> Dominique Laure Miermont (Traducteur)
> Jacques Miermont (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
> Marc Lizano (Illustrateur)

ISBN : 2842056671
Éditeur : 1001 Nuits (2002)


Note moyenne : 4/5 (sur 11 notes) Ajouter à mes livres
Le Terrier, l'une des dernières nouvelles écrites par Franz Kafka (1883-1924), est celle où se mêlent avec le plus de violence l'issue inexorable d'une destinée tragique et une extraordinaire distanciation comique. L'humour noir atteint ici un paroxysme. Un troglodyte n... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 5.00/5
    Par blogbleu, le 06 octobre 2010

    blogbleu
    Le terrier nous plonge dans les pensées d'un petit animal, une sorte de petit carnivore fouisseur, une taupe sans doute ou un animal approchant, doté d'une paranoïa démesurée, qui l'a conduit à construire un terrier immense, une sorte de royaume souterrain composé de dizaines de galeries, long de plusieurs centaines de mètres, et protégé comme une place forte.
    Il erre dans les galeries qu'il a construite à la force de son front ; se love dans les petites places qu'il a institué ; interdit à tous l'entrée, sous peine de mort ; surveille ses réserves, les réorganise, les désorganise pour avoir le plaisir de les ranger après. Sort parfois, et observe son terrier de l'extérieur.
    Mais au fond de lui règne une crainte, une menace. Son terrier est en danger, il en est sûr. Un jour, ces galeries si douillettes seront le théâtre d'une lutte à mort contre ceux qui veulent le tuer. Comment arriveront-ils ? Combien seront-ils ? Pourra-t-il s'entendre avec eux ?
    Au sein de cette paix sereine, le drame se joue déjà dans la tête du narrateur, et détruit tout ce qu'il peut y avoir de paisible dans cette vie.
    J'ai vraiment adoré ce court récit, d'un bout à l'autre. Je découvre Kafka - qui me faisait peur, j'avoue - mais je suis sidérée par son talent ! Son style est d'une beauté extraordinaire, qui nous conduit de manière fluide dans les pensées du narrateur : tout s'enchaine naturellement, et nous permet de découvrir l'ampleur de la folie de notre hôte.
    La description de la paranoïa est elle aussi splendide. A-t-il raison, a-t-il tort d'avoir peur ? Nous voudrions croire qu'il se trompe, que sa folie est sans objet, mais parfois, nous aussi sommes touchés par ses angoisses : peut-être que ce bruit qu'on entend existe réellement ... Peut-être qu'un de ces monstres terrifiants va s'extraire de la terre sous ses pas ... Peut-être qu'il sentira un jour les crocs d'un prédateur se refermer sur sa patte arrière.
    Et alors, on revoit l'ensemble du livre d'une autre manière, on comprend notre petite boule de poil, on partage ses angoisses. Puis la raison revient : que risque-t-il ? Qui voudrait de lui ? Et on plaint à nouveau sa folie.
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    • Livres 4.00/5
    Par laliseuse, le 18 octobre 2010

    laliseuse
    Le terrier est une nouvelle inachevée, l'un des derniers écrits de Kafka. Etrange, très étrange nouvelle.
    Une petite bête dont on ne connaît pas trop la nature a construit un terrier pour se protéger des ennemis potentiels. Ce terrier est un véritable labyrinthe constitué de multiples galeries, de ronds-points et d'une place forte. le narrateur (la petite bête) a peur en permanence de l'attaque, sauf que personne ne vient jamais ! le moindre bruit lui fait peur, le sommeil l'angoisse. Enfin bref, il en devient paranoïaque.
    A mon sens, le texte brut tel qu'il nous est livré est d'un intérêt moyen. Certes, Kafka sait très bien nous faire ressentir la quasi folie de son narrateur, le dédale dans lequel il s'est lui-même engouffré.
    Pour apprécier à sa juste valeur cette nouvelle il faut je pense aller un peu au-delà et mettre en parallèle la vie de l'auteur. Il semblerait que Le terrier puisse être interprété comme une nouvelle très autobiographique. Kafka se comparaît semble-t-il très souvent à une bête dans un terrier, en proie au désespoir. De même, l'ennemi dont il est sans cesse question dans cette nouvelle peut être interprété comme une métaphore de sa maladie, la tuberculose (dont il est mort) et qu'il avait coutume de nommer ainsi.
    Alors je reste convaincue que cet ouvrage est à réservé à ceux qui veulent aller un peu plus loin sur l'auteur ou qui connaissent déjà bien l'univers kafkaien, sinon, on risque de passer à côté !
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    • Livres 5.00/5
    Par BMR, le 03 décembre 2007

    BMR
    Un très beau texte en version intégrale.
    Ou presque puisqu'il s'agit d'une des dernières nouvelles de Franz Kafka, jamais achevée.
    Mais, dans l'esprit tortueux de Kafka, y'avait-il seulement une fin à ce texte qui tourne en rond comme tourne en rond la créature, mi-homme mi-bête, qui s'agite et s'affole dans son terrier ?
    Le discours obsessionnel de cette créature est vraiment hallucinant.
    Et ainsi pendant des pages et des pages, des jours et des jours, l'homme ou la bête tourne en rond dans son terrier, défaisant ceci, refaisant cela, améliorant ici, fortifiant là, ... cherchant à se protéger toujours mieux et toujours plus d'une hypothétique attaque ...
    Jusqu'à ce qu'un jour il entende un bruit inhabituel, un chuintement.
    Et voici l'homme ou la bête reparti à la recherche sans fin de la source de ce chuintement, un ennemi sans aucun doute, un prédateur à sa poursuite, ... à moins qu'il ne s'agisse peut-être que de l'écho de sa propre respiration ? Nous ne le saurons jamais et Kafka a emporté son secret dans son propre terrier.
    Un opuscule minuscule par la taille (quelques 60 pages sur 15 petits centimètres de hauteur) mais grand par la puissance du texte.
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    • Livres 3.00/5
    Par ericstorda, le 15 novembre 2010

    ericstorda
    "Je suis seul dans mes tunnels. C'est ma volonté. Pourquoi j'inviterais quelqu'un? Il m'en chasserait et garderait mon Œuvre pour lui seul. ha ça non! Je suis celui qui a créé ce terrier. Alors que c'était un simple trou, mes pattes en ont fait un havre de paix pour un être comme moi. Attention hein! J'ai multiplié les cul-de-sac et les fausses pistes. Si vous vous aventurez par ici, vous perdrez assurément. alors, pas la peine de me poursuivre.
    C'est vrai que parfois, j'aimerai ne plus être seul et profiter de mon terrier. mais il faut que je l'agrandisse toujours plus. Il faut que je le sécurise toujours plus. C'est un travail de tous les instants. Je n'ai pas une minute à moi... Mais c'est quoi ce bruit au dessus de moi? Quelque chose aurait trouvé une faille?..."
    Je suis amoureux! Et ce depuis plusieurs année.
    Je suis totalement amoureux de Fanz Kafka. Je l'ai découvert avec La métamorphose. Un pur chef d'oeuvre à travers lequel l'auteur dépeint la peur humaine de l'inconnu, et de l'autre. Il partait d'un postulat aberrant pour nous donner des leçons. Le terrier est dans la même veine (comme Joséphine la cantatrice ou le peuple des souriségalement par exemple). Ici, il est question d'un sentiment humain qui existe depuis toujours. Un sentiment qui a été poussé à son paroxysme à notre époque (le récit date de 1923 quand même). Ce simple sentiment est la propriété et la paranoïa qui en découle.
    En effet, notre héros, un animal apparemment..., a créé son tunnel et son terrier. Et il veut les défendre à tout prix. Sa paranoïa reste très théorique dans un premier temps. Mais très vite, il entend des petits bruits. Comme des pas dans un autre tunnel. La peur de perdre sa création devient un sentiment qui ne le lâche pas une seconde jusqu'à la fin. Quand je dis 'fin', je m'avance un peu puisqu'il s'agit d'un roman inachevé. mais, comme d'habitude avec Kafka, il se suffit en lui-même.
    Si vous voulez vous initier au style Kafka, n'hésitez pas à vous jeter sur cet ouvrage. Et si vous aimez, allez vers son Procès ou ses autres récits courts.

    Lien : http://artdelire.blogspot.com/
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Citations et extraits

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  • Par BMR, le 03 décembre 2007

    [...] Il me semble parfois dangereux de baser toute la défense dans la forteresse, car la diversité du terrier m'offre un très large éventail de possibilités, et il me paraît plus conforme à la prudence de disperser un peu les provisions et d'en pourvoir un certain nombre de petits ronds-points; je décide alors par exemple qu'un rond-point sur trois deviendra une réserve ou qu'un rond-point sur quatre sera une réserve principale et un sur deux une annexe, et autres calculs du même genre. Ou bien, en guise de manoeuvre de diversion, j'exclus totalement que certaines galeries puissent être garnies de provisions, ou bien je choisis au hasard un petit nombre de ronds-points, en fonction de leur position par rapport à la sortie principale. [...] Il me semble parfois - habituellement lors d'un réveil en sursaut - que la répartition actuelle est tout fait mauvaise, qu'elle peut être source de graves dangers et doit être sur l'heure rectifiée au plus vite.
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  • Par lanard, le 13 mai 2011

    Au reste, je reste à déchiffrer les intentions de la bête. Voyage-t-elle ou travaille-t-elle à son propre terrier? Si elle voyage, il serait peut-être possible de s'entendre avec elle. Si elle se fraye vraiment un chemin jusqu'à moi, je lui donnerais quelques unes de mes provision, et elle continuera sa route. Dans mon tas de terre, je peux naturellement faire tous les rêves possibles et imaginables, je peux même rêver d'une entente bien que je sache parfaitement que cela n'existe pas et qu'au moment où nous nous verrons, et même où nous sentirons la proximité l'un de l'autre, en proie à la même folie et à une faim nouvelle, même si nous sommes complètement repus, nous ferons exactement au même instant usage de nos griffes et de nos dents l'un contre l'autre. Et comme toujours, à bon droit, car quel est le voyageur qui ne modifierait pas ses projets de voyage et d'avenir en voyant mon terrier, il est alors inutile de rêver d'une entente. Même si c'était une bête tellement bizarre que son terrier puisse supporter un voisinage, mon terrier à moi n'en tolère aucun, tout au moins aucun voisinage bruyant. A vari dire, la bête semble maintenant être très loin, si elle s'éloignait encore un peu plus, le bruit disparaîtrait sans doute, et peut-être qu'alors tout pourrait s'arranger comme dans l'ancien temps, ce ne serait qu'une expérience désagréable mais bienfaisante qui m'inciterait à faire toutes sortes d'améliorations, quand je suis tranquille et non tourmenté par un danger immédiat, je suis encore capable d'accomplir de grandes choses; peut-être la bête, vu les énormes possibilités que semble lui offrir sa puissance de travail, renoncera-t-elle à étendre son terrier dans la direction du mien et trouvera-t-elle ailleurs un dédomagement. Cela non plus ne peut être obtenu par des négociations mais par le bon sens de la bête pour par une contrainte que je pourrais exercer. Dans les deux cas, il sera décisif de savoir si la bête connaît mon existence, et ce qu'elle en connaît. Plus j'y réfléchis, moins il me semble vraisemblable qu'elle m'ait entendu; il est possible, même si je n'arrive pas à l'imaginer, qu'elle ait eu des information sur moi, mais elle ne m'a sans doute pas entendu. Tant que je ne savais rien d'elle, elle ne peut absolument pas m'avoir entendu car je restais silencieux; il n'y a rien de plus silencieux que les retrouvailles avec le terrier; ensuite, quand j'ai fait mes sondages, elle aurait pu m'entendre bien que ma façon de creuser fasse très peu de bruit; mais si elle m'avait entendu, je m'en serais forcément aperçu car elle aurait dû s'arrêter souvent dans son travail pour tendre l'oreille,*

    *Le manuscrit s'achève au milieu d'une phrase (N.d.E.).
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  • Par blogbleu, le 06 octobre 2010

    Mais le plus beau, dans mon terrier, c'est son silence. Silence trompeur, cependant; Il peut se brise d'un seul coup : alors tout sera terminé. Pour l'instant, il est encore là. Je peux passer des heures à me faufiler dans mes galeries sans rien entendre d'autre que, parfois, le froufroutement d'un petit animal quelconque que je ramène aussitôt au calme entre mes dents, ou le ruissellement de la terre qui m'annonce la nécessité d'une réparation ; pour le reste, le silence règne.
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