafka.
La colonie pénitentiaire - Un visiteur se voit présenter une machine de justice complexe. L'officier responsable du dispositif est fier comme un paon. le visiteur ne sait pas pourquoi il est là, ni qu'il est condamné, ni quelle est sa peine. le soldat présent sur place se contente d'obéir sans réfléchir. L'officier, quant à lui, croit en cette justice aveugle et cruelle. Pour prouver son amour et sa dévotion à la machine de justice, il se soumet lui-même à son action mortelle.
Premier chagrin - Un trapéziste décide de ne veut plus vivre ailleurs que dans les airs, sur son engin de voltige. Quand il fait part de son désespoir à son impresario, ce dernier accède à sa requête. Mais il s'inquiète: quel chagrin son artiste volant peut-il bien dissimuler sous les hauteurs du chapiteau?
Une petite femme - le narrateur fait part de sa relation ambigue avec une petite femme qui ne peut souffrir sa vue. sans savoir ce qui motive cette aversion à son égard, le narrateur endure les humeurs de cette maîtresse irascible.
Un champion de jeûne - Un jeûneur desespère. Auparavant, son activité était admirée et lui-même très estimé. Aujourd'hui, plus personne ne s'intéresse à lui. Il peut enfin accomplir son rêve suprême: jeûner jusqu'au paroxysme de son art.
Joséphine la cantatrice - On remarque Joséphine pour sa voix légère et envoûtante. Elle possède un talent rare qui fascine. Mais dans le monde où elle évolue, il faut travailler et la chanson n'est pas un métier.
Le terrier - L'animal est obsédé par son terrier, c'est son oeuvre, son terrier. Aussi ne peut-il pas tolérer qu'un intrus vienne troubler sa quiétude.
La taupe géante - L'apparition d'une taupe aux proportions extraordinaires fait naître des intérêts divers au sein d'une communauté.
Je n'ai pas apprécié toutes les nouvelles avec la même intensité. Mais chacune d'elles touche un aspect de la nature humaine, dans sa folie, sa démesure, sa déchéance, sa faiblesse. A lire Kafka, on croirait que les humains sont avant tout des sujets d'expériences dont ils ne comprennent rien et dont ils subissent la complexe machinerie.
Je me rappelle ne pas avoir aimé le Château, du même auteur. Mais je conseille sans aucun doute la lecture de ce recueil à tout le monde.

Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/..
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Citations & extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
ervilervil28 février 2016
Oui, la herse, dit celui-ci, le nom convient. Les aiguilles sont disposées en herse, et puis l'ensemble se manie comme une herse, quoique sur place et avec bien plus de savoir-faire. Vous allez d'ailleurs tout de suite comprendre. Là, sur le lit, on fait s'étendre le condamne.-Je vais d'abord, n'est ce pas, d'écrire l'appareil, et ensuite seulement je ferai exécuter la manoeuvre. Comme cela, vous pourrez mieux la suivre. Et puis il y a dans la traceuse une roue dentée qui est usée;elle grince très fort,quand ça marche;et alors on ne s'entend presque plus;les pièces détachées sont hélas fort difficiles à se procurer,ici Donc,voilà le lit,comme je le disais. Il est entièrement recouvert d'une couche d'ouate; à quelle fin, vous le saurez bientôt. Sur cette ouate, on fait s'étendre le condamné à plat ventre et, naturellement, nu; voici pour les mains, et là pour les pieds, et là pour le cou, des sangles qui permettent de l'attacher. Là, à la tête du lit, à l'endroit où l'homme à plat ventre, comme je l'ai dit,doit poser le visage tout de suite,se trouve cette protubérance rembourrée qu'on peut aisément régler de telle sorte qu'elle entre exactement dans la bouche de l'homme. Ceci afin d'empêcher les cris et les morsures de la langue. Naturellement, l'homme est contraint de prendre ça dans sa bouche, sinon il a la nuque brisée par la sangle qui lui maintient le cou.
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LuniverLuniver25 mai 2013
Ceci dit, cette petite femme est très mécontente de moi. Elle a toujours quelque critique à m'adresser, je la blesse sans cesse, je l'irrite à chaque pas. Si la vie pouvait se diviser en particules microscopiques que l'on jugeât isolément, il ne serait atome de la mienne qui ne lui fît pousser des cris.
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LuniverLuniver26 mai 2013
De plus – c'est peut-être assez sot, mais il faut dire la vérité – l'amour-propre souffre toujours quand on ne voit pas ses provisions en un seul tas, quand on ne peut pas embrasser d'un seul coup d'œil tout ce qu'on possède.
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raynald66raynald6606 décembre 2013
L’officier, lui, s’était tourné vers la machine. S’il était déjà clair auparavant qu’il la comprenait bien, la façon dont maintenant il la maniait et dont elle lui obéissait avait quasiment de quoi vous sidérer.Il n’avait fait qu’approcher sa main de la herse, et elle monta et descendit plusieurs fois jusqu’à atteindre la bonne position pour l’accueillir ; il ne saisit le lit que par son rebord, et déjà il se mettait à vibrer ; le tampon vint au-devant de la bouche de l’officier, on vit que celui-ci n’en voulait pas vraiment, mais son hésitation ne dura qu’un instant, il se soumit bien vite et prit le tampon dans sa bouche.
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nunux34nunux3407 octobre 2012
Pour la première fois, la face du condamné exprimait vraiment la vie. Était-ce la vérité ? Était-ce, de la part de l'officier, un caprice peut-être passager ? Était-ce le voyageur étranger qui avait obtenu sa grâce ? C'était quoi ? Voilà ce que semblait demander cette face. Mais pas longtemps. Quoi que ce fût, l'homme voulait être libre pour de bon, si on l'y autorisait, et il se mit à se secouer autant que le permettait la herse.
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