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Je suis noir et je n'aime pas le manioc2Ajouter à mes livres
"Alors mon brave, dit un officiel français à un émigré convalescent dans un hôpital de Bamako : toi content repartir en France regagner sous ! Toi faire quoi en France ?
-Je suis professeur de littérature à la Sorbonne, monsieur"
Voilà une conversation, apparemment superficielle par endroit, qui dit ce que peut être aujourd'hui le refus d'intégration que manifeste la société française. L'écart entre idées nobles et comportements quotidiens ne laisse pas de poser question . Les multiples exemples donnés par Gaston Kelman abrodent tous les aspects de la vie à tous les niveaux. Une des réflexions les plus intéressantes porte sur la notion de "culture d'origine", largement réfutée en tant qu'elle apparait comme stigmatisante.
Essai plutot intéressant sur la "multiracialisation" (ohlala ce barbarisme!!) de la société. L'auteur y décrit et critique un système favorisant la communautarisation et la gétthoïsation des noirs. Ou comment battre en brêche de nombreux clichés. En revanche, le raisonnement et les exemples le soutenant sont parfois spécieux et peu convaincants... Et les sous entendus de temps en temps dérangeants.
Je suis noir et je n'en suis pas fier.
Franchement, je ne vois pas pourquoi je le serais. Tout simplement parce que je ne vois pas de raison à ce qu'on crie sa fierté d'être blanc, jaune, rouge ou noir. Je ne vois pas de raison pour qu'on soit fier d'être noir, et pour le Noir, c'est peut-être même plus que cela.
Je suis noir et j'en suis fier : cette affirmation comme beaucoup d'autres slogans du monde black, nous est venue des USA. James Brown, le talentueux parrain de la soul music a crié un jour : "Say it loud, I am black and proud." ("Dis-le fort : je suis noir et fier de l'être."). Il n'y a rien de plus pathétique pour un peuple que d'être obligé de revendiquer le simple droit à l'existence. Quand un peuple est acculé à crier sa fierté, c'est qu'il ne l'a justement pas encore acquise. Ces déclarations, en fait, sonnent comme un cri de désespoir et de supplique envers ceux-là qui ne reconnaissent pas notre humanité, ou la trouvent inférieure à celle du WASP étalon. Le Noir se sent obligé de clamer qu'il est fier de sa couleur pour essayer de s'en convaincre avant d'en convaincre les autres qui, se dit-il, pensent encore qu'il devrait en avoir honte. Ainsi, dans la bouche du Noir, "je suis fier" équivaut à "je n'ai pas honte". C'est comme si l'on entendait quelqu'un déclarer : 'je suis fier d'être pauvre, malade, handicapé". Je suis fier d'avoir conquis ma fierté parce que l'on m'a longtemps acculé à avoir honte de ma couleur.
Ensuite on assume ses choix. On ne les subit pas. [...]
Je suis bourguignon comme ceux qui y sont nés, parce que j'en ai un jour décidé ainsi. Je suis bourguignon parce que je n'avais plus de choix, parce qu'il fallait que je trouve une réponse originale à tous ceux qui me demandent sans arrêt d'où je viens et qui s'attendent évidemment à ce que je leur réponde que je viens d'Afrique ou peut-être des Antilles. Monsieur, me dit-on, votre profil renvoie au Zambèze plus qu'à la Corrèze. Mais je suis Bourguignon. Et si vous tenez tant à vous fier aux apparences, celle de mon nom ferait de moi un Alsacien, un Allemand, un Israélien, un Américain et à force d'être tout, je finirais par ne plus être du tout. Alors, je me contente d'être Bourguignon.
"Portos, blackos, pingouins, germains, tous les enfants nés en France sont Français." Pas seulement par rapport à la situation administrative. Ils sont Français dans leurs tripes, dans leur tête, leur vie, leur accent, leurs goûts, leurs choix, leurs aspirations, dans les racines qui les rattachent à un terroir - on n'est pas rattaché aux racines d'un autre, fût-il le père ou la mère -, dans leur délinquance.
Rencontre avec Gaston Kelman, à l'occasion de la parution de son ouvrage "Les hirondelles du printemps africain" (JC Lattès), au festival du livre et de la BD de Saint-Quentin (02) le 9 mai 2010.
2è partie