L'oeuvre de
Laura Kasischke, romancière et poétesse américaine, peint le portrait peu flatteur de la middle class américaine. Femmes au foyer, lycéennes populaires, étudiants argentés.
Pourtant, cet univers lisse et ordonné se fendra peu à peu.
Laura Kasischke nous donne à voir un monde qui nous échappe, menacé par un danger latent. Cette intrusion néfaste est cependant l'oeuvre du quotidien et des rapports humains pervertis.
Les Revenants, dernier roman de l'écrivain, plus long et plus abouti que les précédents, trouve opportunément sa place dans nos lectures en cette période de Toussaint, Halloween et autres célébrations des disparus.
Le livre s'ouvre sur un prologue saisissant, inquiétant mais empreint de calme. Une nuit de pleine lune, une femme assiste à l'accident de voiture de deux jeunes gens. Pourtant, si la jeune fille est touchée, il n'y a aucune effusion de sang, son compagnon est indemne et serein.
Après ces quelques pages lapidaires posant magistralement le ton du roman, le lecteur apprend que la jeune accidentée, Nicole Werner, membre d'une sororité et étudiante modèle, a succombé à ses blessures. Craig, son petit ami, également étudiant, revient pourtant à l'université l'année suivante. Il continue d'y vivre avec Perry, son colocataire.
Mais la rumeur enfle, Nicole, ou plutôt son fantôme, aurait été aperçue sur le campus.
Se met en place un ballet de personnages rappelant pour beaucoup les figures des romans précédents de
Laura Kasischke : le couple Nicole et Craig, Perry, Josie (membre de la sororité et amie de Nicole), Mira (anthropologue et professeur), Shelly (autre enseignante, témoin de l'accident), les familles des protagonistes. Des "enquêtes" parallèles se mettent en place afin de faire la lumière sur la mort de l'étudiante, qui se heurte à de nombreuses incohérences.
La trame générale ne saurait être davantage dévoilée, tant la construction du roman, éclatée temporellement entre l'avant et l'après-accident, elliptique, participe de l'intrigue et de la construction des personnages.
Une fois de plus, nous sommes plongés dans un univers américain typique.
Laura Kasischke en maîtrise les différents prismes : peinture presque sociologique à la
David Lodge du monde universitaire, topoï des teen-movies (entre mystérieuses fraternités et films d'épouvante), portraits de femmes au foyer et de familles en apparence heureuses. le genre fantastique également est effleuré avec ses animaux et sa nature apparemment doués de pensées plus conscientes que celles des hommes. Mais, comme toujours chez
Laura Kasischke, ce n'est qu'une voie de plus pour dépeindre la réalité la plus crue(lle).
Le fil conducteur de tous ces thèmes demeure l'omniprésence de la mort, que cela soit au travers des légendes urbaines de fantômes hantant le campus, de parents que l'on a pas vus disparaître, d'une soeur que l'on n'a jamais connue mais qu'on a su imaginer, de la médecine légale ou de l'étude anthropologique de rites funéraires. La fascination morbide est mise en scène. Les jeunes étudiants aiment à frôler ce point de non retour, pratiquant des rituels macabres, croyant côtoyer les défunts et se passionnant pour les cours dispensés à la morgue. Mais la mort n'est pas (seulement) là où on l'attend, là où on la craint ni comme on la pense.
Omniprésence également de la dualité entre Eros et Thanatos : les personnages, bien souvent très typés, sont aussi des corps sexués, mus par le désir charnel et l'amour physique. Pulsion de désir et de vie qui ne les lie pas les uns aux autres mais entraîne tromperies, blessures et disparitions.
Pour finir, cette lecture par Marine Landrot (Télérama) donne un aperçu de l'écriture de
Laura Kasischke en traduction, de son style imagé et fluide.
Lien : http://los-demas.blogspot.com/2011/10/les-revenants-laura-kasischke...