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ISBN : 2070378403
Éditeur : Gallimard (1987)


Note moyenne : 3.97/5 (sur 1206 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Le jour de son arrestation, K. ouvre la porte de sa chambre pour s'informer de son petit-déjeuner et amorce ainsi une dynamique du questionnement qui s'appuie, tout au long du roman, sur cette métaphore de la porte. Accusé d'une faute qu'il ignore par des juges qu'il ne... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 13 octobre 2014

    Nastasia-B
    Le Procès est une sorte de farce douce-amère à visée philosophique. Franz Kafka n'est pas si loin, avec son Procès, de l'esprit de Voltaire et cette farce pince-sans-rire nous pose, avec beaucoup de gravité, les deux questions suivantes :
    Qu'est-ce que la culpabilité ?
    Qu'est-ce que la loi ?
    De mon point de vue, on s'inscrit pleinement dans une démarche philosophique, même si le versant de satire sociale ne peut être exclu.
    Le Procès met mal à l'aise. C'est voulu. Il nous oblige à prendre position. C'est voulu également.
    Nul ne peut prétendre avoir tout compris, tout vu, tout senti de cette œuvre tellement particulière. Sur cent lecteurs du Procès, vous aurez cent (voire plus) interprétations fort différentes des mêmes passages.
    Cela vient pour une part de l'écriture même de Kafka, une sorte d'écriture onirique, qui s'apparente à la réalité, sans jamais en être, exactement comme dans le processus mystérieux de nos rêves ou de nos cauchemars. Des situations occlusives, obstruées, sans issue, loufoques, où l'on est tombé en croyant dur comme fer avoir gardé de contrôle de bout en bout et d'où l'on sort, sans davantage savoir pourquoi ni comment.
    Cela provient aussi de l'histoire propre et de la genèse de l'œuvre, non achevée, non destinée à être publiée en l'état et d'ailleurs publiée contre l'avis même de l'auteur qui, mourant, s'était opposé à la publication de ses travaux en cours. Certains liens peuvent donc sembler manquer, mais ce n'est absolument pas dommageable pour la lecture car l'un des effets d'écriture de Kafka est justement de distiller adroitement des informations incohérentes ou non corrélées qui sèment le trouble à dessein.
    Nous voici donc aux prises avec un homme, Joseph K., fondé de pouvoir dans une banque, qui, un beau matin, voit arriver chez lui deux gaillards, qui lui stipulent qu'il est arrêté. Lui est innocent, du moins, c'est ce qu'il dit. Mais l'est-il vraiment ? Pour quel motif est-il arrêté ? Nul ne le dit, mais " La Loi ", le sait, et ses voies sont impénétrables, elles aussi. Son procès commence mais nul ne sait où, pourquoi ni comment, ni sur quels documents ni qui en sont les acteurs judiciaires.
    Franz Kafka décrit le lent processus d'aliénation mentale que crée cette situation d'incertitude, de non-dits, d'annonces contradictoires, d'attentes interminables confrontées aux démons de la solitude.
    On a, après la mort de Kafka et à la lueur des événements survenus dans les grandes dictatures communistes, interprété le Procès comme prémonitoire à ce genre d'excès. Ce n'est pas le parti que je prends, et je crois qu'on a beaucoup surinterprété certains aspects du roman en en occultant d'autres, même si je comprends le parti pris politique et le trouve défendable.
    Je crois surtout qu'on néglige beaucoup l'humour contenu dans cette œuvre bien que, de prime abord, elle ne viennent pas tout de suite à l'esprit comme un livre drôle, et pourtant. de même, on n'interprète pas ou peu, ou dans un sens bien obscur, le rôle et le comportement des femmes dans le Procès.
    Pourquoi quasiment toutes les femmes plus ou moins désirables s'amourachent-elles toutes de K. lorsqu'il est accusé et ne semblaient-elles pas le faire avant ? L'une d'elle, Leni, fournit une explication peu plausible qui nous questionne furieusement : " Lorsqu'un homme est arrêté et accusé, il devient plus beau. " Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Que cherche à nous dire Kafka ? Peu loquace sont les commentateurs sur ce point...
    Non, ce qui a retenu l'attention c'est surtout le questionnement d'ordre métaphysique que propose Kafka, et c'est vrai que là, c'est du lourd. Dans l'une des scènes, K., pour assurer sa défense, s'ingénie à rechercher toutes les actions qu'il a commises avant son arrestation.
    Ce passage en particulier me paraît très intéressant car qui, parmi les innocents que nous sommes ou que nous croyons être, peut regarder l'ensemble de ce qu'il a fait et se dire qu'il n'a jamais été coupable de quoi que ce soit envers qui que ce soit ?
    L'autre axe fort du roman, notamment au travers du seul chapitre publié du vivant de l'auteur, Dans La Cathédrale, qui met en scène la parabole du gardien et de la forteresse Loi, nous interpelle sur ce qu'est la loi. La loi dit-elle toujours la vérité ? Prend-elle toujours le parti du juste ? Qui fait la loi ? Pour qui ? Qui connaît la loi ? etc. Autant de questions qu'il est troublant de se poser et que le Procès nous oblige à nous poser.
    Je ne peux pas dire que la lecture m'ait toujours enthousiasmée mais il est indubitable que ce livre nous questionne jusques aux tréfonds de nous-même avec une force suffisamment rare pour être qualifiée d'exceptionnelle. Si vous ne vous sentez pas le courage de lire tout ce livre, les deux chapitres vraiment très forts, que je vous conseille absolument, pour des raisons différentes, sont celui intitulé Début de L'Instruction et celui intitulé Dans La Cathédrale.
    En somme, tout ceci concourt à faire de ce livre bizarre, dérangeant, iconoclaste un incontournable, mais tel n'est là que mon avis, ne m'en faites pas procès car il ne signifie sans doute pas grand-chose.
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    • Livres 4.00/5
    Par fredho, le 19 juillet 2013

    fredho
    « le procès » à sa lecture provoque un sentiment de malaise, une même sensation indicible que l'on éprouve lorsque l'on fait ce fameux cauchemar de courir sur place sans jamais avancer.
    Un beau matin Joseph K., employé de banque est arrêté et accusé pour des faits non évoqués. Resté libre, M.K., ignorant les lois et dépassé par la situation, va chercher à s'innocenter tout en ne sachant pas de quoi il est accusé.
    En même temps que le personnage, le lecteur se voit plonger dans une sorte de quatrième dimension, la situation devient complètement irrationnelle et pour le coup, angoissante et inquiétante. Au début frustré de ne pas connaître les accusations, nous finissons par oublier le pourquoi de l'arrestation et suivons l'enquête que mène Joseph pour se faire acquitter. A chaque porte qu'il franchit, il se voit confronter constamment au tribunal, chaque personne qu'il rencontre fait partie du tribunal, au fur et à mesure tout devient imperceptible et incompréhensif, et la fin tragique nous procure étrangement un assez lâche soulagement.
    J'avoue ne pas avoir tout saisi de cette histoire de procès, mais c'est un livre marquant que je ne suis pas prête d'oublier.
    J'ai visionné le film « le procès » d'Orson Welles pour en comprendre davantage le sens, l'adaptation est assez conforme au livre et j'ai été éclairée sur certains points mais je n'ai pas ressenti ce malaise constant que j'ai ressenti pendant la lecture « le procès ».
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    • Livres 5.00/5
    Par cricri2025, le 20 mars 2013

    cricri2025
    Voilà un monument auquel je ne m'étais jamais attaqué. C'est désormais chose faite, et ce, en une après-midi...
    Que dire ?? IL FAUT LIRE CE LIVRE !! Les mots me manquent tellement j'ai été surpris par ce roman, qui est à la hauteur de sa réputation !
    C'est l'histoire d'un homme que l'on vient arrêter chez lui, mais qui ignore totalement, et qui ignorera tout au long du roman, les raisons de son arrestation !!
    Ce roman est une satire criante de notre société, son fonctionnement, sa justice, les rapports avec ses magistrats, ses policiers, toute cette bureaucratie jugée lourde par le commun des mortels... dont Joseph K., le personnage principal fait partie.
    "Dans ces conditions, la défense est naturellement dans une position très défavorable et délicate. Mais c'est à dessein, là encore. Il faut vous dire que la défense n'est pas à proprement parler autorisée par la loi, mais seulement tolérée ; encore tout le monde n'est-il pas d'accord sur l'interprétation des textes législatifs qu'invoquent les partisans de cette tolérance."
    C'est le premier livre de F. Kafka que je lis et franchement j'adore. Je me suis totalement retrouvé dans sa façon d'écrire et même sa logique (je ressentais l'état d'esprit exact que l'auteur décrivait dans certaines situations)
    Bref, Kafka est un maître dans l'art de coucher sur papier les sentiments humains ! Ce livre en est le parfait exemple.
    Certaines situations sont, il est vrai, totalement absurdes, loufoques, "kafkaïennes", mais elles sont parfaitement intégrées au roman et amènent la touche symbolique parfaite que l'auteur veut bien leur donner (la composition du tribunal, le bien? le mal?, le prêtre moralisateur, les bureaux de greffe, mais aussi la méthode...étrange? de l'avocat).
    "- Ne te soucie de personne, dit l'avocat, et fais ce qui te semble juste.
    - Certainement, dit Block.
    On avait le sentiment qu'il cherchait à se donner courage. Avec un bref coup d'œil de côté, il s'agenouilla tout près du lit et dit :
    - Me voici à genoux, mon Avocat.
    Mais l'avocat se taisait. D'une main, le négociant caressait prudemment l'édredon.."
    Le "must" de l'absurde réside dans la scène de flagellation des gardiens dans le placard !! Un bijou !!
    Parfois on se demande, qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? (notamment la métaphore de la loi et son gardien ... où j'ai repris la lecture maintes fois je l'avoue)
    Bref, les dialogues sont exquis et je l'ai déjà dis, retranscrivent parfaitement les états d'esprits à un temps T. Je comprends pourquoi M. Kundera est un amateur de Kafka.
    "- C'est la Justice, dit enfin Titorelli.
    - Maintenant je la vois, dit K. ; voici le bandeau sur les yeux, et voici la balance. Mais est-ce qu'elle n'a pas des ailes aux pieds, est-ce qu'elle n'est pas en train de courir ?
    - Oui, dit le peintre, cela faisait partie de la commande : une Justice qui fût en même temps déesse de la Victoire.
    - Cela se combine mal, dit K. en souriant. La Justice doit être immobile, sinon sa balance vacille et il ne peut plus y avoir de jugement équitable."
    "- Avez-vous entendu parler d'acquittements prononcés dans le passé ?
    - On dit, répondit le peintre, qu'il y en aurait eu. Mais il est très difficile de s'en assurer. Les décisions définitives du tribunal ne sont pas rendues publiques, les juges eux-mêmes n'y ont pas accès, si bien que sur les affaires anciennes il ne court que des légendes."
    La version poche que j'ai, fait que l'on commence par le dernier acte donc la fin !! Je redoutais un peu cela, mais au final cela déclenche une certaine curiosité qui n'est pas retombée, même si l'on sait la fin de l'histoire.
    Bref, au sortir de ce livre, une conclusion : les voies légales sont impénétrables !!
    "On veut exclure la défense, autant que faire se peut ; tout doit reposer sur l'accusé. C'est un point de vue qui n'est pas mauvais, au fond ; mais ce serait une grave erreur d'en conclure que devant ce tribunal un accusé n'a pas besoin d'avocats. Au contraire, aucun autre tribunal ne rend leur présence aussi nécessaire. C'est qu'en général la procédure y reste secrète non seulement pour le public, mais aussi pour l'accusé."
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    • Livres 4.00/5
    Par jwpack, le 05 décembre 2010

    jwpack
    La fine limite du réel
    Un matin, Joseph K. est arrêté. Qui l'accuse ? De quoi ? Quand aura lieu son procès ? À ces questions, une réponse implacable: "C'est la loi." L'erreur est donc impossible. Ainsi, lentement, au rythme de l'administration, la vie de K. tourne au cauchemar. Avocats désabusés, juges peu scrupuleux, tribunal déserté... la justice n'est plus qu'absurdité, simulacre d'une liberté déjà perdue.
    En lisant ce résumé, nous sommes tout de suite portés à penser qu'il s'agit d'un roman policier. Ce classique chef-d'œuvre n'en est pas un. Nous pourrions même le classer comme roman psychologique puisqu'il nous met constamment en réflexion face à nous-mêmes. Il s'agit donc d'introspection grâce à un bouquin qui tend vers le fantastique.
    Qu'est-ce que la liberté et la loi? Qui sont véritablement les juges de notre société ? Ne sont-ils pas partout ? Ne sont-ils pas nos voisins et amis ? Car, un jugement est définitif. Nous sommes tous juges ainsi que victimes.
    Franz Kafka écrit d'une plume très accessible et navigue entre le réel et l'imaginaire d'une façon de maître. L'acteur principal ouvre une porte située dans une chambre, il est immédiatement dans les bureaux d'administration de la justice. Ne voilà t-il pas une forte image que la justice est partout ? Peut-elle être oppressante et omniprésente à ce point ?
    Nous sentons dans ces lignes une angoisse profonde, une douleur interne par l'écrivain. Un cercle qui gravite infiniment. Plus l'action avance, plus nous nous retrouvons au point de départ. Ce sentiment est figé dans le livre. Plus K. (le héros) tente de se sortir du pétrin, plus il s'engouffre.
    Ce bouquin est inachevé. Il n'aurait même pas dû être publié, selon les désirs de Kafka. Par chance, Max Brod, son ami, ne l'a pas écouté. Un pur délice pour l'intellect.
    Point négatif ? Il vous faudra mettre de côté les notions de romans ayant une structure intro-intrigue-dénouement. Ici, c'est tout autre chose. Pas accessible à qui veut, mais vaut la peine que vous tentiez l'expérience.
    Ma note: 4 étoiles sur 5
    James W. Pack 
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    • Livres 5.00/5
    Par JacobBenayoune, le 09 novembre 2013

    JacobBenayoune
    L'une des choses les plus nuisibles à notre cher Kafka est l'interprétation toute faite. Le plaisir que prennent certains à coller des étiquettes du genre roman philosophique, ou roman à thèse aux œuvres de Kafka et surtout ce fameux roman "Le Procès".
    Ainsi, je vais vous présenter comment j'ai lu "Le Procès" de Kafka.
    D'abord, Le Procès est la description minutieuse d'un cauchemar. Un personnage se retrouve tout-à-coup, et malgré lui, dans une situation qu'il ne peut changer, il visite des lieux étranges, prend à la légère sa situation délicate, rencontre des filles à son chemin et ces dernières tombent dans ses bras facilement. Il est au centre de tout ce qui se passe, tout le monde le connait et l'épie curieusement! Les circonstances les plus sérieuses se marient aux plus burlesques, et Kafka continue son majestueux travail de narrateur qui se joue de son lecteur en affectant le sérieux. Comme dans un cauchemar, on est hanté par une force majeure qui nous conduit là où elle veut, ici la force d'un tribunal que le personnage ne peut que s'y soumettre minablement. Comme dans un cauchemar, les lieux sont étranges; un tribunal qui n'a rien d'un établissement réel.
    Ensuite, Le Procès doit se lire comme un roman! Un roman original qui s'inscrit dans l'histoire littéraire du roman et non dans l'histoire des idées. Kafka n'est pas un philosophe, ni un moraliste. Aussi ne faut-il chercher ici ni satire de totalitarisme, ni critique de l'injustice, ni représentation de la bureaucratie, ni une leçon de morale contre la sexualité et l'indifférence de K. (du moins à mon avis). Le Procès est une oeuvre littéraire et s'explique par la littérature. Un roman qu'on lit avec passion; on suit ce Joseph K. (non pas Kafka, mais (K)auchemar) et par la magie kafkaïenne (et non pas kafkologique, en référence à ces clichés qui tournent autour du "personnage" de Kafka) on prend au sérieux certains événements, et l'on croit que les choses suivent un cours logique (surtout les comportements de K. vis-à-vis son procès et son accusation et les remarques des autres personnages et leurs conseils). Mais le récit n'est pas qu'angoisse et malaise (partagés entre lecteur et héros), K. trouve des moments d'évasion pour oublier un instant son procès omniprésent; avec cette scène où il voit pour la première fois le lieu où va se passer son procès, ces hommes, ces femmes et cette petite fille, cette scène d'amour burlesque au cours de l'audience! et ses flirts avec les filles.
    Par ailleurs, on constate la solitude de K. au milieu de cette foule de personnages qui ne peut l'aider, son indécision voire contradiction, sa révolte secrète (étouffée avant de se montrer) et sa condition pitoyable. Et ainsi comme dans "Le Désert des Tartares" le temps passe et l'affaire devient plus difficile jusqu'à l’ultime fin qui atteint le sommet de l'ironie dans l'attitude de K.
    Si on veut parler de scènes intéressantes il faut citer tout le roman! Kafka a cet art de présenter le monde en rêve, en métaphore onirique!
    Mais chacun peut y voir ce qu'il veut en tant que lecteur et opter pour toutes ces interprétations qui pullulent partout (au détriment du sympathique Kafka et au bonheur des kafkologues).
    P.S. L'un des meilleurs livres sur Kafka est celui de Kundera "Les testaments trahis".
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Citations et extraits

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  • Par CDemassieux, le 16 octobre 2014

    "Comme un chien!" dit-il, c'était comme si la honte dût lui survivre.

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  • Par Nastasia-B, le 30 juin 2012

    K. (...) ne tenait plus maintenant à ce que tout le monde applaudisse, il lui suffisait que la conscience générale soit alertée et médite l'affaire et que, de temps en temps, quelqu'un soit emporté par son éloquence. Il enchaîna sur cette idée en disant :
    - Je ne recherche pas un succès oratoire. Monsieur le juge d'instruction parle sans doute bien mieux, cela fait partie de son métier. Ce que je veux, c'est qu'il soit parlé publiquement du mauvais fonctionnement d'un service public. Écoutez ceci : j'ai été arrêté voilà dix jours environ. (...) On m'est tombé dessus au petit matin quand j'étais encore au lit ; peut-être avait-on l'ordre d'arrêter quelque artiste-peintre aussi innocent que moi, mais c'est tombé sur moi. La pièce voisine de ma chambre a été occupée par deux gardiens grossiers. Si j'étais un dangereux malfaiteur, on n'aurait pas pu prendre de plus grandes précautions. De plus, ces gardiens étaient des canailles dépravées, qui m'ont rebattu les oreilles pour que je leur graisse la patte, qui ont cherché à me subtiliser sous de fallacieux prétextes mon linge et mes vêtements, qui ont prétendu m'extorquer de l'argent pour me procurer un petit déjeuner, alors qu'ils venaient sous mes yeux de s'approprier froidement le mien. Mais ce n'est pas tout. On m'emmena dans une troisième pièce, devant un inspecteur. C'était la chambre d'une dame pour qui j'ai beaucoup d'estime et je n'ai pu empêcher qu'à cause de moi, mais non par ma faute, cette chambre soit en quelque sorte souillée par la présence de ces gardiens et de cet inspecteur. Il n'était pas facile de garder son calme. J'y suis néanmoins parvenu et j'ai demandé à l'inspecteur (...) pourquoi j'étais arrêté. Que croyez-vous qu'ait répondu cet inspecteur, que je vois encore comme s'il était devant moi, installé sur la chaise de ma respectable voisine comme une vivante image de l'arrogance la plus stupide ? Eh bien, messieurs, il n'a au fond rien répondu ; peut-être qu'il ne savait vraiment rien ; il m'avait arrêté et cela lui suffisait.
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  • Par Nastasia-B, le 21 septembre 2012

    - D'aucuns disent en effet que cette histoire ne donne à personne le droit de porter un jugement sur le gardien. Quelles que soient les apparences, il est tout de même un serviteur de la Loi, il participe donc de la Loi, il échappe donc au jugement humain. Il ne faut pas croire, alors, que le gardien soit subordonné à l'homme. Être lié par sa fonction, comme il l'est, ne serait-ce qu'à l'entrée de la Loi, c'est incomparablement plus que de vivre libre dans le monde. L'homme ne fait qu'arriver vers la Loi, le gardien y est déjà. C'est la Loi qui lui assigne son service, et douter de sa dignité reviendrait à douter de la Loi.
    - Je ne souscris pas à cette opinion, dit K. en secouant la tête, car si l'on s'y rangeait, il faudrait tenir pour vrai tout ce que dit le gardien. Or cela n'est pas possible, tu l'as toi-même démontré tout au long.
    - Non, dit le prêtre, on n'a pas à tenir tout pour vrai, on a seulement à le tenir pour nécessaire.
    - Triste opinion, dit K. ; c'est le mensonge érigé en loi de l'univers.
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  • Par Nastasia-B, le 18 juin 2012

    Il ne fait pas de doute que tous les agissements de ce tribunal (ainsi, dans mon cas, l'arrestation et la présente instruction) dissimulent une vaste organisation. Une organisation qui n'emploie pas seulement des gardiens corrompus, des inspecteurs et des juges imbéciles dont le mieux qu'on puisse espérer est qu'ils soient modestes, mais qui entretiennent de surcroît des magistrats de haut rang, voire du plus haut rang, avec tout un train innombrable et inévitable d'huissiers, de greffiers, de gendarmes et autres subalternes, peut-être même des bourreaux, je n'ai pas peur du mot. Or quel est, messieurs, le sens de cette vaste organisation ? C'est d'arrêter des personnes innocentes et d'engager contre elles des procédures absurdes et généralement (...) sans résultat. Face à une telle absurdité de tout l'appareil, comment éviter que tous les fonctionnaires succombent à la pire corruption ? C'est impossible, le premier magistrat de la hiérarchie n'y parviendrait même pas pour son propre compte. Voilà pourquoi les gardiens cherchent à dépouiller de leurs vêtements les personnes arrêtées, pourquoi les inspecteurs pénètrent par effraction chez des inconnus, pourquoi des innocents, au lieu d'avoir droit à un interrogatoire, sont traînés dans la boue devant des assemblées entières. Les gardiens ont seulement parlé de dépôts où l'on placerait ce qui appartient aux personnes emprisonnées, je serais curieux de voir ces dépotoirs où pourrissent les fruits d'un labeur acharné, quand ils ne sont pas dérobés par des employés voleurs.
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  • Par Nastasia-B, le 27 juin 2012

    K. ne voulut pas être impoli ; le peintre s'était vraiment occupé de lui, il avait promis de continuer à l'aider, et l'étourderie de K. avait fait qu'on n'avait même pas parlé de la façon dont cette aide serait rémunérée. K. ne pouvait donc pas rembarrer le peintre maintenant, il se laissa donc montrer le tableau, bien qu'il tremblât d'impatience de quitter cet atelier. Le peintre tira de sous le lit un tas de toiles non encadrées. Elles étaient couvertes d'une telle poussière que, quand Titorelli souffla dessus, ce fut un nuage qui tourbillonna devant les yeux de K. et lui coupa le souffle pour un moment.
    - C'est un paysage de landes, dit le peintre en tendant à K. le premier tableau.
    Cela représentait deux arbres malingres, plantés sur une prairie sombre loin l'un de l'autre. Au fond, il y avait un coucher de soleil de toutes les couleurs.
    - C'est bien dit K., j'achète.
    Il n'avait pas fait exprès d'être aussi peu expansif et il fut rassuré que le peintre, loin de le prendre mal, tire d'en dessous un deuxième tableau.
    - C'est le pendant du premier, disait-il.
    Cela voulait peut-être en être le pendant, mais on n'y voyait pas la moindre différence : mêmes arbres, même prairie, même coucher de soleil. Mais K. ne s'en souciait guère.
    - Ce sont de beaux paysages, dit-il, j'achète les deux et je les accrocherai dans mon bureau.
    - Le sujet a l'air de vous plaire, dit le peintre en en sortant un autre. Cela tombe bien : j'en ai encore un du même genre.
    Mais il n'était pas du même genre, il était la copie exacte du même paysage de landes.
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Une adaptation de "Devant la Loi". Auto-production réalisée en 2012 avec Denis Llorca et Antoine Reyes, musique de Stephane Bourquin.











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