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ISBN : 2070144135
Éditeur : Verticales-Phase deux (2014)


Note moyenne : 4.23/5 (sur 428 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
"Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps". Réparer les vivants est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les prés... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Piatka, le 14 janvier 2014

    Piatka
    J'ose à peine l'écrire : Coup de cœur inattendu de ce début d'année 2014 !
    Oui, gros coup de cœur pour ce roman, véritable plaidoyer pour la transplantation cardiaque ! Ce don gratuit qui n'en est pas un finalement puisqu'il intervient en cas de mort cérébrale et permet d'offrir dans un anonymat total et définitif un supplément de vie à quelqu'un, condamné à plus ou moins brève échéance par son cœur défaillant.
    Cette gratuité humaine qui redonne confiance en la vie, forge un nouveau départ.
    Hymne à la vie donc, ce roman est à la fois passionnant et bouleversant, mais entendons-nous bien, aucun pathos larmoyant ici. En 24 heures chrono, l'histoire s'articule autour de Simon Limbres ( clin d'œil aux limbes ? ), jeune homme de 17 ans, fou de surf, qui suite à un accident de la route, est déclaré en état de mort cérébrale, situation idéale pour envisager de récupérer ses organes vitaux ( cœur, poumons, foie et reins ) en parfait état, et de Claire Mejean, quinquagénaire dont le cœur à bout de souffle l'a contrainte à réorganiser sa vie, au point de vivre au ralenti à proximité de l'hôpital de la Pitié-Salpétrière, dans l'attente de l'organe compatible - une vie qui s'amenuise inexorablement.
    Autour d'eux gravitent évidemment les familles, les médecins, les chirurgiens, les infirmières, mais aussi les chauffeurs de taxi agréés que Mailys de Kerangal incarnent à travers des personnages très réalistes et touchants dans leurs particularités, tous embarqués dans le tourbillon de la transplantation, véritable course contre la montre, ballet à la chorégraphie millimétrée où chaque maillon est indispensable au bon déroulement.
    Je ne suis pas fan d'ordinaire de récits foisonnant de détails médicaux, et sans l'avis de MarianneL, que je remercie vraiment pour la découverte, je n'aurais sans doute pas choisi cette lecture. J'aurais alors raté un livre marquant qui me laissera assurément une trace indélébile, tant il me conforte dans mon acceptation personnelle du don d'organes.
    J'ai tout particulièrement apprécié l'alternance de narration lente chargée d'émotions et les pages de description enlevée du protocole médical, très instructives sans être rébarbatives, le tout servi par une écriture dense, serrée, souvent concentrée autour de mots, de verbes percutants. Je me suis laissée embarquer dans cette aventure, au point de supporter sans difficulté un tourbillon de phrases longues qui peuvent s'étirer sur plusieurs pages, comme pour mieux tenir le lecteur en haleine. Et de fait, je n'ai pas beaucoup lâché le livre avant d'en avoir achevé la lecture, signe indiscutable de son intérêt.
    24 heures : le temps du roman - de la fin d'une vie aux premiers battements du cœur transplanté. Une prouesse médicale et littéraire !
    Un beau roman-document pour alimenter sa réflexion en vue d'une prise de position concernant ses propres organes au cas où...
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    • Livres 5.00/5
    Par carre, le 30 mars 2014

    carre
    Ce qui m'a frappé en lisant le nouveau livre de Maylis de Kérangal, c'est l'écriture. Dès les premières lignes on devine que l'on va passer un moment fort. Car on delà du sujet sensible et profondément intime, la mort qui frappe aveuglement et plonge une famille dans l'impensable puis, la décision dans l'horreur de l'instant, de faire un don d'organes pour redonner un supplément de vie à de parfaits inconnus, c'est dans le choix des mots, l'envolée des phrases, le style que le roman de Kérangal bouscule tout sur son passage. Au plus près de chacun des personnages, elle est d'une justesse remarquable. Pas un mot de trop qui pourrait faire chavirer le roman dans le pathos. C'est aussi un magnifique hommage à ces anonymes héros du monde hospitalier, luttant contre la montre oubliant leurs propres maux pour accompagner les familles dans leurs souffrances ou leurs espoirs.
    « Réparer les vivants » est un livre passionnant, émouvant, il nous interpelle sur nos propres convictions et nos questionnements que l‘on botte volontiers en touche sur des sujets aussi sensibles.
    Maylis de Kérangal nous donne un bouquin bouleversant qui va droit au … cœur.
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    • Livres 4.00/5
    Par Epictete, le 11 février 2014

    Epictete
    Dès que j'ai appris l'existence de ce livre de Maylis de Kerangal, que je ne connaissais pas auparavant, je l'ai immédiatement noté dans mes prochains ouvrages à acheter et bien sûr à lire.
    Comme certains d'entre-vous le savent, je me suis senti tout de suite concerné, ayant bénéficié d'une transplantation cardiaque (Ce qui me donne le temps de lire). Il fallait que je le lise ! Cette situation est toujours un peu dangereuse en termes d'objectivité, car on attend beaucoup de ces lectures impliquantes, et on ne les trouve pas toujours au niveau souhaité. Je me suis donc prémuni de cela en laissant l'auteur me délivrer son message, sans trop attendre en fonction de ma situation personnelle.
    On démarre par une surprenante et excellente description des moments vécus par des surfeurs . On arrive très vite à être « dedans », même sans être jamais monté sur une planche. (C'est du vécu…)
    Et on s'aperçoit au fur et à mesure de la lecture que ce roman (ou témoignage) écrit par une femme (d'où peut-être la sensibilité que l'on décèle en permanence ?) propose des analyses de sentiments, de ressenti, par exemple lors de l'annonce aux parents de la possibilité de dons d'organes, très fines et très fouillées. Et pourtant, dans ce qui pourrait être du mélo, il y a du rythme. (p 198)
    Il faut noter également la description du travail psychologique de l'infirmier coordinateur. D'ailleurs tous ces intervenants, de l'infirmier au chirurgien, même épuisés, crevés vont mener un travail psychologique non pas pour manipuler et obtenir coûte que coûte une décision, mais pour accompagner la réflexion de chacun dans ce processus difficile qu'est l'acceptation de la mort d'abord, du don ensuite.
    Pour autant, on n'est pas dans l'univers des Bisounours, et la rivalité entre les différentes équipes est bien réelle et bien traduite dans ce livre. Paradoxalement, tout le monde poursuit le même objectif et est capable de sacrifices pour les atteindre, mais ne peut passer au-dessus des vieilles lunes de l'hôpital, ni des rivalités, au-delà des personnes, entre les services.
    En ce qui concerne le fond, une petite remarque, intégrant beaucoup de discussions avec des « greffés » rencontrés pendant les journées de suivi, quand, en tant que receveur potentiel, on vous annonce qu'un greffon compatible est disponible pour vous, on ne se dit pas toujours « Je suis sauvé ! » mais « Zut, ça y-est ! ». On est au-pied du mur, le doute et la peur s'installent.
    Un autre thème est abordé également sur lequel l'auteur nous conduit sans prendre position, c'est le « cœur comme dépositaire de l'amour » dans les croyances ancestrales. D'où les questions qui s'amorcent sur ce que deviendront les sentiments qu'avaient le donneur et le receveur. On voit comment il est difficile de sortir de l'affectif pour parler d'un simple organe indispensable à la vie.
    Sur le style, l'écriture est très bien maîtrisée, avec des rythmes très différenciés, des phrases sensibles, mais aussi des phrases qui n'en finissent pas, et qui maintiennent le lecteur dans un rythme captivant. Quelque-chose cependant m'a un peu dérouté dans l'écriture, et qui ne me semble pas apporter grand-chose : Il s'agit de la formalisation des dialogues comme dans un mauvais langage parlé, avec le rejet du verbe tout à la fin de la phrase. Exemples :
    « Tu n'es pas drôle, tu sais, son plus jeune fils murmure » (p 211)
    « C'est le genre de nana qui débarque en touriste et croit que le pognon pousse dans les arbres il pensa, irrité »
    On est presque dans la télé réalité. Mais cela reste un détail !
    J'avais en fait beaucoup de choses à dire sur ce livre, ce qui est en général bon signe. C'est en effet un très beau livre, sensible, juste, clair, qui aborde avec intelligence et réflexion un sujet essentiel. Que l'on soit ou non concerné, il faut lire ce bouquin, le partager, en parler en famille, entre amis, au travail et agir en connaissance de cause.
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    • Livres 5.00/5
    Par marina53, le 17 avril 2014

    marina53
    Le jour n'est pas encore levé en ce dimanche matin hivernal. Pourtant, Simon Limbres quittera le lit douillet et la chaleur du corps de Juliette à ses côtés quand l'alarme du portable retentira dans la chambre. Chris, Johan et Simon, les trois Caballeros, se sont donné rendez-vous pour une session, à savoir profiter de la forte marée, trouver la vague comme on n'en rencontre que deux ou trois dans l'année. La mer est comme ils l'espéraient, le plaisir se fait sentir au contact de cette mer si froide et les sensations fortes font palpiter le cœur des jeunes garçons. Mais, au retour, la fatigue aidant, Chris qui conduisait le van n'a pas pris correctement un virage. Et, c'est le choc. Un poteau, pas d'airbag, pas de ceinture pour Simon qui se retrouve éjecté, son crâne ayant heurté le pare-brise. Les secours arrivent, désincarcèrent les corps et prennent la direction de l'hôpital au service de réanimation où le docteur Révol prend son service. Malheureusement, il est déjà trop tard pour Simon. Mort cérébrale. le diagnostic est sans appel. Il faudra prévenir les parents, la famille mais surtout aborder un sujet épineux et ô combien brutal pour quiconque n'envisage évidemment pas la mort si violente et cruelle de son enfant de 19 ans à savoir le don d'organe.
    Avec un sujet aussi difficile à aborder mais ô combien salutaire, Maylis de Kerangal nous interpelle, nous émeut et nous touche droit au cœur. La mort est là, insidieuse, impromptue et cruelle. Et au-delà, il y l'espoir d'une vie sauvée, d'une vie meilleure qui ne sera plus rythmée par l'attente de l'appel de l'hôpital. Autour de Simon gravitent les médecins, les infirmières, les encadrants ou bien les chirurgiens. Comme pour alléger le propos, l'auteur s'attarde sur leurs vies, sur leurs petits soucis du quotidien, que ce soit le résultat d'un match de foot ou l'attente d'un message de l'homme rencontré fougueusement la nuit précédente. Chaque personnage est ancré dans l'opération et joue son rôle magistralement.
    Retenez votre souffle car l'auteur ne nous laisse aucun répit. En effet, on admire ici l'effet de style avec ces phrases interminables mais terriblement poétiques et tout en légèreté. le lecteur est ainsi pris dans un tourbillon. Les descriptions médicales minutieuses, loin d'être ennuyeuses, nous entraînent encore plus au cœur de l'opération.
    Maylis de Kerangal nous offre un roman poignant, tout en délicatesse et porteur de vie.
    Réparer les vivants... et faire son deuil...
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    • Livres 5.00/5
    Par Lorraine47, le 21 septembre 2014

    Lorraine47
    C'est Le Bison qui m'a ouvert la piste vers la merveilleuse plume de Maylis de Kerangal. Pas besoin de coupe coupe ou de machette pour se frayer un chemin dans ce récit au ton grave, non, il faut se laisser emporter par les longues phrases puissantes de l'auteur tel le surfeur au début du tunnel.
    Je ressors de cette lecture passablement secouée mais confortée dans certains choix que j'avais en tête avant de lire ce beau roman qui pose le problème du don d'organe. Les différents points de vue sont disséqués avec la précision du scalpel: le parcours des parents du défunt: de la sidération à l'acceptation, l'approche de l'équipe médicale, rien n'est oublié, toutes les questions sont posées sans tabou et sans guimauve.
    Réparer les vivants, est parfois la seule consolation que nous apporte le décès d'un proche, dernier cadeau d'une vie avant de nous tirer sa révérence.
    Merci Le Bison, merci pour cette belle découverte!
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Jean-Baptiste Harang pour le Magazine Littéraire

    Mille précautions réglementaires sont prises lors d'une transplantation d'organe pour que la famille du donneur et le receveur ne sachent jamais rien l'une de l'autre. Sinon que des savants ont décelé entre ... > lire la suite

    Critique de qualité ? (23 l'ont appréciée)

Critiques presse (15)


  • LeFigaro , le 05 août 2014
    Ce roman haletant est beau comme une tragédie antique. C'est aussi un hymne à la création et une méditation sur le lien entre le corps et la conscience, la vie et la mort.
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  • Chatelaine , le 02 juillet 2014
    Ces pages haletantes montrent la noblesse et le grand art du personnel médical et nous habitent longtemps.
    Lire la critique sur le site : Chatelaine
  • Chatelaine , le 02 juillet 2014
    Ces pages haletantes montrent la noblesse et le grand art du personnel médical et nous habitent longtemps.
    Lire la critique sur le site : Chatelaine
  • LActualite , le 01 juillet 2014
    Un thriller de 24 heures. Une famille bouleversée par la mort clinique d’un fils adoré. Le dernier roman de l’écrivaine française Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, franchit une frontière. Et laisse le lecteur en état d’arythmie…
    Lire la critique sur le site : LActualite
  • LaPresse , le 24 mars 2014
    De son écriture concentrique aux phrases magnifiquement longues dans lesquelles ont ne se perd jamais, l'auteure nous dévoile des pans de chaque personne qui entre en scène.
    Lire la critique sur le site : LaPresse
  • Culturebox , le 06 février 2014
    Un roman écrit dans une langue et un rythme palpitants.
    Lire la critique sur le site : Culturebox
  • Liberation , le 28 janvier 2014
    L’écrivain pose un regard panoramique sur son roman, boucle de force humaine qui évite les écueils de la description technique comme le pathos du deuil.
    Lire la critique sur le site : Liberation
  • LePoint , le 24 janvier 2014
    Et c'est aussi ça, Réparer les vivants : un roman de la médecine. Ses prouesses, ses limites, ses miracles, ses exigences, ses soldats.
    Lire la critique sur le site : LePoint
  • Bibliobs , le 23 janvier 2014
    Dans "Réparer les vivants", elle transforme une greffe cardiaque en une magnifique épopée littéraire.
    Lire la critique sur le site : Bibliobs
  • LeFigaro , le 16 janvier 2014
    L'écriture de Maylis de Kerangal est rapide, ultraprécise, concentrée sur l'exactitude des faits, des sentiments, comme si elle voulait ne pas laisser l'émotion déborder et brouiller son jugement.
    Lire la critique sur le site : LeFigaro
  • LaLibreBelgique , le 15 janvier 2014
    "Réparer les vivants", de Maylis de Kerangal, est "le" roman de cette rentrée littéraire, magnifique, salué par tous. L’histoire d’une transplantation d’un cœur, qui devient une grande aventure humaine.
    Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
  • Lexpress , le 13 janvier 2014
    Pour ressusciter ses morts, [Maylis de Kerangal] se fait troubadour et poète. Sa chanson de geste ? Le récit d'un haut fait héroïque du XXIe siècle, les stances d'une course salvatrice, les vingtquatre heures ("une rotation terrestre") qui donnent un sens au drame absolu, bref, l'histoire d'un don d'organes.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Lhumanite , le 08 janvier 2014
    Creusant le sillon qu’elle s’était ouvert, jalonné par Corniche Kennedy ou Naissance d’un pont, Maylis de Kerangal ouvre à son art une ampleur nouvelle, et donne avec Réparer les vivants un roman dont la puissance vient de la délicatesse. C’est là l’apanage des plus grands.
    Lire la critique sur le site : Lhumanite
  • Telerama , le 08 janvier 2014
    Si les phrases semblent ne pas s'arrêter, si elles s'étirent comme des notes de musique tenues jusqu'à l'impossible, c'est qu'elles sont proférées dans un souffle unique, luttant contre la mort, retardant toujours l'extinction finale.
    Lire la critique sur le site : Telerama
  • LaLibreBelgique , le 07 janvier 2014
    On partage les émotions de ces parents meurtris ou les prouesses des équipes médicales, d’autant que l’écriture de Maylis de Kerangal est d’une beauté et d’une force particulières. Le cœur devient un enjeu lyrique, romantique. Et le lecteur est emporté par ses longues phrases, précises, surprenantes et torrentueuses à la fois.
    Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique

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Citations et extraits

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  • Par mamansand72, le 21 septembre 2014

    Elle tourne en rond dans la chambre. Si c’est un don, il est tout de même d’un genre spécial, pense-t-elle. Il n’y a pas de donneur dans cette opération, personne n’a eu l’intention de faire un don, et de même il n’y a pas de donataire, puisqu’elle n’est pas en mesure de refuser l’organe, elle doit le recevoir si elle veut survivre, alors quoi, qu’est-ce que c’est ? La remise en circulation d’un organe qui pouvait faire encore usage, assurer son boulot de pompe ? Elle commence à se déshabiller, s’assied sur le lit, ôte ses boots, ses chaussettes. Le sens de ce transfert dont elle bénéficie par le jeu d’un hasard invraisemblable - la compatibilité inouïe de son sang et de son code génétique avec ceux d’un être mort aujourd’hui -, tout cela devient flou. Elle n’aime pas cette idée de privilège indu, la loterie, se sent comme la figurine en peluche que la pince saisit dans le fatras de bidules amoncelés derrière une vitrine de la fête foraine. Surtout, elle ne pourra jamais dire merci, c’est là toute l’histoire. C’est techniquement impossible, merci, ce mot radieux chuterait dans le vide. Elle ne pourra jamais manifester une quelconque forme de reconnaissance envers le donneur et sa famille, voire effectuer un contre-don ad hoc afin de se délier de la dette infinie, et l’idée qu’elle soit piégée à jamais la traverse. Le sol est glacé sous ses pieds, elle a peur, tout se rétracte.
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  • Par Lorraine47, le 20 septembre 2014

    Tertio: la situation est irréversible - elle déglutit en pensant à ce mot qu'il lui faudra articuler, irréversible, quatre syllabes qui vitrifient l'état des choses et qu'elle ne prononce jamais, plaidant le mouvement continu de la vie, le retournement possible de toute situation, rien n'est irréversible, rien a-t-elle coutume de clamer à tout bout de champ - elle prend alors un ton léger, balance sa phrase comme on secoue avec douceur celui qui se décourage, rien n'est irréversible, hormis la mort, le handicap, et peut-être alors qu'elle virevolte, tourne sur elle - même, peut-être qu'elle se met à danser.
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  • Par mamansand72, le 21 septembre 2014

    Au sein de l’hôpital, la réa est un espace à part qui accueille les vies tangentielles, les comas opaques, les morts annoncées, héberge ces corps exactement situés entre la vie et la mort. Un domaine de couloirs, de chambres, de salles, que régit le suspense. Révol évolue là, au revers du monde diurne, celui de la vie continue et stable, celui des jours qui s’enquillent dans la lumière vers des projets futurs, œuvre au creux de ce territoire comme on trafique à l’intérieur d’un grand manteau, dans ses plis sombres, dans ses cavités. Pour tout cela, il aime les gardes, les dimanches et les nuits, dès l’internat, les a aimées - on imagine Révol jeune stagiaire longiligne séduit par l’idée même de la garde, ce sentiment d’être requis, à poste et autonome, mobilisé pour assurer la continuité de la geste médicale sur un périmètre donnée, investi d’une vigilance et nanti d’une responsabilité. Il aime leur intensité alvéolaire, leur temporalité spécifique, la fatigue comme un excitant subreptice qui monte graduellement dans le corps, l’accélère et le précise, toute cette érotique trouble ; aime leur silance vibratile, leur lumière de clair-obscur - appareils qui clignotent dans la pénombre, écrans d’ordinateurs bleuâtres ou lampe de bureau, comme la flamme d’une bougie dans un tableau de La Tour, Le nouveau né par exemple -, et encore cette physique de la garde, ce climat d’enclave, cette étanchéité, le service comme un vaisseau spatial lancé dans les trous noirs, un sous-marin en plongée au plus profond des abysses, dans la fosse des Mariannes. Mais cela fait longtemps déjà que Révol y puise autre chose : la conscience nue de son existence. Non pas le sentiment de puissance, l’exaltation mégalomane, mais pile son contraire : l’influx de lucidité qui régule ses gestes et tamise ses décisions. Un shoot de sang-froid.
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  • Par mamansand72, le 21 septembre 2014

    Combien de temps sont-ils restés assis de la sorte après l’annonce, affaissés au bord de leurs chaises, pris dans une expérience mentale dont leur corps jusque là n’avait pas la moindre idée ? Combien de temps leur faudra-t-il pour venir se placer sous le régime de la mort ? Pour l’heure, ce qu’ils ressentent ne parvient pas à trouver de traduction possible mais les foudroie dans un langage qui précède le langage, un langage impartageable, d’avant les mots et d’avant la grammaire, qui est peut-être l’autre nom de la douleur, ils ne peuvent s’y soustraire, ils ne peuvent lui substituer aucune description, ils ne peuvent en reconstruire aucune image, ils sont à la fois coupés d’eux - mêmes et coupés du monde qui les entoure.
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  • Par mamansand72, le 21 septembre 2014

    …et c’est déjà l’aéroport, le grondement de la mer toute proche au bas de la falaise, et le caisson que l’on roule sur le tarmac jusqu’à la passerelle et que l’on hisse dans la carlingue, ce caisson matriochka qui recèle la poche de sécurité de plastique transparent qui recèle le récipient qui recèle le bocal spécial qui recèle le cœur de Simon Limbres, qui recèle rien moins que la vie même, une potentialité de vie, et qui cinq minutes plus tard s’envole dans l’espace.
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Remise du Prix Orange du Livre 2014 - la vidéo .
Mardi 27 mai 2014, Maison des Polytechniciens. Maylis de Kerangal reçoit le Prix Orange du Livre 2014 pour son livre "Réparer les vivants", éditions Verticales. le jury, présidé par Erik Orsenna, est composé de Karine Tuil, Véronique Olmi, Emilie Frèche, Thomas B. Reverdy, Pascal Thuot, Joel Hafkin et de 7 internautes sélectionés sur candidature.








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