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ISBN : 2253164526
Éditeur : Le Livre de Poche (2013)


Note moyenne : 3.88/5 (sur 187 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Élève brillante, Nicole était douce et sociable (cheftaine scout, membre de plusieurs associations d’étudiantes). Elle meurt subitement dans un accident terrible.
À l’automne suivant, tandis qu’un nouveau semestre commence, Craig, l’ancien petit ami de Nicole es... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Kittiwake, le 28 juin 2012

    Kittiwake
    Si je ne disposais que de trois mots pour caractériser ce roman, ce serait excellent polar sociologique
    Excellent car le découverte de l'auteur à travers ce roman a été un grand plaisir : écriture fluide, où la traduction sait se faire oublier, avec une intrigue dont la complexité croissante et polyphonique crée une addiction certaine pour le récit, où la mise en danger des personnages crée chez le lecteur une empathie et une implication émotionnelle dont le corollaire est de ne pas pouvoir lâcher la lecture.
    Polar car même si le genre n'est pas explicitement revendiqué, il y a tout de même dès le départ une mort violente, qui ressemble à un banal accident de voiture dans un contexte d'alcoolisation estudiantine, sauf que des discordances apparaissent rapidement dans l'interprétation des témoignages, et là, le lecteur, qui a bien sûr repéré que de nombreuses pages sont encore à découvrir, perçoit bien qu'il y a anguille sous roche! Par contre, et ce serait mon seul bémol, on devine trop rapidement la solution. Encore que, 24 heures après avoir tourné la dernière page, je me demande si j'ai vraiment tout compris, car il me semble que mon interprétation comporte quelques invraisemblances (prête à en discuter en MP avec d'autres lecteurs)

    Sociologique, car en thème de fond l'auteur explore l'univers de la société de la classe moyenne américaine, et surtout de la vie des campus universitaires. Certes ce n'est pas le premier ouvrage qui s'intéresse à cette micro-société aux codes singuliers, avec des règles hiérarchiques strictes et des fonctionnements de groupe où les rites d'admission exclusion sont particulièrement prégnants. C'est tout l'art de l'auteur de très bien intégrer les indices qui font progresser l'intrigue dans une analyse à la fois des personnalités des protagonistes en interaction avec ce milieu particulier.
    L'intrication des faits réels avec d'autres manifestations plus ambiguës est facilitée par les habitudes hygiéno-diététiques des personnages : drogues et alcools font partie intégrante du régime quotidien des étudiants. Loin d'être banalisée, cette consommation est pointée du doigt comme responsable de dérives et de conséquences dramatiques
    Enfin et c'est le thème majeur du roman, le thème est la mort est appréhendée de façon récurrente (enseignement, ressenti, suicide, fantômes) et confère une ambiance singulière à ce récit.
    Je remercie chaleureusement Masse Critique et les éditions Christian Bourgeois pour ce partenariat très apprécié


    Lien : http://kittylamouette.blogspot.fr/2012/06/les-revenants.html
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    • Livres 3.00/5
    Par MachaLoubrun, le 10 mars 2013

    MachaLoubrun
    Un soir, en rentrant chez elle, Shelly Lockes est témoin d'un accident routier, en pleine campagne. Elle appelle les secours et pourtant ce qu'elle lira à propos du drame les jours suivants dans la presse locale ne correspond pas du tout à ce qu'elle a vu.
    S'agit-il d'un banal fait divers ? Difficile de démêler le vrai du faux… Tout est trouble, troublant.
    Nicole, la jeune étudiante qui se trouvait dans le véhicule est morte et Craig son petit ami souffre d'amnésie. le sororité à laquelle appartenait la jeune fille semble soumettre ses jeunes participantes à d'étranges rituels et organise des cérémonies grandioses à sa mémoire. Un semestre plus tard, le jeune Craig qui n'arrive pas à se remettre de ce douloureux évènement revient à Godwin Hall, l'université dans laquelle se joue cette terrible comédie humaine.
    C'est le début d'une intrigue palpitante à la construction narrative savamment orchestrée, dévoilant les faits dans de cours chapitres qui donnent beaucoup de rythme au récit tout en alternant les points de vue.
    On apprend donc à mieux connaître Craig mais aussi les colocataires du jeune couple, Perry et Josie. Cette dernière travaille aux côtés de Shelly Lockes et Perry assiste en auditeur libre aux cours de Mira Polson, professeur d'anthropologie, sur le thème de la mort…
    Un climat inquiétant règne sur le livre, des témoins ont vu Nicole apparaître les cheveux teints en noir, Craig reçoit des cartes postales étranges… Nicole est-elle revenue ?
    Personne ne semble totalement innocent. L'intimité des couples est passée au crible, les fêlures, les désirs, les doutes des personnages, le poids des secrets, Laura Kasischke sait trouver les mots justes pour en parler.
    A travers cette intrigue, elle dresse un constat peu flatteur de la société américaine, de son puritanisme, son hypocrisie et ses nombreux tabous, notamment autour de la sexualité, omniprésente tout au long du récit. Elle livre une réflexion intéressante sur notre rapport à la mort et aux morts qui jalonnent notre existence au point de prendre parfois plus de place que les vivants.
    La fin au goût doux amer nous renvoie à nos propres questionnements, c'est assurément une réussite.
    Je remercie chaleureusement Masse Critique et les éditions le livre de poche pour ce partenariat qui m'a permis de découvrir ce livre avec plaisir.
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    • Livres 4.00/5
    Par Yunali, le 03 mars 2013

    Yunali
    Je tiens déjà à remercier grandement Babelio et les éditions du Livre de Poche pour m'avoir sélectionnée afin de lire et commenter ce livre.
    Je ressors de cette lecture avec un sentiment étrange. Je ne dis pas cela de manière négative, mais c'est vrai que ce fût une lecture forte et très prenante.
    C'est loin d'être un livre policier ordinaire, car Laura KASICHKE arrive à partir d'un ‘simple' accident de voiture pour arriver à une conclusion assez inattendue.
    Il y a donc comme départ l'accident d'un jeune couple d'étudiants dont est témoin une employée de l'Université, et l'auteur nous fait ensuite parcourir les vies d'un bon nombre de personnages a priori ordinaires tous reliés de près ou de loin à cet accident.
    Si par moments on peut se sentir un peu déroutés par les histoires de ces personnages, petit à petit tout s'éclaire, et l'on remet les morceaux du puzzle en place pour découvrir quelque chose de vraiment impensable.
    Je pense que si j'ai un sentiment un peu curieux suite à cette lecture c'est parce que j'ai du mal à réagir face à la Mort, et que ce livre nous fait nous poser des questions sur ce sujet là, et je ne m'y attendais pas du tout à la lecture du résumé. Je pensais lire un ‘simple' roman policier, et j'ai vraiment été surprise !
    Alors certes je ne suis peut-être pas à l'aise avec ce sujet pour des raisons personnelles, mais l'auteur sait vraiment nous faire nous interroger et nous impliquer émotionnellement, mais elle a réussi à ne pas aller trop loin, ce qui pourrait rebuter les lecteurs qui ont les mêmes appréhensions que moi sur le sujet.
    Ce roman est d'ailleurs un vrai bijou, et je suis plus que ravie d'avoir découvert un auteur que je relirai avec plaisir.
    Il y a dans Les revenants un vrai panel de personnages qui sont tous « vrais » dans le sens où nous pourrions les croiser dans la rue, on aurait pu tous rencontrer Craig, Nicole, Perry, Mira ou Shelly (pour ne citer que les principaux).
    Craig Clements-Rabbit est un jeune homme détruit suite à l'accident de voiture qu'il a eu avec Nicole Werner sa petite amie qui n'est pas ressortie vivante. Il devra faire face à sa mémoire pour savoir ce qui s'est passé et surtout il devra affronter les autres qui ne voient en lui (pour la plupart du moins) qu'un meurtrier.
    Shelly Lockes qui a été témoin de l'accident essaye quant à elle de faire entendre la vraie version de l'accident, car pour des raisons qu'elle ne comprend pas, les journaux et les autorités racontent une toute autre version des choses ! Son combat va d'ailleurs trouver de l'opposition, la vérité n'est pas facile à révéler ni à faire accepter…
    Quant à Perry Edwards, c'est le colocataire de Craig et il connaissait Nicole depuis qu'ils sont enfants. C'est un personnage des plus attachants, et il veut à la fois aider Craig (il ne lui tournera pas le dos après l'accident et va le soutenir indéfectiblement) et rétablir la vérité sur Nicole. Il va donc convaincre Mira Polson, professeur anthropologue spécialisée dans le domaine du folklore de la mort, de pouvoir suivre ses cours car il voudrait comprendre la mort de Nicole.
    Chacun des personnages a ses faiblesses: Craig est le fils d'un célèbre romancier, donc passablement riche et du genre à avoir des a priori et à déprécier les autres qui comme Perry ou Nicole viendraient d'une petite ville (i.e : il renomme vite leur ville natale de Bad Axe en Bad Ass).
    Perry est lui du type « boy scout », débrouillard qui a toujours solution à tout. Intelligent, bien élevé, qui fait son lit tous les jours, repasse et range ses vêtements… En bref il semble un peu trop « fils à maman ».
    Mira est un peu perdue dans son mariage, avec son mari qui reste tout le jour à la maison afin de garder leurs jumeaux pendant qu'elle travaille pour payer leurs factures.
    Et Shelly est une lesbienne quarantenaire qui se pose des questions sur elle, sa sexualité, sa vie passée, son expérience malheureuse avec son ex-mari…
    Quant à Nicole notre héroïne tragiquement disparue... ; et bien on apprend au fil des pages (si on ne le savait pas déjà) que les apparences sont parfois trompeuses, et qu'on peut paraître être un ange aux yeux des autres et agir d'une manière qui est tout sauf angélique.
    Ils ont tous des failles, et Laura KASISCHKE ne peint pas un portrait tout rose et sans saveurs de ses personnages, bien au contraire.
    Le sexe, l'alcool et la drogue sont monnaie courante pour les jeunes étudiants et l'auteur ne cache pas cela même si elle ne rentre pas dans d'infimes détails.
    Avec leurs personnalités bien affirmées et très différentes les unes des autres, l'auteur réussit à créer un melting pot qui fonctionne parfaitement, chacun amenant sa pierre à l'édifice, chacun faisant progresser l'histoire et les réflexions des uns et des autres (à la fois sur eux-mêmes et sur ce qui se passe autour d'eux).
    Le contexte dans lequel se passe l'histoire est vraiment bien choisi par l'auteur.
    Ce campus (sûrement semblable à la plupart des campus américains tels qu'on peut les connaître ne serait-ce que par les films et séries télévisées) pourrait être vu comme un personnage à part entière tellement tout ce qui se passe y est intrinsèquement lié.
    Si Nicole n'avait pas fait partie d'une sororité ; si cette même sororité n'avait pas des ‘traditions' plus que douteuses ; si les filles de cette sororité n'avaient pas été quasiment lobotomisées pour ne pas réfléchir et faire tout ce qu'on leur dit ; si l'Université trouvait à redire aux pratiques des fraternités et sororités ; si les anciens membres de ces ‘organisations' n'étaient pas aussi influents sur les administrateurs de l'Université ; si… Craig n'avait pas rencontré Nicole.
    Sans ces « si » on n'aurait pas eu la critique sous-jacente à l'histoire et la dénonciation de l'auteur des pratiques de ces fraternités/sororités et ce jusqu'à quoi leur espèce d'omerta (ça en est quasiment une vu ce qui peut se passer) et impunité peut déboucher.
    En tous cas après avoir lu ce livre on ne peut pas penser que ces maisons helléniques sont faites pour y faire la fête et s'amuser. Et franchement le livre en donne un aspect peu reluisant et vraiment détestable.
    De manière plus générale est critiqué le fonctionnement de l'Université (pas spécifiquement le campus mentionné dans le livre). D'abord comment les professeurs sont tenus de faire leurs travaux pour être titularisés, puis comment des élèves qui n'en ont pas besoin (n'est-ce-pas Josie ?) arrivent à avoir des jobs faits pour les boursiers.
    Et comment on peut mettre la pression sur des professeurs ou membres de l'Université sur le fondement de rumeurs. Certes pas n'importe quelles rumeurs… notamment jusqu'où est allée Josie Reilly (sœur de sororité de Nicole) pour détruire complètement la vie de Shelly (je ne me suis d'ailleurs toujours pas remise de ce qu'elle et d'autres ont fait…).

    Récit intriguant, Laura KASISCHKE nous tient en haleine tout du début à la fin de ce long roman, mêlant scènes du passé et du présent (les premières pour mieux comprendre comment sont arrivées les secondes), mêlant réel et imaginaire (mais ce qu'on n'imagine est-il vraiment du domaine de l'irréel ?...)
    En bref on oscille entre certitude et doute, et même si l'on comprend assez tôt dans le roman ce qu'est vraiment la réalité, le dénouement reste assez surprenant, mais nous laisse quand même avec des questionnements.
    Je n'arrivais pas à m'imaginer de fin à ce roman et je reste avec des incertitudes et un goût amer quant à certaines choses (une envie que les choses ne se passent pas de cette façon dans la vraie vie), peut-être est-ce le but que recherchait l'auteur, sous couvert d'intrigue policière, une critique douce amère de ce que peuvent faire certaines personnes.
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 15 décembre 2012

    Woland
    The Raising
    Traduction : Eric Chédaille
    ISBN : 9782267022117
    DEux extrait de ce livre seront donnés sur Babélio
    La liste des personnages de ce livre sera disponible sur le forum Nota Bene au début de 2013
    Pour autant que nous en puissions juger - nous avons encore dEux titres du même auteur à lire mais nous les avons survolés - "Les Revenants" est le roman le plus achevé, le plus abouti de Laura Kasischke.
    Le mot-clef du livre, s'il fallait en donner un, serait "apparence" ou "paraître". Or, les apparences, nous le savons tous, sont souvent trompeuses. Trompeuses comme la candeur du récit. Trompeuses comme la foule d'indices, aussi visibles que des pas de yéti dans la neige, que l'auteur s'amuse à semer pour son lecteur afin de l'amener à une conclusion qu'elle démolira comme un château de cartes en un chapitre bref mais mémorable. Trompeuses comme des personnages dont certains font "bateau" ou "cliché" mais qui dissimulent soigneusement leur vraie nature. C'est dire que nous nous trouvons ici face à une intrigue profonde, complexe, rusée. Rira bien qui rira le dernier ...
    Comme toujours, Kasischke, qui n'est pas sans faire songer à Joyce Carol Oates, se livre à une critique aiguë de la société américaine. Ici, elle vise essentiellement les fraternités et sororités universitaires, prêtes à tout pour préserver la puissance, parfois incroyable, qu'une administration qui préfère fermer les yEux pour des raisons financières et une société de plus en plus obsédée par le fric et la compétition ont laissé croître et prospérer.
    En ce sens, ce roman est tout simplement hallucinant et le lecteur pense tout naturellement à l'histoire des "Skull & Bones", cette véritable société secrète estudiantine fondée à Yale en 1832 par William Huntington, lequel en aurait ramené le principe de ses années d'études en Prusse. En concentrant son intrigue dans le milieu universitaire, Kasischke se contente d'effleurer le côté politique de la chose. Il est là, on le sait, on le sent mais l'auteur n'en touche un mot qu'à la fin du roman, quand on comprend que la mère de Nicole a fait jadis partie de la même sororité que sa fille et que, en raison du pacte qui continue à la lier par delà les années - pacte de classe, pacte d'idéologie, pacte qui rapporte tant d'avantages à cEux qui lui sont fidèles - elle accepte que s'accomplisse l'impensable.
    Pour préserver l'"honneur" de leur sororité, les anciennes compagnes de Nicole et leurs relations - et elles en ont beaucoup, d'abord et avant tout chez les adultes - ont besoin d'un bouc-émissaire. Elles décident donc de persuader l'ex-petit ami de la jeune fille qu'il est le seul responsable de sa mort. Traque, insultes, graffiti anonymes, intimidation, violence, en un mot harcèlement physique, moral et même mental, tout leur est bon pour culpabiliser à outrance le malheurEux Craig. le tout est ponctué d'apparitions (ou de pseudo-apparitions ?), destinées à ruiner un peu plus vite, un peu plus tôt, sa résistance nerveuse.
    Fort heureusement pour le jeune homme qui, du statut de macho peu sympathique qui est le sien au début du livre, passe bientôt à celui de victime injustement poursuivie par un Destin sadique, Kasischke a prévu un grain de sable. Têtu, coriace même et animé d'un amour réel de la vérité, ce grain de sable se nomme Shelly et est le seul témoin oculaire de l'accident où Nicole, la petite amie de Craig, a trouvé la Mort. Depuis lors, Shelly ne cesse de téléphoner aux journaux locaux pour exiger des rectificatifs aux articles, tous fourmillant d'inexactitudes et d'à-peu près, qui ont rendu compte de la mort de la jeune fille, mais en vain. On lui assure bien qu'on va les publier, ces rectificatifs, seulement, allez savoir pourquoi, ils ne paraissent jamais ...
    En dépit de son expérience, en dépit de ses propres années de sororité, Shelly mettra un certain temps avant d'appréhender toute l'ampleur de la machination. Elle-même se retrouvera prise dans la toile : comme elle refuse de changer sa version de ce qu'elle a vu, on la compromet, elle, la lesbienne de l'université, avec une élève qui, comme de juste, appartient elle aussi à l'ancienne sororité de Nicole.
    Rassurez-vous : après maintes tribulations, tout se termine bien ou plutôt, les "gentils" finissent par se sortir du guêpier où ils ont eu le malheur de s'engluer, pour la plupart sans en avoir conscience. Quant aux "méchants" ... Puissants comme ils sont, ils passeront au travers, en tous cas pour la majeure partie d'entre Eux.
    Et les "revenants" ? nous direz-vous. Qui sont-ils ? Et d'abord, existent-ils vraiment ? Eh ! bien, on devine très vite que certaines apparitions ont plus à voir avec la terre qu'avec le ciel et l'on comprend pratiquement à la moitié du livre que ce qui est dit mort ne l'est peut-être pas autant qu'on souhaiterait. Mais ...
    ... Mais Shelly, passant une dernière fois devant le lieu de l'accident et cette fois-ci en plein jour, aperçoit soudain un jeune homme qui lui rappelle ... (Et ceci justifie la mort, elle aussi absurde, injuste, de Perry, le co-locataire de Craig. Cela la justifie mais ne nous empêche pas de regretter ce personnage hautement sympathique.)
    Nous ne vous en dirons pas plus. C'est un pirouette habile qui remet en question tout ce que l'on était arrivé à penser - une pirouette qui justifie amplement le titre du roman. Il y a revenants et revenants ... ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par paulinedumont86, le 17 février 2013

    paulinedumont86
    Quel roman ! Je comprends aisément qu'il ait reçu le Prix des Lecteurs, Sélection 2013 !
    L'histoire d'abord – et je vais avoir bien des difficultés à l'exposer sans trop en révéler… Un drame s'est produit au sein d'une université américaine : Craig et Nicole ont eu un accident de voiture, fatal pour Nicole. Craig est perdu et confus : il a tué la personne qu'il aimait le plus au monde et ne se souvient de rien… le vide intégral. Depuis, il a bien du mal à s'en remettre. Il décide pourtant et contre toute attente de revenir à l'université pour une nouvelle année universitaire, malgré toute l'animosité dont font preuve les membres de la sororité de Nicole, Oméga Têta Tau, qui le considèrent comme un meurtrier. Il est néanmoins épaulé par Perry, son ami et colocataire, qui le défend envers et contre tous car il sait bien que Craig n'était pas sous l'emprise de substances, malgré ce que tout le monde croit, le soir où il a pris le volant avec Nicole à ses côtés. Mais Perry est également troublé par toute cette affaire, car depuis quelques temps, des événements étranges se produisent autour de Nicole et de sa mort, qui l'amène à s'interroger sur la mort et à suivre un séminaire d'anthropologie sur le sujet, dispensé par Mira, très encline à vouloir aider Perry. Mais il n'est pas le seul à se poser tout plein de questions : Shelly était présente sur les lieux de l'accident, c'est d'ailleurs elle qui a appelé les secours. Et pourtant, malgré tous ses efforts, les journalistes ne veulent pas retenir sa version des faits, et s'appliquent à donner un compte-rendu complètement erroné des événements…
    Mais que se cache-t-il derrière la mort de Nicole ?
    Un roman très dense et puissant. Laura Kasischke réalise un tour de force avec ce roman psychologique aux personnages tous plus intéressants les uns que les autres. Sa plume acérée dépeint une Amérique et un système universitaire très sombres, où tout est bon pour cacher de petits secrets. Sans rien vous révéler, la fin est surprenante.
    Petit à petit, on commence à comprendre que tout ce qui semblait acquis au début du roman s'effondre petit à petit : la douce Nicole semble plus perverse que ce qu'elle laissait voir à Craig, Oméga Thêta Tau est bien moins respectable que ce qu'on pourrait croire, le système universitaire plus perverti que ce qu'il devrait être.
    La construction du roman est brillante : le passé se mêle au présent, certains chapitres concernent des événements ayant eu lieu avant l'accident. Ces retours en arrière ne sont pas annoncés, il faut lire quelques lignes pour s'apercevoir que Nicole est toujours en vie, et qu'on assiste aux événements ayant conduits à cette fameuse soirée où tout a basculé… Cette construction, critiquée par certains lecteurs, ne m'a pas décontenancée, au contraire, elle nous permet de mieux comprendre les personnages, de “mener notre enquête”, d'accentuer ce côté “voyeur” que tout lecteur ressent, afin de se faire sa propre opinion des événements survenus. La lecture en est densifiée, ce qui nous permet de mieux appréhender la psychologie des personnages. Parce que ce roman, c'est aussi une galerie impressionnante de personnages auxquels on s'attache et qu'on apprend petit à petit à connaître, à travers la trame principale, mais aussi de leurs parcours individuels : Mira et ses problèmes familiaux, Shelly et sa solitude, etc.
    Mais ce roman, c'est aussi et surtout un roman sur la mort, sur la manière de faire son deuil, sur l'anthropologie de la mort, discipline à laquelle on est initié grâce aux réflexions de Mira – l'ancienne étudiante en histoire de l'art et archéologie que je suis a beaucoup apprécié cet aspect-là. Et tout est très juste, très bien dépeint, l'auteur ne fait jamais dans le sensationnel.
    Laura Kasischke ne s'embarasse pas de tabous et offre un roman vrai, extrêmement bien écrit et construit, qui flirte entre l'enquête, le mystique, l'anthropologie, la psychologie et la sociologie. Un livre brillant, donc, certes un peu dur mais qu'il faut absolument lire !

    Lien : http://breveslitteraires.wordpress.com/2013/02/17/les-revenants-de-l..
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Critiques presse (5)


  • Bibliobs , le 30 décembre 2011
    L'un des plus beaux du livre de Laura Kasischke dont la démesure douce, la richesse et le génie littéraire palpable à chaque instant confirment qu'elle est la digne héritière de la grande Joyce Carol Oates
    Lire la critique sur le site : Bibliobs
  • LesEchos , le 18 octobre 2011
    Le roman de Laura Kasischke renoue avec la tradition de la grande littérature policière (Poe, Conan Doyle), flirtant avec le fantastique. A la fin, il y aura une explication rationnelle à ces mystères, mais tous les fantômes ne seront pas dissipés. En contrepoint de l'intrigue, qui vous prend à la gorge, « Les Revenants » offrent une belle et lancinante méditation sur la mort, le deuil -et par contraste sur la jeunesse, si cruelle dans sa fureur de vivre.
    Lire la critique sur le site : LesEchos
  • Lexpress , le 03 octobre 2011
    Pour briser la vitrine des apparences et démasquer les hypocrisies sociales, l'auteur de La Vie devant ses yeux se révèle une fois de plus redoutable. Avec cette morale, véritable leitmotiv de son oeuvre : les oies blanches cachent souvent de bien vilains petits canards.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • LeMonde , le 23 septembre 2011
    Les Revenants n'est pas une enquête policière, c'est plutôt une dérive aux frontières du réel, poétique, drôle et tragique, avec des chemins qui bifurquent, se croisent, se séparent, des existences pour lesquelles on se passionne, car elles sont autant de petits romans dans ce grand roman énigmatique.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • Telerama , le 15 septembre 2011
    Derrière ce halo boréal d'une grande puissance féerique, la romancière laisse entrevoir une Amérique nauséeuse, dévorant ses enfants pour mieux les vomir, tuant les créatures les plus prometteuses pour les transformer en fantômes malfaisants.
    Lire la critique sur le site : Telerama

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Citations et extraits

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  • Par Yuko, le 22 mai 2013

    La scène de l'accident était exempte de sang et empreinte d'une grande beauté. Telle fut la première pensée qui vint à l'esprit de Shelly au moment où elle arrêtait sa voiture. Une grande beauté. La pleine lune était accrochée dans la ramure humide et nue d'un frêne. L'astre déversait ses rayons sur la fille, dont les cheveux blonds étaient déployés en éventail autour du visage. Elle gisait sur le côté, jambes jointes, genoux fléchis. On eût dit qu'elle avait sauté, peut-être de cet arbre en surplomb ou bien du haut du ciel, pour se poser au sol avec une grâce inconcevable. Sa robe noire était étendue autour d'elle comme une ombre. Le garçon, qui s'était extrait du véhicule accidenté, franchit un fossé rempli d'eau noire pour venir s'agenouiller à côté d'elle.
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  • Par Yuko, le 22 mai 2013

    Le campus était vide. Les trottoirs glissants et déserts. Le soleil s'était levé au-dessus de l'horizon, faisant de la neige vierge - haute congères et aplats immaculés - un aveuglant paysage lunaire. Mira se dit qu'on avait désormais là un parfait campus pour revenants. Pour les invisibles. Les disparus. Nul ne pouvait les voir déambulant sur cette neige.

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  • Par Woland, le 15 décembre 2012

    [...] ... Cela s'était passé six semaines plus tôt. Depuis lors, [Craig] l'avait tenue dans ses bras, en soutien-gorge et culotte, fidèle à sa promesse de ne pas en demander plus.

    - "Dis-moi que c'est une mauvaise blague," lui dit-il. "Ta sororité ne donne quand même pas dans ce genre de conneries ?

    - Ce n'est pas si bizarre," répondit [Nicole]. "Toutes les sociétés secrètes ont leurs rituels. Il se trouve que c'est le nôtre."

    Il ne put s'empêcher de ricaner, puis il marmonna un mot d'excuse. "Désolé. Simplement, je ne vois pas ta sororité comme une société secrète. Je croyais que l'idée était de préparer des soirées habillées, de décorer des chars, de faire de la pâtisserie et peut-être de vous poser les unes aux autres des extensions à clips dans les cheveux. Jamais je n'aurais imaginé que vous avez un cercueil au sous-sol et que ...

    - Chhh, moins fort." Elle promena un regard autour de la chambre comme si quelqu'un pouvait entendre, alors qu'ils étaient en petite tenue et parfaitement seuls dans la chambre de Craig. Perry [= co-locataire et ami de Craig] assistait à son cours de sciences po de l'après-midi. Les rideaux étaient tirés.

    - "Nicole ..." commença-t-il, renonçant aussitôt à poursuivre. Il trouvait cela vraiment mignon. Cela lui rappelait la façon dont, à l'école élémentaire, les filles devenaient tout excitées avec leurs petits secrets dérisoires, faisant circuler des billets, piquant une crise si un garçon leur en chipait un, même si ces petits papiers ne contenaient rien de plus palpitant que Deena en pince pour Bradley ! ! ! Comme si cela intéressait quelqu'un.

    - "Tu comprends, la Société panhellénique [= société qui supervise toutes les sororités du campus] pourrait fermer notre maison si cela lui revenait aux oreilles. C'est considéré comme du bizutage.

    - Combien de fois par an ta sororité organise-t-elle de ces ... résurrections ?" demanda Craig en tâchant de donner un ton sérieux à sa question, en s'interdisant de tracer des guillemets en l'air autour de ce dernier mot.

    - "Deux fois par an. La dernière fois, c'était en novembre, mais nous, les nouvelles aspirantes, nous avons dû rester en haut. Nous ne pourrons y assister que lors du rituel de Printemps."

    Ce fut plus fort que lui. Il se mit à rire en l'entendant parler de "rituel de Printemps." Au fond, il s'agissait de soûler les soeurs de la sororité à la tequila, de les faire hyperventiler jusqu'à ce qu'elles tombent dans les pommes, de les allonger dans un cercueil, puis de les "ramener d'entre les morts", ressuscitées de frais au sein de la sororité Oméga Thêta Tau. Il aurait été difficile, se dit-il, de classer cela dans les "activités du printemps", où le Rotary Club aurait rangé une chasse aux oeufs de Pâques ou une partie de patins à roulettes organisée pour des enfants trisomiques. ... [...]
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  • Par MachaLoubrun, le 10 mars 2013

    « Du reste, la pratique de la crémation, qui nous paraît être une des façons les plus modernes de traiter la dépouille mortelle, trouve là son origine. Si le corps est réduit en cendres, il ne peut y avoir de réincarnation, de retour.
    « Certains anthropologues pensent qu’en matière de deuil, bon nombre d’usages servaient à l’origine l’objectif de tenir la mort à distance. Schneerweiss- […] a émis l’hypothèse que, si les veuves devaient se vêtir de noir pendant au moins un an et se coiffer différemment, c’était afin d’être méconnaissable quand leur mari se lancerait à leur recherche.
    « Pourquoi devait-il en être ainsi ? Pour quelle raison toute veuve qui se respecte ne serait-elle pas ravie de voir son époux lui revenir ?
    - La putréfaction ! lancèrent les étudiants presque d’une même voix.
    - Exactement. La peur. La peur, l’aversion, que nous croyons de nature superstitieuse ou religieuse, s’appuie en fait sur la réalité physique. Sur l’expérience. Pénible expérience. On voit dont que les peuples primitifs, que l’on aurait un peu vite tendance à taxer d’inconséquence, avaient en réalité une expérience plus étroite et plus intime que celle que celle que la plupart d’entre nous n’aurons jamais - à moins de participer à un conflit armé ou d’entrer dans les pompes funèbres. Ils savaient ce qu’ils cherchaient à éviter. »
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  • Par ladesiderienne, le 14 décembre 2012

    Elle se demandait à quoi pouvait ressembler septembre pour qui ne travaillait pas dans l'enseignement. Se trouvait-on épargné par la mélancolique réminiscence de ce mois-là ? Si oui, ce devait être comme de sécher un des douze travaux d'Hercule ; on ne coupait pas certes au bourdon de Noël, mais au moins n'avait-on pas à revivre la fin de toutes les grandes vacances de sa vie, cette triste prise de conscience de sa propre mortalité, quand une fois encore, année après année, les enfants envahissaient votre univers avec leurs pulls neufs et leurs crayons bien taillés.
    Non, supposait-elle, nul ne devait y couper. Ce calendrier se gravait de si bonne heure dans le psyché de chacun. Personne n'échappait au caractère funeste de septembre.
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