Je ne sais si tous les romans de
Laura Kasischke sont aussi sombres car c'est ma première lecture de l'auteure mais celui-ci est loin d'être optimiste.
Jiselle, jeune femme libre et indépendante, avait rêvé sa vie, se voyant princesse au bras d'un prince charmant avec lequel elle vivrait heureuse. La réalité sera plus cruelle, faisant d'elle une marâtre, une sorcière avant peut-être de la métamorphoser en fée. Elle n'était pas préparée à traverser de telles épreuves mais elle trouvera néanmoins en elle l'énergie de se battre avec constance. L'auteure nous offre là un beau portrait de femme forte, défiant l'adversité, quand les hommes sont pleutres et égoïstes.
Ce récit dystopique se lit tel un conte macabre sur la fin du monde. Mêlant la vie de Jiselle et le quotidien d'une Amérique déboussolée, il met en scène un désenchantement total et une remise en question de notre mode de vie. le tout dans un futur bien plus proche qu'on ne le pense. Comme de nombreux romans du genre, il reflète un certain nombre des peurs de l'inconscient collectif face à l'évolution du monde. L'auteure y ajoute sa touche amenant le lecteur à se demander comment, dans un tel contexte d'effondrement économique, écologique et sanitaire, les valeurs familiales pourraient être préservées.
Découpé en six tableaux, ce conte moderne fait allusion, tout au long de l'histoire, à ceux d'Andersen. Savamment cachés dans le décor, on déniche au fil des pages la pantoufle de Cendrillon, la petite Sirène, le vilain petit Canard ou encore Boucle d'Or comme autant de clins d'œil aux récits initiatiques de notre imaginaire enfantin. L'enfance, c'est ce qui sauve ce roman noir. L'enfant est la lueur dans un quotidien démoralisant, la bouée de sauvetage qui donne envie de lutter pour sortir de cette civilisation décadente, la seule raison de ne pas céder à la peur et à la panique. L'espoir d'une vie nouvelle quand tout semble perdu.
Cette chronique familiale au parfum de fin du monde est subtilement écrite. Elle m'a permis de découvrir un auteur intéressant, au ton libre et percutant.
Une image m'a frappée :
C'est la récession, même l'essentiel vient à manquer, mais Jiselle jette le contenu du frigo après une panne de courant de 24h !!!! Monde insensé de consommation irréfléchie !
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